Syrie: dix ans de révolution à travers dix photos
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Syrie: dix ans de révolution à travers dix photos

«Ach-chaʻb yurīd isqāṭ an-niẓām.» Dix ans plus tard, le slogan continue de résonner. Lancé par la rue tunisienne pour réclamer le départ de Ben Ali, il s'est répandu comme une traînée de poudre dans la région, entonné par toutes celles et ceux qui ont pris part aux révolutions arabes: «Le peuple veut la chute du régime.» Le 15 mars 2021, il retentissait encore en Syrie, à Idlib notamment, où les rebelles commémoraient les dix ans de la révolution. À celles et ceux qui réclamaient liberté et dignité, Bachar el-Assad a opposé une répression féroce et meurtrière. Le pays est désormais en ruines, et Assad toujours en place, prêt à sa réélection, fort d'un bilan de 500.000 morts, 100.000 disparus, 5,6 millions de réfugiés et 6,7 millions de déplacés.

 

Le terrain syrien est longtemps resté inaccessible aux journalistes étrangers, les frontières s'ouvrant et se fermant au rythme des défaites et victoires du régime, des rebelles ou de Daech. La première année de la révolution a vu exploser le nombre d'images prises et tournées par des amateurs, qui se sont formés sur le tas pour répondre à l'urgence de la situation et relayer les images de la révolte puis de la guerre.

 

Très vite, la propagande assadiste s'est saisie du prétexte pour disqualifier ces images et imposer les siennes: à la guerre des armes s'est superposée une guerre des récits. Alors que Damas tente toujours d'imposer sa narration sur la ligne «Assad ou le chaos», il s'agit de rappeler qu'Assad est le chaos. Nous proposons ici de revenir sur ces dix ans de révolution à travers dix photographies, qui ont marqué des étapes importantes du conflit, et disent un peu –un peu seulement– de ce qu'est devenue la Syrie.

Ce sont les habitants de Deraa qui ont lancé le mouvement. Le 15 mars 2011 a lieu une manifestation devant le palais de justice de la ville, en réaction à la torture d'une quinzaine d'adolescents, détenus pendant plusieurs semaines par les services de renseignement syriens pour avoir écrit sur un mur «ton tour arrive, docteur», en référence à Bachar el-Assad, ophtalmologue de formation. Alors que les manifestations, contenues par le régime, peinaient à prendre depuis février, elles gagnent tout le pays. Aussitôt, l'armée réplique en tirant sur la foule pacifique: c'est le début d'une répression sanglante, qui voit se multiplier les arrestations et les exécutions.

 

Tandis que les premières revendications portaient sur la démocratisation du régime, la fin de la corruption et de l'état d'urgence, et la libération des prisonniers politiques, elles se cristallisent très vite sur le président Bachar el-Assad: le tyran doit partir. Le 25 avril, les chars de l'armée syrienne entrent dans Deraa. Alors que les soldats tirent sur les civils, certains militaires font défection et rejoignent les rangs des révoltés, ce qui va participer à la militarisation du conflit.
Le 28 avril 2011, des manifestants syriens anti-gouvernement demandent la fin du siège militaire de Nawa, une ville située à une trentaine de kilomètres au nord de Deraa, l'épicentre des protestations qui ont remis en cause le règne de Bachar el-Assad. | AFP / STR

Ce sont les habitants de Deraa qui ont lancé le mouvement. Le 15 mars 2011 a lieu une manifestation devant le palais de justice de la ville, en réaction à la torture d'une quinzaine d'adolescents, détenus pendant plusieurs semaines par les services de renseignement syriens pour avoir écrit sur un mur «ton tour arrive, docteur», en référence à Bachar el-Assad, ophtalmologue de formation. Alors que les manifestations, contenues par le régime, peinaient à prendre depuis février, elles gagnent tout le pays. Aussitôt, l'armée réplique en tirant sur la foule pacifique: c'est le début d'une répression sanglante, qui voit se multiplier les arrestations et les exécutions.

