«Ce que je voulais, c'était du bordel!»
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«Ce que je voulais, c'était du bordel!»

«J'aime photographier des corps en mouvement, les tordre», explique Pelle Cass. Ce photographe américain assiste aux compétitions sportives d'universités pour prendre des photos en time-lapse, qu'il assemble ensuite pour recréer une seule photo de l'événement. «D'une certaine manière, le travail d'un athlète est de s'approcher au bord du désordre tout en maintenant toujours le contrôle. Dans mon travail aussi, tout est sur le point de s'effondrer, mais mes images sont souvent très modelées.» Ses clichés sont également visibles sur Instagram.

«Si je suis attiré par l'immobilité de la photographie, le chaos me plait aussi, et certaines de mes photos comportent beaucoup d'action; des choses s'y passent dans chaque recoin. J'ai fait auparavant quelques photos de sport –des enfants qui jouaient au football américain, des gens sur des bateaux, des coureurs, mais je n’étais pas vraiment focalisé sur ce domaine avant de recevoir une commande pour photographier une équipe de basketball de la NBA, en 2015. À l’automne dernier, j'ai soudainement eu plus de temps, et sans même y réfléchir, j'ai commencé à aller à des événements sportifs dans les universités pour les photographier. Lorsque j'ai pris cette photo, la journée était glaciale. Je me tenais sur de petits gradins en aluminium avec dix ou vingt parents et amis, tous emmitouflés.»
Hockey à l'université de Boston | Pelle Cass

«Si je suis attiré par l'immobilité de la photographie, le chaos me plait aussi, et certaines de mes photos comportent beaucoup d'action; des choses s'y passent dans chaque recoin. J'ai fait auparavant quelques photos de sport –des enfants qui jouaient au football américain, des gens sur des bateaux, des coureurs, mais je n’étais pas vraiment focalisé sur ce domaine avant de recevoir une commande pour photographier une équipe de basketball de la NBA, en 2015. À l’automne dernier, j'ai soudainement eu plus de temps, et sans même y réfléchir, j'ai commencé à aller à des événements sportifs dans les universités pour les photographier. Lorsque j'ai pris cette photo, la journée était glaciale. Je me tenais sur de petits gradins en aluminium avec dix ou vingt parents et amis, tous emmitouflés.»



«La narration ou la compétition ne m’intéressent pas. J'aime les sports frénétiques, même si tout ce mouvement s’inscrit dans une structure claire, voire rigide, de règles et de techniques. Cette image a été faite pendant une rencontre de plongée entre plusieurs écoles, tenue au MIT. C'était l'hiver, ce fut un plaisir de s'asseoir dans les tribunes chaudes et humides. Je ne savais pas à l'avance si j’allais pouvoir faire quelque chose d'intéressant. Quand je suis retourné au studio, j’ai essayé d'effacer l'analyse narrative et la logique séquentielle des photos plus conventionnelles de plongée. La plongée est un sport très précis et difficile. Bien que ce soit évidemment beau, ce que je voulais, c'était du bordel!»
Plongée au MIT | Pelle Cass

«La narration ou la compétition ne m’intéressent pas. J'aime les sports frénétiques, même si tout ce mouvement s’inscrit dans une structure claire, voire rigide, de règles et de techniques. Cette image a été faite pendant une rencontre de plongée entre plusieurs écoles, tenue au MIT. C'était l'hiver, ce fut un plaisir de s'asseoir dans les tribunes chaudes et humides. Je ne savais pas à l'avance si j’allais pouvoir faire quelque chose d'intéressant. Quand je suis retourné au studio, j’ai essayé d'effacer l'analyse narrative et la logique séquentielle des photos plus conventionnelles de plongée. La plongée est un sport très précis et difficile. Bien que ce soit évidemment beau, ce que je voulais, c'était du bordel!»

«J'ai commencé une série –toujours en cours– intitulée Selected People en 2008. J'ai essayé d'imaginer ce qui se passe dans un espace donné. J'avais l'impression que si je pouvais vraiment voir dans le temps, le bout de trottoir en face de chez moi deviendrait noir de monde, occupé par des gens, des oiseaux, des animaux. Et j’ai ensuite réalisé que je pouvais en partie capter cela sur mes photos, grâce au time-lapse. Voici sur cette image une autre rencontre de plongée au MIT. On ne dirait pas, mais je pointe mon appareil photo vers un espace où presque rien ne se passe: un plongeur solitaire monte les escaliers et exécute un saut.»
Plongée au MIT | Pelle Cass

«J'ai commencé une série –toujours en cours– intitulée Selected People en 2008. J'ai essayé d'imaginer ce qui se passe dans un espace donné. J'avais l'impression que si je pouvais vraiment voir dans le temps, le bout de trottoir en face de chez moi deviendrait noir de monde, occupé par des gens, des oiseaux, des animaux. Et j’ai ensuite réalisé que je pouvais en partie capter cela sur mes photos, grâce au time-lapse. Voici sur cette image une autre rencontre de plongée au MIT. On ne dirait pas, mais je pointe mon appareil photo vers un espace où presque rien ne se passe: un plongeur solitaire monte les escaliers et exécute un saut.»

