Cultiver un jardin comme le désir d'une existence normale quand on est réfugié
Société / Monde / Culture

Cultiver un jardin comme le désir d'une existence normale quand on est réfugié

«Les nombreux habitants des camps de réfugiés retrouvent espoir, consolation et dignité dans la culture de quelques plantes», raconte le photographe hollandais Henk Wildschut, auteur d'un livre intitulé Rooted qui rassemble des photographies de petits jardins de réfugié·es dans des camps français, tunisiens, jordaniens ou libanais. «Ces jardins miniatures sont souvent un peu plus que quelques fleurs dans des boîtes de conserve, ou qu'une poignée de graines ou de bulbes qui peinent à germer dans une parcelle de sol maigre. Ces herbes, ces fleurs et ces jardins miniatures symbolisent le désir de quelque chose qui ressemble à une existence normale.»

«J'ai remarqué les petits jardins dans les camps de réfugiés pour la première fois lors de la visite d'un camp en Tunisie en 2011. Je les avais déjà vus mais je n'y avais jamais prêté attention. Mais là, dans le camp de Choucha en Tunisie, ils étaient très présents. J'ai commencé à réaliser que les jardins étaient un signe de force et un reflet de la nécessité d'une vie normale.»
Camp de Choucha, Tunisie. Juillet 2011 | Henk Wildschut 

«J'ai remarqué les petits jardins dans les camps de réfugiés pour la première fois lors de la visite d'un camp en Tunisie en 2011. Je les avais déjà vus mais je n'y avais jamais prêté attention. Mais là, dans le camp de Choucha en Tunisie, ils étaient très présents. J'ai commencé à réaliser que les jardins étaient un signe de force et un reflet de la nécessité d'une vie normale.»

«Je choisissais les camps pour leur accessibilité. Beaucoup de réfugiés se sont installés dans des camps en Turquie pendant la guerre en Syrie mais il est difficile d'y entrer et d'y travailler. C'est pour cette raison que j'ai commencé mes recherches au Liban où j’ai pu travailler sans aide des ONG ou du gouvernement. La plupart du temps, je me promenais et quand je voyais un jardin, j'entamais une conversation avec son propriétaire (j'ai toujours travaillé avec un traducteur), et je demandais si je pouvais prendre une photo du jardin ou des fleurs. L'interaction et l'histoire derrière l'image sont presque plus importantes pour moi que l'image réelle.»
Bar Elias, vallée de la Bekaa, Liban. Mai 2017 | Henk Wildschut

«Je choisissais les camps pour leur accessibilité. Beaucoup de réfugiés se sont installés dans des camps en Turquie pendant la guerre en Syrie mais il est difficile d'y entrer et d'y travailler. C'est pour cette raison que j'ai commencé mes recherches au Liban où j’ai pu travailler sans aide des ONG ou du gouvernement. La plupart du temps, je me promenais et quand je voyais un jardin, j'entamais une conversation avec son propriétaire (j'ai toujours travaillé avec un traducteur), et je demandais si je pouvais prendre une photo du jardin ou des fleurs. L'interaction et l'histoire derrière l'image sont presque plus importantes pour moi que l'image réelle.»

«Abu Hamzi et sa famille ont fui les horreurs de la guerre en Syrie et sont arrivés au camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie en 2013. Abu Hamzi travaillait comme horticulteur à Damas et était spécialisé dans la taille des arbustes. Il a planté un beau jardin avec des fleurs et beaucoup de plantes grasses qui s'adaptent bien au sol sec autour de son abri dans le camp. Quand il se sent stressé, il entre dans son jardin. Il dit que sa beauté le détend et qu'en prendre soin est bon pour son âme. Quelques semaines avant que je ne le photographie, il avait découvert une pêche germant au fond de son jardin. Abu Hamzi a mis des caisses autour du jeune arbre “pour le protéger des enfants qui saccagent tout et ne font pas attention”. Il espère que l'arbre deviendra grand et beau, et qu'il lui donnera de l'ombre et des fruits.»
Camp de Zaatari, Jordanie. Avril 2018 | Henk Wildschut

«Abu Hamzi et sa famille ont fui les horreurs de la guerre en Syrie et sont arrivés au camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie en 2013. Abu Hamzi travaillait comme horticulteur à Damas et était spécialisé dans la taille des arbustes. Il a planté un beau jardin avec des fleurs et beaucoup de plantes grasses qui s'adaptent bien au sol sec autour de son abri dans le camp. Quand il se sent stressé, il entre dans son jardin. Il dit que sa beauté le détend et qu'en prendre soin est bon pour son âme. Quelques semaines avant que je ne le photographie, il avait découvert une pêche germant au fond de son jardin. Abu Hamzi a mis des caisses autour du jeune arbre “pour le protéger des enfants qui saccagent tout et ne font pas attention”. Il espère que l'arbre deviendra grand et beau, et qu'il lui donnera de l'ombre et des fruits.»

