«Nous devons nous battre chaque jour contre les images de nous en tant qu'esclaves, pauvres ou objets sexuels»
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«Nous devons nous battre chaque jour contre les images de nous en tant qu'esclaves, pauvres ou objets sexuels»

À New York, Kamoinge lutte depuis 1963 contre la sous-représentation des photographes noirs. Ce collectif vient d'organiser une très belle exposition intitulée Black Women: Power and Grace qui met à l'honneur la beauté et la puissance des femmes noires à travers le travail de nombeux et nombreuses photographes. Pour Slate, le vice-président de Kamoinge, Russell Frederick, revient sur l'importance de cette exposition organisée au National Arts Club de New York. Pour en savoir plus sur Kamoinge: @kamoinge_images ou [email protected].

 «Kamoinge a décidé de monter cette exposition parce qu’il était grand temps de le faire. La femme noire a toujours été sous-représentée, nous voulions montrer sa beauté et sa puissance. Si son pouvoir et son influence sont en hausse, elle fait aussi face à de nombreuses batailles culturelles et professionnelles difficiles. Elle a toujours été l'épine dorsale de nos familles et de nos églises. La femme noire est un pilier dans notre communauté. Aujourd'hui, les femmes noires sont plus nombreuses que jamais à obtenir des diplômes d'études supérieures. Mais dans la plupart des milieux professionnels, elles doivent travailler deux fois plus pour obtenir le respect. La photographie et les médias sont des outils désormais très puissants à l'ère des smartphones, des ordinateurs portables et des réseaux sociaux.»
Pride and peace, New York, NY 2017 | A.D. Minter

«Kamoinge a décidé de monter cette exposition parce qu’il était grand temps de le faire. La femme noire a toujours été sous-représentée, nous voulions montrer sa beauté et sa puissance. Si son pouvoir et son influence sont en hausse, elle fait aussi face à de nombreuses batailles culturelles et professionnelles difficiles. Elle a toujours été l'épine dorsale de nos familles et de nos églises. La femme noire est un pilier dans notre communauté. Aujourd'hui, les femmes noires sont plus nombreuses que jamais à obtenir des diplômes d'études supérieures. Mais dans la plupart des milieux professionnels, elles doivent travailler deux fois plus pour obtenir le respect. La photographie et les médias sont des outils désormais très puissants à l'ère des smartphones, des ordinateurs portables et des réseaux sociaux.»

«Pendant une vingtaine d'années, ce projet a été discuté par notre président actuel, Adger Cowans. L’été dernier, j'ai décidé de me consacrer à ce projet car je pensais que l'exposition serait très opportune. Nous n'avions pas de contrat avec une galerie mais je savais que l'exposition devait se trouver dans un endroit dans lequel nous n'avions pas exposé auparavant. La galerie devait avoir une forte audience et elle devait nous permettre de sensibiliser un nouveau public peu familier de notre mission à Kamoinge. Kamoinge a été fondé en 1963, à Harlem lorsque deux entités séparées de photographes (Group 35 et Kamoinge) ont décidé de s’unir pour lutter contre la sous-représentation des photographes noirs.»
Church Ladies, New York, 2005 | Jamel Shabazz

«Pendant une vingtaine d'années, ce projet a été discuté par notre président actuel, Adger Cowans. L’été dernier, j'ai décidé de me consacrer à ce projet car je pensais que l'exposition serait très opportune. Nous n'avions pas de contrat avec une galerie mais je savais que l'exposition devait se trouver dans un endroit dans lequel nous n'avions pas exposé auparavant. La galerie devait avoir une forte audience et elle devait nous permettre de sensibiliser un nouveau public peu familier de notre mission à Kamoinge. Kamoinge a été fondé en 1963, à Harlem lorsque deux entités séparées de photographes (Group 35 et Kamoinge) ont décidé de s’unir pour lutter contre la sous-représentation des photographes noirs.»

