Dans l'horreur des pensionnats indiens au Canada

Au départ, Daniella Zalcman venait au Canada pour travailler sur un sujet sur le taux anormalement élevé de VIH chez les Indiens. «Sauf que presque chaque personne positive au VIH que j’ai interviewé faisait référence à un pensionnat dans lequel elle avait été placée. Je n’avais jamais entendu parler de ces endroits avant et j'ai été horrifiée.» Depuis, la photographe y est retournée pour mener un travail autour de la mémoire de ces Indiens et de ces écoles dont le but était l'assimilation. Elle vient d'en publier un livre intitulé Signs of Identity [FotoEvidence Press].

Valerie Ewenin, Muskowekwan Indian Residential School (1965-1971) | Daniella Zalcman


«J'ai été élevée en croyant aux voix de la nature, aux herbes que l'on brûle, au langage des Cris. Puis je suis allée dans un pensionnat et tout cela ma été retiré. Et puis plus tard, j'ai tout oublié, aussi, et ça, c'était encore pire.»

Valerie Ewenin, Muskowekwan Indian Residential School (1965-1971) | Daniella Zalcman


«J'ai été élevée en croyant aux voix de la nature, aux herbes que l'on brûle, au langage des Cris. Puis je suis allée dans un pensionnat et tout cela ma été retiré. Et puis plus tard, j'ai tout oublié, aussi, et ça, c'était encore pire.»

Une balançoire cassée à Mission Hill, Saskatchewan, près de l'endroit où se trouvait le Beauval Indian Residential School autrefois. | Daniella Zalcman

 

«Mon objectif est que les gens apprennent l’existence de cette institution qui a duré cent vingt ans, explique la photographe. Je n’ai jamais étudié ça dans un programme scolaire et c’est embarrassant. Nous avons besoin de parler de ces aspects de notre histoire, peu importe la difficulté. 150.000 indiens canadiens sont passés par le système de pensionnat entre les années 1870 et 1996, lors de la fermeture de la dernière école. 80.000 d’entre eux sont encore en vie. On estime que 6.000 enfants sont morts pendant qu’ils étaient là-bas mais ce chiffre est certainement sous-évalué.»

Une balançoire cassée à Mission Hill, Saskatchewan, près de l'endroit où se trouvait le Beauval Indian Residential School autrefois. | Daniella Zalcman

 

«Mon objectif est que les gens apprennent l’existence de cette institution qui a duré cent vingt ans, explique la photographe. Je n’ai jamais étudié ça dans un programme scolaire et c’est embarrassant. Nous avons besoin de parler de ces aspects de notre histoire, peu importe la difficulté. 150.000 indiens canadiens sont passés par le système de pensionnat entre les années 1870 et 1996, lors de la fermeture de la dernière école. 80.000 d’entre eux sont encore en vie. On estime que 6.000 enfants sont morts pendant qu’ils étaient là-bas mais ce chiffre est certainement sous-évalué.»

La seule route qui part de Beauval Indian Residential School mène directement à la rivière Castor. Les écoliers essayaient souvent de s'échapper, mais soit ils étaient trop petits pour nager, soit ils se noyaient en essayant. | Daniella Zalcman

 

«Le but de ces écoles était l’assimilation –les enfants étaient forcés à imiter la culture occidentale et étaient punis s’ils parlaient leurs propres langues ou pratiquaient leurs traditions. Ils devaient assister aux services chrétiens. Il y avait aussi une violence physique et sexuelle généralisée. Dans les cas extrêmes, des tests médicaux et une stérilisation forcée étaient pratiqués.»

La seule route qui part de Beauval Indian Residential School mène directement à la rivière Castor. Les écoliers essayaient souvent de s'échapper, mais soit ils étaient trop petits pour nager, soit ils se noyaient en essayant. | Daniella Zalcman

 

«Le but de ces écoles était l’assimilation –les enfants étaient forcés à imiter la culture occidentale et étaient punis s’ils parlaient leurs propres langues ou pratiquaient leurs traditions. Ils devaient assister aux services chrétiens. Il y avait aussi une violence physique et sexuelle généralisée. Dans les cas extrêmes, des tests médicaux et une stérilisation forcée étaient pratiqués.»

