Sotchi: la guerre et les jeux

En 2009, le photographe Rob Hornstra et le journaliste Arnold van Bruggen se lancent dans un travail de documentation de la région de Sotchi, où se dérouleront les Jeux Olympiques d'hiver, du 7 au 23 février 2014.

Située dans le Caucase, la ville de Sotchi est une station balnéaire russe qui vit au gré du tourisme et des conflits éthniques, religieux et territoriaux. «Là-bas, le crime bat son plein, entre Sotchi, l’Abkhazie et le nord du Caucase, on est au milieu d’une zone de conflits. C’est aussi une des régions les plus pauvres de Russie», explique le photographe.

Pour financer «The Sotchi Project», Rob Hornstra et Arnold van Bruggen ont multiplié les ressources: crowdfunding, autopublication de livres photographiques, organisation d'expositions ou encore collaboration avec des journaux et des magazines. Le livre présentant l'ensemble du projet, An atlas of war and tourism in the Caucasus, a été publié en novembre 2013.

Par Fanny Arlandis


	Hamzad Ivloev, Nazran, Ingouchie, 2012 | Hamzad Ivloev, 44 ans, était policier à Karabulak. Alors que son poste était victime de tirs, pour sauver ses collègues, il s'est jeté sur une grenade à main sur le point d'exploser. Il a perdu ses deux jambes, un bras et la vue. «Ce qui est important pour moi, ce n’est pas les individus sur les photos mais c’est de montrer quelque chose de plus grand, explique à Slate le photographe Rob Hornstra. Si je fais un portrait de ce policier, c’est dans l’idée que cette histoire particulière nous apprenne des choses sur tous les policiers du Nord du Caucase.» 

Hamzad Ivloev, Nazran, Ingouchie, 2012 | Hamzad Ivloev, 44 ans, était policier à Karabulak. Alors que son poste était victime de tirs, pour sauver ses collègues, il s'est jeté sur une grenade à main sur le point d'exploser. Il a perdu ses deux jambes, un bras et la vue. «Ce qui est important pour moi, ce n’est pas les individus sur les photos mais c’est de montrer quelque chose de plus grand, explique à Slate le photographe Rob Hornstra. Si je fais un portrait de ce policier, c’est dans l’idée que cette histoire particulière nous apprenne des choses sur tous les policiers du Nord du Caucase.» 

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Gudauri, Géorgie, 2013 | «Ce monument soviétique a été érigé pour célébrer l’amitié russo-géorgienne. Il se situe à la frontière, sur le territoire géorgien. Le temps n’a pas seulement détruit ce monument mais l’amitié des deux pays aussi», résume le photographe. Cette route était essentielle pour les Russes lors de la conquête du Caucase. Elle leur permettait notamment de protéger plus facilement les Géorgiens des Perses et des Turcs. 

Gudauri, Géorgie, 2013 | «Ce monument soviétique a été érigé pour célébrer l’amitié russo-géorgienne. Il se situe à la frontière, sur le territoire géorgien. Le temps n’a pas seulement détruit ce monument mais l’amitié des deux pays aussi», résume le photographe. Cette route était essentielle pour les Russes lors de la conquête du Caucase. Elle leur permettait notamment de protéger plus facilement les Géorgiens des Perses et des Turcs. 

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Gimry, Daguestan, 2012 | «La route de Gimry est le centre de l'insurrection anti-russe depuis des siècles. Quand on est passé, je trouvais ce paysage tragique et magnifique alors on a fait une pause pour prendre des photos. On s’est immédiatement fait arrêter par les services secrets. C’est arrivé à tant d’endroits! Les autorités ont un gros travail à mener pour que ce qu’il se passe réellement sur place n’apparaisse pas au grand jour pendant les JO. D’ailleurs, tout le monde parle de la ville de Sotchi, mais en réalité, je ne pense pas qu’une seule épreuve se passe là-bas, elle se situe en réalité à trente kilomètres du village olympique. Et pour cause, la ville se rapproche du Nord Caucase où la pauvreté cohabite avec la violence.»   

Gimry, Daguestan, 2012 «La route de Gimry est le centre de l'insurrection anti-russe depuis des siècles. Quand on est passé, je trouvais ce paysage tragique et magnifique alors on a fait une pause pour prendre des photos. On s’est immédiatement fait arrêter par les services secrets. C’est arrivé à tant d’endroits! Les autorités ont un gros travail à mener pour que ce qu’il se passe réellement sur place n’apparaisse pas au grand jour pendant les JO. D’ailleurs, tout le monde parle de la ville de Sotchi, mais en réalité, je ne pense pas qu’une seule épreuve se passe là-bas, elle se situe en réalité à trente kilomètres du village olympique. Et pour cause, la ville se rapproche du Nord Caucase où la pauvreté cohabite avec la violence.»   