 

Tandis que les premières revendications portaient sur la démocratisation du régime, la fin de la corruption et de l'état d'urgence, et la libération des prisonniers politiques, elles se cristallisent très vite sur le président Bachar el-Assad: le tyran doit partir. Le 25 avril, les chars de l'armée syrienne entrent dans Deraa. Alors que les soldats tirent sur les civils, certains militaires font défection et rejoignent les rangs des révoltés, ce qui va participer à la militarisation du conflit.

L'année 2012 marque la généralisation du conflit armé en Syrie, et sa régionalisation, avec l'arrivée des premiers combattants non-Syriens. Dans l'été, l'Armée syrienne libre (ASL) tente une offensive sur Damas puis Alep, les 15 et 19 juillet. La bataille de Damas est un échec pour les révolutionnaires, qui doivent se replier au bout de deux semaines, mais la bataille d'Alep se poursuit sur près de quatre ans et demi, durant lesquels la ville est scindée en deux: à l'est, les quartiers rebelles, à l'ouest, ceux des troupes loyalistes, qui finiront par l'emporter.

 

Cette photo, datée du 14 septembre 2012, montre des rebelles syriens lors d'affrontements avec les forces du régime. L'un des tireurs s'abrite derrière un volet sur lequel a été accroché un portrait de Bachar el-Assad où ont été griffonnées des cornes de démon, et qui est utilisé avec provocation comme une cible pour les snipers loyalistes. Le portrait du président s'est retrouvé au centre de l'iconographie du conflit syrien, tantôt brandi dans les manifestations pro-Assad, tantôt brûlé ou détourné par les révolutionnaires. Il a notamment été employé comme un outil d'humiliation par l'armée, qui demandait à des révolutionnaires et des prisonniers de baiser le portrait d'Assad et la botte des soldats.
Les forces du régime syrien ont utilisé des avions de chasse et des hélicoptères de combat pour pilonner la ville et la province d'Alep, où de violents affrontements ont eu cours pendant plus de quatre ans. | Marco Longari / AFP

L'année 2012 marque la généralisation du conflit armé en Syrie, et sa régionalisation, avec l'arrivée des premiers combattants non-Syriens. Dans l'été, l'Armée syrienne libre (ASL) tente une offensive sur Damas puis Alep, les 15 et 19 juillet. La bataille de Damas est un échec pour les révolutionnaires, qui doivent se replier au bout de deux semaines, mais la bataille d'Alep se poursuit sur près de quatre ans et demi, durant lesquels la ville est scindée en deux: à l'est, les quartiers rebelles, à l'ouest, ceux des troupes loyalistes, qui finiront par l'emporter.

 

Cette photo, datée du 14 septembre 2012, montre des rebelles syriens lors d'affrontements avec les forces du régime. L'un des tireurs s'abrite derrière un volet sur lequel a été accroché un portrait de Bachar el-Assad où ont été griffonnées des cornes de démon, et qui est utilisé avec provocation comme une cible pour les snipers loyalistes. Le portrait du président s'est retrouvé au centre de l'iconographie du conflit syrien, tantôt brandi dans les manifestations pro-Assad, tantôt brûlé ou détourné par les révolutionnaires. Il a notamment été employé comme un outil d'humiliation par l'armée, qui demandait à des révolutionnaires et des prisonniers de baiser le portrait d'Assad et la botte des soldats.

La nuit du 21 août 2013, le régime syrien bombarde la Ghouta de Damas, contrôlée par les rebelles, avec des missiles et des obus munis de charges neurotoxiques contenant du gaz sarin. Ce n'est pas la première fois que le régime utilise des armes chimiques sur la population, mais c'est l'attaque la plus meurtrière de ce type. Selon l'ASL, le massacre de la Ghouta a fait 1.845 morts et 9.924 blessés, parmi lesquels on compte deux tiers de femmes et d'enfants.

