À Idlib, la jeunesse parkour les ruines
Sports / Monde

À Idlib, la jeunesse parkour les ruines

À Idlib, chaque habitant a gardé dans l'oreille le bruit des balles et des bombes, qu'il s'agisse des missiles lâchés par les Russes ou des roquettes lancées par l'armée de Bachar el-Assad, visant à anéantir l'un des derniers lieux où la résistance syrienne s'exprime en plein air. Mais c'est d'autres sons que guettent Obada Jbara et A‘mer Samsoum quand ils parcourent la ville: celui du gravier qui crisse, du caoutchouc qui glisse, de la main qui se raccroche in extremis, et du vent qui s'engouffre dans les ruines. Les deux sportifs, adeptes du parkour, ce sport acrobatique qui consiste à franchir des séries d'obstacles dans un environnement urbain ou naturel, se sont lancés dans l'aventure en 2017, et entraînent depuis une équipe de jeunes athlètes, qui ont fait de la ville leur nouveau terrain de jeu.

Apparu dans les banlieues parisiennes au début des années 1990, ce sport, dérivé des entraînements militaires, a fait son bout de chemin jusqu'en Syrie, où il a rencontré un certain engouement au milieu des années 2000, popularisé par des films comme Yamakasi ou Banlieue 13, et des vidéos YouTube. Mais dans le contexte de la guerre, le parkour a pris une tout autre tournure. C'est en sautant par-dessus les ruines d'immeubles et de maisons rasés par les bombardements que les jeunes se réapproprient des lieux que l'on croyait perdus, adaptant le sport à la nouvelle réalité de leur quotidien.

Idlib n'est pas particulièrement propice au parkour. Si le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui administre la ville et ses environs depuis 2017, s'est gardé d'imposer des règles strictes pour régenter la vie de la population, les sportifs se heurtent aux réticences des habitants eux-mêmes, qui n'apprécient guère de voir des jeunes courir sur leurs murs et sauter d'un balcon à l'autre –surtout quand cela implique de troubler l'intimité des foyers, et notamment des femmes, qui ne portent pas le hijab à l'intérieur.

Dans la ville, les jeunes sportifs se contentent donc de s'entraîner dans des parcs, ou dans une ancienne salle de gym qu'ils ont aménagée tant bien que mal en superposant des tapis, des plaques de mousse et des vieux matelas. Mais leur terrain préféré se situe à quinze kilomètres au sud d'Idlib, à Ariha. Trois fois par semaine, ils grimpent sur des motos à deux ou trois pour filer là-bas. Ravagée par la guerre, la ville a été vidée d'une grande partie de ses habitants, et offre désormais ses immeubles grisâtres à moitié éventrés, criblés d'éclats, aux acrobaties de ceux que l'on appelle les «traceurs».
Alors que la nuit commence à tomber sur Ariha, dans la province d'Idlib, un jeune fait des figures sur le toit d'un immeuble détruit par les bombardements, le 19 juin 2022. | Abd Almajeed Alkarh

Idlib n'est pas particulièrement propice au parkour. Si le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui administre la ville et ses environs depuis 2017, s'est gardé d'imposer des règles strictes pour régenter la vie de la population, les sportifs se heurtent aux réticences des habitants eux-mêmes, qui n'apprécient guère de voir des jeunes courir sur leurs murs et sauter d'un balcon à l'autre –surtout quand cela implique de troubler l'intimité des foyers, et notamment des femmes, qui ne portent pas le hijab à l'intérieur.

Dans la ville, les jeunes sportifs se contentent donc de s'entraîner dans des parcs, ou dans une ancienne salle de gym qu'ils ont aménagée tant bien que mal en superposant des tapis, des plaques de mousse et des vieux matelas. Mais leur terrain préféré se situe à quinze kilomètres au sud d'Idlib, à Ariha. Trois fois par semaine, ils grimpent sur des motos à deux ou trois pour filer là-bas. Ravagée par la guerre, la ville a été vidée d'une grande partie de ses habitants, et offre désormais ses immeubles grisâtres à moitié éventrés, criblés d'éclats, aux acrobaties de ceux que l'on appelle les «traceurs».

