Problèmes mineurs
Parents & enfants / Monde

Problèmes mineurs

Arnold Grojean a appelé son projet «Koungo Fitini», pour «Problèmes mineurs» en Bambara. Aux portraits que ce photographe a fait d'eux, les enfants des rues répondent avec leurs propres images, réalisées au cours d'ateliers photographiques entre 2013 et 2015. «Je voulais leur donner la parole, qu'ils puissent témoigner de leur quotidien et de leur réalité», explique-t-il. Ce travail est exposé à la galerie Fait & Cause jusqu'au 28 avril.

«Je voyage régulièrement au Mali depuis 2009. L'une de mes tantes vit à Bamako et travaille au sein d'une ONG qui lutte pour la protection de l'enfance. J'ai également rencontré l'association Sinjiya-Ton, que je me dois de remercier car sans elle ce projet n'aurait jamais vu le jour. C'est suite à une entrevue avec Mamadou Touré, président et fondateur de Sinjiya-Ton Mali, que nous avons décidé de mettre en place ces ateliers photographiques. Notre but était à la fois de sensibiliser un groupe d'enfants qui ont vécu dans la rue ou qui y vivent toujours et de leur permettre de s'exprimer sur leur quotidien dans une société où ils sont complètement ignorés.»

Boubakar, le 4 mars 2015. | Arnold Grojean

«Je voyage régulièrement au Mali depuis 2009. L'une de mes tantes vit à Bamako et travaille au sein d'une ONG qui lutte pour la protection de l'enfance. J'ai également rencontré l'association Sinjiya-Ton, que je me dois de remercier car sans elle ce projet n'aurait jamais vu le jour. C'est suite à une entrevue avec Mamadou Touré, président et fondateur de Sinjiya-Ton Mali, que nous avons décidé de mettre en place ces ateliers photographiques. Notre but était à la fois de sensibiliser un groupe d'enfants qui ont vécu dans la rue ou qui y vivent toujours et de leur permettre de s'exprimer sur leur quotidien dans une société où ils sont complètement ignorés.»

«Ce projet a été réalisé au cours de trois voyages, de trois mois chacun, entre 2013 et 2015. Lors du premier voyage j'ai organisé, avec l'association Sinjiya-Ton, des ateliers avec une dizaine d'enfants. Certains étaient déjà au centre depuis quelques mois. Ils logeaient et mangeaient sur place mais n'avaient pas encore décidé de s'inscrire dans un parcours d'étude ou d'apprentissage précis. D'autres étaient encore dans la rue, mais faisaient connaissance petit à petit avec le centre. Ils venaient discuter, parfois manger. Contrairement à ce que l'on peut parfois penser, la réintégration d'un enfant des rues est une opération extrêmement délicate.»

Borko, le 21 mars 2015. | Arnold Grojean

«Ce projet a été réalisé au cours de trois voyages, de trois mois chacun, entre 2013 et 2015. Lors du premier voyage j'ai organisé, avec l'association Sinjiya-Ton, des ateliers avec une dizaine d'enfants. Certains étaient déjà au centre depuis quelques mois. Ils logeaient et mangeaient sur place mais n'avaient pas encore décidé de s'inscrire dans un parcours d'étude ou d'apprentissage précis. D'autres étaient encore dans la rue, mais faisaient connaissance petit à petit avec le centre. Ils venaient discuter, parfois manger. Contrairement à ce que l'on peut parfois penser, la réintégration d'un enfant des rues est une opération extrêmement délicate.»

«Parfois, il y a des hommes avec des voitures qui viennent dans les villages. Ils disent qu’ils peuvent emmener des enfants avec eux pour la ville et leur trouver du travail une fois là-bas. Les parents qui croient ces messieurs laissent ainsi partir leurs enfants avec ces gens. Une fois partis, ils ne revoient jamais leur village ni leurs parents. Les hommes vont amener les enfants en ville avec eux et vont les exploiter comme ils le désirent. C’est ce qui m’est arrivé.»

Image et commentaire issus du «Livre de Kalif», Avril 2013.

«Parfois, il y a des hommes avec des voitures qui viennent dans les villages. Ils disent qu’ils peuvent emmener des enfants avec eux pour la ville et leur trouver du travail une fois là-bas. Les parents qui croient ces messieurs laissent ainsi partir leurs enfants avec ces gens. Une fois partis, ils ne revoient jamais leur village ni leurs parents. Les hommes vont amener les enfants en ville avec eux et vont les exploiter comme ils le désirent. C’est ce qui m’est arrivé.»

