Au cœur des marchés aux animaux d'Asie
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Au cœur des marchés aux animaux d'Asie

«Les plus grandes pandémies ont toujours résulté d'une relation avec les animaux: grippe porcine, grippe aviaire, Ebola, SRAS, MERS, désormais Covid-19, relève Jo-Anne McArthur. Ceux qui pointent le doigt exclusivement vers la Chine ne parviennent pas à voir que ces virus proviennent et proviendront de n'importe où dans le monde.»

Cette photographe a fondé We Animals Media et s'intéresse à la vente d'animaux, morts ou vivants, sur les marchés du monde entier. Elle raconte, aux côtés de sa collègue réalisatrice de documentaires Kelly Guerin, ce qu'elle a vu sur les marchés asiatiques.

«J'ai visité et documenté de nombreux marchés au fil des années et, même s'il n'y en a pas deux pareils dans le monde, je suis toujours frappée par un sentiment commun à tous, qui les définit: le chaos brut, expose Kelly Guerin. Il y a un bourdonnement constant de cris, de marchandages et de moteurs de scooters qui serpentent à travers d'étroites rangées d'étals. Les couperets à viande découpent en rythme des morceaux de chair incroyablement gros. Parfois, s'ajoute à cette ambiance les cris d'un animal vivant qui a été choisi dans une caisse et tente une dernière évasion désespérée, avant d'être massacré et désossé devant un acheteur en attente.»
Oiseaux, viande et aliments. Laos, 2008. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«J'ai visité et documenté de nombreux marchés au fil des années et, même s'il n'y en a pas deux pareils dans le monde, je suis toujours frappée par un sentiment commun à tous, qui les définit: le chaos brut, expose Kelly Guerin. Il y a un bourdonnement constant de cris, de marchandages et de moteurs de scooters qui serpentent à travers d'étroites rangées d'étals. Les couperets à viande découpent en rythme des morceaux de chair incroyablement gros. Parfois, s'ajoute à cette ambiance les cris d'un animal vivant qui a été choisi dans une caisse et tente une dernière évasion désespérée, avant d'être massacré et désossé devant un acheteur en attente.»

«En 2016, je suis allée sur un marché de la province d'Anhui, en Chine, poursuit-elle. C'était la première fois que j'assistais au massacre d'un animal du début à la fin. Les clients venaient au stand de poulets, parcouraient les caisses et les cages et sélectionnaient le poulet vivant qu'ils voulaient. Le vendeur a sorti le poulet terrifié qui se débattait dans la caisse et lui a tranché la gorge, juste là devant moi, avec une vieille paire de ciseaux. Il a été saigné et bouilli pour être désinfecté. Il a ensuite été jeté dans une machine pour être déplumé puis, le corps fumant, placé dans un sac et remis à l'acheteur.»
Marché à Anhui. Chine, 2016. | Kelly Guerin / We Animals

«En 2016, je suis allée sur un marché de la province d'Anhui, en Chine, poursuit-elle. C'était la première fois que j'assistais au massacre d'un animal du début à la fin. Les clients venaient au stand de poulets, parcouraient les caisses et les cages et sélectionnaient le poulet vivant qu'ils voulaient. Le vendeur a sorti le poulet terrifié qui se débattait dans la caisse et lui a tranché la gorge, juste là devant moi, avec une vieille paire de ciseaux. Il a été saigné et bouilli pour être désinfecté. Il a ensuite été jeté dans une machine pour être déplumé puis, le corps fumant, placé dans un sac et remis à l'acheteur.»

«Les marchés de Luang Prabang, au Laos, sont particulièrement animés, se souvient Kelly Guerin. Les touristes se mélangent aux locaux, ils achètent de la nourriture, des vêtements et des souvenirs. Au milieu de tout cela, cependant, il y a des animaux vivants captifs en même temps que des animaux morts. Des animaux –comme les canards et les rongeurs– sont exposés dans des sacs ou attachés sur des bâches colorées, aux côtés de légumes ou d'autres animaux morts. C'est un contraste saisissant.»
Canard captif à vendre. Laos, 2008. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«Les marchés de Luang Prabang, au Laos, sont particulièrement animés, se souvient Kelly Guerin. Les touristes se mélangent aux locaux, ils achètent de la nourriture, des vêtements et des souvenirs. Au milieu de tout cela, cependant, il y a des animaux vivants captifs en même temps que des animaux morts. Des animaux –comme les canards et les rongeurs– sont exposés dans des sacs ou attachés sur des bâches colorées, aux côtés de légumes ou d'autres animaux morts. C'est un contraste saisissant.»

