Le pèlerinage de Shikoku, l'un des plus beaux sentiers du Japon
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Le pèlerinage de Shikoku, l'un des plus beaux sentiers du Japon

Similaire à Saint-Jacques-de-Compostelle par sa longueur, environ 1.200 kilomètres, le pèlerinage de Shikoku fait le tour de l'île japonaise du même nom. Depuis 1.200 ans, les pèlerins relient quatre-vingt-huit temples et cheminent sur les traces de Kōbō-Daishi, fondateur du bouddhisme Shingon, en quête de sens, pour commémorer un défunt ou simplement par amour de la marche.

Immersion dans un périple hors du commun effectué en quarante-deux jours de marche. 

Shikoku, la plus petite des quatre grosses îles japonaises, accueille l'un des pèlerinages les plus populaires du pays. On l'effectue à pied, en vélo, en voiture ou en bus. Les pèlerins qui choisissent de relier les quatre-vingt-huit temples par la marche mettent généralement entre quarante et cinquante jours.
Fanny Arlandis

Shikoku, la plus petite des quatre grosses îles japonaises, accueille l'un des pèlerinages les plus populaires du pays. On l'effectue à pied, en vélo, en voiture ou en bus. Les pèlerins qui choisissent de relier les quatre-vingt-huit temples par la marche mettent généralement entre quarante et cinquante jours.

Le premier des quatre-vingt-huit temples, Ryōzen-ji (Montagne sacrée), se situe dans la préfecture de Tokushima, à l'est de l'île. Le «chemin de l’Éveil» comprend vingt-trois temples répartis sur 200 kilomètres. Le pélerin pénètre ensuite dans la préfecture de Kochi, au sud de l'île pour entrer dans une phase ascétique qui dure un peu plus de 380 kilomètres et comprend seize temples. Au nord-ouest, se trouve ensuite la préfecture d'Ehime qui compte vingt-cinq édifices religieux sur le «chemin de l’Illumination» et qui mesure 365 kilomètres. Le «chemin du Nirvana», dans la province de Kagawa au nord, vient clore la boucle en vingt-trois temples et 260 kilomètres.
Fanny Arlandis

Le premier des quatre-vingt-huit temples, Ryōzen-ji (Montagne sacrée), se situe dans la préfecture de Tokushima, à l'est de l'île. Le «chemin de l’Éveil» comprend vingt-trois temples répartis sur 200 kilomètres. Le pélerin pénètre ensuite dans la préfecture de Kochi, au sud de l'île pour entrer dans une phase ascétique qui dure un peu plus de 380 kilomètres et comprend seize temples. Au nord-ouest, se trouve ensuite la préfecture d'Ehime qui compte vingt-cinq édifices religieux sur le «chemin de l’Illumination» et qui mesure 365 kilomètres. Le «chemin du Nirvana», dans la province de Kagawa au nord, vient clore la boucle en vingt-trois temples et 260 kilomètres.

Kûkai reçoit le titre de Kōbō-Daishi (grand diffuseur de la loi) longtemps après sa mort, en 835. Il est né en 774 à Shikoku dans la province de Sanuki, l'actuelle Kagawa, dans une famille aristocratique. Après une scolarité dans un collège de Kyoto, il revient à Shikoku pour mener une vie d'ascète dans les montagnes. En 804, il est choisi par l’empereur Kanmu pour une mission diplomatique en Chine et se fait ordonner moine. Son maître lui transmet son enseignement et lui demande de rentrer au Japon pour promouvoir le bouddhisme tantrique. Il fonde alors la secte Shingon, une forme ésotérique du bouddhisme, synthèse de ces nouvelles pratiques avec un bouddhisme multiforme qui s'est développé au Japon depuis le VIe siècle.
Fanny Arlandis

Kûkai reçoit le titre de Kōbō-Daishi (grand diffuseur de la loi) longtemps après sa mort, en 835. Il est né en 774 à Shikoku dans la province de Sanuki, l'actuelle Kagawa, dans une famille aristocratique. Après une scolarité dans un collège de Kyoto, il revient à Shikoku pour mener une vie d'ascète dans les montagnes. En 804, il est choisi par l’empereur Kanmu pour une mission diplomatique en Chine et se fait ordonner moine. Son maître lui transmet son enseignement et lui demande de rentrer au Japon pour promouvoir le bouddhisme tantrique. Il fonde alors la secte Shingon, une forme ésotérique du bouddhisme, synthèse de ces nouvelles pratiques avec un bouddhisme multiforme qui s'est développé au Japon depuis le VIe siècle.