«Avant, j'étais un fan de breakdance et de sports similaires, comme l'aérobic», explique Obada Jbara. Quand il découvre le parkour, ce jeune Syrien de 24 ans se met à regarder autant de vidéos YouTube qu'il le peut, apprenant de nouvelles techniques par l'intermédiaire de coachs qui partagent leurs sessions d'entraînement. Assez rapidement, il décide avec son ami A‘mer Samsoum de créer une équipe: Tafani, qui signifie «dévouement» en arabe, naît ainsi à Idlib en 2018.

«L'esprit d'équipe est plus fort que celui d'un seul individu, et l'entraînement à plusieurs est plus amusant et plus émulateur qu'un entraînement solitaire», fait remarquer A‘mer, de deux ans son aîné. Lui qui travaille comme accompagnateur psycho-social auprès de personnes aveugles passe désormais une partie de son temps à entraîner des enfants et de jeunes athlètes avec Obada pour leur apprendre les bases du parkour, et leur permettre ainsi de réinventer de nouveaux espaces de vie à travers le sport.

Caméraman pour l'ONG humanitaire Hathi Hayati, Obada a fini par lancer sa propre chaîne YouTube et tourne des vlogs pour faire connaître le parkour en Syrie. Dans le contexte guerrier que connaît le pays, le parkour, par la liberté qu'il permet et s'arroge, peut aussi apparaître comme une forme de résistance: les athlètes occupent l'espace public et le configurent autrement, en réinvestissant un quotidien qui leur avait été confisqué par la répression armée russo-syrienne.
A‘mer Samsoum (à gauche) et Obada Jbara (à droite), les fondateurs de l'équipe syrienne de parkour Tafani. | Abd Almajeed Alkarh

«Avant, j'étais un fan de breakdance et de sports similaires, comme l'aérobic», explique Obada Jbara. Quand il découvre le parkour, ce jeune Syrien de 24 ans se met à regarder autant de vidéos YouTube qu'il le peut, apprenant de nouvelles techniques par l'intermédiaire de coachs qui partagent leurs sessions d'entraînement. Assez rapidement, il décide avec son ami A‘mer Samsoum de créer une équipe: Tafani, qui signifie «dévouement» en arabe, naît ainsi à Idlib en 2018.

«L'esprit d'équipe est plus fort que celui d'un seul individu, et l'entraînement à plusieurs est plus amusant et plus émulateur qu'un entraînement solitaire», fait remarquer A‘mer, de deux ans son aîné. Lui qui travaille comme accompagnateur psycho-social auprès de personnes aveugles passe désormais une partie de son temps à entraîner des enfants et de jeunes athlètes avec Obada pour leur apprendre les bases du parkour, et leur permettre ainsi de réinventer de nouveaux espaces de vie à travers le sport.

Caméraman pour l'ONG humanitaire Hathi Hayati, Obada a fini par lancer sa propre chaîne YouTube et tourne des vlogs pour faire connaître le parkour en Syrie. Dans le contexte guerrier que connaît le pays, le parkour, par la liberté qu'il permet et s'arroge, peut aussi apparaître comme une forme de résistance: les athlètes occupent l'espace public et le configurent autrement, en réinvestissant un quotidien qui leur avait été confisqué par la répression armée russo-syrienne.

Roulade, saut de chat, «wall flip», saut de fond ou passe-muraille, les figures réalisées par les jeunes athlètes sont multiples, et évoluent en fonction du terrain qu'ils parcourent. Lors de leurs sessions d'entraînement, ils se filment les uns les autres, autant pour progresser que pour garder une trace de leurs prouesses. Petit à petit, les traceurs de Tafani se sont constitué un petit public. «Nos familles, nos amis ou les gens qui passent dans la rue constituent notre audience. On se produit parfois lors de spectacles, et il y a toujours quelqu'un de nouveau qui vient nous regarder», se réjouit Zaker Alrahman Mubri, un jeune étudiant de 19 ans qui a rejoint l'équipe il y a quelques années, après s'être d'abord entraîné tout seul.

