«Ces images devaient être jolies, inoffensives, à l’opposé de ce qu’elles représentent»
Égalités / Société

«Ces images devaient être jolies, inoffensives, à l’opposé de ce qu’elles représentent»

Dans une série photographique tout en sobrieté, intitulée «Preuves d'amour», Camille Gharbi nous donne à voir une vingtaine d'objets du quotidien photographiés sur un fond bleu clair. Chacun d'eux représente l'arme des meurtres de femmes tuées dans un contexte conjugal. «Les vingt objets qui constituent la série font références à 180 vies qui se sont brisées dans des circonstances toutes aussi terribles les unes que les autres, raconte la photographe. Je me suis intéressée uniquement aux objets issus de l'univers quotidien, mon travail ne représente pas les féminicides conjugaux de manière exhaustive.»

«Ce projet est né d'un questionnement de longue date sur les violences conjugales. C'est un sujet auquel je suis sensible de part mon histoire personnelle, j'ai des proches qui en ont été victimes dans leur couple. J'y suis donc assez attentive et lorsqu'on y prête attention, on se rend compte qu'il y a beaucoup d'histoires de violences au sein du couple qui apparaissent au détour des conversations: des histoires de famille, des histoires actuelles, des anecdotes lâchées à demi-mot...»
Camille Gharbi

«Ce projet est né d'un questionnement de longue date sur les violences conjugales. C'est un sujet auquel je suis sensible de part mon histoire personnelle, j'ai des proches qui en ont été victimes dans leur couple. J'y suis donc assez attentive et lorsqu'on y prête attention, on se rend compte qu'il y a beaucoup d'histoires de violences au sein du couple qui apparaissent au détour des conversations: des histoires de famille, des histoires actuelles, des anecdotes lâchées à demi-mot...»

«Cela faisait longtemps que je m'interrogeais sur la manière d'aborder ce sujet. Je trouve qu'on en parle souvent de la même manière, en mettant l'accent sur la victimisation, le dramatique, le sensationnel. Cela me pose un problème car ça met rapidement celui qui observe en position de voyeur. Une représentation trop littérale d'un sujet aussi difficile nuit à sa compréhension et à l'empathie qu'on pourrait ressentir pour les victimes. Le risque est de tomber dans la représentation du “fait divers”: caricatural, trivial.»
Camille Gharbi

«Cela faisait longtemps que je m'interrogeais sur la manière d'aborder ce sujet. Je trouve qu'on en parle souvent de la même manière, en mettant l'accent sur la victimisation, le dramatique, le sensationnel. Cela me pose un problème car ça met rapidement celui qui observe en position de voyeur. Une représentation trop littérale d'un sujet aussi difficile nuit à sa compréhension et à l'empathie qu'on pourrait ressentir pour les victimes. Le risque est de tomber dans la représentation du “fait divers”: caricatural, trivial.»

«C'est justement en lisant un de ces faits divers dans la presse il y a environ un an que m'est venue l'idée de passer par le truchement de l'objet ordinaire pour évoquer les violences conjugales, et plus précisément les féminicides conjugaux. L'article en question parlait d'une jeune femme assassinée par son compagnon à coups de cutter. La mention de l'objet m'a interpellée car il s'agit pour moi d'un outil très familier: j'ai fait des études d'architecture et depuis des années, j'ai des cutters sur mon bureau. 

C'est un objet de mon quotidien. Le fait qu'il soit détourné en arme de crime a vraiment accroché mon attention. D'un coup, l'horreur de la situation m'est apparue de manière très concrète, là où j'aurais pu juste me dire “encore une sale histoire” et passer à autre chose. Cela pouvait constituer un angle intéressant: utiliser la banalité de l'objet pour parler de la violence de l'acte.»
Camille Gharbi

«C'est justement en lisant un de ces faits divers dans la presse il y a environ un an que m'est venue l'idée de passer par le truchement de l'objet ordinaire pour évoquer les violences conjugales, et plus précisément les féminicides conjugaux. L'article en question parlait d'une jeune femme assassinée par son compagnon à coups de cutter. La mention de l'objet m'a interpellée car il s'agit pour moi d'un outil très familier: j'ai fait des études d'architecture et depuis des années, j'ai des cutters sur mon bureau.

C'est un objet de mon quotidien. Le fait qu'il soit détourné en arme de crime a vraiment accroché mon attention. D'un coup, l'horreur de la situation m'est apparue de manière très concrète, là où j'aurais pu juste me dire “encore une sale histoire” et passer à autre chose. Cela pouvait constituer un angle intéressant: utiliser la banalité de l'objet pour parler de la violence de l'acte.»