«Le sport le plus difficile à photographier est le tennis, auquel je joue, car les personnes qui jouent ne sont que deux et elles ont souvent tendance à ne rester que sur certaines zones du terrain. Les sports que je préfère sont ceux dans lesquels les gens semblent un peu suspendus dans les airs, comme la plongée, le saut à la perche, le saut en longueur, etc. J'ai aussi tendance à préférer les sports féminins et les petits événements. La clé de ces photos est de trouver le meilleur endroit pour installer mon trépied. Avant la fin de la prise de vue,  je ne suis jamais vraiment sûr d'avoir fait le meilleur choix d’emplacement. Mais j'ai appris au fur et à mesure qu'il se passe beaucoup de choses en l'espace d'une heure ou deux, et habituellement, l’image fonctionne. Une fois que j'ai décidé où placer mon trépied et comment composer la photo, je m'installe avec mon petit contrôle à distance rattaché à un câble. Je prends environ un millier de photos, exactement au même endroit, lors de chaque événement.»
Crosse à Boston College | Pelle Cass

«Le sport le plus difficile à photographier est le tennis, auquel je joue, car les personnes qui jouent ne sont que deux et elles ont souvent tendance à ne rester que sur certaines zones du terrain. Les sports que je préfère sont ceux dans lesquels les gens semblent un peu suspendus dans les airs, comme la plongée, le saut à la perche, le saut en longueur, etc. J'ai aussi tendance à préférer les sports féminins et les petits événements. La clé de ces photos est de trouver le meilleur endroit pour installer mon trépied. Avant la fin de la prise de vue,  je ne suis jamais vraiment sûr d'avoir fait le meilleur choix d’emplacement. Mais j'ai appris au fur et à mesure qu'il se passe beaucoup de choses en l'espace d'une heure ou deux, et habituellement, l’image fonctionne. Une fois que j'ai décidé où placer mon trépied et comment composer la photo, je m'installe avec mon petit contrôle à distance rattaché à un câble. Je prends environ un millier de photos, exactement au même endroit, lors de chaque événement.»

 «Cette photo a été l'une des premières de sport que j'ai faites l'automne dernier. Il s’agissait d’un match de football entre les universités de Harvard et de Princeton. Le stade est en forme de fer à cheval; j'ai escaladé les gradins en pierre, à l'arrière. Pendant les premières minutes, l'ampleur du stade, ma taille et ma distance au terrain m'ont donné l'impression d'une activité frénétique, même s'il n'y avait que quelques centaines de personnes à ce match. Le ciel était intense et bleu pâle. Il faisait très froid et j'étais assis tout seul à l'ombre. Les autres personnes du public étaient toutes installées au soleil, sur les côtés du stade. Je me suis posé là pendant environ une heure et demie, en prenant des photos. La photographie en time-lapse est un test d'endurance. Ce n'est pas une chose très glamour à dire, mais je ne regardais certainement pas ce match de football en tant que fan. Je regarde l'action de très près, mais je ne fais que réagir à des moments qui pourraient s'avérer intéressants ou utiles plus tard. J'écoute parfois des podcasts pour passer le temps. L'excitation pour moi, en dehors des moments initiaux de la première scène, est quand la composition commence à se réunir dans le studio.»
Football à Harvard | Pelle Cass

«Cette photo a été l'une des premières de sport que j'ai faites l'automne dernier. Il s’agissait d’un match de football entre les universités de Harvard et de Princeton. Le stade est en forme de fer à cheval; j'ai escaladé les gradins en pierre, à l'arrière. Pendant les premières minutes, l'ampleur du stade, ma taille et ma distance au terrain m'ont donné l'impression d'une activité frénétique, même s'il n'y avait que quelques centaines de personnes à ce match. Le ciel était intense et bleu pâle. Il faisait très froid et j'étais assis tout seul à l'ombre. Les autres personnes du public étaient toutes installées au soleil, sur les côtés du stade. Je me suis posé là pendant environ une heure et demie, en prenant des photos. La photographie en time-lapse est un test d'endurance. Ce n'est pas une chose très glamour à dire, mais je ne regardais certainement pas ce match de football en tant que fan. Je regarde l'action de très près, mais je ne fais que réagir à des moments qui pourraient s'avérer intéressants ou utiles plus tard. J'écoute parfois des podcasts pour passer le temps. L'excitation pour moi, en dehors des moments initiaux de la première scène, est quand la composition commence à se réunir dans le studio.»

