Monde

La lutte contre le sida a souffert de la crise

Slate.fr, mis à jour le 19.07.2010 à 11 h 09

Journée mondiale du sida, le 1er décembre 2006, à Edimbourg. REUTERS/David Moir

Journée mondiale du sida, le 1er décembre 2006, à Edimbourg. REUTERS/David Moir

Alors que la conférence internationale sur le sida s'est ouverte à Vienne ce dimanche 18 juillet, un rapport annonce un moindre soutien financier des états mondiaux à la lutte contre le sida en 2009. En 2009, l'aide étatique a été de 7,6 milliards de dollars (5,9 milliards d'euros), contre 7,7 milliards (6 milliards) en 2008, rapporte cette étude de la Kaiser Family Foundation et ONUSIDA, le programme de l'ONU qui coordonne ses différentes agences dans la lutte contre le VIH et le sida.

Les Etats-Unis –premier donateur mondial– est le seul pays à avoir augmenté ses dons, passant de 3,95 milliards de dollars (3 milliards d'euros) à 4,4 milliards (3,4 milliards d'euros), et contrebalançant ainsi la baisse du soutien financier canadien, français, allemand, irlandais, italiens et néerlandais. Depuis 2002, le montant des dons augmentait chaque année d'un pourcentage à deux chiffres, rappelle le rapport, qui estime que ce changement est lié à la crise économique mondiale. Ce léger recul se retrouve dans les tendances globales d'aides au développement gouvernementales.

Aussi le directeur exécutif d'ONUSIDA Michel Sidibé a t-il plaidé:

«La réponse au SIDA souffre des diminutions d'investissements dans les programmes de lutte contre le sida. A un moment où l'on voit des résultats dans la prévention et le traitement du VIH, nous devons augmenter nos efforts, pas les réduire»

Michel Sidibé a également appelé à passer au «Traitement 2.0»: cette nouvelle initiative d'ONUSIDA veut traiter plus de 15 millions de personnes dans le monde pour éviter 10 millions de morts causées par le sida d'ici 2025, et coûterait 26 milliards de dollars (20,1 milliards d'euros) par an. Dans une interview au Globe & Mail, le président de l'International Aids Society, une ONG qui rassemble les professionnels de la lutte contre le sida, a estimé que le coût élevé de ce traitement 2.0 ne devait pas empêcher sa mise en place:

«Nous avons un outil qui aide les individus et diminue la transmission du VIH par 90% et nous devons l'utiliser largement. Traiter ou ne pas traiter est une fausse dichotomie. Tous ceux qui ont le VIH-Sida ont besoin d'être traités, nous pouvons le faire aujourd'hui, demain ou dans trois ou cinq ans quand ils seront davantage malades. On ne sauve pas d'argent en traitant plus tard, les traitements tardifs sont plus chers et moins efficaces, et cette personne malade peut aussi avoir répandu le virus. On se tire une balle dans le pied en attendant. L'argument pour le traitement 2.0 est extrêmement convaincant, sur le plan économique, moral, éthic, médical. Quelque soit le point de vue d'où on le prend, investir dans la thérapie antirétrovirale, investir dans l'accès universel n'est pas seulement la bonne chose à faire, c'est la chose intelligente à faire.»

La Croix rapporte que l'OMS doit annoncer à Vienne que 5,2 millions de personnes étaient, à la fin 2009, sous traitement dans le monde, contre seulement 400.000 en 2003. Mais les ONG ont peur de ne pas pouvoir continuer sur leur lancée en incluant plus de patients dans les programmes de traitement. Le responsable des missions de Médecins sans frontières en Afrique du Sud a ainsi affirmé que l'inquiétude était «très forte sur le terrain», expliquant que le gouvernement américain n'incluerait plus pour le moment «de nouveaux patients dans les programmes d'accès aux traitements» dans le cadre d'un de ses programmes d'aide, et que dans certains pays, des listes d'attente commencent à se former.

Photo: Journée mondiale du sida, le 1er décembre 2006, à Edimbourg. REUTERS/David Moir 

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