Dedans, dehors

Un repas de famille, un homme qui lit le journal dans son bain, l’ouverture des cadeaux Noël au pied du sapin, une enfant qui a fait pipi au lit… Justin Bettman, 23 ans, s’intéresse aux scènes de la vie domestique qu’il immortalise dans des espaces publics. «À New York tout se passe toujours en public ou dehors. On reçoit rarement chez soi», remarque ce jeune directeur artistique dans la pub. Rencontré sur un de ses shootings, il nous explique son projet «Set in the street» qui joue sur les échelles pour mieux questionner notre rapport à l’intimité. (Vous aurez compris, il faut passer votre souris sur les photos pour comprendre le projet.) 

«Plutôt que de photographier des choses qui existent déjà je préfère construire une photo de toute pièce. Pour «Set in the street», je ne veux pas m’inscrire dans un décor pré-existant mais le construire de toute pièce. Je rêvais depuis longtemps d’imaginer des décors de cinéma et j’ai collaboré avec mon amie Godze Eker, dont c’est le métier. On a construit et photographié un premier set en juillet dernier, à Brooklyn. Au départ, on pensait le faire en studio mais on n’avait pas de budget. Et, après tout, un studio c’est juste un mur et un sol, ce que la rue nous offre aussi.»

Crédit: Justin Bettman

«On trouve tous les matériaux et meubles sur les trottoirs. À New-York, les gens déménagent beaucoup et ça coûte moins cher de tout jeter que de payer le déplacement des meubles. Le week-end, ma copine et moi sillonnons la ville en voiture ou en courant, à la recherche de perles rares. Un matin, j’allais au travail en faisant mon jogging et en passant sur Bedford Avenue à Williamsburg je suis tombé sur cette tête de biche. Je savais que si je ne la prenais pas tout de suite, quelqu’un se servirait. Résultat j’ai fini le trajet en courant avec une tête d’animal dans les bras. Les gens ont du croire que c’était une performance artistique!»

Crédit: Justin Bettman

«Le premier set, on l’a démonté après l’avoir utilisé. Mais, après coup, on a réalisé qu’on aurait dû le laisser dans la rue parce les passants prenaient des photos de nous en train de le construire. Désormais on le laisse tant qu’il ressemble encore à quelque chose. J’aime l’idée de prendre puis de rendre à la rue quelque chose. C’est une forme de street art. J’ai d’ailleurs pensé au hashtag #setinthestreet pour voir l’évolution des décors et la créativité des gens. Certains piquent parfois des pièces mais d’autres au contraire rajoutent leur touche, posent dans le décor etc. Ce sont des archives digitales.»

Crédit: Justin Bettman

«Je m’inspire de l’univers retro de Wes Anderson (Grand Budapest Hotel) mais aussi de Tim Burton (Edward aux mains d’argent). Le travail du photographe Gregory Crewdson est aussi une influence majeure. J’aime donner un faux air de réalité à mes photos. C’est trop parfait et léché pour être réel mais on y croit quand même.» Et le fait que la scène domestique se passe dans la rue apporte une touche surréaliste qui lui plaît, explique-t-il.

Crédit: Justin Bettman

«Pour cette photo, je voulais absolument un mur bleu comme celui ci. Je l’ai trouvé grâce à Google street view. Résultat, en lisant cela dans un article des gens de Google m’ont contacté pour faire un mini reportage sur mon projet. Ils nous ont ainsi suivi sur notre dernier set, à Williamsburg. En général, on arrive pour monter le décor vers 3-4h du matin et on fait les photos au lever du soleil. On n'a jamais eu de problème avec la police, notamment parce qu’on contourne au maximum les interdictions en n’utilisant aucune lumière artificielle, ne bloquant pas la chaussée etc.»

Crédit: Justin Bettman

«J’aime jouer avec l’effet zoom in et zoom out pour montrer qu’il peut être très trompeur de ne regarder qu’un petit bout de photo... C’est comme voir une personne qui pleure dans le métro, il nous manque le plus grand angle pour vraiment comprendre ce qu’elle traverse.»

Crédit: Justin Bettman

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