«En l'état, il me faut une semaine pour composer une photo en studio. Il faut beaucoup de temps pour savoir ce qu'il y a dans un millier de cadres, et je me repasse le lot de photos de nombreuses fois. Petit à petit, j'ai une idée ou un sentiment de ce que je veux exprimer d'une manière ou d'une autre. Je ne change jamais où était la personne, je choisis simplement qui laisser et qui omettre. J'aime les sports où les participantes et participants se déplacent dans toute la zone de compétition. Je pense que le hockey sur glace gagne le prix de la distribution égale et rapide de ses adeptes! Chaque joueur ou joueuse semble apparaître sur presque toutes les plaques de glace en l'espace d'un minute ou deux. Elles et ils se détachent magnifiquement de la glace blanche. J'aime la structure et la répétition du bâtiment, les chevrons, les chaises en plastique et la fine grille noire du filet protecteur presque autant que la structure et la répétition du jeu sur la glace.»
Match féminin de Hockey à Boston College | Pelle Cass

«En l'état, il me faut une semaine pour composer une photo en studio. Il faut beaucoup de temps pour savoir ce qu'il y a dans un millier de cadres, et je me repasse le lot de photos de nombreuses fois. Petit à petit, j'ai une idée ou un sentiment de ce que je veux exprimer d'une manière ou d'une autre. Je ne change jamais où était la personne, je choisis simplement qui laisser et qui omettre. J'aime les sports où les participantes et participants se déplacent dans toute la zone de compétition. Je pense que le hockey sur glace gagne le prix de la distribution égale et rapide de ses adeptes! Chaque joueur ou joueuse semble apparaître sur presque toutes les plaques de glace en l'espace d'un minute ou deux. Elles et ils se détachent magnifiquement de la glace blanche. J'aime la structure et la répétition du bâtiment, les chevrons, les chaises en plastique et la fine grille noire du filet protecteur presque autant que la structure et la répétition du jeu sur la glace.»



«Cette salle de l'Université de Boston était si grande et il y avait tellement d'athlètes qui faisaient tant de choses dans des domaines si différents qu'en comparaison, ma photo semblait assez ordonnée. Le plus grand défi ici était d'attendre les quelques instants où les individus seraient isolés sur leur parcelle de vert ou de rouge, au lieu d'être regroupés. C'est peut-être le moment de souligner que je suis complètement anonyme dans ces événements. Quelques autres photographes avec des trépieds sont souvent présents, et quelqu'un filme la compétition. Les gens me parlent rarement, même si de temps en temps, ils me demandent si je compte mettre des images en ligne. Je ne sais pas quoi dire... Oui? Je pense qu'ils me prennent pour un photographe sportif qui vend des photos individuelles des enfants aux parents.»
Track and Field à l'université de Boston | Pelle Cass

«Cette salle de l'Université de Boston était si grande et il y avait tellement d'athlètes qui faisaient tant de choses dans des domaines si différents qu'en comparaison, ma photo semblait assez ordonnée. Le plus grand défi ici était d'attendre les quelques instants où les individus seraient isolés sur leur parcelle de vert ou de rouge, au lieu d'être regroupés. C'est peut-être le moment de souligner que je suis complètement anonyme dans ces événements. Quelques autres photographes avec des trépieds sont souvent présents, et quelqu'un filme la compétition. Les gens me parlent rarement, même si de temps en temps, ils me demandent si je compte mettre des images en ligne. Je ne sais pas quoi dire... Oui? Je pense qu'ils me prennent pour un photographe sportif qui vend des photos individuelles des enfants aux parents.»



«Je suppose que c'est l'effort que j'admire chez les athlètes que je photographie, pas la compétition. C'est vrai que j'ai aussi des sentiments mitigés sur le sport lui-même, sur son importance dans la vie et les universités américaines, ainsi que sur l'élitisme de ces universités. Il semble intéressant d'enregistrer ces réserves. J'aimerais penser que le chaos, l'étrangeté et l'humour de mes photos sont une sorte de résistance à certaines choses que je désapprouve. Je crois que ce dont je me soucie vraiment, c'est le corps, l'apparence du mouvement, l'étrangeté du temps et le pouvoir de l’appareil photo à le transmettre. Dans mes images, j'essaie toujours d'inclure de petits moments ou des blagues. Le petit garçon qui sort sa langue au premier plan en est un exemple. Une autre est la balle qui tombe à travers le filet sur l'écran vidéo.»
Match féminin de Basketball à Boston College | Pelle Cass

«Je suppose que c'est l'effort que j'admire chez les athlètes que je photographie, pas la compétition. C'est vrai que j'ai aussi des sentiments mitigés sur le sport lui-même, sur son importance dans la vie et les universités américaines, ainsi que sur l'élitisme de ces universités. Il semble intéressant d'enregistrer ces réserves. J'aimerais penser que le chaos, l'étrangeté et l'humour de mes photos sont une sorte de résistance à certaines choses que je désapprouve. Je crois que ce dont je me soucie vraiment, c'est le corps, l'apparence du mouvement, l'étrangeté du temps et le pouvoir de l’appareil photo à le transmettre. Dans mes images, j'essaie toujours d'inclure de petits moments ou des blagues. Le petit garçon qui sort sa langue au premier plan en est un exemple. Une autre est la balle qui tombe à travers le filet sur l'écran vidéo.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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