«Ces images offrent un aperçu de ce qui est souvent délibérément obscurci à l'Ouest: l'espace entre l'animal vivant et ses parties non reconnaissables, empaquetées et proposées dans un supermarché. C'est le milieu précaire où attendent la contamination croisée et la transmission des maladies. C'est la preuve vivante de ce qui a toujours été vrai: que ce soit le porc ou le pangolin, nous ne sommes jamais aussi éloignés des animaux que nous aimerions le prétendre. Dans certains marchés, la frontière entre la faune et la nourriture est un peu floue. Jo-Anne a pris des photos qui reflètent parfaitement cela, notamment cette photo sur laquelle on voit des chauves-souris mises en vente à côté de haricots verts.»
Chauves-souris et aliments. Laos, 2008. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«Ces images offrent un aperçu de ce qui est souvent délibérément obscurci à l'Ouest: l'espace entre l'animal vivant et ses parties non reconnaissables, empaquetées et proposées dans un supermarché. C'est le milieu précaire où attendent la contamination croisée et la transmission des maladies. C'est la preuve vivante de ce qui a toujours été vrai: que ce soit le porc ou le pangolin, nous ne sommes jamais aussi éloignés des animaux que nous aimerions le prétendre. Dans certains marchés, la frontière entre la faune et la nourriture est un peu floue. Jo-Anne a pris des photos qui reflètent parfaitement cela, notamment cette photo sur laquelle on voit des chauves-souris mises en vente à côté de haricots verts.»

«D'une certaine manière, note-t-elle, ces marchés ne sont pas différents d'un comptoir de viande dans une épicerie occidentale ou d'un homard vivant dans un restaurant de fruits de mer –les gens veulent acheter le produit le plus “frais” possible. Ici, les clients sélectionnent un animal vivant; il est abattu, nettoyé et mis dans un sac devant eux. Certains de ces marchés sont plus spécialisés. Par exemple, sur les marchés de médecine chinoise traditionnelle, vous trouverez des peaux de serpents, des hippocampes séchés, des squelettes de singe, etc. Mais pour les produits plus illicites, tels que la bile d'ours ou la corne de rhinocéros, vous devez “connaître quelqu'un”. La croissance économique rapide de la Chine se traduit par une forte augmentation de l'agriculture industrielle et du trafic d'espèces sauvages, qui sont utilisées pour les aliments de luxe et la médecine ancienne. C'est sans aucun doute un pays qui préoccupe ceux qui se battent pour le bien-être animal.»
Une vendeuse hache des carcasses de porcs et les accroche pour les vendre sur un marché à Taipei. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«D'une certaine manière, note-t-elle, ces marchés ne sont pas différents d'un comptoir de viande dans une épicerie occidentale ou d'un homard vivant dans un restaurant de fruits de mer –les gens veulent acheter le produit le plus “frais” possible. Ici, les clients sélectionnent un animal vivant; il est abattu, nettoyé et mis dans un sac devant eux. Certains de ces marchés sont plus spécialisés. Par exemple, sur les marchés de médecine chinoise traditionnelle, vous trouverez des peaux de serpents, des hippocampes séchés, des squelettes de singe, etc. Mais pour les produits plus illicites, tels que la bile d'ours ou la corne de rhinocéros, vous devez “connaître quelqu'un”. La croissance économique rapide de la Chine se traduit par une forte augmentation de l'agriculture industrielle et du trafic d'espèces sauvages, qui sont utilisées pour les aliments de luxe et la médecine ancienne. C'est sans aucun doute un pays qui préoccupe ceux qui se battent pour le bien-être animal.»

«Les virus peuvent provenir de n'importe où dans le monde, constate pour sa part Jo-Anne McArthur. Partout, nous constatons que la destruction des habitats naturels met les espèces en contact anormalement étroit les unes avec les autres. Partout, nous avons des fermes industrielles qui injectent des antibiotiques dans des organismes profondément malades, pour les forcer à produire. Ce sont des industries que nous avons créées et que nous avons choisies pour répondre à nos demandes. C'est maintenant à nous tous de changer.»
Animaux rôtis à vendre. Vietnam, 2008. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«Les virus peuvent provenir de n'importe où dans le monde, constate pour sa part Jo-Anne McArthur. Partout, nous constatons que la destruction des habitats naturels met les espèces en contact anormalement étroit les unes avec les autres. Partout, nous avons des fermes industrielles qui injectent des antibiotiques dans des organismes profondément malades, pour les forcer à produire. Ce sont des industries que nous avons créées et que nous avons choisies pour répondre à nos demandes. C'est maintenant à nous tous de changer.»