«J'ai travaillé environ six mois sur ce projet, en pointillé. J'en ai eu l'idée fin 2017 (ces fameuses vacances de Noël en famille où vous vous retrouvez à feuilleter des journaux à sensation que vous n'achetez jamais) et il m'a fallu quelques mois pour effectuer des recherches. Cela m'a pris du temps car je les faisais le soir, en parallèle de mon travail de commande. Le shooting des objets a été très rapide, j'avais une idée assez claire de leur représentation.

Par contre, j'ai beaucoup travaillé sur le lien entre les photographies et leurs légendes. C'était évident qu'il fallait que les deux soient clairement reliées mais je ne savais pas trop comment faire au début. J'ai regardé pas mal de travaux d'autres photographes, notamment celui de Raphaël Dallaporta sur l'esclavage domestique, j'ai fait pas mal de lectures de portfolio, pour arriver finalement à inclure la légende dans l'image.»
Camille Gharbi

«J'ai travaillé environ six mois sur ce projet, en pointillé. J'en ai eu l'idée fin 2017 (ces fameuses vacances de Noël en famille où vous vous retrouvez à feuilleter des journaux à sensation que vous n'achetez jamais) et il m'a fallu quelques mois pour effectuer des recherches. Cela m'a pris du temps car je les faisais le soir, en parallèle de mon travail de commande. Le shooting des objets a été très rapide, j'avais une idée assez claire de leur représentation.

Par contre, j'ai beaucoup travaillé sur le lien entre les photographies et leurs légendes. C'était évident qu'il fallait que les deux soient clairement reliées mais je ne savais pas trop comment faire au début. J'ai regardé pas mal de travaux d'autres photographes, notamment celui de Raphaël Dallaporta sur l'esclavage domestique, j'ai fait pas mal de lectures de portfolio, pour arriver finalement à inclure la légende dans l'image.»

«J'ai d'abord fait tout le travail de recherche: les cas parus dans la presse en 2017 et 2016 –et quelques-uns en 2015–, les études sur le sujet, les articles dénonçant ce phénomène, les émissions de télévision, les podcasts... J'ai tenu un registre recensant 265 cas répartis sur ces trois années –ce chiffre est n'est absolument pas exhaustif, ma recherche sur 2015 est très incomplète– dans lequel je consignais les prénom, âge, lieu et date de décès de la victime, l'arme utilisée et les liens vers les articles presse. Je me suis beaucoup appuyée sur le travail collectif de militantes intitulé "Féminicides par compagnons ou ex". Ces femmes font un travail de recensement de tous les féminicides conjugaux qui paraissent dans la presse web depuis 2016. Il y en a eu en 2016 et 2017 plus de 250. J'ai lu les articles relatifs à chaque cas, lorsqu'ils n'étaient pas assez précis (ce qui est souvent le cas) j'ai fait des recherches complémentaires pour trouver plus d'informations... C'était un travail macabre mais révoltant. 

Plus j'avançais dans mes recherches, plus ma démarche prenait de sens: les meurtres de femmes par leur conjoint, compagnon, ou ex, arrivent tout le temps, et touchent tous les âges, tous les milieux, toutes les professions. Ce ne sont pas des faits divers isolés, des “pétages de plombs” ou des histoires d'amour malheureuses, c'est un phénomène de société. Les raisons qui déclenchent le passage à l'acte sont quasiment toujours les mêmes: rupture, jalousie, possessivité. Il s'agit d'une véritable violence de genre, poussée à son extrême. D'ailleurs, le fait que ces situations ne se produisent pas ou presque pas au sein de couples homosexuels est assez révélateur [en 2016 selon une étude de la DAV, il n'y a eu qu'un seul homicide au sein d'un couple gay, contre 137 au sein de couples hétérosexuels].»
Camille Gharbi

«J'ai d'abord fait tout le travail de recherche: les cas parus dans la presse en 2017 et 2016 –et quelques-uns en 2015–, les études sur le sujet, les articles dénonçant ce phénomène, les émissions de télévision, les podcasts... J'ai tenu un registre recensant 265 cas répartis sur ces trois années –ce chiffre est n'est absolument pas exhaustif, ma recherche sur 2015 est très incomplète– dans lequel je consignais les prénom, âge, lieu et date de décès de la victime, l'arme utilisée et les liens vers les articles presse. Je me suis beaucoup appuyée sur le travail collectif de militantes intitulé "Féminicides par compagnons ou ex". Ces femmes font un travail de recensement de tous les féminicides conjugaux qui paraissent dans la presse web depuis 2016. Il y en a eu en 2016 et 2017 plus de 250. J'ai lu les articles relatifs à chaque cas, lorsqu'ils n'étaient pas assez précis (ce qui est souvent le cas) j'ai fait des recherches complémentaires pour trouver plus d'informations... C'était un travail macabre mais révoltant.

