Shawkan, le photojournaliste égyptien qui risque la peine de mort
Médias / Monde

Shawkan, le photojournaliste égyptien qui risque la peine de mort

Le photojournaliste égyptien Mahmoud Abou Zeid, plus connu sous le nom de Shawkan, est en détention depuis près de cinq ans. Le tribunal pénal du Caire a fixé son jugement –et celui de 738 autres personnes– au 30 juin prochain. Âgé de 30 ans, Shawkan risque la peine capitale. Voici ses images.

 «Shawkan a été arrêté le 14 août 2013, alors qu'il couvrait la violente dispersion par les forces de sécurité égyptiennes des manifestantes et manifestants soutenant le président déchu Mohamed Morsi place Rabia-El-Adaouïa, au Caire», raconte Justin Shilad, du Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

«Shawkan a été arrêté le 14 août 2013, alors qu'il couvrait la violente dispersion par les forces de sécurité égyptiennes des manifestantes et manifestants soutenant le président déchu Mohamed Morsi place Rabia-El-Adaouïa, au Caire», raconte Justin Shilad, du Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Après l’éviction de Mohamed Morsi le 3 juillet 2013, un grand sit-in a été organisé par des sympathisantes et sympathisants de l’ancien président sur la place Rabia-El-Adaouïa, à Nasr City, dans le centre du Caire. Les forces de sécurité égyptiennes ont eu recours à une force excessive pour disperser ce rassemblement le 14 août, tuant plusieurs centaines de personnes.

Après l’éviction de Mohamed Morsi le 3 juillet 2013, un grand sit-in a été organisé par des sympathisantes et sympathisants de l’ancien président sur la place Rabia-El-Adaouïa, à Nasr City, dans le centre du Caire. Les forces de sécurité égyptiennes ont eu recours à une force excessive pour disperser ce rassemblement le 14 août, tuant plusieurs centaines de personnes.

Ce jour-là, Shawkan s'est rendu sur la place pour prendre des photos. Il s'est fait arrêter en même temps que deux journalistes étrangers, qui eux ont été libérés le jour même. Shawkan a indiqué à Amnesty International avoir été frappé par des policiers et des militaires pendant son premier jour de détention et le 17 août 2013, lors de son transfert d’une cellule surpeuplée d’un poste de police du Caire à la prison d’Abou Zaabal. En décembre 2013, Shawkan a été déplacé au centre pénitentiaire de Tora, au Caire; il y est toujours incarcéré. «Lors de son arrestation, Shawkan était en mission pour l'agence photo Demotix, basée au Royaume-Uni, précise Justin Shilad. Shawkan avait déjà collaboré avec Demotix ainsi qu'avec l’agence Corbis.»

Ce jour-là, Shawkan s'est rendu sur la place pour prendre des photos. Il s'est fait arrêter en même temps que deux journalistes étrangers, qui eux ont été libérés le jour même. Shawkan a indiqué à Amnesty International avoir été frappé par des policiers et des militaires pendant son premier jour de détention et le 17 août 2013, lors de son transfert d’une cellule surpeuplée d’un poste de police du Caire à la prison d’Abou Zaabal. En décembre 2013, Shawkan a été déplacé au centre pénitentiaire de Tora, au Caire; il y est toujours incarcéré. «Lors de son arrestation, Shawkan était en mission pour l'agence photo Demotix, basée au Royaume-Uni, précise Justin Shilad. Shawkan avait déjà collaboré avec Demotix ainsi qu'avec l’agence Corbis.»

Shawkan a écrit une lettre depuis sa cellule. Il raconte: «C'était comme dans un film américain. Comme si nous étions en guerre. Les balles, le gaz lacrymogène, le feu, les policiers, les soldats et les chars partout... J'ai vu les policiers armés prendre le contrôle de la place. [...] Ils nous ont fait monter avec plusieurs manifestants dans une voiture et nous ont emmenés au stade du Caire. [...] On m'a mis dans une cellule minuscule avec trente-neuf autres détenus. Il faisait très chaud et nous étions quarante à l'intérieur. Il n'y avait pas de place pour s'asseoir et on ne pouvait pas respirer. Il n'y avait pas d'aération. On ne m'a rien donné à manger ou à boire pendant les trois jours où j'ai été détenu. Les policiers parlaient entre eux de la meilleure façon de nous frapper et de nous torturer, pour nous faire le plus mal possible. J'ai eu très peur, et j'ai pensé que j'allais mourir.»

Shawkan a écrit une lettre depuis sa cellule. Il raconte: «C'était comme dans un film américain. Comme si nous étions en guerre. Les balles, le gaz lacrymogène, le feu, les policiers, les soldats et les chars partout... J'ai vu les policiers armés prendre le contrôle de la place. [...] Ils nous ont fait monter avec plusieurs manifestants dans une voiture et nous ont emmenés au stade du Caire. [...] On m'a mis dans une cellule minuscule avec trente-neuf autres détenus. Il faisait très chaud et nous étions quarante à l'intérieur. Il n'y avait pas de place pour s'asseoir et on ne pouvait pas respirer. Il n'y avait pas d'aération. On ne m'a rien donné à manger ou à boire pendant les trois jours où j'ai été détenu. Les policiers parlaient entre eux de la meilleure façon de nous frapper et de nous torturer, pour nous faire le plus mal possible. J'ai eu très peur, et j'ai pensé que j'allais mourir.»

