Au Liberia, l'impossible devoir de mémoire
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Au Liberia, l'impossible devoir de mémoire

Meurtri par une guerre civile sanglante qui a fait 200.000 morts et 2 millions de déplacés entre 1989 et 2003, le Liberia tente toujours, tant bien que mal, de composer avec son passé douloureux. Comment une nation se reconstruit-elle sans mémoire collective? Comment rompre les silences trop lourds? Dans un très beau travail entrecoupé de monochrome, le photographe français Elliott Verdier questionne ces blessures dont personne ne parle. Son ouvrage, Reaching for Dawn, est préfacé par l'écrivain et rappeur franco-rwandais Gaël Faye et l'activiste libérienne Leymah Gbowee, lauréate du Nobel de la paix en 2011.

«Je ne me souviens pas vraiment de ce qui m'a poussé à aller au Liberia. Mais j'ai su très vite que je serais sensible à l'histoire de ce pays. C'était en 2018. Le parti pris de mon travail a été d'explorer des sujets qui me touchent: la mémoire collective, la transmission générationnelle et la résilience. 

Cette image est essentielle pour moi. Je souhaitais qu'elle apparaisse en premier dans mon travail, car elle nous dit d'emblée, et clairement, ce qui sera suggéré moins directement par la suite. C'est un tribunal dans la ville de Harper, vide, comme pour symboliser l'absence de justice tant réclamée par la population libérienne. On y voit le drapeau national, ce qui nous permet de situer l'histoire. Et, bien sûr, il y a ces mots peints: “let justice be done to all.” Cette inscription résonne comme un cri, comme une supplication, dans la salle désertée et se propage en écho à travers toutes la série.
Salle d'audience à Harper. | Elliott Verdier

«Je ne me souviens pas vraiment de ce qui m'a poussé à aller au Liberia. Mais j'ai su très vite que je serais sensible à l'histoire de ce pays. C'était en 2018. Le parti pris de mon travail a été d'explorer des sujets qui me touchent: la mémoire collective, la transmission générationnelle et la résilience.

Cette image est essentielle pour moi. Je souhaitais qu'elle apparaisse en premier dans mon travail, car elle nous dit d'emblée, et clairement, ce qui sera suggéré moins directement par la suite. C'est un tribunal dans la ville de Harper, vide, comme pour symboliser l'absence de justice tant réclamée par la population libérienne. On y voit le drapeau national, ce qui nous permet de situer l'histoire. Et, bien sûr, il y a ces mots peints: “let justice be done to all.” Cette inscription résonne comme un cri, comme une supplication, dans la salle désertée et se propage en écho à travers toutes la série.

«Ce portrait montre Samuel dans un lac près de Zwedru. C'est sans doute l'image la plus posée de la série, car c'est celle que j'ai le plus imaginée. L'eau revient régulièrement dans mes images pour symboliser la pureté, la renaissance et la religion à travers le baptême.

Il s'agissait de ressusciter, d'émerger du traumatisme de la guerre. Ma chance a été ce reflet rouge sang, dû à la couleur de la terre. Je ne l'avais pas anticipé. À mon sens, c'est grâce à ce reflet, à cette impression de tête coupée, que l'image prend tout son sens et son ambiguïté. 

Il est impossible de comprendre la sanglante guerre civile qui s'est déroulée de 1989 à 2003 sans se pencher sur l'histoire ambiguë du Liberia. Il faut remonter au XIXe siècle, aux États-Unis. Dans les capitales intellectuelles du nord du pays, alors que de plus d'esclaves noirs sont affranchis et alphabétisés, la population blanche doit revoir ses idéaux raciaux, culturels et moraux. Elle décide alors de se débarrasser de la source du problème en envoyant ces centaines d'hommes et de femmes à la peau noire sur un territoire censé appartenir à leurs ancêtres: le Liberia.»
Samuel, dans un lac surnommé «Zwedru Sea». | Elliott Verdierdummy

«Ce portrait montre Samuel dans un lac près de Zwedru. C'est sans doute l'image la plus posée de la série, car c'est celle que j'ai le plus imaginée. L'eau revient régulièrement dans mes images pour symboliser la pureté, la renaissance et la religion à travers le baptême.

