En Suède, souvenirs de l'eugénisme
Monde / Société

En Suède, souvenirs de l'eugénisme

En 2005, Anne-Karin Furunes a découvert le fond photographique de l’Institut d’État pour la biologie raciale fondé en 1922 à l'université d'Uppsala, en Suède, dans le but de cartographier la population du pays et de pratiquer des stérilisations forcées. «Ce genre de programme a été mis en place dans de nombreux pays après la Deuxième Guerre mondiale. En Suède, 60.000 personnes ont subi ces stérilisations et 90% d'entre elles étaient des femmes. Dans mon propre pays, la Norvège, la stérilisation forcée des Tsiganes a été pratiquée jusqu'en 1975.» L'artiste a reproduit en grand format ces images dans le but de «remettre les portraits anonymes de cette archive dans le contexte actuel et de les faire revivre dans l’espace d’une galerie». La Ryan Lee Gallery de New York a récemment exposé ce projet intitulé «Of Nordic Archives».

Of Faces I (Portraits of Pictures),
 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«Avant même d’être intéressée par ce programme eugénique, je l’étais par les archives elles-mêmes. L'histoire est généralement racontée par les vainqueurs, mais les archives représentent un côté souvent complexe et noir de l’histoire que je trouve plus convaincant. Je suis constamment à la recherche d’histoires qui sont conservées dans l’obscurité et le silence des archives, ainsi que de portraits anonymes pour découvrir un nouveau côté des choses.»

Of Faces I (Portraits of Pictures),
 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«Avant même d’être intéressée par ce programme eugénique, je l’étais par les archives elles-mêmes. L'histoire est généralement racontée par les vainqueurs, mais les archives représentent un côté souvent complexe et noir de l’histoire que je trouve plus convaincant. Je suis constamment à la recherche d’histoires qui sont conservées dans l’obscurité et le silence des archives, ainsi que de portraits anonymes pour découvrir un nouveau côté des choses.»

Of Faces II (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«En 2005, je suis venue à l’université d’Uppsala pour travailler sur des archives et je suis tombée sur ces images. Les photographies faisaient partie d’un fond de l’Institut d’État pour la biologie raciale fondé au sein de l’université en 1922 (c'est le premier de la sorte au monde) avec l’objectif déclaré d’étudier l’eugénisme et la génétique humaine. En 1958, il a été remplacé par l’Institut d’État pour la génétique humaine (Institutionen för medicinisk genetik) et constitue aujourd’hui un département de l’université d’Uppsala.»

Of Faces II (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«En 2005, je suis venue à l’université d’Uppsala pour travailler sur des archives et je suis tombée sur ces images. Les photographies faisaient partie d’un fond de l’Institut d’État pour la biologie raciale fondé au sein de l’université en 1922 (c'est le premier de la sorte au monde) avec l’objectif déclaré d’étudier l’eugénisme et la génétique humaine. En 1958, il a été remplacé par l’Institut d’État pour la génétique humaine (Institutionen för medicinisk genetik) et constitue aujourd’hui un département de l’université d’Uppsala.»

Of Faces IX (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«Les photographes ne sont pas nommés mais quoi qu’il en soit, il s’agissait de photographes professionnels et les gens photographiés étaient anonymes. Je crois que les images ont été prises dans le cadre d’un processus de collecte d’informations sur leurs soi-disant recherches. Le médecin suédois Hermann Lundborg a voyagé dans tout le pays pour “cartographier” (constituer une archive d’informations et de photos) le peuple suédois et des professeurs eugénistes allemands sont même venus à l’université d’Uppsala pour apprendre de Lundborg. Après la Seconde Guerre mondiale, les photos ont été jetées dans un conteneur, mais une partie de ces archives a pu être sauvée.»

