Culture

Pourquoi n’existe-t-il pas de super-héros israélien?

Slate.fr, mis à jour le 09.08.2010 à 12 h 58

Photo: The Haul / blue_j via Flickr CC License by

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Le quotidien Haaretz profite de la tenue en août à Tel Aviv du festival d’animation Animix pour se pencher sur la question du manque de super-héros dans l’univers du comic-book israélien, pourtant développé et populaire.

Appuyé par le témoignage d’auteurs et d’universitaires, le journaliste Tamar Rotem raconte comment les différentes tentatives de création d’un tel personnage depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale se sont soldées par des échecs.

La série «Sabraman», dans laquelle un personnage tout de latex vêtu combattait des nazis n’a ainsi vécu que deux ans, malgré un joli succès d’estime à la fin des années 1980. Auparavant, Yaakov Aschman et Elisheva Nadel publiaient dans Haaretz les aventures de Gidi Gezer, une sorte de Popeye israélien qui, après avoir mangé sa dose de carottes règlementaire, ne craignait pas de se frotter aux soldats anglais et arabes.

Si aucun de ces héros n’a rencontré son public, c’est selon le spécialiste en culture populaire Eli Eshed lié à la question des super-pouvoirs, qui incarneraient une hiérarchie incompatible avec la société égalitaire d'après-guerre:

Il n’était pas acceptable qu’un combattant surpasse le reste de la population. Tout le monde était bon.

Une analyse partagée par le créateur de Sabraman, Uri Fink:

J’ai essayé de créer des super-héros pendant des années, avant de me rendre compte que ça ne peut pas fonctionner en Israël. [Il y a une culture socialiste dans ce pays] qui a influencé les histoires pour enfants lors des premières années d’existence du pays, et qui a perduré par la suite. Cette culture ne laisse aucune place à des super-héros hors du commun façon Hollywood.

L’entreprise serait d’autant plus délicate que la société d’aujourd’hui est profondément clivée, quand le rôle du super-héros doit être rassembleur. Impensable dès lors de créer un personnage de droite, ou religieux, qui ne représenterait pas l’ensemble des Israéliens. Ne reste alors que les figures humoristiques, tel Falafelman, ou la possibilité de voir en l’armée la seule entité fédératrice. L’auteur Ofer Zanzuri explique ainsi:

Pas besoin de super-pouvoirs: l’armée peut tout atteindre, la meilleure preuve étant l’opération Entebbe. Jusqu’à la guerre de Kippour, nous avons fait de nos généraux des super-héros. Ariel Sharon est un super-héros en uniforme kaki. Alors à quoi bon avoir une combinaison en latex?

Photo: The Haul / blue_j via Flickr CC License by

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