France

Une expulsion violente filmée à La Courneuve

Slate.fr, mis à jour le 30.07.2010 à 15 h 39

Diffusée par Mediapart, une vidéo a été tournée lors de l'expulsion de familles sans logement, le 21 juillet dernier, à La Courneuve (93). L'intervention musclée des CRS risque bien de choquer, certaines personnes ayant été trainées à terre. Parmi elles, des femmes et des enfants. Une femme a même perdu connaissance:


Cité par Mediapart, le porte-parole du Droit au Logement (DAL) a été choqué par la violence de l'intervention:

«C'est la première fois qu'on voit une telle violence avec des femmes et des enfants. Cette fois, on a franchi un palier dans la répression. Il faut savoir que le DAL n'a jamais été violent. On se contente de sit-in et de campements. Et ces familles demandent juste un toit. Les méthodes du nouveau préfet sont inquiétantes. Si on laisse passer ça, ces méthodes vont s'appliquer à tous les autres. Nous demandons des poursuites contre les policiers et contre les donneurs d'ordre.»

Les 200 manifestants, qui campaient sur place depuis l'interpellation et l'évacuation de 107 d'entre eux le 8 juillet, revendiquaient un logement «pérenne» plutôt qu'un énième plan d'urgence à l'hôtel. La tour Balzac, où ils vivaient et dont ils ont été expulsés, est en effet promise à la destruction d'ici l'automne, dans le cadre de la rénovation urbaine.

Le 27 juillet, une réunion devait se tenir en soirée, alors que la plupart des 239 ex-squatteurs (190 adultes, 49 enfants, selon Médiapart) ne savaient pas où ils allaient dormir. Contrairement à ses équivalents de Cachan ou Sevran, le maire communiste de la ville, Gilles Poux, n'a pas ouvert de gymnase pour accueillir les squatteurs. Il défend son choix:

«Je ne vais pas leur donner un gymnase pour enkyster la situation à La Courneuve alors que je ne suis responsable de rien dans cette affaire. Nous avons pris trois mois de retard sur les travaux de rénovation urbaine. Nous avons ouvert les toilettes des installations publiques pour eux, le Secours populaire a fourni de l'eau. C'est maintenant à l'Etat de prendre ses responsabilités. Je ne vais pas mettre les 1900 demandeurs de logements sociaux à La Courneuve à la remorque de ces familles. La solidarité, ce n'est pas le coup de force. Je ne vais pas culpabiliser alors que La Courneuve compte plus de 50% de logements sociaux et que les familles, en s'installant ici, savaient très bien comment tout cela allait finir.»

L'évacuation des lieux, très tendue, rappelle l'expulsion de l'église Saint-Bernard en 1996. A l'époque, 300 sans-papiers avaient trouvé refuge dans cette bâtisse du XVIIIème arrondissement de Paris. Auparavant ils avaient été déplacés du gymnase Japy à la Cartoucherie de Vincennes puis dans des entrepôts désaffectés de la SNCF, raconte Libération.

Peu à peu, la gauche s'était emparée de l'événement, mais les policiers avaient fini par briser à la hache la porte de l'église le 23 août. Alors que le ministre de l'Intérieur Jean-Louis Debré avait promis d'agir «avec humanité et coeur.»

Photo: deux immeubles dynamités à La Courneuve le 23 juin 2004/Reuters/Philippe Wojazer

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