«J'ai pris cette photo à la fin d'une longue nuit dans les marchés aux poissons de Taipei, relate Jo-Anne McArthur. Il devait être environ 4 heures du matin. J'étais déjà très fatiguée et triste de tout ce que j'avais observé, puis j'ai vu cela. Les carapaces des tortues à carapace molle étaient découpées avec un couteau. Leurs corps étaient ensuite jetés dans des sacs en plastique. Les reptiles et les amphibiens mettent longtemps à mourir. J'ai regardé leurs corps se tordre et leurs cœurs continuer de battre. C'était horrible. Je ne sais pas comment les humains peuvent être aussi insensibles. Nous pensons qu'il est normal de traiter un être vivant dans un sens (notre enfant, un animal de compagnie) et d'autres êtres vivants dans un sens tout autre. C'est en prenant ces photos que j'ai décidé de publier mon livre HIDDEN: Animals in the Anthropocene.»
Sur un marché de Taïwan, un travailleur découpe la carapace d'une tortue alors qu'elle est encore en vie. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«J'ai pris cette photo à la fin d'une longue nuit dans les marchés aux poissons de Taipei, relate Jo-Anne McArthur. Il devait être environ 4 heures du matin. J'étais déjà très fatiguée et triste de tout ce que j'avais observé, puis j'ai vu cela. Les carapaces des tortues à carapace molle étaient découpées avec un couteau. Leurs corps étaient ensuite jetés dans des sacs en plastique. Les reptiles et les amphibiens mettent longtemps à mourir. J'ai regardé leurs corps se tordre et leurs cœurs continuer de battre. C'était horrible. Je ne sais pas comment les humains peuvent être aussi insensibles. Nous pensons qu'il est normal de traiter un être vivant dans un sens (notre enfant, un animal de compagnie) et d'autres êtres vivants dans un sens tout autre. C'est en prenant ces photos que j'ai décidé de publier mon livre HIDDEN: Animals in the Anthropocene

«Au marché de Chatuchak à Bangkok, tout est à vendre, y compris les animaux vivants. Le long de ce tronçon de trottoir, des dizaines de milliers d'animaux aquatiques étaient vendus dans de petits sacs en plastique. Ils pouvaient être mangés ou gardés dans des aquariums. Tragiquement, ceux qui ne sont pas vendus finissent par mourir dans le sac en plastique après quelques jours.»
Des poissons sont vendus sur un trottoir au marché de Chatuchak. Thaïlande, 2011. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«Au marché de Chatuchak à Bangkok, tout est à vendre, y compris les animaux vivants. Le long de ce tronçon de trottoir, des dizaines de milliers d'animaux aquatiques étaient vendus dans de petits sacs en plastique. Ils pouvaient être mangés ou gardés dans des aquariums. Tragiquement, ceux qui ne sont pas vendus finissent par mourir dans le sac en plastique après quelques jours.»

«Il nous faut nous rappeler que les animaux ont été nos guides, nos totems et nos compagnons, conclut la photographe. Aujourd'hui, la marchandisation incessante des économies modernes a conduit à leur disparition de notre vue, de nos préoccupations et de nos structures sociales. Pourtant, du plus grand cétacé au plus petit phytoplancton, ils sont tous les otages des actions humaines ou de notre inaction.»
Dans un marché aux poissons à Taïwan, des travailleurs assomment des poissons vivants pour les étourdir. | Jo-Anne McArthur / We Animals

«Il nous faut nous rappeler que les animaux ont été nos guides, nos totems et nos compagnons, conclut la photographe. Aujourd'hui, la marchandisation incessante des économies modernes a conduit à leur disparition de notre vue, de nos préoccupations et de nos structures sociales. Pourtant, du plus grand cétacé au plus petit phytoplancton, ils sont tous les otages des actions humaines ou de notre inaction.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 19 au 25 septembre
Grand Format

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