«En 2017, Karen Gaines du Photography Collections Preservation Project m'a fait rencontrer Catherine Johnson du National Arts Club pour discuter de l’exposition. Catherine et moi nous sommes vus en décembre et nous avons décidé de monter l'exposition pour mai 2018. Kamoinge a commencé à regarder les photos collectivement en début d'année. Plus tard, un comité formé d'Adger Cowans, de John Pinderhughes, de Daniel Dawson et moi-même a fait un éditing plus serré. Nous avons demandé à plusieurs femmes du groupe de siéger au comité, mais beaucoup d'entre elles voyageaient, avaient leurs propres expositions, étaient en affectation ou avaient des conflits d'emploi du temps.»
#METOO NO 1, Brooklyn, NY 2018 | Ruddy Roye

«En 2017, Karen Gaines du Photography Collections Preservation Project m'a fait rencontrer Catherine Johnson du National Arts Club pour discuter de l’exposition. Catherine et moi nous sommes vus en décembre et nous avons décidé de monter l'exposition pour mai 2018. Kamoinge a commencé à regarder les photos collectivement en début d'année. Plus tard, un comité formé d'Adger Cowans, de John Pinderhughes, de Daniel Dawson et moi-même a fait un éditing plus serré. Nous avons demandé à plusieurs femmes du groupe de siéger au comité, mais beaucoup d'entre elles voyageaient, avaient leurs propres expositions, étaient en affectation ou avaient des conflits d'emploi du temps.»

«Nous avons voté pour le titre “The Black Woman: Power and Grace (La femme noire: pouvoir et grâce)” parce que nous pensions tous qu’il convenait aux femmes noires du passé et du présent. La femme noire a toujours incarné le pouvoir et la grâce, mais elle n'est pas assez visible dans la société. Il est impératif pour la communauté noire, l'Amérique et le monde des hommes, des femmes et des enfants d’avoir une image respectueuse des femmes noires.»
Contrast in Black & White, NY 1970 | Frank Stewart

«Nous avons voté pour le titre “The Black Woman: Power and Grace (La femme noire: pouvoir et grâce)” parce que nous pensions tous qu’il convenait aux femmes noires du passé et du présent. La femme noire a toujours incarné le pouvoir et la grâce, mais elle n'est pas assez visible dans la société. Il est impératif pour la communauté noire, l'Amérique et le monde des hommes, des femmes et des enfants d’avoir une image respectueuse des femmes noires.»

«Les photographes noires et noirs sont sous-représentés. Des organisations comme Kamoinge, l'Association nationale des journalistes noirs, le Studio Museum in Harlem et le Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines à Washington existent à cause de cela. Si vous vous rendez dans dix galeries, vous verrez que la plupart n'exposent pas de photographes noirs ou noires. Kamoinge travaille depuis plus de cinquante ans et je peux dire que seulement 25 à 30% de nos photographes sont représentés par une agence ou une galerie dont quatre d'entre eux depuis moins de cinq ans. Faire publier notre travail a été une bataille difficile. Récemment, un éditeur renommé a rencontré Kamoinge. Il nous a demandé de soumettre dix thèmes de livres que nous pourrions faire avec eux et le seul qu'ils voulaient faire avec nous était le vieux Harlem. Nous avons refusé!»
Judith Jamison and Michelle, NY 1970 | C. Daniel Dawson

«Les photographes noires et noirs sont sous-représentés. Des organisations comme Kamoinge, l'Association nationale des journalistes noirs, le Studio Museum in Harlem et le Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines à Washington existent à cause de cela. Si vous vous rendez dans dix galeries, vous verrez que la plupart n'exposent pas de photographes noirs ou noires. Kamoinge travaille depuis plus de cinquante ans et je peux dire que seulement 25 à 30% de nos photographes sont représentés par une agence ou une galerie dont quatre d'entre eux depuis moins de cinq ans. Faire publier notre travail a été une bataille difficile. Récemment, un éditeur renommé a rencontré Kamoinge. Il nous a demandé de soumettre dix thèmes de livres que nous pourrions faire avec eux et le seul qu'ils voulaient faire avec nous était le vieux Harlem. Nous avons refusé!»

