«Le FN a peur de ne pas pouvoir contrôler certaines choses»

Depuis le début de la campagne pour l'élection présidentielle, Joël Saget suit Marine Le Pen dans ses déplacements. Pour Slate, ce photographe de l'AFP a choisi les photos qui lui semblent les plus intéressantes et représentatives de ces derniers mois. Il commente certaines de ses images et revient sur ce qu'il a ressenti de la personnalité de la candidate et de son rapport à l'image.

Nanterre, le 17 octobre 2017.

 

«Quand j'ai fait ce portrait d'elle, je l'ai un peu sondée pour savoir s'il allait être possible pendant la campagne d'avoir des photos un peu différentes des images officielles. Elle venait de passer l'été loin de la presse et s'était refait une santé. Ce jour-là, elle était avenante, sympa. Elle ne paraîssait pas encore stressée et n'était pas hostile à l'idée de permettre à l'AFP de faire des images plus intimes dans les prochains mois. Mais, dans les faits, quand la campagne a commencé, il n'a jamais été possible de faire des images hors des sentiers battus.»

Nanterre, le 17 octobre 2017.

 

«Quand j'ai fait ce portrait d'elle, je l'ai un peu sondée pour savoir s'il allait être possible pendant la campagne d'avoir des photos un peu différentes des images officielles. Elle venait de passer l'été loin de la presse et s'était refait une santé. Ce jour-là, elle était avenante, sympa. Elle ne paraîssait pas encore stressée et n'était pas hostile à l'idée de permettre à l'AFP de faire des images plus intimes dans les prochains mois. Mais, dans les faits, quand la campagne a commencé, il n'a jamais été possible de faire des images hors des sentiers battus.»

Paris, le 13 mars 2017.

 

«Cette photo prise à Paris lors d'une conférence sur la citoyenneté est assez parlante. Dans les conférences ou les meetings des autres candidats, il est possible de s'approcher, de faire des images en contre-plongée, etc. Dans ses conférences à elle, une plateforme est installée au fond de la salle pour les photographes aux longues focales et les autres journalistes sont entassés dans un coin, derrière des gardes du corps et il est totalement impossible d'approcher. Une sorte de mur nous sépare d'elle.»

Paris, le 13 mars 2017.

 

«Cette photo prise à Paris lors d'une conférence sur la citoyenneté est assez parlante. Dans les conférences ou les meetings des autres candidats, il est possible de s'approcher, de faire des images en contre-plongée, etc. Dans ses conférences à elle, une plateforme est installée au fond de la salle pour les photographes aux longues focales et les autres journalistes sont entassés dans un coin, derrière des gardes du corps et il est totalement impossible d'approcher. Une sorte de mur nous sépare d'elle.»

Paris, le 17 avril 2017.

 

«Dans ses meetings, il n'y a pas non plus la possibilité de bouger. On se retrouve également cantonné dans un endroit réservé à la presse. Le FN a peur de ne pas pouvoir contrôler certaines choses. Il a par exemple peur des actions des Femen. Donc les mesures de sécurité sont fermes, même si elles se font aussi à la tête du client. Son comportement à elle vis-à-vis des journalistes varie selon ses humeurs et sûrement selon les sondages. Elle a des colères parfois et des répliques comme “ah vous êtes encore là, les photographes” ou “ah, mais qu’est ce que vous allez faire de toutes ces images”, qui est un peu surjoué.»

Paris, le 17 avril 2017.

 

«Dans ses meetings, il n'y a pas non plus la possibilité de bouger. On se retrouve également cantonné dans un endroit réservé à la presse. Le FN a peur de ne pas pouvoir contrôler certaines choses. Il a par exemple peur des actions des Femen. Donc les mesures de sécurité sont fermes, même si elles se font aussi à la tête du client. Son comportement à elle vis-à-vis des journalistes varie selon ses humeurs et sûrement selon les sondages. Elle a des colères parfois et des répliques comme “ah vous êtes encore là, les photographes” ou “ah, mais qu’est ce que vous allez faire de toutes ces images”, qui est un peu surjoué.»