Of Faces IX (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«Les photographes ne sont pas nommés mais quoi qu’il en soit, il s’agissait de photographes professionnels et les gens photographiés étaient anonymes. Je crois que les images ont été prises dans le cadre d’un processus de collecte d’informations sur leurs soi-disant recherches. Le médecin suédois Hermann Lundborg a voyagé dans tout le pays pour “cartographier” (constituer une archive d’informations et de photos) le peuple suédois et des professeurs eugénistes allemands sont même venus à l’université d’Uppsala pour apprendre de Lundborg. Après la Seconde Guerre mondiale, les photos ont été jetées dans un conteneur, mais une partie de ces archives a pu être sauvée.»

Of Faces IX (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«Les archives sont organisées en albums selon les différentes parties du pays. Avant d’être photographiées, les personnes étaient mesurées. Les albums portaient comme titre par exemple “panorama de personnes de divers types" et comme sous-titre “Juifs", “Tsiganes", “criminels"… etc. La cartographie et les photographies divisaient les gens en soi-disant bonnes et mauvaises catégories. Le programme décidait ensuite de qui pouvait avoir des enfants et qui ne devait pas. C’est ainsi qu'il est devenu un outil pour la stérilisation forcée d’une partie de la société.»

Of Faces IX (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«Les archives sont organisées en albums selon les différentes parties du pays. Avant d’être photographiées, les personnes étaient mesurées. Les albums portaient comme titre par exemple “panorama de personnes de divers types" et comme sous-titre “Juifs", “Tsiganes", “criminels"… etc. La cartographie et les photographies divisaient les gens en soi-disant bonnes et mauvaises catégories. Le programme décidait ensuite de qui pouvait avoir des enfants et qui ne devait pas. C’est ainsi qu'il est devenu un outil pour la stérilisation forcée d’une partie de la société.»

Of Faces VII (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«J'ai cherché spécifiquement des portraits car même si ils sont anonymes, je suis intéressée par chaque individu, leurs personnalités propres, leur force et leur intégrité. Même si les images ne nous racontent pas ce qui est arrivé à chacune de ces femmes, elles concentrent une humanité universelles sur leurs visages. Dans mon travail, j’espère remettre les portraits anonymes de cette archive dans le contexte actuel et de les faire revivre dans l’espace d’une galerie. Je tiens à ramener leurs portraits dans notre époque sans l’étiquette de l’archive pour les présenter comme des personnes à nouveau. Chaque portrait d’individu intrigue celui qui les observe et amène à questionner qui ils étaient. Les portraits posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses et nous encouragent à changer de perspective.»

Of Faces VII (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«J'ai cherché spécifiquement des portraits car même si ils sont anonymes, je suis intéressée par chaque individu, leurs personnalités propres, leur force et leur intégrité. Même si les images ne nous racontent pas ce qui est arrivé à chacune de ces femmes, elles concentrent une humanité universelles sur leurs visages. Dans mon travail, j’espère remettre les portraits anonymes de cette archive dans le contexte actuel et de les faire revivre dans l’espace d’une galerie. Je tiens à ramener leurs portraits dans notre époque sans l’étiquette de l’archive pour les présenter comme des personnes à nouveau. Chaque portrait d’individu intrigue celui qui les observe et amène à questionner qui ils étaient. Les portraits posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses et nous encouragent à changer de perspective.»

Of Faces X (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«J’ai commencé à perforer des images à la main en 1992, à une époque où il n’était pas possible de le faire numériquement. Mais aussi, ce procédé manuel –avec des perforatrices (de différentes tailles) et un marteau– est une partie importante de ma démarche. Ce qui fait que même si j’ai accès à la technologie digitale, je continue à utiliser cette méthode. Effectuer chaque trou à la main possède un rythme méditatif qui guide mon processus. En faisant des trous dans le canevas –couper et détruire le textile permet en même temps de construire une nouvelle image– faisait partie du processus conceptuel. Je questionne ainsi la mémoire et le fait qu'elle doit être reconstruite encore et encore.»