«A gauche, c’est moi avec Ligui. La tache sur mon ventre s’est faite lorsque j’étais à la gare routière. Cela s’est fait à cause d’une pute, la fille m’aimait beaucoup et cela ne plaisait pas aux autres; ils étaient jaloux. C’était une fille qui se vendait. Ils faisaient l’amour avec elle et allaient lui chercher à manger en échange. On avait le même âge elle et moi. Quand on faisait les promenades; j’avais des couteaux mais la fille m’a demandé de laisser tout ça, donc j’ai laissé. Un soir, on est allés se promener et on a été attaqués par d’autres enfants qui m’ont dit de laisser tomber la fille. Ils étaient trois et avaient des couteaux. Ils m’ont dit de laisser la fille mais j’ai refusé. Le premier a sauté sur moi et a pris mon cou. J’ai attrapé sa gorge aussi mais un autre est venu derrière moi et m’a piqué trois fois avec le couteau. Quand le gardien est arrivé ils ont tous fui, même la fille, alors que c’est elle qui aurait pu témoigner...  Lorsque je me suis réveillé, j’étais à l’hôpital. Après ce moment, j’ai cherché à trouver ceux qui m’avaient fait ça. Je me suis armé de couteaux et machettes, mais quand je suis arrivé au centre pour enfants, ils m’ont tout pris. Je n’ai plus revu la fille avant une fête pour les enfants des rues des années plus tard. Quand cela s’est passé, je pense que j’avais 12 ans.»

Image et commentaire issus du «Livre de Moussa», Mai 2013.

«A gauche, c’est moi avec Ligui. La tache sur mon ventre s’est faite lorsque j’étais à la gare routière. Cela s’est fait à cause d’une pute, la fille m’aimait beaucoup et cela ne plaisait pas aux autres; ils étaient jaloux. C’était une fille qui se vendait. Ils faisaient l’amour avec elle et allaient lui chercher à manger en échange. On avait le même âge elle et moi. Quand on faisait les promenades; j’avais des couteaux mais la fille m’a demandé de laisser tout ça, donc j’ai laissé. Un soir, on est allés se promener et on a été attaqués par d’autres enfants qui m’ont dit de laisser tomber la fille. Ils étaient trois et avaient des couteaux. Ils m’ont dit de laisser la fille mais j’ai refusé. Le premier a sauté sur moi et a pris mon cou. J’ai attrapé sa gorge aussi mais un autre est venu derrière moi et m’a piqué trois fois avec le couteau. Quand le gardien est arrivé ils ont tous fui, même la fille, alors que c’est elle qui aurait pu témoigner...  Lorsque je me suis réveillé, j’étais à l’hôpital. Après ce moment, j’ai cherché à trouver ceux qui m’avaient fait ça. Je me suis armé de couteaux et machettes, mais quand je suis arrivé au centre pour enfants, ils m’ont tout pris. Je n’ai plus revu la fille avant une fête pour les enfants des rues des années plus tard. Quand cela s’est passé, je pense que j’avais 12 ans.»

«Lui, c’est un des chefs de bande du marché du centre. C’est un enfant très futé. Le marché est un lieu de passage pour les enfants, que ce soient des enfants de famille commissionnés par les parents ou des enfants talibés venant mendier et voler. Sa technique, c’est de convaincre les enfants de familles et les enfants d’écoles coraniques de quitter leur lieu de vie pour venir dans la rue. Il forme alors ces enfants à la rue et après ça il les garde sous son emprise. Il peut être violent avec les enfants qui s’opposent à ce qu’il dit. Il envoie les enfants quémander et récolte leur butin à la fin de la journée.»

Image et commentaire issus du «Livre de Kalifa», Avril 2013.

«Lui, c’est un des chefs de bande du marché du centre. C’est un enfant très futé. Le marché est un lieu de passage pour les enfants, que ce soient des enfants de famille commissionnés par les parents ou des enfants talibés venant mendier et voler. Sa technique, c’est de convaincre les enfants de familles et les enfants d’écoles coraniques de quitter leur lieu de vie pour venir dans la rue. Il forme alors ces enfants à la rue et après ça il les garde sous son emprise. Il peut être violent avec les enfants qui s’opposent à ce qu’il dit. Il envoie les enfants quémander et récolte leur butin à la fin de la journée.»

«Le deuxième voyage a été la suite des ateliers photographiques menés avec les enfants qui avaient quitté le centre, c'est à dire trois des garçons et Rokia. Nous partions sur leurs lieux de vie dans Bamako et nous réalisions les editing, etc.. sur place. Cette étape m'a permis d'aller dans leur environnement dans lequel ma présence n'était pas une évidence. Mais cela s'est très bien passé et une relation de confiance s'est créée.»

