Submergés
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Depuis 2007, Gideon Mendel documente l'impact du changement climatique sur les hommes en photographiant des habitants dans ou près de leur maison inondée. «Dans une telle situation, explique-t-il, tout le monde partage un sentiment similaire de vulnérabilité, peu importe si l'on vit dans un pays riche ou pauvre Ce photographe a couvert dix-huit inondations dans treize pays différents. Son travail est exposé au festival Kyotographie, au Japon, jusqu'au 13 mai 2018.

«J'ai travaillé sur ce projet pendant presque onze ans. Je l'ai débuté en 2007, quand j'ai eu des enfants: il s'agissait d'imaginer dans quel monde ils vivront quand ils auront mon âge. J'étais aussi frappé par les représentations photographiques du changement climatique, souvent blanches, avec des glaciers et toutes sortes d'éléments trop loin de nous. Ce que j'ai voulu montrer, c'est son impact concret sur les gens. Les conséquences du changement climatique s'observent dans tous les pays et toutes les classes sociales. J'ai commencé par photographier des inondations au Royaume-Uni et en Inde.»

Maison de White Wing Lane, Memorial neighbourhood, Houston, Texas, USA. Septembre 2017 | Gideon Mendel / Drowning World

«J'ai travaillé sur ce projet pendant presque onze ans. Je l'ai débuté en 2007, quand j'ai eu des enfants: il s'agissait d'imaginer dans quel monde ils vivront quand ils auront mon âge. J'étais aussi frappé par les représentations photographiques du changement climatique, souvent blanches, avec des glaciers et toutes sortes d'éléments trop loin de nous. Ce que j'ai voulu montrer, c'est son impact concret sur les gens. Les conséquences du changement climatique s'observent dans tous les pays et toutes les classes sociales. J'ai commencé par photographier des inondations au Royaume-Uni et en Inde.»

«J'ai pris cette photo au Royaume-Uni, en 2014. Toutes les maisons du voisinnage avaient été inondées. L'habitation de Jeff et Tracey Waters est un peu en hauteur: l'eau s'est arrêtée sur le pas de la porte mais n'est pas entrée dedans. Comme c'est la plupart du temps le cas, ce couple était content d'être photographié, que quelqu'un témoigne de la situation de leur ville et de ses habitants. Lorsque j'ai fait une exposition à Paris l'année suivante, Jeff et Tracey sont venus.»

Jeff et Tracey Waters, Staines-upon-Thames, Surrey, RU. Février 2014 | Gideon Mendel / Drowning World

«J'ai pris cette photo au Royaume-Uni, en 2014. Toutes les maisons du voisinnage avaient été inondées. L'habitation de Jeff et Tracey Waters est un peu en hauteur: l'eau s'est arrêtée sur le pas de la porte mais n'est pas entrée dedans. Comme c'est la plupart du temps le cas, ce couple était content d'être photographié, que quelqu'un témoigne de la situation de leur ville et de ses habitants. Lorsque j'ai fait une exposition à Paris l'année suivante, Jeff et Tracey sont venus.»

«Quand je photographie les familles qui reviennent dans leurs maisons pour la première fois, j'assiste à un étrange et très intense moment d'intimité. Il y a quelque chose de particulier, et l'eau dans la maison donne l'impression que tout est suspendu. Tout flotte, tout se reflète. Le cauchermar ne commence qu'après, quand l'eau s'évacue. Le projet a évolué au fil des années et j'ai décide de faire une autre série, «Watermarks», qui archive les photographies personnelles abîmées par les inondations: je les collecte, puis les édite. Ces images ont été intégrées à l'exposition qui se tient actuellement à Kyoto.»