Paris, le 28 février 2017.

 

«Il a été compliqué de faire des photos hors des meetings pour montrer des ambiances ou des moments avec des sympathisants. En ce sens, le salon de l'agriculture a été un événement. Jamais je n'avais vu un tel attroupement autour d'elle. A part cette image prise avec la vache emblématique du salon, il n'a pas été vraiment possible de prendre d'autres images. On ne voyait presque rien. Elle se trouvait au centre d'une sorte de bulle de médias.»

Paris, le 28 février 2017.

 

«Il a été compliqué de faire des photos hors des meetings pour montrer des ambiances ou des moments avec des sympathisants. En ce sens, le salon de l'agriculture a été un événement. Jamais je n'avais vu un tel attroupement autour d'elle. A part cette image prise avec la vache emblématique du salon, il n'a pas été vraiment possible de prendre d'autres images. On ne voyait presque rien. Elle se trouvait au centre d'une sorte de bulle de médias.»

Paris, le 28 février 2017.

 

«Marine Le Pen est totalement consciente du poids des images. Lors de son vote au premier tour, la candidate a posé de nombreuses minutes devant les photographes et s'est montrée avenante et souriante. D'une certaine manière, elle essaie de maîtriser les images. Mais nous n'avons pas accès à toute la partie plus intéressante visuellement, qui révèle de nombreuses choses: le off.»

Paris, le 28 février 2017.

 

«Marine Le Pen est totalement consciente du poids des images. Lors de son vote au premier tour, la candidate a posé de nombreuses minutes devant les photographes et s'est montrée avenante et souriante. D'une certaine manière, elle essaie de maîtriser les images. Mais nous n'avons pas accès à toute la partie plus intéressante visuellement, qui révèle de nombreuses choses: le off.»

Rouvroy (nord de la France), le 24 avril 2017.

 

«Au lendemain du premier tour, il a été dit aux journalistes que Marine Le Pen allait se rendre au marché de Béthune. L'AFP a appris qu'elle comptait en réalité se rendre à Rouvroy contrairement à ce qu'elle avait annoncé à la presse. Elle n'est restée que 10-15 minutes avant de repartir mais les responsables presse du FN n'étaient pas contents quand ils ont vu l'AFP arriver à Rouvroy. Marine Le Pen comptait faire diversion pour n'être entourée que des médias qu'elle souhaitait. Pendant toute la campagne, la presse et la candidate ont joué au chat et à la souris.»

Rouvroy (nord de la France), le 24 avril 2017.

 

«Au lendemain du premier tour, il a été dit aux journalistes que Marine Le Pen allait se rendre au marché de Béthune. L'AFP a appris qu'elle comptait en réalité se rendre à Rouvroy contrairement à ce qu'elle avait annoncé à la presse. Elle n'est restée que 10-15 minutes avant de repartir mais les responsables presse du FN n'étaient pas contents quand ils ont vu l'AFP arriver à Rouvroy. Marine Le Pen comptait faire diversion pour n'être entourée que des médias qu'elle souhaitait. Pendant toute la campagne, la presse et la candidate ont joué au chat et à la souris.»

Paris, le 17 avril 2017.

 

«En photo, il y a pour certains des “privilèges” octoyés par le FN sous couvert d'exclusivité pour des magazines. Là, nous ne sommes plus dans l'information. Cela souligne le côté schizophrène de la presse française. Certaines sociétés de journalistes ont dénoncé la sélection effectuée par le FN pour couvrir certains déplacements ou meetings, mais cette même presse utilise parfois les images prises sous ces conditions par des photographes qu'elle mandate. Il y a aussi un autre soucis. Lorsqu'elle arrivait sur l'estrade de ses meetings, elle était constamment suivie d'un photographe du FN en contrechamp. Cela ruinait nos images. Nos impératifs visuels nécessitent un geste sur fond propre, or systématiquement il y avait quelqu'un derrière.»

Paris, le 17 avril 2017.

