À l'abri des regards, la troublante sensualité de la pissotière

La journée internationale des toilettes, ce dimanche 19 novembre, est la meilleure occasion pour découvrir le travail de Marc Martin sur l'histoire des pissotières. «J’ai toujours été fasciné par les interstices, écrit-il, les fissures dans les murs, la peinture qui s’écaille, les odeurs qui enivrent. Autant d’imaginaires en marge, de passages secrets, où les fantasmes vagabondent, libres! Loin des pouvoirs établis, loin de toutes normesEntre poésie et pornographie, son travail est exposé au Schwules Museum, à Berlin, du 17 novembre 2017 au 5 février 2018.

Rencontre dans un ancien urinoir parisien, classé en 1905 FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

 

«Avec des documents remontant jusqu’au XIXe siècle, des peintures, des dessins, des photographies d’amateurs ou signées de grands noms, avec des citations d’auteurs, des extraits de films, avec des témoignages récents ou provenant des archives de la police, j’ai bâti ce triple projet: un livre, une exposition et un film en hommage à la pissotière et à ses activités détournées. Entre Paris et Berlin, autour de reliques d’anciennes toilettes publiques, trôneront donc mes propres et contemporaines photographies…»

Rencontre dans un ancien urinoir parisien, classé en 1905 FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

 

«Avec des documents remontant jusqu’au XIXe siècle, des peintures, des dessins, des photographies d’amateurs ou signées de grands noms, avec des citations d’auteurs, des extraits de films, avec des témoignages récents ou provenant des archives de la police, j’ai bâti ce triple projet: un livre, une exposition et un film en hommage à la pissotière et à ses activités détournées. Entre Paris et Berlin, autour de reliques d’anciennes toilettes publiques, trôneront donc mes propres et contemporaines photographies…»

Carte postale 1905 - FENSTER ZUM KLO- SMU | collection Marc Martin

 

«Rayé du paysage à la fin du XXe siècle, ce mobilier urbain a longtemps fait partie du quotidien. La vespasienne, imaginée par le préfet Rambuteau en 1834, est ainsi baptisée en référence à l’empereur Vespasien qui jadis imposa une taxe sur l’urine. À Paris, au début du siècle dernier, on compte alors plus quatre mille vespasiennes sur le pavé. Dans les rues de Berlin à la même époque, fleurissent “Pissoirs”, “Café Achteck", et autres "Klappen" ("tasses" en français).»

Carte postale 1905 - FENSTER ZUM KLO- SMU | collection Marc Martin

 

«Rayé du paysage à la fin du XXe siècle, ce mobilier urbain a longtemps fait partie du quotidien. La vespasienne, imaginée par le préfet Rambuteau en 1834, est ainsi baptisée en référence à l’empereur Vespasien qui jadis imposa une taxe sur l’urine. À Paris, au début du siècle dernier, on compte alors plus quatre mille vespasiennes sur le pavé. Dans les rues de Berlin à la même époque, fleurissent “Pissoirs”, “Café Achteck", et autres "Klappen" ("tasses" en français).»

Paris,1959, Pissoir Boulevard des Capucines FENSTER ZUM KLO- SMU | collection Marc Martin

 

«Dans ces précieux édicules, relations et amitiés se sont nouées. Furtives et intenses, insoupçonnées. Ces activités détournées dans les toilettes publiques auront certes laissé davantage de traces dans les registres de la police des mœurs que dans les pages de la littérature. Elles seront davantage synonyme de honte que de fierté au sein même de la communauté homosexuelle. Mais ces lieux de passage et de sociabilité atypique voyaient les classes sociales s’estomper, les différentes cultures se mélanger.»

Paris,1959, Pissoir Boulevard des Capucines FENSTER ZUM KLO- SMU | collection Marc Martin

 

«Dans ces précieux édicules, relations et amitiés se sont nouées. Furtives et intenses, insoupçonnées. Ces activités détournées dans les toilettes publiques auront certes laissé davantage de traces dans les registres de la police des mœurs que dans les pages de la littérature. Elles seront davantage synonyme de honte que de fierté au sein même de la communauté homosexuelle. Mais ces lieux de passage et de sociabilité atypique voyaient les classes sociales s’estomper, les différentes cultures se mélanger.»

Diskreter Blick aus dem Augenwinkel… um zu vergleichen FENSTER ZUM KLO - SMU | Marc Martin

 

«L’espace public urbain et le plaisir homosexuel illicite ont toujours été étroitement liés. Le lieu de prédilection pour du sexe immédiat et furtif entre partenaires anonymes était donc les pissotières. Très fréquentées car souvent implantées au cœur des villes, elles offraient tous les avantages à ceux qui ne pouvaient –ou ne voulaient– recevoir chez eux. Cadre public mais discret, clos, réservé aux hommes, accès gratuit, jour et nuit: autant d’atouts qui explique leur attrait des décennies durant.»

