Loin de Tahrir

Tahrir, au Caire, fin janvier 2011. Nermine Hamman est sur place, et apprend, avec appréhension, que l’armée et ses chars arrivent pour canaliser les manifestations: «En Egypte, nous avons été élevés dans le mythe d’une armée forte et puissante.» Mais les soldats sont des gosses, engoncés dans des uniformes trop larges, les yeux mangés par la peur. «Nous avons tous été stupéfaits par leur vulnérabilité, leur féminité et leur jeunesse si pure.» «Je pensais que j’allais produire des photographies de guerre, mais ce qui a émergé fut exactement le contraire: la tendresse militaire, la coquetterie virile et la fragilité masculine.»

Son projet «Uppekha» –«Equanimité» ou tranquillité, l’un des concepts centraux du bouddhisme– transporte des soldats de l’armée égyptienne photographiés pendant les 18 jours de révolution dans des décors kitsch et acidulés. Une référence aux travaux de Pierre et Gilles? «Je n’y avais pas encore réfléchi. C’est à vous de me le dire!» Caroline Piquet


	Nermine Hamman ne peut s’empêcher de regarder ces visages poupins de soldats qui ont 16-17 ans, et qui n’ont jamais mis les pieds en ville. «Ils se tenaient le long des rues, louchant sur la cacophonie du Caire, observant l’Histoire –loin des stéréotypes de la masculinité en colère, autour desquels s’articulent nos récits de l’armée.»

Nermine Hamman ne peut s’empêcher de regarder ces visages poupins de soldats qui ont 16-17 ans, et qui n’ont jamais mis les pieds en ville. «Ils se tenaient le long des rues, louchant sur la cacophonie du Caire, observant l’Histoire –loin des stéréotypes de la masculinité en colère, autour desquels s’articulent nos récits de l’armée.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	«Cela m’a amenée à m’interroger sur les constructions de genres qui définissent notre société, et les fausses perceptions de la masculinité dans le monde arabe contemporain. Qui impose ces stéréotypes? Où se cache cette main invisible, et qu’est-ce qui la manœuvre?»

«Cela m’a amenée à m’interroger sur les constructions de genres qui définissent notre société, et les fausses perceptions de la masculinité dans le monde arabe contemporain. Qui impose ces stéréotypes? Où se cache cette main invisible, et qu’est-ce qui la manœuvre?»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.

	«Ils étaient si différents des forces de police que nous avions appris à connaître. Ils étaient les enfants de parents inquiets.»

«Ils étaient si différents des forces de police que nous avions appris à connaître. Ils étaient les enfants de parents inquiets.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	Fin février, la fatigue et la peur se lit sur leurs visages. «Je voulais les embrasser, les rassurer, leur dire que tout allait bien se passer. Alors je les ai transportés dans des endroits où ils pouvaient trouver du réconfort. Des lieux d’espérance et d’asile. Des endroits ensoleillés.»

Fin février, la fatigue et la peur se lit sur leurs visages. «Je voulais les embrasser, les rassurer, leur dire que tout allait bien se passer. Alors je les ai transportés dans des endroits où ils pouvaient trouver du réconfort. Des lieux d’espérance et d’asile. Des endroits ensoleillés.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	Ces soldats, transportés hors de la réalité, se retrouvent piégés dans les limites rigides de la carte postale, une façon de caricaturer la «couverture médiatique de la révolution égyptienne, consistant à coller sa propre interprétation sur les événements».

Ces soldats, transportés hors de la réalité, se retrouvent piégés dans les limites rigides de la carte postale, une façon de caricaturer la «couverture médiatique de la révolution égyptienne, consistant à coller sa propre interprétation sur les événements».

Crédit:  © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.

	«C’est un désir d’apporter un éclairage différent sur cet aspect méconnu de la guerre. Pas seulement ces cris de douleur –si facilement fétichisés– mais la peur d’adolescents accablés.»

«C’est un désir d’apporter un éclairage différent sur cet aspect méconnu de la guerre. Pas seulement ces cris de douleur –si facilement fétichisés– mais la peur d’adolescents accablés.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.

	«Les médias ont été inondés d’images de soldats embrassant des bébés sur leurs chars, des enfants dansant avec des bérets, la population se délectant de ce pop-corn militaire. A chaque bouchée, les soldats s’humanisaient un peu plus, et la frontière entre les citoyens et les super-héros devenait de plus en plus floue.»

«Les médias ont été inondés d’images de soldats embrassant des bébés sur leurs chars, des enfants dansant avec des bérets, la population se délectant de ce pop-corn militaire. A chaque bouchée, les soldats s’humanisaient un peu plus, et la frontière entre les citoyens et les super-héros devenait de plus en plus floue.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	Nermine Hammam est née en Egypte, a été scolarisée en Grande-Bretagne, puis a étudié le cinéma à l'université de New York.

Nermine Hammam est née en Egypte, a été scolarisée en Grande-Bretagne, puis a étudié le cinéma à l'université de New York.

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	«En tant que femme, j’ai zoomé sur ces cercles masculins dont je suis traditionnellement exclue. Photographier ces soldats, était pour moi la possibilité de les présenter sans masque, vulnérables, désirables et désirés.»

«En tant que femme, j’ai zoomé sur ces cercles masculins dont je suis traditionnellement exclue. Photographier ces soldats, était pour moi la possibilité de les présenter sans masque, vulnérables, désirables et désirés.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	Dans le projet, elle mêle photographies et vieilles cartes postales de seconde main. Faussement naïves, souvent drôles, ces images sont parfois sages, parfois érotiques.

Dans le projet, elle mêle photographies et vieilles cartes postales de seconde main. Faussement naïves, souvent drôles, ces images sont parfois sages, parfois érotiques.

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	«Ces soldats sont le reflet des Egyptiens, une représentation physique de notre propre désorientation et de notre confusion.»

«Ces soldats sont le reflet des Egyptiens, une représentation physique de notre propre désorientation et de notre confusion.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	Ces décors de cartes postales parodient les affiches de propagande des années 40 et 50, qui montrent des hommes forts et idéalisés. «Dans Uppekha, ils sont jeunes, innocents et désorientés.»

Ces décors de cartes postales parodient les affiches de propagande des années 40 et 50, qui montrent des hommes forts et idéalisés. «Dans Uppekha, ils sont jeunes, innocents et désorientés.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

	«Ces soldats ont été photographiés lors qu’ils étaient hors surveillance, laissant provisoirement de côté la démonstration de force, jeunes et vulnérables derrière leurs gadgets militaires.»

«Ces soldats ont été photographiés lors qu’ils étaient hors surveillance, laissant provisoirement de côté la démonstration de force, jeunes et vulnérables derrière leurs gadgets militaires.»

Crédit: © Hermine Hamman, Projet Uppheka, mars 2011.  

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