France

Sarkozy est-il un voyou?

Slate.fr, mis à jour le 10.08.2010 à 14 h 53

Marianne a beau être coutumier des couvertures à sensation, la dernière une de l'hebdomadaire a réveillé quelque peu la torpeur dans laquelle s'enfonçait l'actualité politique. Nicolas Sarkozy y apparaît barré du titre «Le voyou de la République». Le chapô indique «Xénophobe et pétainiste? Certes pas. Mais aucun intérêt moral ne l'arrête. Et pour garder le pouvoir, il est prêt à tout.» Cette une fait évidemment suite aux déclarations du Président sur la nationalité, l'immigration et la délinquance.

Plusieurs membres de l'UMP ont dénoncé cette couverture. Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, juge la une «insultante» et «démagogique»: «Où est le respect envers le chef de l'Etat qui a été élu au suffrage universel et mène une politique pour laquelle il a été choisi et sa politique validée?», s'est-elle interrogée au micro de RMC.

Le député UMP Lionnel Luca estime «paradoxal de dénoncer les dérives vichystes en utilisant les méthodes de la presse d'extrême droite d'avant-guerre, dont on sait ce qu'elle a été sous l'Occupation». Une allusion qui rappelle les plus grands moments de la chasse anti-Médiapart lors de l'affaire Woerth-Bettencourt. «Rien ne justifie ces dérives, sinon l'intérêt financier d'une opération commerciale pour meubler l'actualité estivale», déplore-t-il encore.

Jean-François Kahn, co-fondateur de Marianne et auteur de l'article sur Sarkozy «voyou», a défendu cette couverture sur RMC avec un drôle d'argument qu'on pourrait résumer par «Je suis sympa, je ne l'ai pas traité de fasciste»:

«C’est sympa, voyou, non? Je suis un amateur de chansons… Il y a des chansons, où on dit mon p’tit voyou, mon grand voyou, c’est un mot vachement tendre. Plus tendre que fasciste! Pourquoi voyou? Après les mesures annoncées à Grenoble [...]  il y a eu des réactions sur Sarkozy: pétainiste, vichyste, facho, raciste, xénophobe! Dans cet article, je dis: ce n’est pas vrai. [...] Mais en revanche, dans le fond Sarkozy, c’est un type qui, pour conquérir le pouvoir, ou pour garder le pouvoir avec talent, est capable de tout! Rien ne l’arrête. Aucun impératif idéologique, dogmatique, éthique, moral. S’il faut dire des choses, comme Le Pen, il les dit. Mais s’il faut dire la même chose que Besancenot… Il le dit aussi! S’il faut pour gagner, faire de l’ultra libéralisme, il le fait. S’il faut faire de l’étatisme, il le fait aussi. C’est ça l’idée, c’est ça un voyou!»

Pierre Haski, directeur de la publication de Rue89, se demande dans ses colonnes s'il fallait faire cette une. Il estime que «l'actuel hôte de l'Elysée a suffisamment désacralisé la fonction présidentielle avec ses "Casse-toi pauv'con" et autres mâles sorties, pour que plus rien ne choque». «Et pourtant, est-ce bien utile d'en rajouter en se lançant à son tour dans l'invective plutôt que dans la critique ou l'objection politique? Pour ma part, je m'en abstiendrai, préférant la critique politique à l'injure», ajoute le journaliste.

Marianne avait déjà fait polémique pendant la campagne présidentielle de 2007 en titrant en une «Sarkozy est-il fou?».

Photo: capture d'écran de la une de Marianne

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