Of Faces X (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«J’ai commencé à perforer des images à la main en 1992, à une époque où il n’était pas possible de le faire numériquement. Mais aussi, ce procédé manuel –avec des perforatrices (de différentes tailles) et un marteau– est une partie importante de ma démarche. Ce qui fait que même si j’ai accès à la technologie digitale, je continue à utiliser cette méthode. Effectuer chaque trou à la main possède un rythme méditatif qui guide mon processus. En faisant des trous dans le canevas –couper et détruire le textile permet en même temps de construire une nouvelle image– faisait partie du processus conceptuel. Je questionne ainsi la mémoire et le fait qu'elle doit être reconstruite encore et encore.»

Of Faces IV (Portraits of Pictures), 2016 / Of Faces VIII (Portraits of Pictures), 2016 | courtesy RYAN LEE

 

«Quand on perfore une image, elle est toujours là mais à la fois quelque chose lui a été enlevé. Comme ces personnes pour qui la vie a été perdue, la perforation sert de matériel négatif et permet de vider un canevas qui traditionnellement porte une histoire et les traces d’un pinceau. Je fais des trous de différentes tailles et je les refais plus gros parfois pour permettre à plus de lumière de passer. Je fais en sorte que les photos soient suffisamment grandes pour que l’image se brouille quand on s’en approche trop, jusqu’à ce que l’on ne voit plus que les trous. Les images changent selon la lumière et la distance à laquelle on est par rapport au canevas.»

Of Faces IV (Portraits of Pictures), 2016 / Of Faces VIII (Portraits of Pictures), 2016 | courtesy RYAN LEE

 

«Quand on perfore une image, elle est toujours là mais à la fois quelque chose lui a été enlevé. Comme ces personnes pour qui la vie a été perdue, la perforation sert de matériel négatif et permet de vider un canevas qui traditionnellement porte une histoire et les traces d’un pinceau. Je fais des trous de différentes tailles et je les refais plus gros parfois pour permettre à plus de lumière de passer. Je fais en sorte que les photos soient suffisamment grandes pour que l’image se brouille quand on s’en approche trop, jusqu’à ce que l’on ne voit plus que les trous. Les images changent selon la lumière et la distance à laquelle on est par rapport au canevas.»

Of Faces XV (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«J’ai perdu ma mère au début de ce processus de travail. Je me suis alors questionné sur la façon de dépeindre quelqu’un qui nous est proche. Quand j’essayais de me souvenir d’elle, c’était de sa voix, de ses mouvements dont je me souvenais, mais son visage et son portrait ne m’étaient pas clairs. Ma façon de travailler reflète la perte de mémoire. Quand on s’approche de ces canevas, l’image disparaît, exactement comme la mémoire. Les photos d’archives sont toujours un point de départ mais mon travail réel ne se réfère pas seulement à l’archive, c’est aussi un questionnement sur comment en tant que spectateur nous nous positionnons dans l’espace et comment un seul et unique tableau peut changement radicalement avec le mouvement dans l’espace et la lumière naturelle.»

Of Faces XV (Portraits of Pictures), 2016 | Copyright Anne-Karin Furunes, courtesy RYAN LEE

 

«J’ai perdu ma mère au début de ce processus de travail. Je me suis alors questionné sur la façon de dépeindre quelqu’un qui nous est proche. Quand j’essayais de me souvenir d’elle, c’était de sa voix, de ses mouvements dont je me souvenais, mais son visage et son portrait ne m’étaient pas clairs. Ma façon de travailler reflète la perte de mémoire. Quand on s’approche de ces canevas, l’image disparaît, exactement comme la mémoire. Les photos d’archives sont toujours un point de départ mais mon travail réel ne se réfère pas seulement à l’archive, c’est aussi un questionnement sur comment en tant que spectateur nous nous positionnons dans l’espace et comment un seul et unique tableau peut changement radicalement avec le mouvement dans l’espace et la lumière naturelle.»

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