Monde

Pas de pardon pour les sbires de Pinochet

Temps de lecture : 2 min

Augusto Pinochet, via Wikimedia Commons
Augusto Pinochet, via Wikimedia Commons

Le président chilien Sebastian Piñera a refusé d'accorder le pardon aux militaires impliqués dans les meurtres et les actes de torture commis sous le régime Pinochet, rapporte le journal La Nacion. L'Eglise Catholique du pays avait demandé à ce que les militaires prisonniers de plus de 70 ans soient libérés, mais le président a déclaré qu'il appliquerait le pardon au cas par cas et que la procédure ne concernerait pas les personnes condamnées pour crimes contre l'humanité.

«Il n'est ni prudent, ni bon actuellement et dans ces circonstances de promouvoir une nouvelle loi de pardon général.»

Piñera prendra bien en compte l'âge des prisonniers et leur état de santé, mais ces raisons humanitaires qui pourraient justifier un pardon présidentiel «ne concerneront pas ceux condamnés pour des crimes spécialement graves comme sont les crimes contre l'humanité», a-t-il précisé, ni ceux qui ont commis «des actes de terrorisme, narco-trafic, homicide, crime violent, abus contre des mineurs, et autres crimes de gravité égale».

Dans une interview au journal El Mercurio, l'archevêque Francisco Javier Errázuriz, qui a co-présenté cette demande de Pardon Bicentenaire au président chilien, répond:

«La consigne "Ni pardon, ni oubli" n'est pas compatible avec un peuple aux profondes racines chrétiennes. Il ne peut pas y avoir d'oubli. Mais si nous voulons une société réconciliée, nous devons construire ses bases sur la vérité et la justice, mais aussi sur le pardon.»

L'archevêque estime que la demande de pardon n'est pas une demande d'impunité, et que l'Eglise soutient la lutte de diverses organisations pour que soit rendue justice sur les crimes commis pendant le régime militaire. «Mais ça n'empêche pas d'avoir une justice clémente», ajoute-t-il, justifiant également la demande de l'Eglise par l'état lamentable du système pénitentiaire chilien. Dans son annonce, le président Piñera a déclaré que «la meilleure réponse à cette situation lamentable ne passe pas par une libération massive des prisonniers», et a annoncé une série de mesures pour améliorer le système.

Pour le directeur de la région Amériques de Human Rights Watch, le chilien José Miguel Vivanco, la quête d'une réconciliation n'est pas une raison suffisante. Rappelant le pardon accordé par l'ancien président argentin Carlos Menem à 200 militaires et civils accusés d'avoir commis des crimes contre l'humanité, il a précisé que l'impact de ce pardon avait été extraordinairement négatif, donnant l'impression d'un Etat qui fait deux poids deux mesures: «Cela détruit le concept de l'Etat de Droit.»

Photo: Augusto Pinochet, via Wikimedia Commons

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