Le pèlerinage de Shikoku n'a ni début, ni fin: il est circulaire et peut débuter de n'importe quel temple. Si la plupart des pèlerins effectuent leur périple dans le sens des aiguilles d'une montre, d'autres comme Tetsuya, 71 ans, le font en sens inverse. Le trajet est réputé être beaucoup plus difficile en raison des dénivelés importants et de l'absence de marquages.
Fanny Arlandis

Le pèlerinage de Shikoku n'a ni début, ni fin: il est circulaire et peut débuter de n'importe quel temple. Si la plupart des pèlerins effectuent leur périple dans le sens des aiguilles d'une montre, d'autres comme Tetsuya, 71 ans, le font en sens inverse. Le trajet est réputé être beaucoup plus difficile en raison des dénivelés importants et de l'absence de marquages.

Certaines portions du chemin sont très difficiles. Comme la montée du temple douze, Shôzan-ji (Montagne brûlée), connue comme l'une des pires ascensions du trajet. Tout au long de leur périple, les henros (pèlerins) gravissent des montagnes, traversent des forêts, des champs de riz ou de cosmos, des vergers de kaki ou d'agrumes, mais arpentent aussi des tunnels et longent des routes nationales.
Fanny Arlandis

Certaines portions du chemin sont très difficiles. Comme la montée du temple douze, Shôzan-ji (Montagne brûlée), connue comme l'une des pires ascensions du trajet. Tout au long de leur périple, les henros (pèlerins) gravissent des montagnes, traversent des forêts, des champs de riz ou de cosmos, des vergers de kaki ou d'agrumes, mais arpentent aussi des tunnels et longent des routes nationales.

Oyamada Kensho gère le temple cinquante-huit (Sennyu-ji) depuis plus de quarante ans. C'est le seul des quatre-vingt-huit à développer l'agriculture. Ce jushoku (maître du temple) rêve d'atteindre une autosuffisance alimentaire et achète régulièrement des terres aux alentours de la ville d'Imabari pour mettre en place son projet.
Fanny Arlandis

Oyamada Kensho gère le temple cinquante-huit (Sennyu-ji) depuis plus de quarante ans. C'est le seul des quatre-vingt-huit à développer l'agriculture. Ce jushoku (maître du temple) rêve d'atteindre une autosuffisance alimentaire et achète régulièrement des terres aux alentours de la ville d'Imabari pour mettre en place son projet.

Cet itinéraire ne serait pas possible sans les hommes et les femmes qui gravitent autour. Ihala, 60 ans, gère depuis vingt ans le minshuku Sazanka, situé juste à côté du temple vingt-deux. Les minshuku sont des maisons d’hôtes chez l'habitant. Il est aussi possible de dormir dans certains temples et dans des ryokan, des auberges traditionnelles dotées de bains (o-furo) ou de sources chaudes (onsen), pour le plus grand plaisir de celles et ceux qui marchent depuis plusieurs jours! Dans tous les hébergements les repas sont servis à heure fixe, généralement 18 heures pour le dîner et 6h30 pour le petit-déjeuner. Le pèlerin reçoit aussi des O-settai (offrandes) tout le long du parcours (argent, nourriture, boissons, petits cadeaux) qu’il serait très impoli de refuser. Cette pratique, particulière à Shikoku, est ancrée dans les coutumes locales depuis des siècles. La table à l’entrée du minshuku d’Ihala est recouverte d’O-settai sous forme de fruits, gâteaux, bouteilles d’eau et boissons gazeuses.
Fanny Arlandis

Cet itinéraire ne serait pas possible sans les hommes et les femmes qui gravitent autour. Ihala, 60 ans, gère depuis vingt ans le minshuku Sazanka, situé juste à côté du temple vingt-deux. Les minshuku sont des maisons d’hôtes chez l'habitant. Il est aussi possible de dormir dans certains temples et dans des ryokan, des auberges traditionnelles dotées de bains (o-furo) ou de sources chaudes (onsen), pour le plus grand plaisir de celles et ceux qui marchent depuis plusieurs jours! Dans tous les hébergements les repas sont servis à heure fixe, généralement 18 heures pour le dîner et 6h30 pour le petit-déjeuner. Le pèlerin reçoit aussi des O-settai (offrandes) tout le long du parcours (argent, nourriture, boissons, petits cadeaux) qu’il serait très impoli de refuser. Cette pratique, particulière à Shikoku, est ancrée dans les coutumes locales depuis des siècles. La table à l’entrée du minshuku d’Ihala est recouverte d’O-settai sous forme de fruits, gâteaux, bouteilles d’eau et boissons gazeuses.