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Nikolay Zetunyan, Nizhny Eshera, Abkhazie, 2009 | Nikolay Yefremovich Zetunyan, 88 ans, est assis dans son salon. «En dépit du climat subtropical et d'un emplacement unique, les maisons d'Eshera sont vides pour la plupart. Pendant la guerre contre la Géorgie en 1993, les Géorgiens de souche ont été chassés du village ou tués. Le pays a été détruit par la guerre et il n’y a pas d’économie. Nikolay nous a dit qu’il attendait de mourir. La puissance de cette photo se trouve dans cette pièce vide où cet homme attend de mourir, un homme fier de lui, fier d’avoir finalement gagné l’indépendance et paré de nombreuses médailles. Nikolay est décédé en 2012. Sa tombe, d'une grande sobriété, est nichée au sommet de la colline au-dessus d'Eshera et surplombe Soukhoumi et la mer Noire. Sa femme est allée habiter chez une de ses filles à des kilomètres de là. Elles reviennent une fois par an pour cueillir les mandarines du jardin.» 

Nikolay Zetunyan, Nizhny Eshera, Abkhazie, 2009 | Nikolay Yefremovich Zetunyan, 88 ans, est assis dans son salon. «En dépit du climat subtropical et d'un emplacement unique, les maisons d'Eshera sont vides pour la plupart. Pendant la guerre contre la Géorgie en 1993, les Géorgiens de souche ont été chassés du village ou tués. Le pays a été détruit par la guerre et il n’y a pas d’économie. Nikolay nous a dit qu’il attendait de mourir. La puissance de cette photo se trouve dans cette pièce vide où cet homme attend de mourir, un homme fier de lui, fier d’avoir finalement gagné l’indépendance et paré de nombreuses médailles. Nikolay est décédé en 2012. Sa tombe, d'une grande sobriété, est nichée au sommet de la colline au-dessus d'Eshera et surplombe Soukhoumi et la mer Noire. Sa femme est allée habiter chez une de ses filles à des kilomètres de là. Elles reviennent une fois par an pour cueillir les mandarines du jardin.» 

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Tkuartchal, Abkhazie, 2010 | Ces photos sont un hommage aux victimes de la guerre. Si la guerre a pris fin il y a vingt ans en Abkhazie, le pays reste sous son emprise. La guerre est commémorée sept fois par an. «Ces portraits montrent à quel point ces gens ne regardent que dans le passé.» 

Tkuartchal, Abkhazie, 2010 | Ces photos sont un hommage aux victimes de la guerre. Si la guerre a pris fin il y a vingt ans en Abkhazie, le pays reste sous son emprise. La guerre est commémorée sept fois par an. «Ces portraits montrent à quel point ces gens ne regardent que dans le passé.» 

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Olga, Sotchi, Russie | Olga, 29 ans, est la gérante d'un club de striptease à l'hôtel Zhemchuzhina («Perle») dans le centre de Sotchi. «Que certaines personnes ne comprennent pas que la danse est une forme d'art lui semble affligeant. Son rêve est de fonder une famille et d'avoir des enfants. Mais elle continuera de danser quoi qu'il arrive. Dans cet hôtel, nous avons été surpris car il y avait deux bars de strip-tease: au rez-de-chaussée et au premier étage. Le strip-tease dans les hôtels, comme les chanteurs, est quelque chose de très présent en Russie.» 

Olga, Sotchi, Russie | Olga, 29 ans, est la gérante d'un club de striptease à l'hôtel Zhemchuzhina («Perle») dans le centre de Sotchi. «Que certaines personnes ne comprennent pas que la danse est une forme d'art lui semble affligeant. Son rêve est de fonder une famille et d'avoir des enfants. Mais elle continuera de danser quoi qu'il arrive. Dans cet hôtel, nous avons été surpris car il y avait deux bars de strip-tease: au rez-de-chaussée et au premier étage. Le strip-tease dans les hôtels, comme les chanteurs, est quelque chose de très présent en Russie.» 

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Dima, Matsesta, région de Sotchi, 2009 | Dima s'est brûlé les jambes lors d'un barbecue organisé par ses parents. Ses médecins l'ont envoyé à Matsesta, célèbre pour ses eaux sulfureuses dont on vante des «propriétés magiques». Il dort à présent dans les environs, dans une petite chambre du sanatorium et doit laisser couler trois fois par jour pendant six minutes –«pas plus», précise le photographe– un jet d'eau sulfuré sur ses brûlures. «A plus forte dose, le remède devient dangereux, nous a expliqué son infirmière. Cette image représente cette culture très ancrée de l’usage des sanatoriums. Les Russes veulent les garder tels quels, mais beaucoup ont été fermés pour laisser place aux infrastructures des Jeux olympiques parce que le pouvoir ne veut pas que l’on voit la Russie comme un reliquat de l’Union soviétique, mais comme une culture proche de celle des Européens.»  