Lui a découvert le parkour en 2019 à travers le film de Pierre Morel Banlieue 13, dans lequel David Belle, l'un des fondateurs de la discipline, réalise des cascades ahurissantes qui ont inspiré toute une génération de nouveaux traceurs. «On s'entraîne dur et on repousse nos limites pour être à la hauteur de nos ambitions», assure Zaker, qui a en tête des modèles internationaux comme le jeune champion du monde Elis Torhall, Dom Tomato ou encore George McGowan. Mais les conditions d'entraînement en Syrie rendent la tâche plus ardue: «On rencontre de nombreuses difficultés en raison de la situation de notre pays. Parfois, elles viennent de la société, parfois de la guerre en cours. Mais le plus gros obstacle que nous rencontrons, c'est finalement de ne pas pouvoir avoir de véritable centre d'entraînement», déplore-t-il.
Les traceurs s'encouragent les uns les autres et enregistrent leurs performances. | Abd Almajeed Alkarh

Roulade, saut de chat, «wall flip», saut de fond ou passe-muraille, les figures réalisées par les jeunes athlètes sont multiples, et évoluent en fonction du terrain qu'ils parcourent. Lors de leurs sessions d'entraînement, ils se filment les uns les autres, autant pour progresser que pour garder une trace de leurs prouesses. Petit à petit, les traceurs de Tafani se sont constitué un petit public. «Nos familles, nos amis ou les gens qui passent dans la rue constituent notre audience. On se produit parfois lors de spectacles, et il y a toujours quelqu'un de nouveau qui vient nous regarder», se réjouit Zaker Alrahman Mubri, un jeune étudiant de 19 ans qui a rejoint l'équipe il y a quelques années, après s'être d'abord entraîné tout seul.

Lui a découvert le parkour en 2019 à travers le film de Pierre Morel Banlieue 13, dans lequel David Belle, l'un des fondateurs de la discipline, réalise des cascades ahurissantes qui ont inspiré toute une génération de nouveaux traceurs. «On s'entraîne dur et on repousse nos limites pour être à la hauteur de nos ambitions», assure Zaker, qui a en tête des modèles internationaux comme le jeune champion du monde Elis Torhall, Dom Tomato ou encore George McGowan. Mais les conditions d'entraînement en Syrie rendent la tâche plus ardue: «On rencontre de nombreuses difficultés en raison de la situation de notre pays. Parfois, elles viennent de la société, parfois de la guerre en cours. Mais le plus gros obstacle que nous rencontrons, c'est finalement de ne pas pouvoir avoir de véritable centre d'entraînement», déplore-t-il.

De larges fissures lézardent les murs du gymnase dans lequel les jeunes traceurs s'entraînent, dans le centre-ville d'Idlib. «C'est une vieille salle de sport désaffectée qu'on a reconvertie en salle de parkour. Mais le bâtiment est vieux et très abîmé, il va bientôt s'effondrer parce que beaucoup de bombes sont tombées à proximité», indique A‘mer Samsoum.

Constituée de huit sportifs réguliers, l'équipe de Tafani cherche à initier les plus jeunes au parkour, en leur proposant des ateliers réguliers en salle, ou improvisés au détour d'un parc, mais elle vise aussi l'excellence: «On espère qu’un jour, on pourra être reconnus comme des professionnels. Entre-temps, on ne se considère pas comme des amateurs, car le parkour est devenu plus qu'un rêve», affirme Zaker.
A‘mer Samsoum lors d'un entraînement dans la salle qu'il a aménagée au centre d'Idlib, en Syrie, le 28 juin 2022. | Abd Almajeed Alkarh

De larges fissures lézardent les murs du gymnase dans lequel les jeunes traceurs s'entraînent, dans le centre-ville d'Idlib. «C'est une vieille salle de sport désaffectée qu'on a reconvertie en salle de parkour. Mais le bâtiment est vieux et très abîmé, il va bientôt s'effondrer parce que beaucoup de bombes sont tombées à proximité», indique A‘mer Samsoum.

Constituée de huit sportifs réguliers, l'équipe de Tafani cherche à initier les plus jeunes au parkour, en leur proposant des ateliers réguliers en salle, ou improvisés au détour d'un parc, mais elle vise aussi l'excellence: «On espère qu’un jour, on pourra être reconnus comme des professionnels. Entre-temps, on ne se considère pas comme des amateurs, car le parkour est devenu plus qu'un rêve», affirme Zaker.

