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Une décennie de chômage élevé aux Etats-Unis

Chômeurs aux Etats-Unis attendant d'être recruté pour un travail à la journée La

Chômeurs aux Etats-Unis attendant d'être recruté pour un travail à la journée Larry Downing / R

L'économie américaine pourrait bien traverser une décennie de faible croissance et surtout de chômage important prévient un historien spécialiste des crises financières dans le New York Times. L'effondrement en 2007 du marché du logement aux Etats-Unis a laissé des traces profondes et durables dans l'économie américaine explique Carmen M. Reinhart, une économiste réputée de l'Université du Maryland. Elle intervenait lors du célèbre symposium annuel de banquiers et d'analystes de Jackson Hole dans le Wyoming.

La question du chômage et de la non création d'emplois agite l'ensemble des médias américains. Ainsi, le site ultralibéral américain Reason.com s'interroge sur la réalité de la reprise économique aux Etats-Unis en posant la question: où sont les nouveaux emplois? Il cite un reportage du Washington Post: «Les profits des entreprises s'envolent, les sociétés sont assises sur des milliards de dollars de cash. Mais elles n'ont toujours pas commencé à embaucher ou à lancer des investissements majeurs.» Un constat tiré d'un article intitulé: «With consumers slow to spend, businesses are slow to hire» (Avec les consommateurs qui hésitent à dépenser, les entreprises hésitent à embaucher) . 

Reason.com souligne que si les statisticiens du National Bureau of Economic Research ont bien déclaré que la récession est terminée «allez donc le dire à ceux qui ne trouvent pas de travail». Les entreprises américaines remplacent les équipements usés et reconstituent les stocks, mais embauchent à reculons. «Les investissements réalisés aujourd'hui tendent à remplacer le travail par de la technologie. Dans une économie en croissance, c'est un signe de progrès. Les travailleurs libérés sont alors disponibles pour de nouveaux projets. Mais aujourd'hui, ces nouveaux projets ne sont tout simplement pas lancés.»

A l'opposé de Reason dans le spectre idéologique américain, le prix Nobel d'économie Paul Krugman fait le même constat dans le New York Times. Dans un éditorial titré «This is not a recovery» (Ce n'est pas une reprise), il explique que la «question qui compte est de savoir si la croissance est suffisamment forte pour réduire un chômage qui atteint des sommets. Nous avons besoin d'environ 2,5% de croissance par an pour empêcher le chômage d'augmenter et bien plus de croissance pour le faire baisser significativement. Pour le moment, la croissance se situe entre 1% et 2% et a de grands chances de ralentir dans les prochains mois».

Reason.com souligne que la gauche comme la droite proposent leurs solutions traditionnelles. La gauche demande un nouveau plan de relance financé par l'Etat estimant que celui de 2009 était insuffisant et la droite réclame une baisse des impôts. Dans les deux cas, souligne Reason, le déficit public va encore augmenter et il faudra bien le rembourser. «There's no free lunch». Tout a un prix.

Pour Reason.com, la principale explication à la faiblesse de la reprise vient de l'administration Obama. «L'économie est hantée par des centaines d'incertitudes et dans trois domaines très importants (la santé, la régulation financière et les impôts), personne ne sait ce qui va vraiment se passer. Dans ces conditions, estime Reason, personne ne veut prendre des risques, investir et embaucher.»

Paul Krugman, encore plus alarmiste, considère de son côté qu'au contraire, l'administration Obama doit tout faire aujourd'hui pour soutenir l'activité. Faute de quoi l'économie américaine pourrait bien rechuter. 

Photo: Chômeurs aux Etats-Unis attendant d'être recruté pour un travail à la journée. Larry Downing / Reuters

 

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