Shawkan poursuit: «La prison de Tora, c'est comme un cimetière. Je dors sur le sol, un carrelage glacé. Mes affaires sont suspendues à un clou au mur, au-dessus de mon matelas tout fin. Il y a une minuscule «cuisine» où nous préparons nos repas. Nous avons une unique plaque électrique, qui nous sert aussi à nous chauffer pendant les mois d'hiver. La «cuisine» jouxte les latrines, un simple trou dans le sol en béton. Une couverture est suspendue entre les deux coins, pour créer un semblant d'intimité. Notre dignité est restée à la porte de la prison. Je partage avec douze prisonniers politiques une cellule qui mesure trois mètres sur quatre. Nous restons parfois plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sans voir le soleil ni respirer l'air du dehors.»

Shawkan poursuit: «La prison de Tora, c'est comme un cimetière. Je dors sur le sol, un carrelage glacé. Mes affaires sont suspendues à un clou au mur, au-dessus de mon matelas tout fin. Il y a une minuscule «cuisine» où nous préparons nos repas. Nous avons une unique plaque électrique, qui nous sert aussi à nous chauffer pendant les mois d'hiver. La «cuisine» jouxte les latrines, un simple trou dans le sol en béton. Une couverture est suspendue entre les deux coins, pour créer un semblant d'intimité. Notre dignité est restée à la porte de la prison. Je partage avec douze prisonniers politiques une cellule qui mesure trois mètres sur quatre. Nous restons parfois plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sans voir le soleil ni respirer l'air du dehors.»

«Il est accusé, aux côtés de 738 autres personnes, explique Justin Shilad, de possession d'armes, de rassemblement illégal, de tentative de meurtre et de meurtre. Shawkan, son équipe juridique, Demotix et les journalistes qui ont été arrêtés à ses côtés mais ont ensuite été libérés nient tous ces accusations.»

«Il est accusé, aux côtés de 738 autres personnes, explique Justin Shilad, de possession d'armes, de rassemblement illégal, de tentative de meurtre et de meurtre. Shawkan, son équipe juridique, Demotix et les journalistes qui ont été arrêtés à ses côtés mais ont ensuite été libérés nient tous ces accusations.»

«Shawkan a comparu devant le juge lors d’une douzaine d'audiences (la plus récente était le 24 avril), mais n'a pas encore été jugé.» Les audiences ont déjà été ajournées par le tribunal plus de cinquante fois. Shawkan est maintenu en prison en violation du droit égyptien, qui fixe à deux ans la durée maximale de la détention provisoire.

«Shawkan a comparu devant le juge lors d’une douzaine d'audiences (la plus récente était le 24 avril), mais n'a pas encore été jugé.» Les audiences ont déjà été ajournées par le tribunal plus de cinquante fois. Shawkan est maintenu en prison en violation du droit égyptien, qui fixe à deux ans la durée maximale de la détention provisoire.

«Au moment de son arrestation et immédiatement après, Shawkan a été sévèrement battu par les forces de sécurité. Depuis, une hépatite C lui a été diagnostiquée, et sa santé s'est détériorée. Son frère a déclaré au CPJ en octobre 2017 que Shawkan souffrait de troubles de la vision, de frissons, d'insomnie et de perte d'appétit.»

«Au moment de son arrestation et immédiatement après, Shawkan a été sévèrement battu par les forces de sécurité. Depuis, une hépatite C lui a été diagnostiquée, et sa santé s'est détériorée. Son frère a déclaré au CPJ en octobre 2017 que Shawkan souffrait de troubles de la vision, de frissons, d'insomnie et de perte d'appétit.»

«Le CPJ a travaillé pendant des années –aux côtés d'autres organisations– pour que Shawkan soit libéré, notamment en faisant valoir ses droits auprès du gouvernement égyptien lors d'une visite dans le pays. Le CPJ continue de faire pression pour sa libération», conclut Justin Shilad.

«Le CPJ a travaillé pendant des années –aux côtés d'autres organisations– pour que Shawkan soit libéré, notamment en faisant valoir ses droits auprès du gouvernement égyptien lors d'une visite dans le pays. Le CPJ continue de faire pression pour sa libération», conclut Justin Shilad.

Le tribunal pénal du Caire a fixé le jugement de Shawkan et de ses 738 coaccusés au 30 juin. Le procureur a appelé à condamner les 739 personnes à la peine de mort. Lorsque le jugement sera rendu, la détention provisoire de Shawkan aura duré 1781 jours.

Shawkan, le 9 août 2016 | Khaled Desouki / AFP

Le tribunal pénal du Caire a fixé le jugement de Shawkan et de ses 738 coaccusés au 30 juin. Le procureur a appelé à condamner les 739 personnes à la peine de mort. Lorsque le jugement sera rendu, la détention provisoire de Shawkan aura duré 1781 jours.

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Tribute to Marilyn Monroe
Grand Format

Tribute to Marilyn Monroe

«J'ai eu l'idée d'une femme transformée, montrant l'interaction des sociétés orientale et occidentale»
Grand Format

«J'ai eu l'idée d'une femme transformée, montrant l'interaction des sociétés orientale et occidentale»

Newsletters