Histoire(s) culturelle(s) des piscines
Société / Culture

Histoire(s) culturelle(s) des piscines

«Tant d'histoires se croisent dans les piscines», écrit Francis Hodgson, professeur de culture de la photographie, en introduction du livre The Swimming Pool in Photography qui vient de sortir chez Hatje Cantz. «Pour les photographes, l'eau a le don de capter la lumière de manière particulière. L'eau peut scintiller comme une boule à facettes ou briller comme une nouvelle peinture de voiture. Elle peut renvoyer le puits de lumière ou aspirer toute la lumière. Même dans la relative monotonie d'une piscine, l'eau est un cadeau pour le photographe.» L'ouvrage rassemble des images de Henri Cartier-Bresson, Stuart Franklin, Harry Gruyaert, Emma Hartvig, Jacques Henri Lartigue, Joel Meyerowitz ou encore Martin Parr.

«C'est juste une cuvette d'eau, assez grande pour y entrer. Mais les histoires viennent de partout, écrit Francis Hodgson en introduction du livre. La piscine a été, à différents moments de l’histoire et lieux suburbains, exotique, totalement privée, bruyamment publique, une menace ou une bénédiction.»
Une voiture est tombée dans une piscine de Beverly Hills, en Californie. Ivre, son conducteur pensait qu'il s'agissait d'une place de parking, le 4 mai 1961. | Keystone/Getty Images

«C'est juste une cuvette d'eau, assez grande pour y entrer. Mais les histoires viennent de partout, écrit Francis Hodgson en introduction du livre. La piscine a été, à différents moments de l’histoire et lieux suburbains, exotique, totalement privée, bruyamment publique, une menace ou une bénédiction.»

«Au cours de l'été 1961, deux Afro-Américains, Kwame Leo Lillard et Matthew Walker Jr., qui savaient tous deux exactement ce qu'ils faisaient car ils étaient militants des Freedom Riders, se sont rendus à Nashville, dans le Tennessee pour aller nager. Les “Freedom Rides” consistaient à prendre le bus pour Jackson, dans le Mississippi, afin de défier la ségrégation qui persistait dans le Sud. Les Freedom Riders ont été attaqués physiquement et certains bus ont été brûlés. Lillard et Walker ont choisi de nager dans la piscine centenaire réservée aux Blancs, dans le parc de Nashville. “Ça ne changera pas l'eau”, a dit Lillard au gardien, en faisant référence à sa couleur de peau. Pourtant, dans les quarante-huit heures qui ont suivi, toutes les piscines publiques de la ville ont été fermées. Elles le sont restées jusqu'en 1964 –et la piscine du centenaire n'a jamais été réouverte.»
Washington D.C., filles dans une piscine. | Library of Congress

«Au cours de l'été 1961, deux Afro-Américains, Kwame Leo Lillard et Matthew Walker Jr., qui savaient tous deux exactement ce qu'ils faisaient car ils étaient militants des Freedom Riders, se sont rendus à Nashville, dans le Tennessee pour aller nager. Les “Freedom Rides” consistaient à prendre le bus pour Jackson, dans le Mississippi, afin de défier la ségrégation qui persistait dans le Sud. Les Freedom Riders ont été attaqués physiquement et certains bus ont été brûlés. Lillard et Walker ont choisi de nager dans la piscine centenaire réservée aux Blancs, dans le parc de Nashville. “Ça ne changera pas l'eau”, a dit Lillard au gardien, en faisant référence à sa couleur de peau. Pourtant, dans les quarante-huit heures qui ont suivi, toutes les piscines publiques de la ville ont été fermées. Elles le sont restées jusqu'en 1964 –et la piscine du centenaire n'a jamais été réouverte.»

«Toutes ces histoires –et bien d'autres– ont leurs historiens. La piscine prend des sens très différents en Australie, en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. Je suis sûr qu'il y a une histoire de la piscine à écrire dans chaque culture.»
Dudley Williams de Denver et son fils se baignent à la station de ski Vail, dans le Colorado, en 1962. | Library of Congress

«Toutes ces histoires –et bien d'autres– ont leurs historiens. La piscine prend des sens très différents en Australie, en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. Je suis sûr qu'il y a une histoire de la piscine à écrire dans chaque culture.»