 

«En photo, il y a pour certains des “privilèges” octoyés par le FN sous couvert d'exclusivité pour des magazines. Là, nous ne sommes plus dans l'information. Cela souligne le côté schizophrène de la presse française. Certaines sociétés de journalistes ont dénoncé la sélection effectuée par le FN pour couvrir certains déplacements ou meetings, mais cette même presse utilise parfois les images prises sous ces conditions par des photographes qu'elle mandate. Il y a aussi un autre soucis. Lorsqu'elle arrivait sur l'estrade de ses meetings, elle était constamment suivie d'un photographe du FN en contrechamp. Cela ruinait nos images. Nos impératifs visuels nécessitent un geste sur fond propre, or systématiquement il y avait quelqu'un derrière.»

Le Vaudoue, le 3 mars 2017.

 

«Cette photo a été prise après qu'un maire des Républicains ait apporté son soutien à Marine le Pen dans le cadre des parrainages. Des gens du village attendaient la candidate et l'un d'eux a amené un large poster pour qu'elle le signe. On sentait qu'elle était en terrain conquis alors que ces villages ne sont pas confrontés à ses thèmes principaux de campagne, celui de la sécurité et de l'immigration.»

Le Vaudoue, le 3 mars 2017.

 

«Cette photo a été prise après qu'un maire des Républicains ait apporté son soutien à Marine le Pen dans le cadre des parrainages. Des gens du village attendaient la candidate et l'un d'eux a amené un large poster pour qu'elle le signe. On sentait qu'elle était en terrain conquis alors que ces villages ne sont pas confrontés à ses thèmes principaux de campagne, celui de la sécurité et de l'immigration.»

Henin-Beaumont, le 23 avril 2017.

 

«Au discours d'Hénin-Beaumont, les médias ont miraculeusement été autorisés à se rendre devant l'estrade. Il y avait une barrière devant nous et, derrière, des sympathisants sous haute tension. Ils poussaient, insultaient, bousculaient, un photographe est même tombé. Les militants en voulaient à la presse et souhaitaient faire leurs propres photos avec leurs téléphones mais nous les gênions.»

Henin-Beaumont, le 23 avril 2017.

 

«Au discours d'Hénin-Beaumont, les médias ont miraculeusement été autorisés à se rendre devant l'estrade. Il y avait une barrière devant nous et, derrière, des sympathisants sous haute tension. Ils poussaient, insultaient, bousculaient, un photographe est même tombé. Les militants en voulaient à la presse et souhaitaient faire leurs propres photos avec leurs téléphones mais nous les gênions.»

Villepinte, parc des Expositions, le 1er mai 2017.

 

«Lors de ce dernier meeting, les consignes étaient toutes contradictoires. On nous avait d'abord dit qu'il serait possible d'approcher les sympathisants mais ce ne fut pas le cas au final. Nous sommes restés sur une sorte de podium mais qui n'était pas assez surélevé par rapport à la marée tricolore. À chaque phrase que la candidate prononçait, les drapeaux se levaient et rentraient dans le champ de l'image. C'était un peu comme un balle trappe pour saisir les micros-instants où une image était possible. A moins d'avoir un escabeau pour passer au dessus des drapeaux. Je pense que le podium était pensé pour produire cet effet de raz-de-marée tricolore dans les photos. Une masse bleu, blanc, rouge qui portait la candidate.»

Villepinte, parc des Expositions, le 1er mai 2017.

 

«Lors de ce dernier meeting, les consignes étaient toutes contradictoires. On nous avait d'abord dit qu'il serait possible d'approcher les sympathisants mais ce ne fut pas le cas au final. Nous sommes restés sur une sorte de podium mais qui n'était pas assez surélevé par rapport à la marée tricolore. À chaque phrase que la candidate prononçait, les drapeaux se levaient et rentraient dans le champ de l'image. C'était un peu comme un balle trappe pour saisir les micros-instants où une image était possible. A moins d'avoir un escabeau pour passer au dessus des drapeaux. Je pense que le podium était pensé pour produire cet effet de raz-de-marée tricolore dans les photos. Une masse bleu, blanc, rouge qui portait la candidate.»

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