Trois photographes racontent Jacques Chirac
France

Trois photographes racontent Jacques Chirac

Jean-Claude Delmas, George Gobet et Patrick Kovarik ont suivi Jacques Chirac pendant plusieurs années. Ces trois photographes ont sélectionné certaines de leurs images de l'ancien président et les commentent pour Slate.fr.

«J'étais en poste pour l'AFP à Toulouse et je couvrais tout ce qui se passait dans le Midi-Pyrénées, dont les déplacements de Chirac. Sur cette photo prise à Égletons lors de l'annonce de la création du RPR en 1976, il a les bras ouverts comme un aigle, ailes écartées. Je trouve cette photo drôle.»
Égletons, France, le 5 décembre 1976. | Jean-Claude Delmas / AFP

«J'étais en poste pour l'AFP à Toulouse et je couvrais tout ce qui se passait dans le Midi-Pyrénées, dont les déplacements de Chirac. Sur cette photo prise à Égletons lors de l'annonce de la création du RPR en 1976, il a les bras ouverts comme un aigle, ailes écartées. Je trouve cette photo drôle.»

«Je venais de terminer de couvrir le Tour de France pendant trois semaines et j'étais en vacances à Cannes quand l'AFP m'a appelé car il n'y avait pas de photographes disponibles pour couvrir la visite de Chirac au Japon. C'est donc moi qui suis parti. J'ai pris plusieurs clichés lors des repas de sushis pendant les dîners traditionnels japonais, auxquels il participait en compagnie de son épouse Bernadette. J'aimais le prendre en photo avec sa serviette sur les genoux. Mon jeu à moi, c'était de m'amuser à photographier les hommes politiques dans des situations qui montrent leur véritable comportement d'homme.»
Kyoto, Japon, le 1er août 1976. | Jean-Claude Delmas / AFP

«Je venais de terminer de couvrir le Tour de France pendant trois semaines et j'étais en vacances à Cannes quand l'AFP m'a appelé car il n'y avait pas de photographes disponibles pour couvrir la visite de Chirac au Japon. C'est donc moi qui suis parti. J'ai pris plusieurs clichés lors des repas de sushis pendant les dîners traditionnels japonais, auxquels il participait en compagnie de son épouse Bernadette. J'aimais le prendre en photo avec sa serviette sur les genoux. Mon jeu à moi, c'était de m'amuser à photographier les hommes politiques dans des situations qui montrent leur véritable comportement d'homme.»

«Ce matin du 5 décembre, je devais assurer un reportage à la station de métro Auber. Elle n'était pas encore ouverte. Chirac était alors maire de Paris et devait inaugurer une exposition d'art moderne sur les quais du RER. Je me doutais que la visite de l'exposition ne donnerait pas “la photo du siècle”, alors je suis resté en retrait, vers le portillon. Les autres photographes étaient sur le quai. Chirac est arrivé et a mis son ticket, mais il a oublié de le retirer car ce n'était pas un utilisateur des transports en commun. Le portillon est resté fermé. Il a sauté la barrière immédiatement. J'ai fait environ cinq images du saut.»
Paris, le 5 décembre 1980. | Jean-Claude Delmas / AFP

«Ce matin du 5 décembre, je devais assurer un reportage à la station de métro Auber. Elle n'était pas encore ouverte. Chirac était alors maire de Paris et devait inaugurer une exposition d'art moderne sur les quais du RER. Je me doutais que la visite de l'exposition ne donnerait pas “la photo du siècle”, alors je suis resté en retrait, vers le portillon. Les autres photographes étaient sur le quai. Chirac est arrivé et a mis son ticket, mais il a oublié de le retirer car ce n'était pas un utilisateur des transports en commun. Le portillon est resté fermé. Il a sauté la barrière immédiatement. J'ai fait environ cinq images du saut.»

«J'ai fait cette photo lors d'un dîner officiel à l'Élysée. Ce que j'aime, c'est la complicité entre Chirac et Mohammed VI. Chirac accueille les invités, mais ça ne l'empêche pas de rigoler avec le roi du Maroc. C'était son côté décontracté.»
Élysée, Paris, le 20 mars 2000. | Georges Gobet / AFP

«J'ai fait cette photo lors d'un dîner officiel à l'Élysée. Ce que j'aime, c'est la complicité entre Chirac et Mohammed VI. Chirac accueille les invités, mais ça ne l'empêche pas de rigoler avec le roi du Maroc. C'était son côté décontracté.»