À Idlib, presque tout est importé désormais, des tomates fraîches aux vieilles baskets. La grave crise économique qui affecte la Syrie est loin d'avoir épargné l'un des derniers bastions rebelles, qui demeure pris en étau entre Damas et son voisin turc. Le manque de moyens chronique affecte toutes les activités quotidiennes, y compris le sport: les athlètes doivent se contenter de porter des chaussures de seconde main venues d'Europe, n'ayant pas les moyens de se payer des baskets adaptées, bien trop chères.

Ce manque d'équipement a naturellement un impact sur leur pratique du parkour, et augmente le risque de blessures: entorses des chevilles, fractures costales, cartilages éclatés, douleurs articulaires… Si les blessures restent rares et le plus souvent légères, elles demeurent une source d'inquiétude pour ces jeunes sportifs, qui savent bien que dans les conditions actuelles du pays, l'accès aux soins est loin d'être garanti.

Ahmed Qara'oush, qui à 37 ans suit l'évolution de Tafani en fidèle spectateur, est plein d'admiration face à leur persévérance: «Les personnes qui font du parkour créent quelque chose à partir de rien, et défient l'impossible, dans la mesure où à Idlib, on ne dispose ni de lieux, ni d'équipements appropriés pour pratiquer ce sport. J'aime beaucoup les choses qui ont été accomplies avec les moyens aussi réduits dont on dispose.»
Des baskets et un survêtement, voilà qui suffit aux athlètes pour pratiquer le parkour. | Abd Almajeed Alkarh

À Idlib, presque tout est importé désormais, des tomates fraîches aux vieilles baskets. La grave crise économique qui affecte la Syrie est loin d'avoir épargné l'un des derniers bastions rebelles, qui demeure pris en étau entre Damas et son voisin turc. Le manque de moyens chronique affecte toutes les activités quotidiennes, y compris le sport: les athlètes doivent se contenter de porter des chaussures de seconde main venues d'Europe, n'ayant pas les moyens de se payer des baskets adaptées, bien trop chères.

Ce manque d'équipement a naturellement un impact sur leur pratique du parkour, et augmente le risque de blessures: entorses des chevilles, fractures costales, cartilages éclatés, douleurs articulaires… Si les blessures restent rares et le plus souvent légères, elles demeurent une source d'inquiétude pour ces jeunes sportifs, qui savent bien que dans les conditions actuelles du pays, l'accès aux soins est loin d'être garanti.

Ahmed Qara'oush, qui à 37 ans suit l'évolution de Tafani en fidèle spectateur, est plein d'admiration face à leur persévérance: «Les personnes qui font du parkour créent quelque chose à partir de rien, et défient l'impossible, dans la mesure où à Idlib, on ne dispose ni de lieux, ni d'équipements appropriés pour pratiquer ce sport. J'aime beaucoup les choses qui ont été accomplies avec les moyens aussi réduits dont on dispose.»

Dérivé à l'origine du fameux «parcours du combattant» militaire, le parkour tel qu'il a été diffusé par David Belle se caractérisait avant tout par son efficacité, permettant de se déplacer d'un point A à un point B aussi vite et avec le plus de souplesse possible, en utilisant ses capacités physiques et différentes façons de franchir des obstacles tels que des barrières et des murs. Si ce versant du sport semble particulièrement approprié à la situation syrienne, une variante s'est développée, qui mise davantage sur le côté spectaculaire et acrobatique de la pratique: c'est ce qu'on appelle le «free-running» (soit «course libre»).

