France

L'avantage fiscal des journalistes est-il justifié?

Slate.fr, mis à jour le 24.08.2010 à 16 h 16

A l'issue de la réunion de travail au Fort de Brégançon vendredi 20 août en présence de François Fillon, Christine Lagarde et François Baroin, l'Elysée a fait savoir que «10 milliards d'euros de niches fiscales et sociales seront supprimées à l'automne». Pour les journalistes, le spectre d'un rabot de 10% de leur peu connue niche fiscale se précise. D'autant que François Baroin avait été clair à ce sujet en juillet, en déclarant que les journalistes devaient «contribuer à l’effort comme tout le monde».

Quelle est donc cette curieuse niche fiscale dont les médias se font peu l'écho? Il s'agit de l'«allocation pour frais d'emploi» qui permet aux personnes se déclarant journalistes de déduire 7.650 euros de leurs revenus imposables. LExpansion.com explique l'origine de cet avantage fiscal:

A l'origine existait un abattement supplémentaire de 30% sur les revenus imposables des journalistes, institué en 1934 pour compenser la faiblesse, voire l'absence de remboursement des frais professionnels par les éditeurs. Cet abattement forfaitaire a été remis en cause en 1998. C'est le refus des patronats du public et du privé d'en compenser la perte qui a entraîné l'obtention par la profession de l'allocation pour frais d'emploi.

Cette «allocation» est censée rembourser les «frais d'emploi» des journalistes, à savoir leurs déplacements ou leurs notes de restaurants lors d'une interview. Le problème est que la grande majorité des employeurs remboursent aujourd'hui leurs journalistes sous la forme de classiques notes de frais comme dans tous les métiers. Le remboursement des frais ne peut se justifier que dans le cas des pigistes (un quart de la profession), ces journalistes qui travaillent occasionnelement pour une rédaction et qui n'ont pas accès à tous les avantages de celle-ci.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a conscience de l'obsolescence de cet avantage fiscal et considère ainsi qu'il ne s'agit pas vraiment d'une niche fiscale, vestige d'un vieux privilège injustifiable en période de crise, mais bien d'une aide directe à un secteur en difficulté:

«Cette disposition fiscale contribue également à compenser des rémunérations anormalement basses, en contradiction avec une image trop répandue. Ainsi, dans les grilles de salaires par forme de presse adossées à la convention collective des journalistes, plusieurs fonctions se trouvent aujourd’hui sous la barrière du Smic. Parmi les 37.000 détenteurs de la carte de presse en 2008, 217 journalistes mensualisés avaient certes des salaires supérieurs à 10.000€ bruts par mois, mais près de la moitié étaient en dessous de 3.000€ brut.»

Interrogé par LExpansion.com, François Boissarie, membre du comité national du SNJ, s'inquiète de l'éventuel rabot de cette niche fiscale: «Les employeurs n'ont pas l'intention de compenser ce manque à gagner de 765 euros en augmentant le salaire des journalistes.» Un «manque à gagner» à relativiser. Puisque ce serait uniquement 765 euros de plus qui rentreraient dans le calcul des revenus imposables des journalistes.

Photo: Joey Close parodiant une journaliste, Flickr/rabbleradio/CC licence by

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