«Cette photo a été prise lors d'un sommet européen à Nice pendant la cohabitation. On dirait des marionnettes. Lorsque Chirac faisait un mètre, Jospin faisait un mètre. Ils se surveillaient l'un l'autre. Dès que l'un faisait quelque chose, l'autre faisait autre chose pour se démarquer.»
Nice, le 7 décembre 2000. | Georges Gobet / AFP

«Cette photo a été prise lors d'un sommet européen à Nice pendant la cohabitation. On dirait des marionnettes. Lorsque Chirac faisait un mètre, Jospin faisait un mètre. Ils se surveillaient l'un l'autre. Dès que l'un faisait quelque chose, l'autre faisait autre chose pour se démarquer.»

«Chirac allait toujours voter dans la commune de Sarran. Il mettait trois secondes à voter et dix heures à parler aux gens. Cette photo a été prise à l'occasion du référendum sur le quinquennat et au lieu d'embrasser la fillette sur la joue comme n’importe qui, il lui avait fait un baise-main.»
Sarran, France, le 24 septembre 2000. | Georges Gobet / AFP

«Chirac allait toujours voter dans la commune de Sarran. Il mettait trois secondes à voter et dix heures à parler aux gens. Cette photo a été prise à l'occasion du référendum sur le quinquennat et au lieu d'embrasser la fillette sur la joue comme n’importe qui, il lui avait fait un baise-main.»

«Cette photo parle d'elle même. C'était après la tempête de décembre 1999 qui avait ravagé beaucoup de forêts en France. Chirac était descendu encourager les sinistrés des intempéries. Il s'est retrouvé en forêt non équipé, les pieds dans la boue jusqu'aux chevilles, mais il est tout de même parti saluer les militaires du 126e régiment d'infanterie de Brive qui dégagaient les accès de la forêt de Saint-Sulpice-des-Bois.»
Fôret de Saint Sulpice des Bois, près d'Ussel, France, le 8 janvier 2000. | Georges Gobet / AFP

«Cette photo parle d'elle même. C'était après la tempête de décembre 1999 qui avait ravagé beaucoup de forêts en France. Chirac était descendu encourager les sinistrés des intempéries. Il s'est retrouvé en forêt non équipé, les pieds dans la boue jusqu'aux chevilles, mais il est tout de même parti saluer les militaires du 126e régiment d'infanterie de Brive qui dégagaient les accès de la forêt de Saint-Sulpice-des-Bois.»

«Chirac a pris la main de cette femme quand il l'a reconnue, à Basse-Terre, lors d'une visite de deux jours en Guadeloupe. Elle était venue faire un repas traditionnel antillais à l'Élysée quelques années auparavant. Quand Chirac a compris qui elle était, ils ont eu un éclat de rire. Cette photo décrit bien une sorte de spontanéité qu'il avait toujours lors des déplacements.»
Basse-Terre (Guadeloupe), le 9 mars 2000. |  Georges Gobet / AFP

«Chirac a pris la main de cette femme quand il l'a reconnue, à Basse-Terre, lors d'une visite de deux jours en Guadeloupe. Elle était venue faire un repas traditionnel antillais à l'Élysée quelques années auparavant. Quand Chirac a compris qui elle était, ils ont eu un éclat de rire. Cette photo décrit bien une sorte de spontanéité qu'il avait toujours lors des déplacements.»

«Chirac portait un grand intérêt aux arts premiers. Il n'hésitait pas, pendant une visite officielle, à prendre le temps de regarder longuement à la loupe une pièce du trésor du musée de Yangzhou devant le président chinois.»
Yangzhou (sud de Pékin), Chine, le 22 octobre 2000. | Georges Gobet / AFP

«Chirac portait un grand intérêt aux arts premiers. Il n'hésitait pas, pendant une visite officielle, à prendre le temps de regarder longuement à la loupe une pièce du trésor du musée de Yangzhou devant le président chinois.»