«Des mouvements de saut périlleux ont été ajoutés au jeu. On cherche alors davantage à attirer l'attention, à produire une performance artistique, qu'à se déplacer simplement d'un endroit à un autre», explique A‘mer Samsoum. C'est qu'ici, le terrain de guerre est devenu un terrain de jeu, où les défis ont été transposés sur un plan esthétique: ne pouvant lutter contre les bouleversements de la ville, les athlètes les accompagnent pour les sublimer.
Le «free-running» revêt une dimension plus chorégraphique que le parkour. | Abd Almajeed Alkarh

Dérivé à l'origine du fameux «parcours du combattant» militaire, le parkour tel qu'il a été diffusé par David Belle se caractérisait avant tout par son efficacité, permettant de se déplacer d'un point A à un point B aussi vite et avec le plus de souplesse possible, en utilisant ses capacités physiques et différentes façons de franchir des obstacles tels que des barrières et des murs. Si ce versant du sport semble particulièrement approprié à la situation syrienne, une variante s'est développée, qui mise davantage sur le côté spectaculaire et acrobatique de la pratique: c'est ce qu'on appelle le «free-running» (soit «course libre»).

«Des mouvements de saut périlleux ont été ajoutés au jeu. On cherche alors davantage à attirer l'attention, à produire une performance artistique, qu'à se déplacer simplement d'un endroit à un autre», explique A‘mer Samsoum. C'est qu'ici, le terrain de guerre est devenu un terrain de jeu, où les défis ont été transposés sur un plan esthétique: ne pouvant lutter contre les bouleversements de la ville, les athlètes les accompagnent pour les sublimer.

Rigueur et précision sont toujours de mise lors des sessions de parkour et de «free-running». Les degrés de technicité et de souplesse avec lesquels les figures sont exécutées font d'ailleurs l'objet d'évaluations pointilleuses lors de compétitions de parkour. Malheureusement, la guerre interdit toute mobilité, et les athlètes de Tafani n'ont encore jamais pu participer à une compétition internationale, comme la Art of Motion, sponsorisée par Red Bull, qui regroupe les meilleurs sportifs mondiaux.

«On aimerait devenir une équipe aussi impressionnante que celles de Storror ou de Farang, qui comptent parmi les plus fortes au monde», soupire Obada. En attendant, les athlètes de Tafani mesurent leurs prouesses: en matière de sauts en hauteur, ils peuvent bien atteindre les quatre mètres, et poussent jusqu'à quatre mètres et demi en longueur.
Une fois par mois, les traceurs de Tafani se produisent dans un parc public à Idlib pour faire découvrir ce sport aux habitants. | Abd Almajeed Alkarh

Rigueur et précision sont toujours de mise lors des sessions de parkour et de «free-running». Les degrés de technicité et de souplesse avec lesquels les figures sont exécutées font d'ailleurs l'objet d'évaluations pointilleuses lors de compétitions de parkour. Malheureusement, la guerre interdit toute mobilité, et les athlètes de Tafani n'ont encore jamais pu participer à une compétition internationale, comme la Art of Motion, sponsorisée par Red Bull, qui regroupe les meilleurs sportifs mondiaux.

«On aimerait devenir une équipe aussi impressionnante que celles de Storror ou de Farang, qui comptent parmi les plus fortes au monde», soupire Obada. En attendant, les athlètes de Tafani mesurent leurs prouesses: en matière de sauts en hauteur, ils peuvent bien atteindre les quatre mètres, et poussent jusqu'à quatre mètres et demi en longueur.

Sur la façade de l'immeuble vers lequel ils s'élancent, on aperçoit un graffiti en lettres vertes, sur lequel on peut lire: «Dans le cœur de chacun d'entre nous se trouve une histoire qui n'a pas été racontée… et qui ne le sera jamais.» Depuis le début de la guerre, en 2011, la bataille des mémoires s'est invitée dans le conflit, le régime d'Assad cherchant à faire taire les voix révolutionnaires, mais aussi à confisquer l'histoire de ces derniers, pour imposer son propre récit.

En réaction, les expressions révolutionnaires ont été multiples: au-delà de la lutte armée et de l'activisme porté par les discours, on a vu émerger des pratiques artistiques ancrées dans le quotidien, qui cherchaient à réaffirmer les forces vives de la révolution populaire syrienne: fresques et graffitis, courts-métrages, musique… Le sport n'est pas en reste: en réinvestissant les décombres des lieux détruits à travers leurs acrobaties, les traceurs arrachent la ville à la fatalité que Damas voudrait bien lui imposer.
Environnements urbains ou naturels, tout est bon pour faire du parkour. | Abd Almajeed Alkarh

Sur la façade de l'immeuble vers lequel ils s'élancent, on aperçoit un graffiti en lettres vertes, sur lequel on peut lire: «Dans le cœur de chacun d'entre nous se trouve une histoire qui n'a pas été racontée… et qui ne le sera jamais.» Depuis le début de la guerre, en 2011, la bataille des mémoires s'est invitée dans le conflit, le régime d'Assad cherchant à faire taire les voix révolutionnaires, mais aussi à confisquer l'histoire de ces derniers, pour imposer son propre récit.