«Nous sommes très peu nombreux et nombreuses à faire partie des collections permanentes des grands musées non afro-américains. Beaucoup de photos de personnes noires qui ont été acquises n'ont pas été prises par des Noirs ou Noires. Trop souvent, l'accent est mis sur les problèmes des communautés noires. Cela a créé une vision monolithique des vies noires. Le monde n'a pas été éduqué visuellement sur l'excellence des Africains et Africaines et des Afro-Américains et Afro-Américaines. La sous-représentation a mal informé le monde et alimenté les croyances racistes. Combien de fois allons-nous voir un enfant malade nu représentant la pauvreté en Afrique? C'est un gros problème. Il a créé plus de méfiance entre Blancs ou Blanches et Noirs ou Noires et plus de méfiance envers les médias.»
Mirror, mirror, Orange, NJ 2016 | Salimah Ali

«Nous sommes très peu nombreux et nombreuses à faire partie des collections permanentes des grands musées non afro-américains. Beaucoup de photos de personnes noires qui ont été acquises n'ont pas été prises par des Noirs ou Noires. Trop souvent, l'accent est mis sur les problèmes des communautés noires. Cela a créé une vision monolithique des vies noires. Le monde n'a pas été éduqué visuellement sur l'excellence des Africains et Africaines et des Afro-Américains et Afro-Américaines. La sous-représentation a mal informé le monde et alimenté les croyances racistes. Combien de fois allons-nous voir un enfant malade nu représentant la pauvreté en Afrique? C'est un gros problème. Il a créé plus de méfiance entre Blancs ou Blanches et Noirs ou Noires et plus de méfiance envers les médias.»

«La sous-représentation a nui à la capacité des photographes noirs et noires à prendre soin de leur famille, et notre art a souvent été dévalorisé s'il n'était pas représenté ou approuvé par quelqu'un de blanc ou si nous n'allions pas dans une université d'élite. Les musées, les établissements d'enseignement, les organismes sans but lucratif, les magazines, les journaux et l'industrie commerciale n'ont pas investi assez de ressources pour que nos visions et nos voix soient égales à celles des auteurs et autrices, des conservateurs et conservatrices et des photographes blancs et blanches.»
The athlete, Los Angeles, Ca 1994 | Eli Reed

«La sous-représentation a nui à la capacité des photographes noirs et noires à prendre soin de leur famille, et notre art a souvent été dévalorisé s'il n'était pas représenté ou approuvé par quelqu'un de blanc ou si nous n'allions pas dans une université d'élite. Les musées, les établissements d'enseignement, les organismes sans but lucratif, les magazines, les journaux et l'industrie commerciale n'ont pas investi assez de ressources pour que nos visions et nos voix soient égales à celles des auteurs et autrices, des conservateurs et conservatrices et des photographes blancs et blanches.»

«Les photographes noirs et noires doivent travailler deux fois plus pour être vues ou pour que leur travail soit reconnu par quelqu'un de l'industrie. Il n'y a pas de place pour l'erreur quand vous êtes noir ou noire. Beaucoup d'entre nous aimeraient être sur le terrain, dans les festivals photo ou les foires d'art contemporain. Faire connaître notre travail à un public international et le montrer dans des galeries ou des musées à l'étranger n'est pas facile. C'est pourquoi je suis si heureux de faire cette interview. Les réactions proches et lointaines sur notre exposition actuelle sont très encourageantes et le National Arts Club s'est avéré être un excellent endroit pour exposer notre travail.»
Sisters, Brooklyn, 2003 | Jamel Shabazz

«Les photographes noirs et noires doivent travailler deux fois plus pour être vues ou pour que leur travail soit reconnu par quelqu'un de l'industrie. Il n'y a pas de place pour l'erreur quand vous êtes noir ou noire. Beaucoup d'entre nous aimeraient être sur le terrain, dans les festivals photo ou les foires d'art contemporain. Faire connaître notre travail à un public international et le montrer dans des galeries ou des musées à l'étranger n'est pas facile. C'est pourquoi je suis si heureux de faire cette interview. Les réactions proches et lointaines sur notre exposition actuelle sont très encourageantes et le National Arts Club s'est avéré être un excellent endroit pour exposer notre travail.»