Elwood Friday, St. Phillips Indian Residential School (1951-1953) | Daniella Zalcman

 

«Je n'ai jamais dit à personne que j'ai été là-bas. J'avais honte. Je n'en parlerai jamais à personne, et j'ai tout fait pour essayer de l'oublier.»

Elwood Friday, St. Phillips Indian Residential School (1951-1953) | Daniella Zalcman

 

«Je n'ai jamais dit à personne que j'ai été là-bas. J'avais honte. Je n'en parlerai jamais à personne, et j'ai tout fait pour essayer de l'oublier.»

Mike Pinay, Qu’Appelle Indian Residential School (1953-1963) | Daniella Zalcman

 

«Ce furent les dix pires années de ma vie. J'ai été éloigné de ma famille de mes 6 à mes 16 ans. Comment apprend-on ce qu'est la famille? Je ne savais pas ce qu'était l'amour. Là-bas, nous n'étions même pas appelés par nos prénoms. J'étais un nombre.»

«Te souviens-tu de ce nombre?» 

«73.»

Mike Pinay, Qu’Appelle Indian Residential School (1953-1963) | Daniella Zalcman

 

«Ce furent les dix pires années de ma vie. J'ai été éloigné de ma famille de mes 6 à mes 16 ans. Comment apprend-on ce qu'est la famille? Je ne savais pas ce qu'était l'amour. Là-bas, nous n'étions même pas appelés par nos prénoms. J'étais un nombre.»

«Te souviens-tu de ce nombre?» 

«73.»

Village de Lebret, Saskatchewan. C'est là que se trouve Qu'Appelle Indian Residential School, qui opérait sous l'égide du gouvernement fédéral et de l'Église catholique de 1884 à 1969. La plupart des batiments ont été détruits mais il en reste un, visible à droite de l'image. | Daniella Zalcman

 

«C’est une histoire difficile à traduire photographiquement parlant, poursuit Daniella Zalcman. Ces écoles n’existent plus au Canada, la dernière a fermé en 1996. L’héritage de ce système scolaire est visible dans de nombreuses crises systémiques auxquelles font face les populations autochtones. Je me suis dit que pour une histoire sur la mémoire, le traumatisme et l’identité, des portraits croisés seraient intéressants et d’une certaine façon plus fidèles à la réalité. Chaque image secondaire est liée d’une façon ou d’une autre aux souvenirs de ces pensionnats et à l’expérience décrite par chaque personne présentée.»

Village de Lebret, Saskatchewan. C'est là que se trouve Qu'Appelle Indian Residential School, qui opérait sous l'égide du gouvernement fédéral et de l'Église catholique de 1884 à 1969. La plupart des batiments ont été détruits mais il en reste un, visible à droite de l'image. | Daniella Zalcman

 

«C’est une histoire difficile à traduire photographiquement parlant, poursuit Daniella Zalcman. Ces écoles n’existent plus au Canada, la dernière a fermé en 1996. L’héritage de ce système scolaire est visible dans de nombreuses crises systémiques auxquelles font face les populations autochtones. Je me suis dit que pour une histoire sur la mémoire, le traumatisme et l’identité, des portraits croisés seraient intéressants et d’une certaine façon plus fidèles à la réalité. Chaque image secondaire est liée d’une façon ou d’une autre aux souvenirs de ces pensionnats et à l’expérience décrite par chaque personne présentée.»

Rick Pelletier, Qu’Appelle Indian Residential School (1965-1966) | Daniella Zalcman


«Mes parents sont venus me rendre visite et je leur ai dit que j'étais battu. Mes professeurs ont dit que j'avais beaucoup d'imagination, alors ils ne m'ont pas cru au début. Mais après les vacances d'été, ils ont essayé de me ramener là-bas, j'ai crié, crié et crié. J'ai fui la première nuit et quand mes grands-parents m'ont ramené, je leur ai dit que j'allais fuir encore, que je reviendrai en marchant à Regina. Là, ils m'ont cru.»