 

Alors que Barack Obama avait défendu en 2012 la doctrine d'une «ligne rouge», faisant peser sur le régime syrien la menace de représailles en cas d'utilisation d'armes chimiques, les États-Unis renoncent à intervenir, et préfèrent voter un plan de démantèlement de l'arsenal chimique syrien proposé par la Russie. Ce dernier n'est pas respecté, et sera notamment suivi, le 4 avril 2017, d'une nouvelle attaque chimique au sarin à Khan Cheikhoun, qui fait entre 100 et 200 morts civils. L'impunité de ces crimes contre l'humanité opère comme une démonstration de force du régime syrien.
Des Syriens en deuil devant des corps enveloppés dans des linceuls, avant les funérailles des victimes de l’attaque chimique de la Ghouta perpétrée par les forces pro-gouvernementales, le 21 août 2013. | Ammar Al-Arbini / HO / Shaam news network / AFP

La nuit du 21 août 2013, le régime syrien bombarde la Ghouta de Damas, contrôlée par les rebelles, avec des missiles et des obus munis de charges neurotoxiques contenant du gaz sarin. Ce n'est pas la première fois que le régime utilise des armes chimiques sur la population, mais c'est l'attaque la plus meurtrière de ce type. Selon l'ASL, le massacre de la Ghouta a fait 1.845 morts et 9.924 blessés, parmi lesquels on compte deux tiers de femmes et d'enfants.

 

Alors que Barack Obama avait défendu en 2012 la doctrine d'une «ligne rouge», faisant peser sur le régime syrien la menace de représailles en cas d'utilisation d'armes chimiques, les États-Unis renoncent à intervenir, et préfèrent voter un plan de démantèlement de l'arsenal chimique syrien proposé par la Russie. Ce dernier n'est pas respecté, et sera notamment suivi, le 4 avril 2017, d'une nouvelle attaque chimique au sarin à Khan Cheikhoun, qui fait entre 100 et 200 morts civils. L'impunité de ces crimes contre l'humanité opère comme une démonstration de force du régime syrien.

Le 30 juin 2014, des soldats de l'État islamique paradent sur un tank dans les rues de Raqqa. La veille, Abou Bakr al-Baghdadi annonçait le «rétablissement du califat» dans les territoires contrôlés par Daech, prenant pour sa part le titre de «calife et successeur de Mahomet». L'organisation assoit son influence dans la région, confortée par une série de victoires au nord et à l'est de l'Irak. Dans le courant d'avril-juin, Daech s'impose dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, dans l'est syrien. Sa progression sur le territoire pousse les États-Unis à former une coalition internationale en Irak et en Syrie pour bombarder des positions de l'État islamique et du Front al-Nosra: c'est le début d'une intervention américaine qui s'inscrit dans une stratégie de lutte contre le terrorisme.
Des djihadistes fêtent leur victoire à Raqqa, proclamée capitale de l'État islamique. | Welayat Raqa / HO / AFP

Le 30 juin 2014, des soldats de l'État islamique paradent sur un tank dans les rues de Raqqa. La veille, Abou Bakr al-Baghdadi annonçait le «rétablissement du califat» dans les territoires contrôlés par Daech, prenant pour sa part le titre de «calife et successeur de Mahomet». L'organisation assoit son influence dans la région, confortée par une série de victoires au nord et à l'est de l'Irak. Dans le courant d'avril-juin, Daech s'impose dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, dans l'est syrien. Sa progression sur le territoire pousse les États-Unis à former une coalition internationale en Irak et en Syrie pour bombarder des positions de l'État islamique et du Front al-Nosra: c'est le début d'une intervention américaine qui s'inscrit dans une stratégie de lutte contre le terrorisme.