Kyotographie 2018, image de l'exposition de Gideon Mendel | Takeshi Asano

«Quand je photographie les familles qui reviennent dans leurs maisons pour la première fois, j'assiste à un étrange et très intense moment d'intimité. Il y a quelque chose de particulier, et l'eau dans la maison donne l'impression que tout est suspendu. Tout flotte, tout se reflète. Le cauchermar ne commence qu'après, quand l'eau s'évacue. Le projet a évolué au fil des années et j'ai décide de faire une autre série, «Watermarks», qui archive les photographies personnelles abîmées par les inondations: je les collecte, puis les édite. Ces images ont été intégrées à l'exposition qui se tient actuellement à Kyoto.»

«En 2012, de gigantesques inondations ont dévasté le Nigeria et sept autres pays. Cette actualité a été peu traitée par la presse internationale. Pourtant, des millions de personnes ont perdu leur maison et plusieurs centaines sont mortes. Dans les communautés pauvres, les habitations sont construites en terre ou en briques, et il ne restait plus rien. Beaucoup d'habitants ont de fait perdu leur travail et leur revenu. Ce reportage a été très compliqué du point de vue des conditions de travail: je devais marcher dans de hauts niveaux d'eau en portant un tripode et mon appareil photo argentique.»

Victor et Hope America, Igbogene, État de Bayelsa, Nigeria. Novembre 2012 | Gideon Mendel / Drowning World

«En 2012, de gigantesques inondations ont dévasté le Nigeria et sept autres pays. Cette actualité a été peu traitée par la presse internationale. Pourtant, des millions de personnes ont perdu leur maison et plusieurs centaines sont mortes. Dans les communautés pauvres, les habitations sont construites en terre ou en briques, et il ne restait plus rien. Beaucoup d'habitants ont de fait perdu leur travail et leur revenu. Ce reportage a été très compliqué du point de vue des conditions de travail: je devais marcher dans de hauts niveaux d'eau en portant un tripode et mon appareil photo argentique.»

«J'ai pris cette photo au Cachemire, en 2014. Les inondations étaient particulièrement exceptionnelles. Je ne suis pas une ONG, je ne suis pas là pour apporter une aide matérielle; les gens le savaient et la majorité de ceux que j'ai voulu photographier étaient très partants. Dans chaque pays dans lequel je me rends, je mène mon travail grâce à un fixeur qui parle la langue locale et dispose de contacts au sein des communautés. Je ne pourrais jamais faire cela tout seul.»

J.B. Singh, Jawahar Nagar, Srinagar, Cachemire, Inde. Octobre 2014 | Gideon Mendel / Drowning World

«J'ai pris cette photo au Cachemire, en 2014. Les inondations étaient particulièrement exceptionnelles. Je ne suis pas une ONG, je ne suis pas là pour apporter une aide matérielle; les gens le savaient et la majorité de ceux que j'ai voulu photographier étaient très partants. Dans chaque pays dans lequel je me rends, je mène mon travail grâce à un fixeur qui parle la langue locale et dispose de contacts au sein des communautés. Je ne pourrais jamais faire cela tout seul.»

«Cette photo est ma préférée. Cette communauté de Rio Branco, au Brésil, subit très régulièrement des inondations: les habitants vivent à proximité d'une rivière qui déborde souvent. L'État et la municipalité ont essayé de les déplacer, mais ils refusent. Cette année-là, l'eau est montée plus haut que le toit des maisons. J'étais en train de photographier un habitant qui utilisait l'eau à l'intérieur de sa maison pour nettoyer les murs quand mon fixeur m'a appelé pour sortir. Devant, la mère de famille fumait une cigarette dans l'eau, sur son balcon. Elle était curieusement dans une position assez confortable: il faisait plus de 40°C et l'eau de la rivière était propre.»

Gideon Mendel, Francisca Chagas dos Santos, Taquari District, 
Rio Branco
, Brésil. Mars 2015 | Gideon Mendel / Drowning World

«Cette photo est ma préférée. Cette communauté de Rio Branco, au Brésil, subit très régulièrement des inondations: les habitants vivent à proximité d'une rivière qui déborde souvent. L'État et la municipalité ont essayé de les déplacer, mais ils refusent. Cette année-là, l'eau est montée plus haut que le toit des maisons. J'étais en train de photographier un habitant qui utilisait l'eau à l'intérieur de sa maison pour nettoyer les murs quand mon fixeur m'a appelé pour sortir. Devant, la mère de famille fumait une cigarette dans l'eau, sur son balcon. Elle était curieusement dans une position assez confortable: il faisait plus de 40°C et l'eau de la rivière était propre.»

