Où nos objets électroniques finissent-ils leur vie?
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Où nos objets électroniques finissent-ils leur vie?

Chaque année, des centaines de milliers de tonnes de déchets électroniques sont acheminées d'Europe et des États-Unis vers le Ghana, l'Inde et la Chine, au détriment de l'environnement et des personnes qui y vivent. Pendant cinq ans, le photographe allemand Kai Löffelbein a parcouru ces pays pour «montrer le problème à travers [son] travail et encourager les gens à réfléchir à leur consommation». Sa série, publiée dans un livre intitulé «Ctrl-X–A topography of e-waste», sera exposée lors du festival Photaumnales, à Beauvais, du 28 septembre 2019 au 5 janvier 2020.

«Mes projets photographiques sont toujours liés à nous et à notre mode de vie occidental, même si vais les chercher loin. En ce qui concerne les déchets électroniques, il existe un lien direct et très clair avec la manière dont nous consommons. En tant que photographe, je possède bien sûr de nombreux appareils, ordinateurs, imprimantes, photos et autres. J’étais curieux de savoir ce qu’il advenait d'eux après que je m’en suis débarrassé.»
Accra (Ghana) | Kai Löffelbein

«Mes projets photographiques sont toujours liés à nous et à notre mode de vie occidental, même si vais les chercher loin. En ce qui concerne les déchets électroniques, il existe un lien direct et très clair avec la manière dont nous consommons. En tant que photographe, je possède bien sûr de nombreux appareils, ordinateurs, imprimantes, photos et autres. J’étais curieux de savoir ce qu’il advenait d'eux après que je m’en suis débarrassé.»

«Les ordinateurs sont partout et la vie sans eux semble impensable. Selon les Nations Unies, 50 millions de tonnes de déchets électroniques toxiques s’accumulent chaque année dans le monde. Tous les mois, l'Occident expédie une quantité énorme de conteneurs d'articles usés et cassés dans des pays comme le Ghana. Avec la ratification volontaire de la Convention de Bâle en 1989, la loi interdit d’exporter davantage de ces déchets vers des pays qui ne sont pas membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Quoi qu’il en soit, tous les pays ne l'ont pas signée et cette pratique existe toujours y compris dans ceux qui l'ont ratifiée. Les inspections de dix-huit ports maritimes européens ont révélé pas moins de 47% des déchets illégaux destinés à l'exportation.»
Un garde qui assure la sécurité se tient devant le port de Shantou près de Guiyu (Chine) | Kai Löffelbein

«Les ordinateurs sont partout et la vie sans eux semble impensable. Selon les Nations Unies, 50 millions de tonnes de déchets électroniques toxiques s’accumulent chaque année dans le monde. Tous les mois, l'Occident expédie une quantité énorme de conteneurs d'articles usés et cassés dans des pays comme le Ghana. Avec la ratification volontaire de la Convention de Bâle en 1989, la loi interdit d’exporter davantage de ces déchets vers des pays qui ne sont pas membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Quoi qu’il en soit, tous les pays ne l'ont pas signée et cette pratique existe toujours y compris dans ceux qui l'ont ratifiée. Les inspections de dix-huit ports maritimes européens ont révélé pas moins de 47% des déchets illégaux destinés à l'exportation

«Les douanes ne font pas les contrôles nécessaire pour vérifier que les appareils fonctionnent toujours. Lorsqu'un conteneur de tubes cathodiques est ouvert, les agents des douanes ne regardent que les trois premiers rangs de matériels. Ils sont connectés au circuit. Si une image est visible, le moniteur est considéré comme fonctionnel. Le reste n'est pas vérifié. Les contrôles sont très laxistes.»
Delhi, Old Seelampur (Inde) | Kai Löffelbein

«Les douanes ne font pas les contrôles nécessaire pour vérifier que les appareils fonctionnent toujours. Lorsqu'un conteneur de tubes cathodiques est ouvert, les agents des douanes ne regardent que les trois premiers rangs de matériels. Ils sont connectés au circuit. Si une image est visible, le moniteur est considéré comme fonctionnel. Le reste n'est pas vérifié. Les contrôles sont très laxistes.»

