France

Le sondage du Figaro sur la sécurité est-il fiable?

Slate.fr, mis à jour le 09.08.2010 à 10 h 42

Le sondage IFOP-Le Figaro sur les annonces du gouvernement en matière de sécurité est-il crédible? Depuis sa publication le 5 août, l'enquête fait débat du fait de son résultat tonitruant: 80% des Français se disent favorables à la déchéance de la nationalité pour les ressortissants d'origine étrangère coupable de polygamie ou d'incitation à l'excision.

Le site Owni avait remis en cause avec virulence ce sondage dont la méthodologie serait douteuse. Le site Statosphère lui répond en expliquant que l'enquête n'a rien de suspecte et qu'elle entre dans la pratique normale des instituts de sondage. Confrontons les arguments.

Enquête faite sur Internet

Owni:

«Tous les français ne sont pas connectés à internet. L’Ifop nous assure que les résultats sont redressés pour les 25% de non-internautes (31% selon l’ITU

Statosphère:

«Internet ne biaise pas plus les résultats qu'un autre support. Mieux, il reste le meilleur recueil en période estivale puisqu'il fonctionne sur un support nomade. Le téléphone portable, lui aussi parfaitement nomade, induit les mêmes biais qu'Internet (jeunes générations sur-représentées, vieilles générations sous-représentées, localisation géographique compliquée), on en retirerait donc qu'un inconvénient de taille: le coût des communications téléphoniques.»

Absence de «Ne se prononce pas»

Owni:

«On n’y retrouve pas les habituels "ne se prononce pas" qui permettent de jauger l’intérêt que portent les sondés à une question. Vérification prise auprès de l’Ifop, il s’avère que les sondages auto-administrés de ce type, où les sondés répondent eux-mêmes aux questions, en l’occurrence devant leur ordinateur, ne comportent jamais de case "nspp". L’Ifop explique sans rire que ça permet d’éviter un trop grand taux d’abstention. Devant un sondeur, les personnes interrogées ont tendance à donner un avis, même s’ils n’en ont pas vraiment. Parce qu’on a toujours l’air tarte quand on ne sait pas répondre aux questions.»

Statosphère:

«Les cases NSPP dépendent directement de la demande du client: il n'y a aucune règle absolue là dessus, à moins qu'il s'agisse d'un baromètre, auquel cas on prend soin de ne pas changer la méthode en cours de route. Les NSPP sont simplement introduites ou non aux tris élaborés selon les désidératas du client. Par ailleurs, enfonçons des portes ouvertes: sur Internet, ce sont ceux qui veulent donner leur avis qui le donnent. Ceux qui ne se prononcent pas n'ont tout simplement pas cliqué sur le lien de l'enquête.»

Sondage en plein été

Owni:

«Comment contacter les estivants ? L’Ifop assure que 60% des Français ne partent pas (30% selon le Credoc, mais passons) et que ceux qui partent restent connectés.»

Statosphère:

«L'argument a de quoi surprendre. Owni frise carrément la mauvaise foi ! De quoi parle-t-on ? Du nombre total de français partant en vacances durant toute l'année (chiffre du CREDOC avancé par Owni), ou du nombre de français en vacances au moment de l'enquête IFOP? Bien entendu, on est plus prés des 60% selon l'enquête sur les conditions de vie de l'INSEE.»

Enquête orientée politiquement

Owni:

«L’Ifop assure enfin que toutes les questions posées ont été publiées. Ça ne nous empêchera pas de critiquer la manière dont elles ont été rédigées. “Êtes-vous favorables au démantèlement des camps illégaux de Roms?” revient à dire “Voulez-vous que la loi soit appliquée?”»

Statosphère:

«Certes, la remarque est pertinente mais le sondeur n'est pas le client! En l'occurence, le commanditaire étant Le Figaro, on peut imaginer aisément ce que cela implique sur l'orientation politique des questions [...] Pourquoi incriminer l'institut de sondage lorsqu'on évoque le manque de neutralité des questions posées ? C'est comme si vous trouviez logique qu'un publicitaire refuse un slogan qui sonne bien sous prétexte qu'il est ambigu ou mensonger. Les sondages n'ont jamais eu pour vocation d'être non partisan, et s'intègrent désormais naturellement dans les campagnes de communication.»

Même les concurrents de l'IFOP reconnaissent que le sondage a été correctement effectué. Interrogé sur 20minutes.fr, Eric Bonnet, directeur d’études chez BVA Opinion, explique que «face à l’insécurité, les Français sont traditionnellement favorables à des mesures plus sévères. Toute proposition en ce sens est toujours bien accueillie»«Ce sondage n’est pas manipulatoire, et même s’il n’est pas très détaillé, avec forcément de l’amalgame, si beaucoup de questions manquent à l’appel, c’est la réalité», ajoute un autre concurrent de l'IFOP.

Photo: Brice Hortefeux / Reuters

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