En réaction, les expressions révolutionnaires ont été multiples: au-delà de la lutte armée et de l'activisme porté par les discours, on a vu émerger des pratiques artistiques ancrées dans le quotidien, qui cherchaient à réaffirmer les forces vives de la révolution populaire syrienne: fresques et graffitis, courts-métrages, musique… Le sport n'est pas en reste: en réinvestissant les décombres des lieux détruits à travers leurs acrobaties, les traceurs arrachent la ville à la fatalité que Damas voudrait bien lui imposer.

Il reste pourtant une barrière que les aficionados du parkour et du «free-running» peinent à franchir: c'est celle du genre. De fait, les femmes demeurent les grandes oubliées de ce sport de plein air, auquel elles n'ont pas accès.

«Beaucoup de femmes aimeraient pratiquer le parkour, comme d’autres sports. Malheureusement, aucun équipement et aucun coach professionnel ne sont disponibles pour elles. Elles ne peuvent pratiquer que quelques sports, comme l'aérobic, mais la plupart des autres sports leur sont inaccessibles, à cause de la pression sociale», relève Obada. Conservatisme religieux oblige, les femmes ne peuvent pas être entraînées par des hommes, ce qui limite grandement leurs possibilités.
La pression sociale et religieuse demeure importante à Idlib, où les femmes peuvent difficilement pratiquer les sports qu'elles souhaiteraient. | Abd Almajeed Alkarh

Il reste pourtant une barrière que les aficionados du parkour et du «free-running» peinent à franchir: c'est celle du genre. De fait, les femmes demeurent les grandes oubliées de ce sport de plein air, auquel elles n'ont pas accès.

«Beaucoup de femmes aimeraient pratiquer le parkour, comme d’autres sports. Malheureusement, aucun équipement et aucun coach professionnel ne sont disponibles pour elles. Elles ne peuvent pratiquer que quelques sports, comme l'aérobic, mais la plupart des autres sports leur sont inaccessibles, à cause de la pression sociale», relève Obada. Conservatisme religieux oblige, les femmes ne peuvent pas être entraînées par des hommes, ce qui limite grandement leurs possibilités.

Alors que la nuit tombe sur Ariha, les traceurs esquissent des dernières figures, avant de remonter sur leurs motos et de rentrer chez eux. Le lendemain, il faudra aller travailler, en attendant la prochaine session, qui apportera à nouveau son lot de défis, d'appréhension et d'excitation. Face aux incertitudes et à la précarité de la vie à Idlib, qui demeure régulièrement la cible des attaques du régime d'Assad et de l'aviation russe, ces entraînements offrent à la jeunesse syrienne une parenthèse de liberté, qui leur permet de s'oublier le temps d'un salto.
Le soleil se couche sur Ariha et les traceurs de l'équipe Tafani, le 19 juin 2022. | Abd Almajeed Alkarh

Alors que la nuit tombe sur Ariha, les traceurs esquissent des dernières figures, avant de remonter sur leurs motos et de rentrer chez eux. Le lendemain, il faudra aller travailler, en attendant la prochaine session, qui apportera à nouveau son lot de défis, d'appréhension et d'excitation. Face aux incertitudes et à la précarité de la vie à Idlib, qui demeure régulièrement la cible des attaques du régime d'Assad et de l'aviation russe, ces entraînements offrent à la jeunesse syrienne une parenthèse de liberté, qui leur permet de s'oublier le temps d'un salto.

Abd Almajeed Alkarh

Abd Almajeed Alkarh

Léa Polverini

Léa Polverini

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 6 au 12 août 2022
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 6 au 12 août 2022

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 30 juillet au 5 août 2022
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 30 juillet au 5 août 2022

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio