Les pêcheurs swahilis, sur la côte à «six degrés sud»
Monde

Les pêcheurs swahilis, sur la côte à «six degrés sud»

«Il y a plus de trente ans, je débarquais en Somalie pour y travaillerJe tombais aussitôt amoureux de cette côte insoumise, vide et sauvage, parsemée de rares villes anciennes faites de blocs de corail et enduites de chaux blanche, raconte le photographe Gilles Nicolet. Ce qui m’a marqué là-bas, c’est le ciel: immense, vide mais qui semblait occuper tout l’espace. La mer aussi, riche et omniprésente et son grondement permanent venu de la barrière de corail, au loin, et sa frange blanche née du fracas incessant des vagues. Il y a peu, muni d’un unique boîtier équipé d’un 35 mm, je suis retourné sur certains des lieux de ma jeunesse pour tenter de mieux comprendre comment vivent aujourd’hui ces populations qui depuis plus de mille ans occupent ces rivages uniques.» Son travail, intitulé «Six degrés sud» en référence au centre géographique exact de la côte swahilie, est actuellement exposé à la galerie Fait & Cause à Paris, jusqu'au 13 juillet.

«J'aurai passé plus de six mois “sur le terrain” à parcourir la côte, du Kenya au Mozambique en passant par la Tanzanie et Zanzibar. Je voulais donner une vision exhaustive de la culture swahilie. J'ai photographié ces hommes alors que, munis de leurs filets, ils commençaient leur journée de pêche. De l’eau jusqu’au cou, trimant contre le courant et les vagues, ils ont travaillé des heures durant. Les communautés vivant le long de cette côte dépendent encore des ressources maritimes pour survivre. Femmes et enfants contribuent aux activités de pêche.»
Into the surf, Pangani, Tanzanie. | Gilles Nicolet

«J'aurai passé plus de six mois “sur le terrain” à parcourir la côte, du Kenya au Mozambique en passant par la Tanzanie et Zanzibar. Je voulais donner une vision exhaustive de la culture swahilie. J'ai photographié ces hommes alors que, munis de leurs filets, ils commençaient leur journée de pêche. De l’eau jusqu’au cou, trimant contre le courant et les vagues, ils ont travaillé des heures durant. Les communautés vivant le long de cette côte dépendent encore des ressources maritimes pour survivre. Femmes et enfants contribuent aux activités de pêche.»

«La côte swahilie est incroyablement belle, c'est un endroit où le temps semble s’être arrêté, surtout lorsqu’on s’éloigne des grands centres urbains ou que l’on rejoint les îles. Cette femme de l'archipel des Quirimbas, dans le nord du Mozambique, vit de la pêche du poulpe. Chaque jour elle parcourt les récifs à marée basse, un travail exténuant qui lui prend des heures et ne rapporte presque rien. Ce jour-là, elle s’estimait heureuse d'avoir attrapé cinq octopodidés. Elle comptait en tirer 3 dollars. À 27 ans, elle a déjà cinq enfants et attendait son sixième.»
Five Octopuses, Archipel des Quirimba, Mozambique. | Gilles Nicolet

«La côte swahilie est incroyablement belle, c'est un endroit où le temps semble s’être arrêté, surtout lorsqu’on s’éloigne des grands centres urbains ou que l’on rejoint les îles. Cette femme de l'archipel des Quirimbas, dans le nord du Mozambique, vit de la pêche du poulpe. Chaque jour elle parcourt les récifs à marée basse, un travail exténuant qui lui prend des heures et ne rapporte presque rien. Ce jour-là, elle s’estimait heureuse d'avoir attrapé cinq octopodidés. Elle comptait en tirer 3 dollars. À 27 ans, elle a déjà cinq enfants et attendait son sixième.»

«Commencé à titre d'hommage, mon travail a changé de cap au moment où je me suis rendu compte que de très importants changements étaient en train de se produire sur la côte, qui se trouve de plus en plus menacée sous les effets conjugués de la surpêche, du réchauffement climatique, de la pression démographique sur l’habitat traditionnel et de l’exploitation de champs gaziers. Mon regard s'est fait documentaire. J’ai voulu donner à voir ce qui est resté intact, à l'image de cette mer d’huile qui semblait tout droit sortie d’un film de pirates grâce à la vieille bâche qui pendait à l’avant du boutre. Ces pièces de bateaux en bois, dont la construction n’a pratiquement pas changé depuis le Xe siècle, tendent aujourd’hui à disparaître au profit d’embarcations en fibre de verre à cause de la raréfaction du bois.»
Dhows at anchor, Mafia, Tanzanie. | Gilles Nicolet

«Commencé à titre d'hommage, mon travail a changé de cap au moment où je me suis rendu compte que de très importants changements étaient en train de se produire sur la côte, qui se trouve de plus en plus menacée sous les effets conjugués de la surpêche, du réchauffement climatique, de la pression démographique sur l’habitat traditionnel et de l’exploitation de champs gaziers. Mon regard s'est fait documentaire. J’ai voulu donner à voir ce qui est resté intact, à l'image de cette mer d’huile qui semblait tout droit sortie d’un film de pirates grâce à la vieille bâche qui pendait à l’avant du boutre. Ces pièces de bateaux en bois, dont la construction n’a pratiquement pas changé depuis le Xe siècle, tendent aujourd’hui à disparaître au profit d’embarcations en fibre de verre à cause de la raréfaction du bois.»

«J'ai fini par quitter mon emploi pour me consacrer exclusivement aux prises de vue de l’Île de Mafia. J’ai alors couvert certaines îles, des villes anciennes, des cérémonies religieuses et des ports de pêches. Une fois leur senne tournante déployée autour d’un banc de poissons, les hommes restés à bord la remontent à la seule force des bras. L’énorme filet de 400 mètres de long pèse l’équivalent de plusieurs tonnes une fois jeté à l’eau. L’opération, qui peut prendre près d’une heure, donne parfois lieu à des déceptions car la moitié des tentatives se soldent par un échec.»
The pain, Kilindoni, Tanzanie. | Gilles Nicolet

«J'ai fini par quitter mon emploi pour me consacrer exclusivement aux prises de vue de l’Île de Mafia. J’ai alors couvert certaines îles, des villes anciennes, des cérémonies religieuses et des ports de pêches. Une fois leur senne tournante déployée autour d’un banc de poissons, les hommes restés à bord la remontent à la seule force des bras. L’énorme filet de 400 mètres de long pèse l’équivalent de plusieurs tonnes une fois jeté à l’eau. L’opération, qui peut prendre près d’une heure, donne parfois lieu à des déceptions car la moitié des tentatives se soldent par un échec.»

«Je voyageais en bus, en boutre ou à l’aide de mon 4x4. J’aime me lever très tôt lorsque je suis en reportage pour ne pas rater la bonne lumière. Je peux passer des jours à photographier une famille ou une technique de pêche. Un nahodha ou capitaine s’apprête à larguer les amarres de son boutre en bois. Les hommes s'en remettent à différentes techniques de pêche (à la senne, à la ligne, à la traîne etc.) et presque tous continuent d'utiliser des bateaux traditionnels: des boutres (mashua), des canoës à double balancier (ngalawa) ou encore des pirogues (mtumbwi). La diminution des stocks de poissons au cours des dernières décennies a eu un impact sur la pauvreté, à tel point que parfois les vêtements sont utilisés jusqu’à ce qu’ils tombent en pièces.»
The captain, Mafia, Tanzanie. | Gilles Nicolet

«Je voyageais en bus, en boutre ou à l’aide de mon 4x4. J’aime me lever très tôt lorsque je suis en reportage pour ne pas rater la bonne lumière. Je peux passer des jours à photographier une famille ou une technique de pêche. Un nahodha ou capitaine s’apprête à larguer les amarres de son boutre en bois. Les hommes s'en remettent à différentes techniques de pêche (à la senne, à la ligne, à la traîne etc.) et presque tous continuent d'utiliser des bateaux traditionnels: des boutres (mashua), des canoës à double balancier (ngalawaou encore des pirogues (mtumbwi). La diminution des stocks de poissons au cours des dernières décennies a eu un impact sur la pauvreté, à tel point que parfois les vêtements sont utilisés jusqu’à ce qu’ils tombent en pièces.»

«Le choix de photographier en noir et blanc sur une côte saturée de couleurs renvoie au sentiment d’éternité heureuse et lasse de ce lieu hors du temps. Les niveaux de gris m’ont aussi permis de jongler entre la démarche documentaire et celle d’auteur. Au large de la ville de Mombasa les pêcheurs utilisent des palangres pour attraper des requins et des poissons, comme cet espadon. Avec leurs lignes de 200 hameçons, les locaux ne peuvent cependant pas rivaliser avec les navires coréens ou espagnols venus prendre du poisson illégalement dans les eaux kenyanes en posant des lignes comportant jusqu'à 7.000 hameçons.»
A broadbill, Mombasa, Kenya. | Gilles Nicolet

«Le choix de photographier en noir et blanc sur une côte saturée de couleurs renvoie au sentiment d’éternité heureuse et lasse de ce lieu hors du temps. Les niveaux de gris m’ont aussi permis de jongler entre la démarche documentaire et celle d’auteur. Au large de la ville de Mombasa les pêcheurs utilisent des palangres pour attraper des requins et des poissons, comme cet espadon. Avec leurs lignes de 200 hameçons, les locaux ne peuvent cependant pas rivaliser avec les navires coréens ou espagnols venus prendre du poisson illégalement dans les eaux kenyanes en posant des lignes comportant jusqu'à 7.000 hameçons.»