«L'État et les institutions ne donnent pas réellement d'aide aux habitants; la solidarité entre voisins et amis est très forte. Les inondations existent depuis la nuit des temps –elles sont d'ailleurs très présentes dans les mythologies et la Bible. Mais avec le changement climatique, leur fréquence s'accélère.»

Florence Abraham, Igbogene, État de 
Bayelsa, Nigeria. Novembre 2012 | Gideon Mendel / Drowning World

«L'État et les institutions ne donnent pas réellement d'aide aux habitants; la solidarité entre voisins et amis est très forte. Les inondations existent depuis la nuit des temps –elles sont d'ailleurs très présentes dans les mythologies et la Bible. Mais avec le changement climatique, leur fréquence s'accélère.»

«Cette image date de mon premier sujet, en 2007. Là est née ma fascination pour la reflexion dans l'eau, à l'intérieur des maisons. J'en ai fait une série intitulée «Floodlines». À la fois abstraites et précises, ces lignes dans l'eau créent une image ordonnée dans une situation complètement chaotique. On ne voit pas les habitants dans cette série, mais on sent leurs ombres.»

Maison de John Jackson, Toll Bar Village, South Yorkshire, Royaume-Uni. Juin 2007 | Gideon Mendel / Drowning World

«Cette image date de mon premier sujet, en 2007. Là est née ma fascination pour la reflexion dans l'eau, à l'intérieur des maisons. J'en ai fait une série intitulée «Floodlines». À la fois abstraites et précises, ces lignes dans l'eau créent une image ordonnée dans une situation complètement chaotique. On ne voit pas les habitants dans cette série, mais on sent leurs ombres.»

«L'exposition à Kyoto est la plus intéressante que j'ai faite, et le contexte est remarquable –les photographies sont exposées dans une ancienne usine de glaces. Le choix du lieu est assez ironique, quand on pense que mon sujet traite du réchauffement climatique: Kyoto est aussi la ville dans laquelle a été signé en 1997 le protocole éponyme, qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre.»

Kyotographie 2018, image de l'exposition de Gideon Mendel | Takeshi Asano

«L'exposition à Kyoto est la plus intéressante que j'ai faite, et le contexte est remarquable –les photographies sont exposées dans une ancienne usine de glaces. Le choix du lieu est assez ironique, quand on pense que mon sujet traite du réchauffement climatique: Kyoto est aussi la ville dans laquelle a été signé en 1997 le protocole éponyme, qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre.»

«Depuis les inondations de 2010 au Pakistan, je tourne également des vidéos, qui font désormais partie intégrante du projet. Elles mettent en parallèle les situations dans des pays différents. L'année dernière, j'ai publié une vidéo intitulée «The Water Chapter». Pour Kyotographie, j'ai travaillé avec deux éditeurs au montage de la vidéo «Deluge», qui montre côte à côte les images de treize pays, sur cinq écrans –ce qui permet d'avoir une vision globale du phénomène.»

Kyotographie 2018, image de l'exposition de Gideon Mendel | Takeshi Asano  

«Depuis les inondations de 2010 au Pakistan, je tourne également des vidéos, qui font désormais partie intégrante du projet. Elles mettent en parallèle les situations dans des pays différents. L'année dernière, j'ai publié une vidéo intitulée «The Water Chapter». Pour Kyotographie, j'ai travaillé avec deux éditeurs au montage de la vidéo «Deluge», qui montre côte à côte les images de treize pays, sur cinq écrans –ce qui permet d'avoir une vision globale du phénomène.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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