«Cette photo prise après le 11-Septembre est pour moi un souvenir assez intense. L’événement était intense, mais aussi, Chirac était le premier président à se rendre à New York. En France, c’était le début de la campagne électorale. Le président a visité un centre de secours pour les blessés de l'attentat, puis Claude Chirac m'a prise par le bras et m’a dit: “Je ne peux pas te dire où on va, mais suis moi.” Je me suis retrouvé dans un cortège officiel avec Chirac, elle m'a mis dans un hélico, on a survolé le site du World Trade Center avec le maire de New York, Rudolph Giuliani. J'étais de pool, c'est-à-dire que j’ai donné cette image à toutes les agences du monde, donc j’avais beaucoup de pression sur les épaules et j'étais pris par l'importance de l'évenement. Après, j'ai repris la voiture avec Claude Chirac et elle a dit à quelqu'un: “Maintenant qu'il a fait ça, il faut absolument qu'il mange quelque chose, vous lui trouvez n'importe quoi, un bout de foie gras sur un coin de table... mais il faut absolument qu'il mange quelque chose.” Ça m'a beaucoup fait rire.»
New York, États-Unis, le 19 septembre 2001. | Patrick Kovarik / AFP

«Cette photo prise après le 11-Septembre est pour moi un souvenir assez intense. L’événement était intense, mais aussi, Chirac était le premier président à se rendre à New York. En France, c’était le début de la campagne électorale. Le président a visité un centre de secours pour les blessés de l'attentat, puis Claude Chirac m'a prise par le bras et m’a dit: “Je ne peux pas te dire où on va, mais suis moi.” Je me suis retrouvé dans un cortège officiel avec Chirac, elle m'a mis dans un hélico, on a survolé le site du World Trade Center avec le maire de New York, Rudolph Giuliani. J'étais de pool, c'est-à-dire que j’ai donné cette image à toutes les agences du monde, donc j’avais beaucoup de pression sur les épaules et j'étais pris par l'importance de l'évenement. Après, j'ai repris la voiture avec Claude Chirac et elle a dit à quelqu'un: “Maintenant qu'il a fait ça, il faut absolument qu'il mange quelque chose, vous lui trouvez n'importe quoi, un bout de foie gras sur un coin de table... mais il faut absolument qu'il mange quelque chose.” Ça m'a beaucoup fait rire.»

«Sur cette photo, on voit l'homme politique. Son regard est glaçant, il immobilise. Ce regard, il ne l'avait pas souvent. Je me souviens de cet instant, c'était juste après une question qui ne lui avait pas plu lors d'une conférence de presse à Stockholm.»
Stockholm, Suède, le 24 mars 2001. | Georges Gobet / AFP

«Sur cette photo, on voit l'homme politique. Son regard est glaçant, il immobilise. Ce regard, il ne l'avait pas souvent. Je me souviens de cet instant, c'était juste après une question qui ne lui avait pas plu lors d'une conférence de presse à Stockholm.»

«J'ai pris ce portrait pendant la visite du chef de l'État avec son homologue mexicain Vicente Fox à la chaîne d'assemblage des Airbus A330 et A340, à Toulouse. Il m'a eu tellement devant lui pendant des années, et là, il me regarde et sourit. Dans ce regard, j'ai l'impression qu'il comprend ce que je fais. Il avait de la bienveillance pour les photographes. C'est le seul président que j'ai vu plusieurs fois aider un photographe à se relever après avoir trébuché. Dans les voyages de presse, on est très nombreux, il arrive qu'on tombe, mais lui était bienveillant envers les journalistes de terrain.»
Toulouse, le 13 octobre 2001. | Patrick Kovarik / AFP

«J'ai pris ce portrait pendant la visite du chef de l'État avec son homologue mexicain Vicente Fox à la chaîne d'assemblage des Airbus A330 et A340, à Toulouse. Il m'a eu tellement devant lui pendant des années, et là, il me regarde et sourit. Dans ce regard, j'ai l'impression qu'il comprend ce que je fais. Il avait de la bienveillance pour les photographes. C'est le seul président que j'ai vu plusieurs fois aider un photographe à se relever après avoir trébuché. Dans les voyages de presse, on est très nombreux, il arrive qu'on tombe, mais lui était bienveillant envers les journalistes de terrain.»