«En 2013, Brahim et sa famille ont fui Daraa, en Syrie, pour rejoindre le camp de réfugiés de Zaatari dans le nord de la Jordanie, à la frontière syrienne. Brahim a remarqué que les gens du camp appréciaient être entourés de plantes et de fleurs. Il y a vu un moyen de gagner de l'argent, et avec son père il a ouvert une petite boutique de fleurs et de plantes dans le camp. La petite boutique semble bien fonctionner. Selon Brahim, les plantes les plus vendues sont les arbres, car ils fournissent de l'ombre quand ils grandissent. Il vend également beaucoup de gardénias, mais lui préfère les roses pour leur parfum.»
Camp de Zaatari, Jordanie. Avril 2018 | Henk Wildschut

«En 2013, Brahim et sa famille ont fui Daraa, en Syrie, pour rejoindre le camp de réfugiés de Zaatari dans le nord de la Jordanie, à la frontière syrienne. Brahim a remarqué que les gens du camp appréciaient être entourés de plantes et de fleurs. Il y a vu un moyen de gagner de l'argent, et avec son père il a ouvert une petite boutique de fleurs et de plantes dans le camp. La petite boutique semble bien fonctionner. Selon Brahim, les plantes les plus vendues sont les arbres, car ils fournissent de l'ombre quand ils grandissent. Il vend également beaucoup de gardénias, mais lui préfère les roses pour leur parfum.»

«La plupart du temps, les réfugiés achètent les plantes dans une boutique des villages alentours. Même dans le camp de Zaatari, vous pouvez trouver deux magasins qui vendent des plantes. Certains se les échangent contre d'autres graines. Il est difficile de savoir quelles plantes sont populaires, mais je dirais que les roses et les jasmins ont beaucoup de succès. Elles leur rappellent leur maison et la beauté. Et la beauté leur redonne de l'espoir. Les gens ont besoin de ces plantes et les aider à pousser constitue une distraction. Beaucoup ont l'impression de se sentir un peu plus chez eux en ayant ces plantes autour.»
Camp de Zaatari, Jordanie. Avril 2018 | Henk Wildschut

«La plupart du temps, les réfugiés achètent les plantes dans une boutique des villages alentours. Même dans le camp de Zaatari, vous pouvez trouver deux magasins qui vendent des plantes. Certains se les échangent contre d'autres graines. Il est difficile de savoir quelles plantes sont populaires, mais je dirais que les roses et les jasmins ont beaucoup de succès. Elles leur rappellent leur maison et la beauté. Et la beauté leur redonne de l'espoir. Les gens ont besoin de ces plantes et les aider à pousser constitue une distraction. Beaucoup ont l'impression de se sentir un peu plus chez eux en ayant ces plantes autour.»

«À Zaatari, il y a suffisamment de soleil pour faire pousser du jasmin mais la pénurie d'eau est un problème. Les hivers sont aussi trop froids pour que cette plante pousse facilement. Malgré ces obstacles, elle est visible partout. Les fleurs blanches sont chéries par leurs propriétaires, notamment pour le doux parfum qu'elles dégagent le soir. Pour de nombreux réfugiés, ce parfum évoque des souvenirs de leur patrie. Damas était traditionnellement nommée la ville du jasmin. Sans surprise, cette plante est donc très populaire parmi les réfugiés syriens.»
Camp de Zaatari, Jordanie. Avril 2018 | Henk Wildschut

«À Zaatari, il y a suffisamment de soleil pour faire pousser du jasmin mais la pénurie d'eau est un problème. Les hivers sont aussi trop froids pour que cette plante pousse facilement. Malgré ces obstacles, elle est visible partout. Les fleurs blanches sont chéries par leurs propriétaires, notamment pour le doux parfum qu'elles dégagent le soir. Pour de nombreux réfugiés, ce parfum évoque des souvenirs de leur patrie. Damas était traditionnellement nommée la ville du jasmin. Sans surprise, cette plante est donc très populaire parmi les réfugiés syriens.»

«La plupart des jardins ont été commencés parce que les réfugiés s'attendaient à rester longtemps dans le camp. Au début de mon travail sur les réfugiés, à Calais, je n'ai pas trouvé de jardins. Plus tard, j'ai réalisé qu'il n'y avait pas de jardins car ce n'était qu'un camp de transit, un camp où personne ne voulait rester. Lorsque la situation a changé à Calais, en 2015-2016, j'ai vu les premiers jardins s'implanter dans le camp. C'est parce que ses habitants savaient qu'il était peu probable qu'ils quittent l'endroit dans un bref délai.»
Calais, France. Juillet 2015 | Henk Wildschut

«La plupart des jardins ont été commencés parce que les réfugiés s'attendaient à rester longtemps dans le camp. Au début de mon travail sur les réfugiés, à Calais, je n'ai pas trouvé de jardins. Plus tard, j'ai réalisé qu'il n'y avait pas de jardins car ce n'était qu'un camp de transit, un camp où personne ne voulait rester. Lorsque la situation a changé à Calais, en 2015-2016, j'ai vu les premiers jardins s'implanter dans le camp. C'est parce que ses habitants savaient qu'il était peu probable qu'ils quittent l'endroit dans un bref délai.»