«Tant d'histoires se croisent dans les piscines. L’histoire du bain de mer rejoint les histoires de baignade loin de la mer. [...] Il y a cependant une distinction à faire entre “baignade” et “nage”. Se baigner signifie se tremper, soit pour se nettoyer, soit pour le bénéfice de votre santé. Nager implique un effort implicite.»
Bain de soleil à la piscine Deligny, Paris. | Keystone-France/Gamma-Keystone via GettyImages

«Tant d'histoires se croisent dans les piscines. L’histoire du bain de mer rejoint les histoires de baignade loin de la mer. [...] Il y a cependant une distinction à faire entre “baignade” et “nage”. Se baigner signifie se tremper, soit pour se nettoyer, soit pour le bénéfice de votre santé. Nager implique un effort implicite.»

«La Californie a adoré les piscines, et Hollywood particulièrement. Les stars avaient des piscines fantastiques construites dans leurs jardins dès l’époque d’Harold Lloyd ou Mary Pickford. Elles faisaient semblant de se baigner –souvent dans des piscines aux formes étonnantes comme des guitares, pour montrer qu’elles avaient atteint la célébrité.  Mais l'eau est précieuse en Californie, et il existe depuis longtemps une tension entre l'approvisionnement en eau et les gâchis flagrants de la consommation ostentatoire. Los Angeles, rappelez-vous, est une ville qui transporte son eau sur des centaines de kilomètres et a plus ou moins asséché le fleuve Colorado.»
Une femme prend un bain de soleil aux États-Unis dans les années 1950. | H. Armstrong Roberts / Getty Images

«La Californie a adoré les piscines, et Hollywood particulièrement. Les stars avaient des piscines fantastiques construites dans leurs jardins dès l’époque d’Harold Lloyd ou Mary Pickford. Elles faisaient semblant de se baigner –souvent dans des piscines aux formes étonnantes comme des guitares, pour montrer qu’elles avaient atteint la célébrité. Mais l'eau est précieuse en Californie, et il existe depuis longtemps une tension entre l'approvisionnement en eau et les gâchis flagrants de la consommation ostentatoire. Los Angeles, rappelez-vous, est une ville qui transporte son eau sur des centaines de kilomètres et a plus ou moins asséché le fleuve Colorado.»

«L'eau est un cadeau métaphorique, bien sûr. Dans la mythologie, c'est habituellement l'endroit où la transformation se fait: sirènes, baptême et naissance de Vénus. La natation est littéralement purifiante et purifie spirituellement. Pour les photographes, l'eau a le don de capter la lumière de manière particulière. L'eau peut scintiller comme une boule à facettes ou briller comme une nouvelle peinture de voiture. Elle peut renvoyer le puits de lumière ou aspirer toute la lumière. Même dans la relative monotonie d'une piscine, l'eau est un cadeau pour le photographe.»
Diego Opazo, maison sur la falaise. | Architecture - Fran Silvestre Arquitectos

«L'eau est un cadeau métaphorique, bien sûr. Dans la mythologie, c'est habituellement l'endroit où la transformation se fait: sirènes, baptême et naissance de Vénus. La natation est littéralement purifiante et purifie spirituellement. Pour les photographes, l'eau a le don de capter la lumière de manière particulière. L'eau peut scintiller comme une boule à facettes ou briller comme une nouvelle peinture de voiture. Elle peut renvoyer le puits de lumière ou aspirer toute la lumière. Même dans la relative monotonie d'une piscine, l'eau est un cadeau pour le photographe.»

«L’histoire sociale des piscines est extraordinaire, comme si l'eau permettait vraiment toutes sortes de transformations. Il semble toujours y avoir une espèce de combat de libération pour émerger de l'eau. Et il y a toujours un appareil photo présent pour s’emparer de cet instant.»
Gagnante du championnat de plongeon Blandine Fagedet à la piscine Georges Vallerey à Paris, le 13 juillet 1962. | Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images

«L’histoire sociale des piscines est extraordinaire, comme si l'eau permettait vraiment toutes sortes de transformations. Il semble toujours y avoir une espèce de combat de libération pour émerger de l'eau. Et il y a toujours un appareil photo présent pour s’emparer de cet instant.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos

De la Palestine aux États-Unis, une histoire de famille
Grand Format

De la Palestine aux États-Unis, une histoire de famille

Newsletters