La délicatesse du photographe carcéral
France

La délicatesse du photographe carcéral

De 2010 à 2014, le photographe Grégoire Korganow s'est rendu dans vingt prisons françaises avec la volonté de montrer «au plus juste la vie en prison, en toute transparence et sans recours à des artifices graphiques ou plastiques». Ses photographies sont exposées à la Maison européenne de la photographie jusqu'au 5 avril et font l'objet d'un livre. Il revient pour Slate sur l'ensemble de son travail et sur l'univers carcéral.


	Cour de promenade, Prisons 2010 | En 2010, Grégoire Korganow rencontre Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, pendant le tournage du film de Stéphane Mercurio, A l’ombre de la République. Il y réalise ses premières images avant d'être nommé contrôleur quelques mois plus tard et de commencer un travail de quatre ans sur les prisons françaises. «On ne m'imposait pas et je ne me mettais aucun interdit mais j’étais patient. Parfois j’étais témoin d’évènements que je voyais et que je ne photographiais pas parce que j’avais l’impression que ce n’était pas le bon moment pour le faire. Photographier, c’est d’une certaine manière être dans l’abus de pouvoir, alors quand je déclenchais, je voulais être sûr que tout le monde avait bien conscience de ce qui était en train de se faire. Quand je sentais que mon appareil risquait d’être instrumentalisé dans une lutte de pouvoir, je ne le sortais pas.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Cour de promenade, Prisons 2010 | En 2010, Grégoire Korganow rencontre Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, pendant le tournage du film de Stéphane Mercurio, A l’ombre de la République. Il y réalise ses premières images avant d'être nommé contrôleur quelques mois plus tard et de commencer un travail de quatre ans sur les prisons françaises. «On ne m'imposait pas et je ne me mettais aucun interdit mais j’étais patient. Parfois j’étais témoin d’évènements que je voyais et que je ne photographiais pas parce que j’avais l’impression que ce n’était pas le bon moment pour le faire. Photographier, c’est d’une certaine manière être dans l’abus de pouvoir, alors quand je déclenchais, je voulais être sûr que tout le monde avait bien conscience de ce qui était en train de se faire. Quand je sentais que mon appareil risquait d’être instrumentalisé dans une lutte de pouvoir, je ne le sortais pas.»


	Ronde de nuit, Prisons 2010 | «Quand vous assistez à une fouille intégrale par exemple, vous ne pouvez pas faire la photo d’un mec, vous faites la photo de vingt mecs qui vont être fouillés intégralement. Alors je voulais être certain que les vingt qui allaient être mis à nu devant mon objectif étaient non seulement d’accord pour que je sois là, mais savaient aussi exactement pourquoi je le faisais. Et c'était la même chose pour les surveillants qui peuvent aussi subir ces fouilles car cela les angoissent.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Ronde de nuit, Prisons 2010«Quand vous assistez à une fouille intégrale par exemple, vous ne pouvez pas faire la photo d’un mec, vous faites la photo de vingt mecs qui vont être fouillés intégralement. Alors je voulais être certain que les vingt qui allaient être mis à nu devant mon objectif étaient non seulement d’accord pour que je sois là, mais savaient aussi exactement pourquoi je le faisais. Et c'était la même chose pour les surveillants qui peuvent aussi subir ces fouilles car cela les angoissent.»


	Intérieur cellule, Prisons 2010 | «Je photographiais dans les maisons d'arrêt et les centrales. Dans les premières, il y a du monde partout. Certains ont de toutes petites peines, il y a aussi des personnes en transit, des gens qui viennent et partent. On voit un détenu le lundi sans savoir s'il sera encore là le vendredi. C’est difficile d’avoir une vision claire de la maison d’arrêt, j’étais donc en retrait et prudent.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Intérieur cellule, Prisons 2010 «Je photographiais dans les maisons d'arrêt et les centrales. Dans les premières, il y a du monde partout. Certains ont de toutes petites peines, il y a aussi des personnes en transit, des gens qui viennent et partent. On voit un détenu le lundi sans savoir s'il sera encore là le vendredi. C’est difficile d’avoir une vision claire de la maison d’arrêt, j’étais donc en retrait et prudent.»