«Nos structures éducatives n'ont pas créé de programme qui inclue les réalisations significatives que les Africains et Africaines, les Afro-Antillais et Afro-Antillaises et les Afro-Américains et Afro-Américainses ont faites dans l'histoire passée et présente. Lorsque cela deviendra obligatoire dans toutes les écoles, nous aurons fait des progrès. Car aujourd’hui, nous devons nous battre chaque jour contre les images de nous en tant qu'esclaves, criminels, pauvres ou objets sexuels. Les ressources existent: Deborah Willis, professeure à l'Université de New York et directrice du Département de photographie et d'imagerie de l'Université Tisch, a consacré sa carrière à d'innombrables livres, expositions, conférences et même un documentaire sur les photographes noirs et noires. La conservatrice Shantrelle P. Lewis l'a également fait avec diverses expositions et son livre photo Dandy Lion consacré aux hommes noirs avec Aperture [logiciel de traitement photo d'Apple, ndlr].»
Khadija, New York, 1998 | John Pinder Hughes

«Nos structures éducatives n'ont pas créé de programme qui inclue les réalisations significatives que les Africains et Africaines, les Afro-Antillais et Afro-Antillaises et les Afro-Américains et Afro-Américainses ont faites dans l'histoire passée et présente. Lorsque cela deviendra obligatoire dans toutes les écoles, nous aurons fait des progrès. Car aujourd’hui, nous devons nous battre chaque jour contre les images de nous en tant qu'esclaves, criminels, pauvres ou objets sexuels. Les ressources existent: Deborah Willis, professeure à l'Université de New York et directrice du Département de photographie et d'imagerie de l'Université Tisch, a consacré sa carrière à d'innombrables livres, expositions, conférences et même un documentaire sur les photographes noirs et noires. La conservatrice Shantrelle P. Lewis l'a également fait avec diverses expositions et son livre photo Dandy Lion consacré aux hommes noirs avec Aperture [logiciel de traitement photo d'Apple, ndlr]

«Aux États-Unis, la Dr Sarah E. Lewis de l'Université d’Harvard est un autre pilier qui fait un excellent travail ici et à l'étranger. Lola Flash documente les LGBTQ depuis trente ans, Delphine Fawundu et Laylah Amatullah Barrayn ont publié l'année dernière un livre dédié aux femmes photographes de la diaspora africaine [sur lequel Slate a fait un grand format, ndlr]. Tout ce travail est important pour sensibiliser et responsabiliser les femmes et les filles noires. Lorsque vous voyez une image à laquelle vous vous identifiez, elle peut générer des pensées ou des émotions. Une photo peut vous inspirer ou vous éduquer. Cela peut confirmer un rêve ou un objectif. Et nous avons tant besoin de déconstruire les inégalités et la sous-représentation.»
Women of NY, NY 2017 | Delphine Diallo

«Aux États-Unis, la Dr Sarah E. Lewis de l'Université d’Harvard est un autre pilier qui fait un excellent travail ici et à l'étranger. Lola Flash documente les LGBTQ depuis trente ans, Delphine Fawundu et Laylah Amatullah Barrayn ont publié l'année dernière un livre dédié aux femmes photographes de la diaspora africaine [sur lequel Slate a fait un grand format, ndlr]. Tout ce travail est important pour sensibiliser et responsabiliser les femmes et les filles noires. Lorsque vous voyez une image à laquelle vous vous identifiez, elle peut générer des pensées ou des émotions. Une photo peut vous inspirer ou vous éduquer. Cela peut confirmer un rêve ou un objectif. Et nous avons tant besoin de déconstruire les inégalités et la sous-représentation.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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