Fuyant Kobané et la Syrie à la suite de massacres perpétrés par Daech, la famille Kurdi s'embarque sur un pneumatique, tâchant de rejoindre les rives européennes depuis la Turquie vers la Grèce. Au matin du 2 septembre 2015, les policiers turcs retrouvent sur la plage de Bodrum le corps inanimé d'Alan Kurdi, alors âgé de 3 ans. La photographie prise par Nilüfer Demir fait le tour du monde, et provoque l'émoi de la communauté internationale sur le sort des migrants qui entreprennent de traverser la Méditerranée. Le lendemain, François Hollande et Angela Merkel font une déclaration commune, soumettant à l’UE la proposition d’un «mécanisme permanent et obligatoire» de répartition des réfugiés. Sur l'embarcation précaire qui transportait vingt-sept migrants, douze ont trouvé la mort, dont la mère et le frère d'Alan Kurdi, âgé de 5 ans. Leurs funérailles ont eu lieu le 4 septembre, à Kobané. Sur la photo, on voit le père d'Alan, Abdullah Kurdi, qui a survécu à la traversée et rend visite à des proches après les funérailles.
Abdullah Kurdi, le père d'Aylan Kurdi, mort à 3 ans, noyé au large de la Turquie en essayant de rejoindre l'île de Kos, en Grèce. Le 6 septembre 2015 à Kobané, en Syrie. | Yasin Akgul / AFP

Fuyant Kobané et la Syrie à la suite de massacres perpétrés par Daech, la famille Kurdi s'embarque sur un pneumatique, tâchant de rejoindre les rives européennes depuis la Turquie vers la Grèce. Au matin du 2 septembre 2015, les policiers turcs retrouvent sur la plage de Bodrum le corps inanimé d'Alan Kurdi, alors âgé de 3 ans. La photographie prise par Nilüfer Demir fait le tour du monde, et provoque l'émoi de la communauté internationale sur le sort des migrants qui entreprennent de traverser la Méditerranée. Le lendemain, François Hollande et Angela Merkel font une déclaration commune, soumettant à l’UE la proposition d’un «mécanisme permanent et obligatoire» de répartition des réfugiés. Sur l'embarcation précaire qui transportait vingt-sept migrants, douze ont trouvé la mort, dont la mère et le frère d'Alan Kurdi, âgé de 5 ans. Leurs funérailles ont eu lieu le 4 septembre, à Kobané. Sur la photo, on voit le père d'Alan, Abdullah Kurdi, qui a survécu à la traversée et rend visite à des proches après les funérailles.

Soutenu par les Russes, le régime de Bachar el-Assad prend plusieurs initiatives de reconquête des territoires en 2016. La chute d'Alep, le 13 décembre 2016, marque une victoire décisive pour les troupes loyalistes, qui triomphent des groupes rebelles et djihadistes qui tenaient Alep-Est, devenu bastion de la révolution. Alors qu'un cessez-le-feu est proclamé sous l'œil de la Russie et de la Turquie et que les civils et combattants rebelles sont censés être évacués vers le gouvernorat d'Idlib, les hostilités reprennent dès le 14 décembre, et se poursuivent jusqu'au 22. Les évacuations se font sous un feu croisé, et provoquent de nouvelles victimes. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), entre mars 2011 et décembre 2016, au moins 21.452 civils ont été tués à Alep, dont 5.261 enfants.
Le quartier Al-Shaar, à Alep-Est, fumant des attaques perpétrées par les troupes pro-gouvernementales syriennes, le 5 décembre 2016. | George Ourfalian / AFP

Soutenu par les Russes, le régime de Bachar el-Assad prend plusieurs initiatives de reconquête des territoires en 2016. La chute d'Alep, le 13 décembre 2016, marque une victoire décisive pour les troupes loyalistes, qui triomphent des groupes rebelles et djihadistes qui tenaient Alep-Est, devenu bastion de la révolution. Alors qu'un cessez-le-feu est proclamé sous l'œil de la Russie et de la Turquie et que les civils et combattants rebelles sont censés être évacués vers le gouvernorat d'Idlib, les hostilités reprennent dès le 14 décembre, et se poursuivent jusqu'au 22. Les évacuations se font sous un feu croisé, et provoquent de nouvelles victimes. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), entre mars 2011 et décembre 2016, au moins 21.452 civils ont été tués à Alep, dont 5.261 enfants.