Plus j'avançais dans mes recherches, plus ma démarche prenait de sens: les meurtres de femmes par leur conjoint, compagnon, ou ex, arrivent tout le temps, et touchent tous les âges, tous les milieux, toutes les professions. Ce ne sont pas des faits divers isolés, des “pétages de plombs” ou des histoires d'amour malheureuses, c'est un phénomène de société. Les raisons qui déclenchent le passage à l'acte sont quasiment toujours les mêmes: rupture, jalousie, possessivité. Il s'agit d'une véritable violence de genre, poussée à son extrême. D'ailleurs, le fait que ces situations ne se produisent pas ou presque pas au sein de couples homosexuels est assez révélateur [en 2016 selon une étude de la DAV, il n'y a eu qu'un seul homicide au sein d'un couple gay, contre 137 au sein de couples hétérosexuels]

«De cela, j'ai pu extraire une vingtaine d'objets du quotidien. À partir de là, la prise de vue s'est faite très rapidement. Je voulais que les images soient très épurées, un peu comme un catalogue de produits. Il me fallait donc un éclairage assez simple. J'ai utilisé deux boîtes à lumières placées à 45° par rapport à l'objet et j'ai photographié sur pied, avec un objectif à décentrement 45mm pour limiter les déformations et avoir un cadrage identique. L'idée était de produire des images qui soient jolies, un peu pop avec un petit travail sur les couleurs, tout en restant très sobres, inoffensives, presque mignonnes. Il fallait qu'elles soient à l'opposé de ce qu'elles représentent, afin de créer un contraste mais surtout de laisser assez de distance et d'espace pour forcer l'imagination. Je voulais aller de l'esthétique à l'éthique.»
Camille Gharbi

«De cela, j'ai pu extraire une vingtaine d'objets du quotidien. À partir de là, la prise de vue s'est faite très rapidement. Je voulais que les images soient très épurées, un peu comme un catalogue de produits. Il me fallait donc un éclairage assez simple. J'ai utilisé deux boîtes à lumières placées à 45° par rapport à l'objet et j'ai photographié sur pied, avec un objectif à décentrement 45mm pour limiter les déformations et avoir un cadrage identique. L'idée était de produire des images qui soient jolies, un peu pop avec un petit travail sur les couleurs, tout en restant très sobres, inoffensives, presque mignonnes. Il fallait qu'elles soient à l'opposé de ce qu'elles représentent, afin de créer un contraste mais surtout de laisser assez de distance et d'espace pour forcer l'imagination. Je voulais aller de l'esthétique à l'éthique.»

«Je me suis intéressée uniquement aux objets issus de l'univers quotidien, mon travail ne représente pas les féminicides conjugaux de manière exhaustive. Toutes ces choses sont symboliques et représentent les types d'objets mentionnés dans la presse, ce ne sont pas les pièces à conviction réelles. Elles viennent pour la plupart de mon environnement immédiat: de mon appart', de mon bureau... Il s'agissait de pousser ma démarche jusqu'au bout et d'utiliser des objets qui servent tous les jours et qui, dans un autre contexte, auraient pu être détournés en armes d'opportunité. Passer du réel au symbolique.»
Camille Gharbi

«Je me suis intéressée uniquement aux objets issus de l'univers quotidien, mon travail ne représente pas les féminicides conjugaux de manière exhaustive. Toutes ces choses sont symboliques et représentent les types d'objets mentionnés dans la presse, ce ne sont pas les pièces à conviction réelles. Elles viennent pour la plupart de mon environnement immédiat: de mon appart', de mon bureau... Il s'agissait de pousser ma démarche jusqu'au bout et d'utiliser des objets qui servent tous les jours et qui, dans un autre contexte, auraient pu être détournés en armes d'opportunité. Passer du réel au symbolique.»

«Les vingt objets qui constituent la série font références à 180 vies qui se sont brisées dans des circonstances toutes aussi terribles les unes que les autres. Et qui sont souvent retranscrites dans les médias de manière choquante. Dans le cas de Marcelle par exemple, Le Parisien titrait le 2 mars 2017: “Limeil: et soudain, ‘l'adorable’ papy tue sa femme de 90 ans à coups de casserole”. L'article commence par une forme d'apologie du meurtrier: “Toute sa vie, il aura été un homme bien. Un père de famille attentionné, un mari prévenant, un voisin adorable”. Le traitement de ces meurtres par la presse est souvent scandaleux.»
Camille Gharbi

«Les vingt objets qui constituent la série font références à 180 vies qui se sont brisées dans des circonstances toutes aussi terribles les unes que les autres. Et qui sont souvent retranscrites dans les médias de manière choquante. Dans le cas de Marcelle par exemple, Le Parisien titrait le 2 mars 2017: “Limeil: et soudain, ‘l'adorable’ papy tue sa femme de 90 ans à coups de casserole”. L'article commence par une forme d'apologie du meurtrier: “Toute sa vie, il aura été un homme bien. Un père de famille attentionné, un mari prévenant, un voisin adorable”. Le traitement de ces meurtres par la presse est souvent scandaleux.»