Au Japon, peut-être encore plus qu'ailleurs, l'habit fait le moine! La plupart des henros se différencient du simple marcheur en arborant un chapeau pointu en paille (Suge kasa), une veste blanche (Hakui) pour signifier leur mort au monde, un rosaire (Juzu) de 108 perles qui représentent les passions dont chacun doit se défaire pour atteindre l'Illumination, un sac blanc (Zuda bukuro) pour contenir le Nokyo-cho (le carnet du pèlerin), une étole (Wagesa) et un bâton en bois de section carrée (Kongo-tsue) recouvert d'un capuchon de brocart coloré sur lequel est accroché une petite clochette (Jirei).
Fanny Arlandis

Au Japon, peut-être encore plus qu'ailleurs, l'habit fait le moine! La plupart des henros se différencient du simple marcheur en arborant un chapeau pointu en paille (Suge kasa), une veste blanche (Hakui) pour signifier leur mort au monde, un rosaire (Juzu) de 108 perles qui représentent les passions dont chacun doit se défaire pour atteindre l'Illumination, un sac blanc (Zuda bukuro) pour contenir le Nokyo-cho (le carnet du pèlerin), une étole (Wagesa) et un bâton en bois de section carrée (Kongo-tsue) recouvert d'un capuchon de brocart coloré sur lequel est accroché une petite clochette (Jirei).

Le bâton est l'un des accessoires les plus importants du pèlerin. Il est l'incarnation de l’esprit de Kûkai. Il protège et accompagne le henro tout le long du périple. Il porte gravés sur la longueur les caractères «Dogyo Ninin» (voyager à deux). L'objet représente Kûkai marchant au côté du henro, exactement comme le bourdon du pèlerin de Compostelle représente Saint-Jacques l'accompagnant sur son chemin. On ne l'utilise jamais sur un pont pour ne pas réveiller le saint Kûkai qui pourrait dormir dessous. Autrefois le bout de bois servait aussi de stèle funéraire aux fidèles qui décédaient en chemin.
Fanny Arlandis

Le bâton est l'un des accessoires les plus importants du pèlerin. Il est l'incarnation de l’esprit de Kûkai. Il protège et accompagne le henro tout le long du périple. Il porte gravés sur la longueur les caractères «Dogyo Ninin» (voyager à deux). L'objet représente Kûkai marchant au côté du henro, exactement comme le bourdon du pèlerin de Compostelle représente Saint-Jacques l'accompagnant sur son chemin. On ne l'utilise jamais sur un pont pour ne pas réveiller le saint Kûkai qui pourrait dormir dessous. Autrefois le bout de bois servait aussi de stèle funéraire aux fidèles qui décédaient en chemin.

La moyenne d'âge des Japonais·es qui effectuent cette marche est assez élevée. Ideko, à gauche de cette photo, a 70 ans. À sa droite, Fumi Morimoto est l'élégante patronne d'une petite maison d'hôte. Elle fabrique son propre doburoku, un saké local à partir de riz fermenté que l'on aperçoit dans la bouteille verte. Ce saké n’est pas filtré et les grains de riz mélangés à de la levure flottent encore dans un liquide à l'apparence laiteuse.
Fanny Arlandis

La moyenne d'âge des Japonais·es qui effectuent cette marche est assez élevée. Ideko, à gauche de cette photo, a 70 ans. À sa droite, Fumi Morimoto est l'élégante patronne d'une petite maison d'hôte. Elle fabrique son propre doburoku, un saké local à partir de riz fermenté que l'on aperçoit dans la bouteille verte. Ce saké n’est pas filtré et les grains de riz mélangés à de la levure flottent encore dans un liquide à l'apparence laiteuse.

Les routes et les temples sont jonchés de petites statuettes en pierre au crâne rasé: les Jizo. Généralement coiffées d'un bonnet et d'un bavoir rouge en coton ou en laine, ces statues sont facilement reconnaissables. Elles représentent un Bouddha, Jizô Bosatsu, censé protéger les enfants et les personnes qui voyagent.
Fanny Arlandis

Les routes et les temples sont jonchés de petites statuettes en pierre au crâne rasé: les Jizo. Généralement coiffées d'un bonnet et d'un bavoir rouge en coton ou en laine, ces statues sont facilement reconnaissables. Elles représentent un Bouddha, Jizô Bosatsu, censé protéger les enfants et les personnes qui voyagent.

La plupart des pèlerins terminent leur marche au Koyasan. Ce lieu sacré, composé aujourd'hui de 117 temples, est perché sur un plateau entouré de huit sommets. Au bout du cimetière d’Okunoin, les pèlerins et les touristes traversent le pont Ichi no Hashi pour rejoindre un parc de cyprès qui entoure le mausolée de Kukai.
Fanny Arlandis

La plupart des pèlerins terminent leur marche au Koyasan. Ce lieu sacré, composé aujourd'hui de 117 temples, est perché sur un plateau entouré de huit sommets. Au bout du cimetière d’Okunoin, les pèlerins et les touristes traversent le pont Ichi no Hashi pour rejoindre un parc de cyprès qui entoure le mausolée de Kukai.

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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