L'année 2017 s'ouvre avec une série de pourparlers organisés au Kazakhstan, à partir du 23 janvier, censés mener à un processus de paix parrainé par la Russie, l'Iran et la Turquie. C'est le processus d'Astana, qui est conclu le 4 mai entre les pays organisateurs, sans être ratifié par le régime syrien ni par les rebelles, représentés par la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution. Il vise notamment à instaurer des «zones de désescalade» gérées par des pays «garants» au niveau des territoires contrôlés par les rebelles. L'implication de l'Iran dans le processus a suscité de fortes critiques de la part de la délégation rebelle et des États-Unis, ces derniers accusant par ailleurs le Conseil de sécurité de l'ONU de «sous-traiter» les cessez-le-feu à la Russie et au processus d'Astana, cessez-le-feu qui se sont montrés peu concluants jusqu'ici. Alors que la guerre se poursuit, le processus d'Astana apparaît comme une vitrine de l'immobilisme et des jeux de pouvoir de la communauté internationale dans la crise syrienne.
Un panneau géant montre le président syrien Bachar el-Assad à côté de son allié russe Vladimir Poutine, en mars 2017, à Alep. Quelques mois plus tôt, les forces gouvernementales avaient repris la ville aux forces rebelles. | Joseph Eid / AFP

L'année 2017 s'ouvre avec une série de pourparlers organisés au Kazakhstan, à partir du 23 janvier, censés mener à un processus de paix parrainé par la Russie, l'Iran et la Turquie. C'est le processus d'Astana, qui est conclu le 4 mai entre les pays organisateurs, sans être ratifié par le régime syrien ni par les rebelles, représentés par la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution. Il vise notamment à instaurer des «zones de désescalade» gérées par des pays «garants» au niveau des territoires contrôlés par les rebelles. L'implication de l'Iran dans le processus a suscité de fortes critiques de la part de la délégation rebelle et des États-Unis, ces derniers accusant par ailleurs le Conseil de sécurité de l'ONU de «sous-traiter» les cessez-le-feu à la Russie et au processus d'Astana, cessez-le-feu qui se sont montrés peu concluants jusqu'ici. Alors que la guerre se poursuit, le processus d'Astana apparaît comme une vitrine de l'immobilisme et des jeux de pouvoir de la communauté internationale dans la crise syrienne.

C'est à l'âge de 46 ans que Raed Fares, militant historique de la révolution syrienne, fut assassiné à Kafranbel avec l'un de ses camarades, Hammoud Al-Jneid, le vendredi 23 novembre 2018. Raed Fares s'était fait connaître dès le début des manifestations, en arborant avec ses compagnons de révolution des pancartes et des banderoles satiriques tournant en ridicule tantôt le régime, tantôt Daech, la Russie ou tout autre acteur engagé –ou désengagé– dans le conflit syrien. Chaque rassemblement du vendredi voyait sa nouvelle pancarte, son nouveau slogan ou sa nouvelle caricature dessinée par Ahmad Jalal, avec toujours la même volonté de maintenir vivace l'esprit de la révolution, et de ne pas tomber dans l'oubli du reste du monde.

 

