«La plupart des gens que j'ai rencontrés m'ont dit qu'ils voudraient retourner à l'époque soviétique»
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«La plupart des gens que j'ai rencontrés m'ont dit qu'ils voudraient retourner à l'époque soviétique»

«Je voulais aller dans un endroit isolé pour rencontrer les gens qui y vivent et comprendre ce qu'ils ressentent, ce qu'ils font, ce qu'ils pensent, leurs attentes, leurs valeurs, leurs rêves... leur vie», explique le photographe Tomeu Coll. Il s'est alors rendu à Vorkouta, ville russe au nord du cercle polaire arctique, dans laquelle se trouvait un goulag. Aujourd'hui, la vie continue, loin de tout, dans ce village abandonné.

Son travail sera exposé lors du festival Circulation(s), à Paris, du 17 mars au 6 mai 2018.

Le dernier immeuble inhabité de Yur-Shor town, Vorkouta. Russie. 2009 |  Tomeu Coll

 

«J'ai commencé ce projet en 2009, bien que le travail de recherche ait débuté environ un an et demi avant de me rendre en Russie. Je suis allé à Vorkouta deux fois, en 2009 et en 2010. J’ai fait le premier voyage pendant l'été et le deuxième à la fin de l'hiver, pendant ce qu’ils appellent “le printemps”. Mais c'est un printemps blanc: il n’y pas de fleurs et il fait environ -35 degrés. Je suis né à Majorque, une île méditerranéenne. Nous n'avons pas de grandes tempêtes de neige là-bas, ni d'hivers glacés. En réalité il ne fait pas vraiment froid. C'est l'humidité qui dérange au quotidien. Sur mon île je ressentais un sentiment d’isolement et j’ai cherché à comprendre ce sentiment. Je pense que la seule façon de savoir ce que signifie réellement se sentir isolé est d'aller dans un endroit loin de tout et de rencontrer les gens qui y vivent pour comprendre ce qu'ils ressentent, ce qu'ils font, ce qu'ils pensent, leurs attentes, leurs valeurs, leurs rêves... leur vie quoi.»

Le dernier immeuble inhabité de Yur-Shor town, Vorkouta. Russie. 2009 |  Tomeu Coll

 

«J'ai commencé ce projet en 2009, bien que le travail de recherche ait débuté environ un an et demi avant de me rendre en Russie. Je suis allé à Vorkouta deux fois, en 2009 et en 2010. J’ai fait le premier voyage pendant l'été et le deuxième à la fin de l'hiver, pendant ce qu’ils appellent “le printemps”. Mais c'est un printemps blanc: il n’y pas de fleurs et il fait environ -35 degrés. Je suis né à Majorque, une île méditerranéenne. Nous n'avons pas de grandes tempêtes de neige là-bas, ni d'hivers glacés. En réalité il ne fait pas vraiment froid. C'est l'humidité qui dérange au quotidien. Sur mon île je ressentais un sentiment d’isolement et j’ai cherché à comprendre ce sentiment. Je pense que la seule façon de savoir ce que signifie réellement se sentir isolé est d'aller dans un endroit loin de tout et de rencontrer les gens qui y vivent pour comprendre ce qu'ils ressentent, ce qu'ils font, ce qu'ils pensent, leurs attentes, leurs valeurs, leurs rêves... leur vie quoi.»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll


«Pourquoi Vorkouta? Parce que Vorkouta est un endroit où les prisonniers du goulag étaient envoyés pour travailler en Sibérie. L'isolement était une réalité. Il n'y avait pas de barrières là-bas –les kilomètres sans fin et la neige qui entourent l'endroit constituaient la prison. J’aurais aimé aller à Magadan ou Kolymá mais je suis allé à Vorkouta car des trois plus grands goulags, c’était le plus proche et c’était aussi celui sur lequel il y avait le moins de littérature. J’ai donc voulu aller voir par moi-même. Sur cette photo, le jeune homme, Dimas, est impliqué dans de nombreux projets avec l'association mémoriale des victimes du goulag. C'est l'un des meilleurs étudiants du professeur d'histoire Sergei Yasnov (à droite).»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll


«Pourquoi Vorkouta? Parce que Vorkouta est un endroit où les prisonniers du goulag étaient envoyés pour travailler en Sibérie. L'isolement était une réalité. Il n'y avait pas de barrières là-bas –les kilomètres sans fin et la neige qui entourent l'endroit constituaient la prison. J’aurais aimé aller à Magadan ou Kolymá mais je suis allé à Vorkouta car des trois plus grands goulags, c’était le plus proche et c’était aussi celui sur lequel il y avait le moins de littérature. J’ai donc voulu aller voir par moi-même. Sur cette photo, le jeune homme, Dimas, est impliqué dans de nombreux projets avec l'association mémoriale des victimes du goulag. C'est l'un des meilleurs étudiants du professeur d'histoire Sergei Yasnov (à droite).»