«Aux États-Unis, on estime que 50 à 80% des déchets collectés pour le recyclage sont exportés. Ce pays n’ayant pas ratifié la Convention de Bâle, tout ceci est légal. La capitale indienne est, elle, en train de devenir le principal dépotoir de déchets électroniques dans le monde. Il y aurait 8.500 téléphones, 5.500 téléviseurs et 3.000 ordinateurs démontés chaque jour à Delhi.»
Delhi, Seelampur (Inde) | Kai Löffelbein

«Aux États-Unis, on estime que 50 à 80% des déchets collectés pour le recyclage sont exportés. Ce pays n’ayant pas ratifié la Convention de Bâle, tout ceci est légal. La capitale indienne est, elle, en train de devenir le principal dépotoir de déchets électroniques dans le monde. Il y aurait 8.500 téléphones, 5.500 téléviseurs et 3.000 ordinateurs démontés chaque jour à Delhi.»

«La différence entre produits usagés et hors d’usage est très claire sur le papier, moins quand il s'agit de les débusquer dans les containers. Je me suis rendu au Ghana, destination phare des déchets européens. Sur cette photo, un jeune homme brûle un câble en caoutchouc pour obstruer le cuivre à l'intérieur. Environ 600 conteneurs étiquetés comme des biens d’occasion “réutilisables” sont expédiés dans ce pays chaque mois.»
Accra (Ghana) | Kai Löffelbein

«La différence entre produits usagés et hors d’usage est très claire sur le papier, moins quand il s'agit de les débusquer dans les containers. Je me suis rendu au Ghana, destination phare des déchets européens. Sur cette photo, un jeune homme brûle un câble en caoutchouc pour obstruer le cuivre à l'intérieur. Environ 600 conteneurs étiquetés comme des biens d’occasion “réutilisables” sont expédiés dans ce pays chaque mois.»

«Sur cette photo prise à Accra, au Ghana, un jeune homme transporte des câbles dans un vieil écran d'ordinateur. Les conditions climatiques défavorables empêchent la fumée de se dissoudre dans l'atmosphère. Elle flotte dans l'air, à la manière d'un brouillard. On ne peut pas y voir à plus de 2 mètres. La décharge est divisée en deux. D’un côté, des garçons brûlent les câbles pour récupérer le cuivre. De l’autre, on trouve de petites cahutes en bois dans lesquelles sont démontés les appareils pour récolter des composants.»
Accra (Ghana) | Kai Löffelbein

«Sur cette photo prise à Accra, au Ghana, un jeune homme transporte des câbles dans un vieil écran d'ordinateur. Les conditions climatiques défavorables empêchent la fumée de se dissoudre dans l'atmosphère. Elle flotte dans l'air, à la manière d'un brouillard. On ne peut pas y voir à plus de 2 mètres. La décharge est divisée en deux. D’un côté, des garçons brûlent les câbles pour récupérer le cuivre. De l’autre, on trouve de petites cahutes en bois dans lesquelles sont démontés les appareils pour récolter des composants.»

«De nouveaux téléviseurs viennent d'arriver au Scrapyard d'Accra. Les appareils électroniques qui ne fonctionnent plus sont recyclés à la main dans les conditions les plus primitives. On estime que moins de 30% des appareils électroniques importés au Ghana sont opérationnels et se retrouvent dans des magasins de seconde main. Les 70% restants sont envoyés à la décharge pour que les métaux précieux y soient récupérés. Les personnes qui travaillent dans cette décharge sont plutôt secrètes et très méfiantes. Avoir accès à leur histoire n’a pas toujours été chose aisée. Il a fallu beaucoup d’efforts et de patience avant d'être accepté. Mais il y a un dicton dans notre métier: “Commencez par vous faire des amis avant de prendre des photos.”»
Accra (Ghana) | Kai Löffelbein

«De nouveaux téléviseurs viennent d'arriver au Scrapyard d'Accra. Les appareils électroniques qui ne fonctionnent plus sont recyclés à la main dans les conditions les plus primitives. On estime que moins de 30% des appareils électroniques importés au Ghana sont opérationnels et se retrouvent dans des magasins de seconde main. Les 70% restants sont envoyés à la décharge pour que les métaux précieux y soient récupérés. Les personnes qui travaillent dans cette décharge sont plutôt secrètes et très méfiantes. Avoir accès à leur histoire n’a pas toujours été chose aisée. Il a fallu beaucoup d’efforts et de patience avant d'être accepté. Mais il y a un dicton dans notre métier: “Commencez par vous faire des amis avant de prendre des photos.”»