La ville de Kafranbel, dans le gouvernorat d'Idlib, s'était ainsi faite connaître pour son impertinence, jusqu'à devenir un emblème de la résistance pacifique face au régime d'Assad et aux groupes djihadistes. En 2013, Raed Fares avait lancé une radio communautaire, Radio Fresh, soutenue par des financements américains, qui diffusait notamment des alertes sur les attaques perpétrées par Damas dans la région d'Idlib. L'année suivante, il avait échappé à plusieurs tentatives d'assassinat orchestrées par Daech et Jabhat al-Nosra, qui l'avait séquestré pendant trois jours, avant de saccager les locaux de Radio Fresh quelques mois plus tard. En 2017, participant au Forum d'Oslo pour la liberté, il déclarait: «Je vous promets que la révolution syrienne va changer le visage du Moyen-Orient parce qu'elle change les êtres humains de l'intérieur. Les révolutions, ce sont des idées, et aucune arme ne peut tuer des idées.» Raed Fares a été enterré le jour même de son assassinat, recevant les hommages de toute la communauté de Kafranbel.
Des habitants de Kafranbel se sont rassemblés pour rendre hommage à Raed Fares, figure emblématique de la révolution syrienne opposée au régime et aux djihadistes, assassiné le 23 novembre 2018. | Muhammad Haj Kadour / AFP

C'est à l'âge de 46 ans que Raed Fares, militant historique de la révolution syrienne, fut assassiné à Kafranbel avec l'un de ses camarades, Hammoud Al-Jneid, le vendredi 23 novembre 2018. Raed Fares s'était fait connaître dès le début des manifestations, en arborant avec ses compagnons de révolution des pancartes et des banderoles satiriques tournant en ridicule tantôt le régime, tantôt Daech, la Russie ou tout autre acteur engagé –ou désengagé– dans le conflit syrien. Chaque rassemblement du vendredi voyait sa nouvelle pancarte, son nouveau slogan ou sa nouvelle caricature dessinée par Ahmad Jalal, avec toujours la même volonté de maintenir vivace l'esprit de la révolution, et de ne pas tomber dans l'oubli du reste du monde.

 

La ville de Kafranbel, dans le gouvernorat d'Idlib, s'était ainsi faite connaître pour son impertinence, jusqu'à devenir un emblème de la résistance pacifique face au régime d'Assad et aux groupes djihadistes. En 2013, Raed Fares avait lancé une radio communautaire, Radio Fresh, soutenue par des financements américains, qui diffusait notamment des alertes sur les attaques perpétrées par Damas dans la région d'Idlib. L'année suivante, il avait échappé à plusieurs tentatives d'assassinat orchestrées par Daech et Jabhat al-Nosra, qui l'avait séquestré pendant trois jours, avant de saccager les locaux de Radio Fresh quelques mois plus tard. En 2017, participant au Forum d'Oslo pour la liberté, il déclarait: «Je vous promets que la révolution syrienne va changer le visage du Moyen-Orient parce qu'elle change les êtres humains de l'intérieur. Les révolutions, ce sont des idées, et aucune arme ne peut tuer des idées.» Raed Fares a été enterré le jour même de son assassinat, recevant les hommages de toute la communauté de Kafranbel.

Alors que les Forces démocratiques syriennes (FDS) mettent Daech en déroute dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, provoquant la fin du califat en mars 2019, l'année est marquée par une offensive turque dans le nord de la Syrie, qui vise à se débarrasser des Kurdes en ciblant les FDS. Trois jours après l'annonce faite par Donald Trump du retrait des forces américaines à la frontière, la Turquie lance, avec les rebelles de l'Armée nationale syrienne, l'opération Source de paix, qui se déroule du 9 au 22 octobre 2019. L'offensive est un succès pour la Turquie, qui parvient à créer une «zone de sécurité» le long de la frontière en dépit de la condamnation de la communauté internationale. Les forces kurdes sont poussées à s'allier avec Damas, qui s'affirme sur le territoire du Rojava, et enterre les espoirs d'un territoire kurde indépendant.