Alexander S. Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Vorkouta a été construite par les prisonniers du goulag. Ils venaient du monde entier: Français, Allemands, Russes, Espagnols ... Avant la construction de la ville, la seule raison de vivre dans cette région était la mine de charbon. Comme beaucoup de villes de Sibérie, le charbon était le grand moteur de l'industrie russe. L'Europe était le premier acheteur de charbon, l'URSS devait donc poursuivre le développement de ce marché pour continuer à être le géant économique après la révolution d'Octobre. Cet ouvrier retraité de la mine de charbon est aussi passionné d'histoire. Il est né à Vorkouta et est un membre actif de l'association commémorative pour les victimes du goulag. Grâce à son dévouement, nous pouvons désormais savoir qu’il y a eu des prisonniers qui ont pu s'échapper et qui ont survécu. Il m’a raconté que treize prisonniers avaient réussi à s'échapper du goulag. Parmi eux, il y avait un Espagnol, un combattant républicain qui est allé en URSS pour se battre aux côtés des communistes pendant la révolution. Il a finalement été envoyé au goulag, accusé d'espionnage. Des histoires comme celle-là étaient très courantes dans la ville, pourtant la plupart des gens que j'ai rencontrés m'ont dit qu'ils voulaient retourner à l'époque soviétique, parce qu'au moins ils avaient de la nourriture tous les jours.»

Alexander S. Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Vorkouta a été construite par les prisonniers du goulag. Ils venaient du monde entier: Français, Allemands, Russes, Espagnols ... Avant la construction de la ville, la seule raison de vivre dans cette région était la mine de charbon. Comme beaucoup de villes de Sibérie, le charbon était le grand moteur de l'industrie russe. L'Europe était le premier acheteur de charbon, l'URSS devait donc poursuivre le développement de ce marché pour continuer à être le géant économique après la révolution d'Octobre. Cet ouvrier retraité de la mine de charbon est aussi passionné d'histoire. Il est né à Vorkouta et est un membre actif de l'association commémorative pour les victimes du goulag. Grâce à son dévouement, nous pouvons désormais savoir qu’il y a eu des prisonniers qui ont pu s'échapper et qui ont survécu. Il m’a raconté que treize prisonniers avaient réussi à s'échapper du goulag. Parmi eux, il y avait un Espagnol, un combattant républicain qui est allé en URSS pour se battre aux côtés des communistes pendant la révolution. Il a finalement été envoyé au goulag, accusé d'espionnage. Des histoires comme celle-là étaient très courantes dans la ville, pourtant la plupart des gens que j'ai rencontrés m'ont dit qu'ils voulaient retourner à l'époque soviétique, parce qu'au moins ils avaient de la nourriture tous les jours.»

Halmer-U. Vorkouta. Russie. | Tomeu Coll

 

«Situé à environ 70 km au nord de Vorkouta, cet immeuble était le premier à avoir été abandonné de toute la région. Chaque année, beaucoup de ses habitants retournent en ville pour faire un barbecue et se souvenir de leur vie là-bas. Après avoir été abandonnée, les militaires l’ont utilisée comme terrain d'essai. C'est pour cela que de nombreux bâtiments sont détruits. Anatoly, ouvrier mécanicien, a trouvé un morceau d’un engin explosif à l'intérieur de l'ancien bâtiment de la maison de la culture.»

Halmer-U. Vorkouta. Russie. | Tomeu Coll

 

«Situé à environ 70 km au nord de Vorkouta, cet immeuble était le premier à avoir été abandonné de toute la région. Chaque année, beaucoup de ses habitants retournent en ville pour faire un barbecue et se souvenir de leur vie là-bas. Après avoir été abandonnée, les militaires l’ont utilisée comme terrain d'essai. C'est pour cela que de nombreux bâtiments sont détruits. Anatoly, ouvrier mécanicien, a trouvé un morceau d’un engin explosif à l'intérieur de l'ancien bâtiment de la maison de la culture.»

Lenin Avenue, Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll


«Au-delà des six kilomètres de Lenin Avenue, le centre névralgique de la ville, il n'y a que des bâtiments résidentiels. Bien qu'il n'y ait pas grand-chose à faire dans une ville dans laquelle les théâtres, le cinéma et les autres centres ont fermé leurs portes, pour les habitants de l'Arctique la neige abondante n'est jamais une excuse pour ne pas aller se promener. Au sommet d'un bâtiment à Vorkouta, il y a un panneau avec une phrase qui dit “Gloire à celui qui vit dans le cercle polaire”. Ce jour-là, quand j'ai vu ce couple marchant sous la tempête de neige, je voyais que leur enthousiasme à vivre dans les limites de la terre était une réalité. Rien ne pouvait les arrêter.»