«La première fois que j'ai rencontré Walid Mehre, ses plantes n'étaient pas à vendre mais il en faisait parfois cadeau aux voisins. Pour lui, les plantes sont la chose la plus belle du monde. Il s'en occupe chaque matin et leur parle quotidiennement. Les cultiver s'avère être vital pour lui et sa santé mentale. Il a besoin de se distraire pour s'extraire de la misère un instant. Quand je suis revenu voir Walid un an plus tard, il avait fini par vendre des fleurs. Sa femme est tombée malade entre-temps et ils ont eu besoin d'argent pour payer le traitement médical. L'aloe vera se vend particulièrement bien. Walid est fier de pouvoir aider sa femme grâce à ses plantes.»
Saadneyel, vallée de la Bekaa, Liban. Mai 2018 | Henk Wildschut

«La première fois que j'ai rencontré Walid Mehre, ses plantes n'étaient pas à vendre mais il en faisait parfois cadeau aux voisins. Pour lui, les plantes sont la chose la plus belle du monde. Il s'en occupe chaque matin et leur parle quotidiennement. Les cultiver s'avère être vital pour lui et sa santé mentale. Il a besoin de se distraire pour s'extraire de la misère un instant. Quand je suis revenu voir Walid un an plus tard, il avait fini par vendre des fleurs. Sa femme est tombée malade entre-temps et ils ont eu besoin d'argent pour payer le traitement médical. L'aloe vera se vend particulièrement bien. Walid est fier de pouvoir aider sa femme grâce à ses plantes.»

«En 2013, Nura et sa famille ont fui Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, pour rejoindre un petit camp de réfugiés informel juste à l'extérieur du village de Chtaura au Liban. Nura a reçu une branche de figuier de mer par quelqu'un qui l'a ramenée avec lui de Syrie –on n'en trouve pas dans la vallée de la Bekaa. Elle l'a mise dans un verre d'eau pour en faire une bouture et espère voir pousser des racines. Nura est très heureuse car le figuier de mer fait de belles fleurs et qu'il lui rappelle son jardin dans lequel elle en faisait pousser.»
Nasriyeh, vallée de la Bekaa, Liban. Mai 2018 | Henk Wildschut

«En 2013, Nura et sa famille ont fui Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, pour rejoindre un petit camp de réfugiés informel juste à l'extérieur du village de Chtaura au Liban. Nura a reçu une branche de figuier de mer par quelqu'un qui l'a ramenée avec lui de Syrie –on n'en trouve pas dans la vallée de la Bekaa. Elle l'a mise dans un verre d'eau pour en faire une bouture et espère voir pousser des racines. Nura est très heureuse car le figuier de mer fait de belles fleurs et qu'il lui rappelle son jardin dans lequel elle en faisait pousser.»

«Je n'ai pas photographié les propriétaires de ces plantes car je ne voulais victimiser personne. Mon but était de montrer le pouvoir des réfugiés. Et les plantes sont le reflet de ce pouvoir. Je crois que dès que vous placez le portrait d'une personne à côté de la plante, toute l'attention est concentrée sur ce portrait et la plante disparaît de l'intérêt du spectateur. Je me suis toujours senti privilégié car les réfugiés me dévoilaient leur vie. Au début du projet, ils avaient tous foi en l'avenir. Mais lorsqu'ils ont commencé à perdre cette foi, ce travail est devenu difficile. D'une certaine façon, l'approche de ce projet est naïve et perdre cette caractéristique m'a forcé à y mettre un terme.»
Camp de Zaatari, Jordanie. Avril 2014 | Henk Wildschut

«Je n'ai pas photographié les propriétaires de ces plantes car je ne voulais victimiser personne. Mon but était de montrer le pouvoir des réfugiés. Et les plantes sont le reflet de ce pouvoir. Je crois que dès que vous placez le portrait d'une personne à côté de la plante, toute l'attention est concentrée sur ce portrait et la plante disparaît de l'intérêt du spectateur. Je me suis toujours senti privilégié car les réfugiés me dévoilaient leur vie. Au début du projet, ils avaient tous foi en l'avenir. Mais lorsqu'ils ont commencé à perdre cette foi, ce travail est devenu difficile. D'une certaine façon, l'approche de ce projet est naïve et perdre cette caractéristique m'a forcé à y mettre un terme.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Scènes d'apocalypse à Beyrouth
Grand Format

Scènes d'apocalypse à Beyrouth

Le pèlerinage de Shikoku, l'un des plus beaux sentiers du Japon
Grand Format

Le pèlerinage de Shikoku, l'un des plus beaux sentiers du Japon

Newsletters