	Distribution des cantines, Prisons 2010 | «C'est une casserole d'eau chaude. Dans les maisons d’arrêt, les détenus sont parfois deux ou trois dans 9m2, avec des gens qu’ils n'ont pas choisi. Ils n'ont plus d'intimité et restent inactifs 22h sur 24 dans la cellule. C’est compliqué de ne pas devenir complètement fou.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Distribution des cantines, Prisons 2010«C'est une casserole d'eau chaude. Dans les maisons d’arrêt, les détenus sont parfois deux ou trois dans 9m2, avec des gens qu’ils n'ont pas choisi. Ils n'ont plus d'intimité et restent inactifs 22h sur 24 dans la cellule. C’est compliqué de ne pas devenir complètement fou.»


	Cour de promenade, quartier d'isolement, Prisons 2012 | «En centrale, le mec que vous allez voir le lundi, vous le verrez aussi le vendredi, la semaine suivante et ainsi de suite. C'est la prison pour longues peines, le lieu est donc d'une certaine manière plus homogène.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Cour de promenade, quartier d'isolement, Prisons 2012 | «En centrale, le mec que vous allez voir le lundi, vous le verrez aussi le vendredi, la semaine suivante et ainsi de suite. C'est la prison pour longues peines, le lieu est donc d'une certaine manière plus homogène.»


	Cour de promenade, quartier disciplinaire, Prisons 2012 | «Si en maison d’arrêt vous pouvez photographier dès le premier ou deuxième jour –si vous avez la bonne entrée–, en centrale, il faut attendre au minimum trois ou quatre jours et si vous vous y prenez mal, c’est foutu, vous ne pourrez plus rentrer. Il y a un mode de fonctionnement qui est construit, c’est un milieu beaucoup plus en autarcie, un milieu où le corps étranger est beaucoup plus ressenti qu’en maison d’arrêt qui lui est beaucoup plus hétérogène, instable, dans lequel on fait moins attention à vous.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Cour de promenade, quartier disciplinaire, Prisons 2012«Si en maison d’arrêt vous pouvez photographier dès le premier ou deuxième jour –si vous avez la bonne entrée–, en centrale, il faut attendre au minimum trois ou quatre jours et si vous vous y prenez mal, c’est foutu, vous ne pourrez plus rentrer. Il y a un mode de fonctionnement qui est construit, c’est un milieu beaucoup plus en autarcie, un milieu où le corps étranger est beaucoup plus ressenti qu’en maison d’arrêt qui lui est beaucoup plus hétérogène, instable, dans lequel on fait moins attention à vous.»


	Intérieur cellule, Prisons 2012 | «Les murs des prisons sont là pour éviter aux détenus de s’évader, mais aussi pour qu’on ne voit pas ce qui se passe à l’intérieur. La photographie est donc un révélateur, elle donne à voir ce qui se passe de l’autre côté du mur. Elle n'est pas là pour convaincre ou revendiquer, mais pour essayer de la manière la plus juste possible, à la position à laquelle moi j’étais, de montrer ce qui s'y passe. Je ne raconte pas la prison, j’essaie de la faire ressentir au spectateur. C’est un travail très sensoriel.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Intérieur cellule, Prisons 2012 | «Les murs des prisons sont là pour éviter aux détenus de s’évader, mais aussi pour qu’on ne voit pas ce qui se passe à l’intérieur. La photographie est donc un révélateur, elle donne à voir ce qui se passe de l’autre côté du mur. Elle n'est pas là pour convaincre ou revendiquer, mais pour essayer de la manière la plus juste possible, à la position à laquelle moi j’étais, de montrer ce qui s'y passe. Je ne raconte pas la prison, j’essaie de la faire ressentir au spectateur. C’est un travail très sensoriel.»


