Monde

Pakistan: au-delà de la catastrophe, le désastre politique

Slate.fr, mis à jour le 15.08.2010 à 12 h 03

Un premier cas de choléra a été détecté samedi 14 août au Pakistan, dans la vallée de Swat. L’information, confirmée par les Nations unies, fait craindre que les victimes des inondations (20 millions) soient désormais frappées par des épidémies meurtrières, rapporte Le Monde. Au moins 36.000 personnes souffriraient de diarrhées aigues. La catastrophe aurait déjà fait 1.600 morts et six millions de personnes n’auraient pas accès à l’eau potable. Les Nations unies ont décidé de traiter tout le monde contre le choléra, sans les tester. Le choléra est une maladie mortelle et dangereuse.

Ban ki-Moon s’est rendu au Pakistan et s’est rendu dans les régions inondées. Le secrétaire général des Nations unies appelle la communauté internationale à accélérer son aide. Dans un premier temps, il faudrait recueillir 460 millions de dollars pour gérer les situations d’urgence. Pour reconstruire le pays, il faudra plusieurs milliards. Le 12 août, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils allaient verser 76 millions de dollars. Le Quai d’Orsay, de son côté, a affirmé que la France avait débloqué 1,05 million d’euros.

Au-delà de cette actualité alarmante, Marie-France Calle, la correspondante du Figaro en Asie du Sud, dresse «l’anatomie d’un désastre» sur son blog, Namaste! Salam!

«Même avant la catastrophe, l'économie pakistanaise était au bord du gouffre; le gouvernement civil était déjà fragilisé, dépassé de loin par le pouvoir de l'armée; l'aide américaine coulait à flots; le terrorisme battait son plein. Bref, le Pakistan était sous perfusion et pourtant fort mal en point lorsque le déluge est arrivé.»

Derrière la catastrophe naturelle se profilent les considérations politiques. Marie-France Calle cite un think-tank proche de l’armée indienne, l’Institute for Defense Studies and Analysis :

«L'armée pakistanaise a, cette fois, très vite réagi pour apporter de l'aide aux populations des régions affectées. Sa réaction a cependant été inadéquate, mais, grâce à leurs amis des médias, les militaires sont tout de même vus comme ceux qui ont fait quelque chose d'envergure

De même, les djihadistes (via la Falah-i-Insaniyat Foundation, branche caritative du Lashkar-e-Taiba, le T) ont mis en place «des camps, fournissant aide médicale et nourriture». Sans oublier les Américains, qui cherchent aussi à «recueillir la gratitude de l’opinion publique».

L’institut indien s’inquiète :

«Si les islamistes sont ceux qui ont apporté un peu de répit à la population, le gouvernement d'Islamabad ne sera pas en position d'agir contre eux, quel qu'en soit son désir. S'il le faisait, les gens verraient cela comme une vengeance d'un gouvernement diabolique contre les bienfaiteurs.»

Photo: REUTERS/Tim Wimborne

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