«Je pense que les féminicides conjugaux sont le fruit d'une violence de genre: ces femmes sont tuées par des hommes parce qu'elles sont des femmes, parce qu'elles sont leurs femmes. C'est fondamentalement un problème de culture et d'éducation. La construction de la virilité mainstream passe encore et toujours par la subordination du féminin au masculin. Nous perpétuons les mêmes vieux mythes: le masculin est associé à la force, la conquête, la violence, l'action, la domination, tandis que le féminin se réfère à la fragilité, la soumission, la douceur, la passivité, la soumission. 

Ces représentations nous sont quasiment imposées dès la naissance, il suffit de faire un tour dans un magasin de jouets ou de fringues pour enfants pour s'en rendre compte: aux filles les poupées et les fleurs sur fond rose, aux garçons les animaux cool et les voitures sur fond bleu. Le bleu clair est la couleur d'une certaine forme de masculinité qu'il nous faut faire évoluer. Je pense que les violences genrées, quelles qu'elles soient, découlent de ces représentations figées, restrictives et réductrices du masculin et du féminin.»
Camille Gharbi

«Je pense que les féminicides conjugaux sont le fruit d'une violence de genre: ces femmes sont tuées par des hommes parce qu'elles sont des femmes, parce qu'elles sont leurs femmes. C'est fondamentalement un problème de culture et d'éducation. La construction de la virilité mainstream passe encore et toujours par la subordination du féminin au masculin. Nous perpétuons les mêmes vieux mythes: le masculin est associé à la force, la conquête, la violence, l'action, la domination, tandis que le féminin se réfère à la fragilité, la soumission, la douceur, la passivité, la soumission.

Ces représentations nous sont quasiment imposées dès la naissance, il suffit de faire un tour dans un magasin de jouets ou de fringues pour enfants pour s'en rendre compte: aux filles les poupées et les fleurs sur fond rose, aux garçons les animaux cool et les voitures sur fond bleu. Le bleu clair est la couleur d'une certaine forme de masculinité qu'il nous faut faire évoluer. Je pense que les violences genrées, quelles qu'elles soient, découlent de ces représentations figées, restrictives et réductrices du masculin et du féminin.»

«Il y a beaucoup à faire pour changer les choses! J'ai été surprise de constater à quel point ces violences sont généralisées. On a tendance à imaginer que cela arrive toujours chez les autres. Ce n'est pas le cas. Par ailleurs, les campagnes de sensibilisation gouvernementales qui sont menées tous les ans type “Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint” n'ont pas l'air de faire changer grand-chose: les chiffres sont relativement stables d'année en année. Donc, il y a du boulot.

Je travaille encore sur ce sujet, que je cherche à développer. Je voudrais aborder ces questions de violence conjugale, de violence de genre, sous un angle plus humain. Par exemple, je pense qu'il serait intéressant de travailler avec des hommes qui ont été auteurs de violence. Leur parole, leur regard sur leurs actes, sur la société, seraient intéressants pour faire avancer le débat. Je suis en phase exploratoire, je contacte des associations et je cherche des personnes qui accepteraient de témoigner. J'ai eu la chance que cette série soit récompensée par le Fidal Youth Award 2019, qui propose une bourse afin de financer un projet d'édition ou d'exposition. À suivre, donc...»
Camille Gharbi

«Il y a beaucoup à faire pour changer les choses! J'ai été surprise de constater à quel point ces violences sont généralisées. On a tendance à imaginer que cela arrive toujours chez les autres. Ce n'est pas le cas. Par ailleurs, les campagnes de sensibilisation gouvernementales qui sont menées tous les ans type “Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint” n'ont pas l'air de faire changer grand-chose: les chiffres sont relativement stables d'année en année. Donc, il y a du boulot.

Je travaille encore sur ce sujet, que je cherche à développer. Je voudrais aborder ces questions de violence conjugale, de violence de genre, sous un angle plus humain. Par exemple, je pense qu'il serait intéressant de travailler avec des hommes qui ont été auteurs de violence. Leur parole, leur regard sur leurs actes, sur la société, seraient intéressants pour faire avancer le débat. Je suis en phase exploratoire, je contacte des associations et je cherche des personnes qui accepteraient de témoigner. J'ai eu la chance que cette série soit récompensée par le Fidal Youth Award 2019, qui propose une bourse afin de financer un projet d'édition ou d'exposition. À suivre, donc...»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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