Moussa le 6 mars 2015.  | Arnold Grojean

«Le deuxième voyage a été la suite des ateliers photographiques menés avec les enfants qui avaient quitté le centre, c'est à dire trois des garçons et Rokia. Nous partions sur leurs lieux de vie dans Bamako et nous réalisions les editing, etc.. sur place. Cette étape m'a permis d'aller dans leur environnement dans lequel ma présence n'était pas une évidence. Mais cela s'est très bien passé et une relation de confiance s'est créée.»

«J'ai voulu mener ce travail à Bamako car cette capitale constitue le carrefour des ethnies du Mali. D'un premier abord, c'est une ville polluée, sale, désorganisée, bruyante. Et pourtant, une fois que l'on dépasse ce premier aspect, on accède à une richesse culturelle énorme. Pour moi, chaque personne, chaque situation est une porte vers un projet photographique. Chaque détail de la vie courante est d'une profondeur insondable et révèle des traditions, un mode de pensée et un mode de vie. En ce qui concerne les enfants des rues, Bamako est un lieu de carrefour également. Les enfants des rues voyagent beaucoup. A la fois pour découvrir d'autres régions, voir même, d'autres pays, mais aussi, parfois, pour effectuer des sortes de rites initiatiques et être ainsi respecté au sein de la communauté de la rue. Je pense par exemple au voyage vers le Sénégal: c'est un voyage que les enfants font seulement pour être respectés. Pour ce faire, ils montent sur le train en mouvement et reste entre les wagons jusqu'au Sénégal et reviennent à Bamako à pied.  C'est un voyage très risqué.»

Issouf, le 19 mars 2015. | Arnold Grojean

«J'ai voulu mener ce travail à Bamako car cette capitale constitue le carrefour des ethnies du Mali. D'un premier abord, c'est une ville polluée, sale, désorganisée, bruyante. Et pourtant, une fois que l'on dépasse ce premier aspect, on accède à une richesse culturelle énorme. Pour moi, chaque personne, chaque situation est une porte vers un projet photographique. Chaque détail de la vie courante est d'une profondeur insondable et révèle des traditions, un mode de pensée et un mode de vie. En ce qui concerne les enfants des rues, Bamako est un lieu de carrefour également. Les enfants des rues voyagent beaucoup. A la fois pour découvrir d'autres régions, voir même, d'autres pays, mais aussi, parfois, pour effectuer des sortes de rites initiatiques et être ainsi respecté au sein de la communauté de la rue. Je pense par exemple au voyage vers le Sénégal: c'est un voyage que les enfants font seulement pour être respectés. Pour ce faire, ils montent sur le train en mouvement et reste entre les wagons jusqu'au Sénégal et reviennent à Bamako à pied. C'est un voyage très risqué.»

«J'ai rencontré les enfants dont j'ai fait le portrait nocturne sur les différents sites de Bamako dans lesquels ils se rencontrent. J'ai été introduit grâce à l'aide de Boss, Kalilou et Kalifa, tous trois partis de Sinjiya-Ton, qui ont été mes assistants lors de ma prise de vue.»

Yoro, le 10 mars 2015. | Arnold Grojean

«J'ai rencontré les enfants dont j'ai fait le portrait nocturne sur les différents sites de Bamako dans lesquels ils se rencontrent. J'ai été introduit grâce à l'aide de Boss, Kalilou et Kalifa, tous trois partis de Sinjiya-Ton, qui ont été mes assistants lors de ma prise de vue.»

«Chaque soir, je distribuais les photos des enfants que j'avais photographié la veille et j'en photographiais d'autres.  J'ai utilisé des flashs sur générateur pour réaliser ces portraits nocturnes: cette lumière et ce jeu de clair-obscur ne sont donc pas le résultat d'un travail de retouche d'images. J'ai laissé les enfants poser devant l'appareil, comme ils le voulaient, et tels qu'ils souhaitaient se présenter.»

Amadou, le 30 mars 2015. | Arnold Grojean

«Chaque soir, je distribuais les photos des enfants que j'avais photographié la veille et j'en photographiais d'autres. J'ai utilisé des flashs sur générateur pour réaliser ces portraits nocturnes: cette lumière et ce jeu de clair-obscur ne sont donc pas le résultat d'un travail de retouche d'images. J'ai laissé les enfants poser devant l'appareil, comme ils le voulaient, et tels qu'ils souhaitaient se présenter.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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