Dima, Matsesta, région de Sotchi, 2009 Dima s'est brûlé les jambes lors d'un barbecue organisé par ses parents. Ses médecins l'ont envoyé à Matsesta, célèbre pour ses eaux sulfureuses dont on vante des «propriétés magiques». Il dort à présent dans les environs, dans une petite chambre du sanatorium et doit laisser couler trois fois par jour pendant six minutes –«pas plus», précise le photographe– un jet d'eau sulfuré sur ses brûlures. «A plus forte dose, le remède devient dangereux, nous a expliqué son infirmière. Cette image représente cette culture très ancrée de l’usage des sanatoriums. Les Russes veulent les garder tels quels, mais beaucoup ont été fermés pour laisser place aux infrastructures des Jeux olympiques parce que le pouvoir ne veut pas que l’on voit la Russie comme un reliquat de l’Union soviétique, mais comme une culture proche de celle des Européens.»  

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Rosa Khutor, région de Sotchi, 2013 | «Rosa Khutor est un curieux mélange de néoclassicisme stalinien et de village alpin. C'est le dernier village olympique de la longue vallée de Krasnaïa Poliana, construit grâce aux fonds d'investissement de l'oligarque Vladimir Potanine. Moderne, éclectique et branché, le village est le rêve du président Poutine d'une nouvelle Russie dans le Caucase devenu réalité. Cette image représente clairement pour moi le rêve de Poutine. Il y a quatre ans, il n’y avait rien du tout à la place et je suis curieux de savoir ce qui se passera quelque temps après les Jeux.» 

Rosa Khutor, région de Sotchi, 2013 | «Rosa Khutor est un curieux mélange de néoclassicisme stalinien et de village alpin. C'est le dernier village olympique de la longue vallée de Krasnaïa Poliana, construit grâce aux fonds d'investissement de l'oligarque Vladimir Potanine. Moderne, éclectique et branché, le village est le rêve du président Poutine d'une nouvelle Russie dans le Caucase devenu réalité. Cette image représente clairement pour moi le rêve de Poutine. Il y a quatre ans, il n’y avait rien du tout à la place et je suis curieux de savoir ce qui se passera quelque temps après les Jeux.» 

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Adler, région de Sotchi, 2012 | «Les installations olympiques sont presque toutes prêtes. En 2009 il n’y avait rien à la place du stade. Alors à chaque fois qu’on est venus, on est allés faire une photo pour voir les changements. En 2013, il semblait que les Jeux avaient coûtés au final cinquante milliards de dollars.»

Adler, région de Sotchi, 2012 | «Les installations olympiques sont presque toutes prêtes. En 2009 il n’y avait rien à la place du stade. Alors à chaque fois qu’on est venus, on est allés faire une photo pour voir les changements. En 2013, il semblait que les Jeux avaient coûtés au final cinquante milliards de dollars.»

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

	Mikhail Karabelnikov, Sotchi, 2009 | Michail Pavelivitch Karabelnikov (77 ans), de Novokoeznetsk, parcourt chaque année près de 3.000 kilomètres pour pouvoir passer ses vacances à Sotchi. Il a travaillé dans la mine pendant trente-sept ans où il a terminé contremaître à la tête de 150 mineurs. «Sa carrière prometteuse s'est brusquement trouvée dans une impasse lorsqu'il a refusé d'adhérer au Parti communiste, nous racontait-il fièrement. Cet homme représente toute cette ancienne génération qui vient de très loin tous les ans pour bénéficier des cures dans les sanatoriums de Sotchi. Ils suivent un traitement le matin et l’après-midi vont sur les plages privées jouer aux échecs et boire de la vodka. Il y a ensuite la célébration du thé ou une soirée et disco et c’est au lit à 22h!» 

Mikhail Karabelnikov, Sotchi, 2009 | Michail Pavelivitch Karabelnikov (77 ans), de Novokoeznetsk, parcourt chaque année près de 3.000 kilomètres pour pouvoir passer ses vacances à Sotchi. Il a travaillé dans la mine pendant trente-sept ans où il a terminé contremaître à la tête de 150 mineurs. «Sa carrière prometteuse s'est brusquement trouvée dans une impasse lorsqu'il a refusé d'adhérer au Parti communiste, nous racontait-il fièrement. Cet homme représente toute cette ancienne génération qui vient de très loin tous les ans pour bénéficier des cures dans les sanatoriums de Sotchi. Ils suivent un traitement le matin et l’après-midi vont sur les plages privées jouer aux échecs et boire de la vodka. Il y a ensuite la célébration du thé ou une soirée et disco et c’est au lit à 22h!» 

Crédit: Rob Hornstra / Flatland Gallery. From: An Atlas of War and Tourism in the Caucasus

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