«Jacques et Bernadette Chirac prennent des bulletins de vote lors du premier tour des élections législatives de 2002. J'aime bien cette photo, car elle montre un couple qui pour moi était assez mal assorti et incongru. En même temps, j'ai eu l'impression qu'ils étaient totalement inséparables. Sur la photo, ils se mélangent pour prendre les bulletins: le couple est très proche et je trouve qu'elle illlustre bien leur relation, même si en réalité, il était assez rare de les voir si proches. Là, il s'agit d'un concours de circonstances.»
Mairie de Sarran, le 9 juin 2002. | Patrick Kovarik / AFP

«Jacques et Bernadette Chirac prennent des bulletins de vote lors du premier tour des élections législatives de 2002. J'aime bien cette photo, car elle montre un couple qui pour moi était assez mal assorti et incongru. En même temps, j'ai eu l'impression qu'ils étaient totalement inséparables. Sur la photo, ils se mélangent pour prendre les bulletins: le couple est très proche et je trouve qu'elle illlustre bien leur relation, même si en réalité, il était assez rare de les voir si proches. Là, il s'agit d'un concours de circonstances.»

«Le président Jacques Chirac est venu saluer les employés d'Acta Mobilier, dans la banlieue d'Auxerre, après sa visite de l'entreprise. J'aime cette photo car je me souviens qu'il avait passé beaucoup de temps à serrer les mains. On avait toujours la sensation qu'il n'en avait jamais assez, qu'il était insatiable quand il serrait les mains.»
Moneteau, France, le 16 septembre 2003.  | Patrick Kovarik / AFP

«Le président Jacques Chirac est venu saluer les employés d'Acta Mobilier, dans la banlieue d'Auxerre, après sa visite de l'entreprise. J'aime cette photo car je me souviens qu'il avait passé beaucoup de temps à serrer les mains. On avait toujours la sensation qu'il n'en avait jamais assez, qu'il était insatiable quand il serrait les mains.»

«Quand il s'est rendu en Algérie pour voir le président Abdelaziz Bouteflika, les Algériens étaient en liesse. Il y avait des milliers et des milliers de personnes dans les rues. C'est le bain de foule le plus long auquel j'ai pu assister avec Jacques Chirac. Ça  a duré des kilomètres, des heures, il a serré des milliers de mains. C'était impressionnant.»
Alger, Algérie, le 2 mars 2003. | Patrick Kovarik / AFP

«Quand il s'est rendu en Algérie pour voir le président Abdelaziz Bouteflika, les Algériens étaient en liesse. Il y avait des milliers et des milliers de personnes dans les rues. C'est le bain de foule le plus long auquel j'ai pu assister avec Jacques Chirac. Ça  a duré des kilomètres, des heures, il a serré des milliers de mains. C'était impressionnant.»

«Jacques Chirac est venu rendre visite à son homologue sénégalais Abdoulaye Wade en 2005. Il adorait l'Afrique. Dans les voyages de presse, on le sentait vraiment heureux d'être sur ce continent à chaque fois, plus qu'ailleurs.»
Saint-Louis, Sénégal, le 3 février 2005. | Patrick Kovarik / AFP

«Jacques Chirac est venu rendre visite à son homologue sénégalais Abdoulaye Wade en 2005. Il adorait l'Afrique. Dans les voyages de presse, on le sentait vraiment heureux d'être sur ce continent à chaque fois, plus qu'ailleurs.»

«Je me souviens de ce voyage, c'était le dernier de son quinquennat. Il allait voir Angela Merkel en Allemagne. Cette photo résume aussi Jacques Chirac: un charmeur. Il avait un côté vieille France, des présidents qui font des baise-mains, j'en ai pas vu beaucoup.»
Berlin, Allemagne, le 3 mai 2007. | Patrick Kovarik / AFP

«Je me souviens de ce voyage, c'était le dernier de son quinquennat. Il allait voir Angela Merkel en Allemagne. Cette photo résume aussi Jacques Chirac: un charmeur. Il avait un côté vieille France, des présidents qui font des baise-mains, j'en ai pas vu beaucoup.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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