«Chaque matin, alors que les embarcations rentrent d’une nuit passée en mer, des centaines d’acheteurs se précipitent à l’eau pour arriver les premiers. De nombreux enfants viennent aussi dans l’espoir de se voir offrir ou de récupérer quelques poissons. Cette criée à ciel ouvert au milieu des injonctions a quelque chose d'on ne peut plus insolite.»
The busy flats, Kilwa, Tanzanie. | Gilles Nicolet

«Chaque matin, alors que les embarcations rentrent d’une nuit passée en mer, des centaines d’acheteurs se précipitent à l’eau pour arriver les premiers. De nombreux enfants viennent aussi dans l’espoir de se voir offrir ou de récupérer quelques poissons. Cette criée à ciel ouvert au milieu des injonctions a quelque chose d'on ne peut plus insolite.»

«Des hommes chargent des blocs de corail fossilisé au nord de la côte kenyane. Extraits du sous-sol, ils seront utilisés à fin de construction, une technique qui remonte au IXe ou Xe siècle, comme l’attestent les nombreuses ruines datant de cette époque qui parsèment la région.»
Hard labour, Manda, Kenya. | Gilles Nicolet

«Des hommes chargent des blocs de corail fossilisé au nord de la côte kenyane. Extraits du sous-sol, ils seront utilisés à fin de construction, une technique qui remonte au IXe ou Xe siècle, comme l’attestent les nombreuses ruines datant de cette époque qui parsèment la région.»

«Plutôt que de se mouiller les pieds cet enfant avait préféré passer sur un grand entrelacs de racines, vestiges d’un arbre tombé dans la mer, victime de l'érosion marine. Les changements environnementaux dûs aux activités humaines ont un impact croissant sur la côte swahilie.»
Jungle maze, Kilindoni, Tanzanie. | Gilles Nicolet

«Plutôt que de se mouiller les pieds cet enfant avait préféré passer sur un grand entrelacs de racines, vestiges d’un arbre tombé dans la mer, victime de l'érosion marine. Les changements environnementaux dûs aux activités humaines ont un impact croissant sur la côte swahilie.»

«Parce qu’il est extrêmement dur et résiste aux insectes, le bois de mangrove est exploité depuis la nuit des temps. Une grande partie ayant servi à construire des maisons sur la péninsule arabique, du Yemen à l’Irak, provient du delta de la Rufiji. L’exploitation s’est accélérée ces dernières décennies, amenuisant des surfaces de forêts de mangrove naturelles qui jouent pourtant un rôle déterminant dans la reproduction d’un grand nombre d’espèces de poissons et de crustacés.»
The log, Stone Town, Zanzibar. | Gilles Nicolet

«Parce qu’il est extrêmement dur et résiste aux insectes, le bois de mangrove est exploité depuis la nuit des temps. Une grande partie ayant servi à construire des maisons sur la péninsule arabique, du Yemen à l’Irak, provient du delta de la Rufiji. L’exploitation s’est accélérée ces dernières décennies, amenuisant des surfaces de forêts de mangrove naturelles qui jouent pourtant un rôle déterminant dans la reproduction d’un grand nombre d’espèces de poissons et de crustacés.»

«Les ports de pêche ne sont souvent pas assez profonds pour permettre aux navires d’approcher la côte. Des porteurs sont donc engagés pour débarder le poisson. Ils se déplacent dans l’eau, munis de paniers en osier, faisant d’incessants allers-retours entre les embarcations et la plage. Cet homme attendait l’arrivée imminente des bateaux pour être embauché le premier. À présent je ne cherche plus à vivre de ma photographie j'ai pu le faire auparavant car la contrainte handicapait ma créativité. Désormais j'ai besoin de vibrer et de raconter des histoires en images.»
Still waters, Kilindoni, Tanzanie. | Gilles Nicolet  

«Les ports de pêche ne sont souvent pas assez profonds pour permettre aux navires d’approcher la côte. Des porteurs sont donc engagés pour débarder le poisson. Ils se déplacent dans l’eau, munis de paniers en osier, faisant d’incessants allers-retours entre les embarcations et la plage. Cet homme attendait l’arrivée imminente des bateaux pour être embauché le premier. À présent je ne cherche plus à vivre de ma photographie j'ai pu le faire auparavant car la contrainte handicapait ma créativité. Désormais j'ai besoin de vibrer et de raconter des histoires en images.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos

«Les pieds dans l'eau, tout le monde est vulnérable»
Grand Format

«Les pieds dans l'eau, tout le monde est vulnérable»

Newsletters