Rick Pelletier, Qu’Appelle Indian Residential School (1965-1966) | Daniella Zalcman


«Mes parents sont venus me rendre visite et je leur ai dit que j'étais battu. Mes professeurs ont dit que j'avais beaucoup d'imagination, alors ils ne m'ont pas cru au début. Mais après les vacances d'été, ils ont essayé de me ramener là-bas, j'ai crié, crié et crié. J'ai fui la première nuit et quand mes grands-parents m'ont ramené, je leur ai dit que j'allais fuir encore, que je reviendrai en marchant à Regina. Là, ils m'ont cru.»

Rosalie Sewap, Guy Hill Indian Residential School (1959-1969) | Daniella Zalcman


«Nous devions prier chaque jour et demander le pardon. Mais pardon pour quoi? À l'âge de 7 ans j'ai commencé à être abusée par un prêtre et une bonne sœur. Ils venaient à la nuit tombée avec une lampe torche et prenaient une des filles chaque soir. On ne se guérit jamais vraiment de cela. Je suis devenue alcoolique et j'ai mis longtemps à m'en échapper. Je ne peux pas leur pardonner. Jamais.»

Rosalie Sewap, Guy Hill Indian Residential School (1959-1969) | Daniella Zalcman


«Nous devions prier chaque jour et demander le pardon. Mais pardon pour quoi? À l'âge de 7 ans j'ai commencé à être abusée par un prêtre et une bonne sœur. Ils venaient à la nuit tombée avec une lampe torche et prenaient une des filles chaque soir. On ne se guérit jamais vraiment de cela. Je suis devenue alcoolique et j'ai mis longtemps à m'en échapper. Je ne peux pas leur pardonner. Jamais.»

Deedee Lerat, Marieval Indian Residential School (1967-1970) | Daniella Zalcman


«Quand j'avais 8 ans, les Mormons ont ratissé Saskatchewan. J'ai été emmené dans un pensionnat et envoyé dans un foyerd d'accueil mormon pendant cinq ans. Ils m'ont dit de fois et de tant de façon différentes que j'allais aller en enfer. Maintenant je n'ai plus peur que de Dieu.»

Deedee Lerat, Marieval Indian Residential School (1967-1970) | Daniella Zalcman


«Quand j'avais 8 ans, les Mormons ont ratissé Saskatchewan. J'ai été emmené dans un pensionnat et envoyé dans un foyerd d'accueil mormon pendant cinq ans. Ils m'ont dit de fois et de tant de façon différentes que j'allais aller en enfer. Maintenant je n'ai plus peur que de Dieu.»

Une fenêtre cassée dans le Muskowekwan Indian Residential School, un des derniers pensionnats toujours debout à Saskatchewan. | Daniella Zalcman

 

«J'ai appelé mon travail Signs of Identity en référence à un texte d’excuse rédigé par l’Église anglicane et signé par l'archevêque Michael Peers en 1993:

"J’accepte et je confesse devant Dieu et devant vous, nos manquements dans les pensionnats. […] Je suis désolé, plus encore que je ne peux le formuler, que nous ayons pris part à un système qui vous a éloigné ainsi que vos enfants de votre maison et votre famille. Je suis désolée, plus encore que je ne peux le formuler, que nous ayons essayé de vous refaire à notre image, en vous prenant votre langue, et les signes de votre identité".»

Une fenêtre cassée dans le Muskowekwan Indian Residential School, un des derniers pensionnats toujours debout à Saskatchewan. | Daniella Zalcman

 

«J'ai appelé mon travail Signs of Identity en référence à un texte d’excuse rédigé par l’Église anglicane et signé par l'archevêque Michael Peers en 1993:

"J’accepte et je confesse devant Dieu et devant vous, nos manquements dans les pensionnats. […] Je suis désolé, plus encore que je ne peux le formuler, que nous ayons pris part à un système qui vous a éloigné ainsi que vos enfants de votre maison et votre famille. Je suis désolée, plus encore que je ne peux le formuler, que nous ayons essayé de vous refaire à notre image, en vous prenant votre langue, et les signes de votre identité".»

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