Diskreter Blick aus dem Augenwinkel… um zu vergleichen FENSTER ZUM KLO - SMU | Marc Martin

 

«L’espace public urbain et le plaisir homosexuel illicite ont toujours été étroitement liés. Le lieu de prédilection pour du sexe immédiat et furtif entre partenaires anonymes était donc les pissotières. Très fréquentées car souvent implantées au cœur des villes, elles offraient tous les avantages à ceux qui ne pouvaient –ou ne voulaient– recevoir chez eux. Cadre public mais discret, clos, réservé aux hommes, accès gratuit, jour et nuit: autant d’atouts qui explique leur attrait des décennies durant.»

FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

«Les imaginaires en marge, les interstices m’ont toujours attirés; les fantômes (ou fantasmes?) urbains aussi. Tant de rencontres à l’encontre de la norme se sont déroulées dans ces lieux publics, en apparence anodins. Je suis fasciné qu’ils aient pu rassembler instinctivement autant d’hommes différents. Aussi longtemps. Les pissotières étaient en voie d’extinction quand j’ai commencé à les fréquenter. Je pouvais m’être amusé la veille dans un endroit et le lendemain le voir condamné à jamais. Cela a créé en moi une certaine frustration.»

FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

«Les imaginaires en marge, les interstices m’ont toujours attirés; les fantômes (ou fantasmes?) urbains aussi. Tant de rencontres à l’encontre de la norme se sont déroulées dans ces lieux publics, en apparence anodins. Je suis fasciné qu’ils aient pu rassembler instinctivement autant d’hommes différents. Aussi longtemps. Les pissotières étaient en voie d’extinction quand j’ai commencé à les fréquenter. Je pouvais m’être amusé la veille dans un endroit et le lendemain le voir condamné à jamais. Cela a créé en moi une certaine frustration.»

FENSTER ZUM KLO- SMU | collection Marc Martin

 

«Ce vide a fait place à tout un imaginaire que j’ai tenté de retranscrire dans mes images. J'ai gardé une passion –et des pulsions– pour les instants furtifs, pour les lieux cachés... les endroits glauques, les odeurs fortes, les murs souillés. Les toilettes publiques, les vestiaires collectifs, les lieux à l’abandon sont restés dans ma ligne de mire. Dans tous ces lieux de passage, typiquement masculins, deux mondes se sont perpétuellement chevauchés: l’avant et l’après. Ils concrétisent dans mon univers érotique la clef d’un passage secret. De ces lieux figés par mes yeux d’adolescent, j’ai sans doute idéalisé mes vibrations. Depuis, les toilettes publiques, pour la plupart en déliquescence, m’inspirent toujours.»

FENSTER ZUM KLO- SMU | collection Marc Martin

 

«Ce vide a fait place à tout un imaginaire que j’ai tenté de retranscrire dans mes images. J'ai gardé une passion –et des pulsions– pour les instants furtifs, pour les lieux cachés... les endroits glauques, les odeurs fortes, les murs souillés. Les toilettes publiques, les vestiaires collectifs, les lieux à l’abandon sont restés dans ma ligne de mire. Dans tous ces lieux de passage, typiquement masculins, deux mondes se sont perpétuellement chevauchés: l’avant et l’après. Ils concrétisent dans mon univers érotique la clef d’un passage secret. De ces lieux figés par mes yeux d’adolescent, j’ai sans doute idéalisé mes vibrations. Depuis, les toilettes publiques, pour la plupart en déliquescence, m’inspirent toujours.»

Vintage-Cruising FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

«De Paris à Berlin, les anecdotes autour des pissoirs racontent toutes la même histoire; celle de la liberté des hommes. “Tasses” rondes à la française et “cafés octogones” outre-Rhin ont partagé les mêmes secrets, les mêmes peurs et les mêmes pulsions. Plutôt que de diviser les deux capitales, pour mieux mettre en valeur leurs différences et points communs, j’ai choisi de les lier.»

Vintage-Cruising FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

«De Paris à Berlin, les anecdotes autour des pissoirs racontent toutes la même histoire; celle de la liberté des hommes. “Tasses” rondes à la française et “cafés octogones” outre-Rhin ont partagé les mêmes secrets, les mêmes peurs et les mêmes pulsions. Plutôt que de diviser les deux capitales, pour mieux mettre en valeur leurs différences et points communs, j’ai choisi de les lier.»

Vintage-Cruising FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

«Je voudrais rendre à ces endroits, qui  ont abrité tant de frissons, leur part troublante de sensualité. Et l’assumer: oui, c’était bandant de se mater dans les chiottes.  Les lieux sont la mémoire, et bien plus, les lieux survivent à la mémoire.  Notre vieille pissotière n’a pas à rougir de son passé.»

Vintage-Cruising FENSTER ZUM KLO- SMU | Marc Martin

 

«Je voudrais rendre à ces endroits, qui ont abrité tant de frissons, leur part troublante de sensualité. Et l’assumer: oui, c’était bandant de se mater dans les chiottes. Les lieux sont la mémoire, et bien plus, les lieux survivent à la mémoire. Notre vieille pissotière n’a pas à rougir de son passé.»

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