Lenin Avenue, Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll


«Au-delà des six kilomètres de Lenin Avenue, le centre névralgique de la ville, il n'y a que des bâtiments résidentiels. Bien qu'il n'y ait pas grand-chose à faire dans une ville dans laquelle les théâtres, le cinéma et les autres centres ont fermé leurs portes, pour les habitants de l'Arctique la neige abondante n'est jamais une excuse pour ne pas aller se promener. Au sommet d'un bâtiment à Vorkouta, il y a un panneau avec une phrase qui dit “Gloire à celui qui vit dans le cercle polaire”. Ce jour-là, quand j'ai vu ce couple marchant sous la tempête de neige, je voyais que leur enthousiasme à vivre dans les limites de la terre était une réalité. Rien ne pouvait les arrêter.»

Vorkuta ring road. Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Quand j’ai pris le train pour aller à Vorkouta les gens étaient choqués. Il est fréquent de voir des touristes ou des étrangers sur la route du Transsibérien, mais il n'est pas très commun, pour les Russes, de voir des étrangers dans le train qui va à Vorkouta. Les gens étaient curieux, posaient des questions et voulaient en savoir plus sur pourquoi nous allions dans cette ville. Sur cette photo on voit un véhicule de neige construit par les Sibériens pour pouvoir se déplacer pendant les longs hivers neigeux. Ils utilisent toutes sortes de pièces, de vieux réservoirs, de vieilles voitures, de vélos, tout est bon pour que leurs rêves deviennent réalité.»

Vorkuta ring road. Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Quand j’ai pris le train pour aller à Vorkouta les gens étaient choqués. Il est fréquent de voir des touristes ou des étrangers sur la route du Transsibérien, mais il n'est pas très commun, pour les Russes, de voir des étrangers dans le train qui va à Vorkouta. Les gens étaient curieux, posaient des questions et voulaient en savoir plus sur pourquoi nous allions dans cette ville. Sur cette photo on voit un véhicule de neige construit par les Sibériens pour pouvoir se déplacer pendant les longs hivers neigeux. Ils utilisent toutes sortes de pièces, de vieux réservoirs, de vieilles voitures, de vélos, tout est bon pour que leurs rêves deviennent réalité.»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Le nombre de bâtiments abandonnés est croissant. En raison de la longue et terrible crise du charbon, le gouvernement n'a pas assez d'argent pour réparer les édifices qui commencent à tomber en ruines. Les températures extrêmement froides (-40°C) provoquent ensuite l’effondrement des bâtiments lorsque la neige fond en été.»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Le nombre de bâtiments abandonnés est croissant. En raison de la longue et terrible crise du charbon, le gouvernement n'a pas assez d'argent pour réparer les édifices qui commencent à tomber en ruines. Les températures extrêmement froides (-40°C) provoquent ensuite l’effondrement des bâtiments lorsque la neige fond en été.»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Irina, sur cette image, entraîneure olympique de ping-pong, se trouve dans le dernier bâtiment habité de Yur-shor. Elle parle de sa lutte pour survivre avec ses voisins Sergei, Svetlana, Irina et Katya. Ils ont été les derniers habitants de la ville de Yur-Shor avant que le gouvernement n'éteigne l'électricité.»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll

 

«Irina, sur cette image, entraîneure olympique de ping-pong, se trouve dans le dernier bâtiment habité de Yur-shor. Elle parle de sa lutte pour survivre avec ses voisins Sergei, Svetlana, Irina et Katya. Ils ont été les derniers habitants de la ville de Yur-Shor avant que le gouvernement n'éteigne l'électricité.»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll


«Voici l'un des treize établissements faisant partie de Vorkouta Ring, composé de treize villes autour de la ville principale. Chacune d'entre elles possède sa propre mine de charbon. Après la crise du charbon en Russie, la demande internationale de ce minerai a commencé à baisser et ces villes sont mortes peu à peu. Les écoles, les pharmacies, les marchés ont fermé... Toute la population a été obligée de partir, mais dans l’un des bâtiments des gens ont attendu jusqu'à la dernière minute en espérant obtenir de meilleures conditions de la part du gouvernement pour commencer une nouvelle vie dans n'importe quelle autre partie du pays.»

Vorkouta. Russie. 2009 | Tomeu Coll


«Voici l'un des treize établissements faisant partie de Vorkouta Ring, composé de treize villes autour de la ville principale. Chacune d'entre elles possède sa propre mine de charbon. Après la crise du charbon en Russie, la demande internationale de ce minerai a commencé à baisser et ces villes sont mortes peu à peu. Les écoles, les pharmacies, les marchés ont fermé... Toute la population a été obligée de partir, mais dans l’un des bâtiments des gens ont attendu jusqu'à la dernière minute en espérant obtenir de meilleures conditions de la part du gouvernement pour commencer une nouvelle vie dans n'importe quelle autre partie du pays.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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