«La situation est différente selon les pays. Au Ghana, ces déchets sont récupérés la plupart du temps par de jeunes garçons qui n’ont même pas les bons outils, au point d'opérer à mains nues. Les téléviseurs sont cassés avec des pierres ou frappés au sol jusqu'à ce qu'ils explosent, afin d'en extraire les métaux (fer, cuivre, aluminium). En Chine, le processus est plus industrialisé. Les gens peuvent travailler dans de petits ateliers familiaux ou dans d’immenses halls d’usines. Mais pour l'environnement, le résultat est le même –il se révèle peut-être même pire, car les produits chimiques, dans ce pays, sont utilisés pour récupérer des métaux précieux tels que l'or.»
Guiyu (Chine) | Kai Löffelbein

«La situation est différente selon les pays. Au Ghana, ces déchets sont récupérés la plupart du temps par de jeunes garçons qui n’ont même pas les bons outils, au point d'opérer à mains nues. Les téléviseurs sont cassés avec des pierres ou frappés au sol jusqu'à ce qu'ils explosent, afin d'en extraire les métaux (fer, cuivre, aluminium). En Chine, le processus est plus industrialisé. Les gens peuvent travailler dans de petits ateliers familiaux ou dans d’immenses halls d’usines. Mais pour l'environnement, le résultat est le même –il se révèle peut-être même pire, car les produits chimiques, dans ce pays, sont utilisés pour récupérer des métaux précieux tels que l'or.»

«Des femmes fondent des pièces. Une fois les composants chauffés, ils se remplacent plus facilement. Les ventilateurs sont censés diriger les vapeurs hautement toxiques vers l’extérieur. Beaucoup de gens savent très bien qu'ils exécutent un travail dangereux. Les brûleurs au Ghana m’ont raconté que la nuit, ils étaient réveillés par des maux de crâne et par leur mal de gorge. Il m'ont dit qu'ils n’avaient pas le choix de mettre un terme à cette tâche, faute d'avoir été à l’école. Pourquoi ne s’écartent-ils pas des fumées au moins quand les câbles brûlent? “Parce qu’on nous les volerait!”. Quant aux femmes qui, en Chine, au-dessus de leurs établis, respirent les fumées de plastiques ou des composantes pour juger de leur qualité, elles prennent beaucoup de risques, ça va sans dire. Elles s'exposent à des conséquences pour leur cerveau et leurs poumons.»
Guiyu (Chine) | Kai Löffelbein

«Des femmes fondent des pièces. Une fois les composants chauffés, ils se remplacent plus facilement. Les ventilateurs sont censés diriger les vapeurs hautement toxiques vers l’extérieur. Beaucoup de gens savent très bien qu'ils exécutent un travail dangereux. Les brûleurs au Ghana m’ont raconté que la nuit, ils étaient réveillés par des maux de crâne et par leur mal de gorge. Il m'ont dit qu'ils n’avaient pas le choix de mettre un terme à cette tâche, faute d'avoir été à l’école. Pourquoi ne s’écartent-ils pas des fumées au moins quand les câbles brûlent? “Parce qu’on nous les volerait!”. Quant aux femmes qui, en Chine, au-dessus de leurs établis, respirent les fumées de plastiques ou des composantes pour juger de leur qualité, elles prennent beaucoup de risques, ça va sans dire. Elles s'exposent à des conséquences pour leur cerveau et leurs poumons.»

«Cette décharge est située à l'extérieur de Delhi. Un homme se tient debout sur une montagne de vieux circuits imprimés. Il se lave le corps après une journée de travail épuisante. Devant lui, des cartes de circuits imprimés sont trempées dans des jerricans en plastique remplis d'acide pour extraire le cuivre par un procédé extrêmement dangereux. À l'arrière, un camion vient d' arriver avec de nouveaux déchets.»
Delhi, Mandoli (Inde) | Kai Löffelbein

«Cette décharge est située à l'extérieur de Delhi. Un homme se tient debout sur une montagne de vieux circuits imprimés. Il se lave le corps après une journée de travail épuisante. Devant lui, des cartes de circuits imprimés sont trempées dans des jerricans en plastique remplis d'acide pour extraire le cuivre par un procédé extrêmement dangereux. À l'arrière, un camion vient d' arriver avec de nouveaux déchets.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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