	Parloir, Prisons 2012 | «Le bruit est la première perception physique que vous avez de la prison. Vous entendez le bruit de la prison avant de la voir. On construit des talus pour la dissimuler afin que les riverains ne soient pas gênés visuellement par les batiments. Mais on entend les détenus qui s’interpellent, on entend la musique qui s’échappe des cellules, etc. Il n'y a jamais de silence en prison.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Parloir, Prisons 2012 | «Le bruit est la première perception physique que vous avez de la prison. Vous entendez le bruit de la prison avant de la voir. On construit des talus pour la dissimuler afin que les riverains ne soient pas gênés visuellement par les batiments. Mais on entend les détenus qui s’interpellent, on entend la musique qui s’échappe des cellules, etc. Il n'y a jamais de silence en prison.»


	Coursive, Prisons 2011 | «Toutes les prisons se ressemblent. C’est aussi ça l’intérêt de mon travail: quand vous rentrez pour la première fois en prison, tout est photogénique, les barreaux, l’ordre, les cellules. Vous faites des photos très rapidement, mais ce ne sont pas forcément les bonnes. Si vous allez en prison pour photographier les murs et les barbelés, ce n’est pas le plus intéressant, car tout le monde le sait. Puis, plus vous allez passer du temps en prison, plus ces signes extérieurs vont devenir quotidiens et plus vous pourrez travailler sur des choses que vous n'avez pas vues au premier abord. Plus l’image va être cachée ou invisible, plus c'est intéressant. J’ai aussi essayé de ne pas rentrer dans l’exotisme de la prison.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Coursive, Prisons 2011 | «Toutes les prisons se ressemblent. C’est aussi ça l’intérêt de mon travail: quand vous rentrez pour la première fois en prison, tout est photogénique, les barreaux, l’ordre, les cellules. Vous faites des photos très rapidement, mais ce ne sont pas forcément les bonnes. Si vous allez en prison pour photographier les murs et les barbelés, ce n’est pas le plus intéressant, car tout le monde le sait. Puis, plus vous allez passer du temps en prison, plus ces signes extérieurs vont devenir quotidiens et plus vous pourrez travailler sur des choses que vous n'avez pas vues au premier abord. Plus l’image va être cachée ou invisible, plus c'est intéressant. J’ai aussi essayé de ne pas rentrer dans l’exotisme de la prison.»


	Salle d’attente, Prisons 2012 | «Les prisons ont deux vocations: l'une est de mettre à l’ombre des gens qui peuvent représenter un danger pour la société, l'autre est de faire en sorte que les gens qui sortent de prison ne soient pas pires à la sortie que quand ils sont rentrés. Et cette dernière mission est un échec en France.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Salle d’attente, Prisons 2012«Les prisons ont deux vocations: l'une est de mettre à l’ombre des gens qui peuvent représenter un danger pour la société, l'autre est de faire en sorte que les gens qui sortent de prison ne soient pas pires à la sortie que quand ils sont rentrés. Et cette dernière mission est un échec en France.»


	Cour de promenade, Prisons 2010 | «Il n'est pas rare qu'une personne qui sort de prison récidive. Un détenu de centrale me disait "quand on rentre en prison en France, on rentre avec un bras cassé et non seulement on ne le répare pas, mais on nous casse le deuxième bras". Bien sûr, ce n’est pas systématique: certains détenus trouvent une issue après leur peine. Mais la prison ne peut évoluer que si la société toute entière évolue.»
Grégoire Korganow pour le CGLPL

Cour de promenade, Prisons 2010 | «Il n'est pas rare qu'une personne qui sort de prison récidive. Un détenu de centrale me disait "quand on rentre en prison en France, on rentre avec un bras cassé et non seulement on ne le répare pas, mais on nous casse le deuxième bras". Bien sûr, ce n’est pas systématique: certains détenus trouvent une issue après leur peine. Mais la prison ne peut évoluer que si la société toute entière évolue.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos

Newsletters