 

Sur cette photo datée du 18 octobre 2019, des soldats de Bachar el-Assad arborent à Kobané le drapeau national du gouvernement syrien, celui des Unités de protection du peuple (YPG), et celui du Rojava, ainsi qu'un portrait du président syrien. Deux jours plus tôt, les troupes du régime syrien et les soldats russes avaient pénétré dans la ville après un accord conclu avec les autorités kurdes pour contrer l'attaque de la Turquie. Kobané demeure une ville hautement symbolique pour les Kurdes de Syrie, qui avaient repris la ville à Daech en 2015, avec le soutien éphémère des États-Unis.
Des soldats du gouvernement syrien montent sur un poteau électrique avec le drapeau du gouvernement syrien et celui des YPG, à Kobané, dans le nord du gouvernorat d'Alep, le 18 octobre 2019. | AFP

Alors que les Forces démocratiques syriennes (FDS) mettent Daech en déroute dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, provoquant la fin du califat en mars 2019, l'année est marquée par une offensive turque dans le nord de la Syrie, qui vise à se débarrasser des Kurdes en ciblant les FDS. Trois jours après l'annonce faite par Donald Trump du retrait des forces américaines à la frontière, la Turquie lance, avec les rebelles de l'Armée nationale syrienne, l'opération Source de paix, qui se déroule du 9 au 22 octobre 2019. L'offensive est un succès pour la Turquie, qui parvient à créer une «zone de sécurité» le long de la frontière en dépit de la condamnation de la communauté internationale. Les forces kurdes sont poussées à s'allier avec Damas, qui s'affirme sur le territoire du Rojava, et enterre les espoirs d'un territoire kurde indépendant.

 

Sur cette photo datée du 18 octobre 2019, des soldats de Bachar el-Assad arborent à Kobané le drapeau national du gouvernement syrien, celui des Unités de protection du peuple (YPG), et celui du Rojava, ainsi qu'un portrait du président syrien. Deux jours plus tôt, les troupes du régime syrien et les soldats russes avaient pénétré dans la ville après un accord conclu avec les autorités kurdes pour contrer l'attaque de la Turquie. Kobané demeure une ville hautement symbolique pour les Kurdes de Syrie, qui avaient repris la ville à Daech en 2015, avec le soutien éphémère des États-Unis.

Au poste-frontière de Pazarkule, qui tient la jonction entre la Turquie et la Grèce, des migrants et des réfugiés attendent dans une longue file une distribution de nourriture, le 3 mars 2020. Dans une tente bricolée avec une bâche en plastique et des bouts de bois, une femme syrienne attend elle aussi, de passer la frontière avec son fils. La semaine précédente, Ankara avait déclaré ouvertes ses frontières avec l'Union européenne, entraînant côté grec un durcissement du contrôle du flux migratoire et un renforcement des patrouilles terrestres et maritimes. Depuis 2015, la Grèce est devenue la principale porte d'entrée vers l'Europe pour des centaines de milliers de personnes migrantes, et la Turquie, qui est le pays à accueillir le plus grand nombre de Syriens (actuellement 3,3 millions), en a fait un outil de pression politique face à l'UE. Depuis 2011, 5,6 millions de personnes ont dû fuir la Syrie à cause du conflit entretenu par le régime de Bachar el-Assad.
À la frontière entre la Turquie et la Grèce, les réfugiés désespèrent de pouvoir rejoindre l'Europe. | Bülent Kılıç / AFP

Au poste-frontière de Pazarkule, qui tient la jonction entre la Turquie et la Grèce, des migrants et des réfugiés attendent dans une longue file une distribution de nourriture, le 3 mars 2020. Dans une tente bricolée avec une bâche en plastique et des bouts de bois, une femme syrienne attend elle aussi, de passer la frontière avec son fils. La semaine précédente, Ankara avait déclaré ouvertes ses frontières avec l'Union européenne, entraînant côté grec un durcissement du contrôle du flux migratoire et un renforcement des patrouilles terrestres et maritimes. Depuis 2015, la Grèce est devenue la principale porte d'entrée vers l'Europe pour des centaines de milliers de personnes migrantes, et la Turquie, qui est le pays à accueillir le plus grand nombre de Syriens (actuellement 3,3 millions), en a fait un outil de pression politique face à l'UE. Depuis 2011, 5,6 millions de personnes ont dû fuir la Syrie à cause du conflit entretenu par le régime de Bachar el-Assad.

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