Il s'agissait de ressusciter, d'émerger du traumatisme de la guerre. Ma chance a été ce reflet rouge sang, dû à la couleur de la terre. Je ne l'avais pas anticipé. À mon sens, c'est grâce à ce reflet, à cette impression de tête coupée, que l'image prend tout son sens et son ambiguïté.

Il est impossible de comprendre la sanglante guerre civile qui s'est déroulée de 1989 à 2003 sans se pencher sur l'histoire ambiguë du Liberia. Il faut remonter au XIXe siècle, aux États-Unis. Dans les capitales intellectuelles du nord du pays, alors que de plus d'esclaves noirs sont affranchis et alphabétisés, la population blanche doit revoir ses idéaux raciaux, culturels et moraux. Elle décide alors de se débarrasser de la source du problème en envoyant ces centaines d'hommes et de femmes à la peau noire sur un territoire censé appartenir à leurs ancêtres: le Liberia.»

«Héritiers de la pensée chrétienne et capitaliste américaine, ces déportés ont reproduit un système qui autrefois les opprimait. L'asservissement de la population autochtone par ces nouveaux arrivants créa des tensions, jusqu'à atteindre la pire sauvagerie. 

Comment se remet-on d'un événement traumatisant quand rien n'est mis en place pour le dépasser? C'est là l'une des questions majeures soulevées par cette série. Au Liberia, depuis la fin de la guerre, personne n'a été jugé, aucun mémorial n'a été érigé, aucune journée n'est commémorée. La population souffre d'un véritable manque de reconnaissance sociale du drame, à l'échelle nationale et internationale. 

Nous étions passés une première fois, à moto, devant l'endroit de cette image. J'ai tout de suite su que je voulais y revenir. Ces arbres qui s'échappent de l'eau, avec leur fine silhouette, ressemblent à des fantômes énigmatiques. Plus tard, mieux imprégné du sujet, il me semblait que partout où je posais le regard, je voyais le chemin qui les avait menés jusqu'ici. Toute l'histoire. Elle avait comme fondu sur eux, guidant leurs pas jusqu'à leurs certitudes les plus intimes. Cette image m'évoque les liens qui nous unissent au passé et à notre histoire.»
Quelque part dans le comté de Grand Gedeh. | Elliott Verdier

«Héritiers de la pensée chrétienne et capitaliste américaine, ces déportés ont reproduit un système qui autrefois les opprimait. L'asservissement de la population autochtone par ces nouveaux arrivants créa des tensions, jusqu'à atteindre la pire sauvagerie.

Comment se remet-on d'un événement traumatisant quand rien n'est mis en place pour le dépasser? C'est là l'une des questions majeures soulevées par cette série. Au Liberia, depuis la fin de la guerre, personne n'a été jugé, aucun mémorial n'a été érigé, aucune journée n'est commémorée. La population souffre d'un véritable manque de reconnaissance sociale du drame, à l'échelle nationale et internationale.

Nous étions passés une première fois, à moto, devant l'endroit de cette image. J'ai tout de suite su que je voulais y revenir. Ces arbres qui s'échappent de l'eau, avec leur fine silhouette, ressemblent à des fantômes énigmatiques. Plus tard, mieux imprégné du sujet, il me semblait que partout où je posais le regard, je voyais le chemin qui les avait menés jusqu'ici. Toute l'histoire. Elle avait comme fondu sur eux, guidant leurs pas jusqu'à leurs certitudes les plus intimes. Cette image m'évoque les liens qui nous unissent au passé et à notre histoire.»

«Quand j'ai pris cette photo, nous étions à Westpoint, un immense bidonville de Monrovia, la capitale. Accompagné d'Archie, un homme qui vivait sur place, et d'un ami qui m'assistait, nous déambulions dans les étroites ruelles qui composent ce labyrinthe. Nous sommes alors tombés sur Adama et sa mère Hélène. 

L'un des enjeux de la série était d'évoquer la transmission du traumatisme d'une génération à une autre, j'ai alors voulu les photographier ensemble. Les drames qui se sont déroulés sur le territoire sont un tel tabou qu'ils ne sont jamais discutés. J'ai voulu symboliser cet isolement en me concentrant sur l'une des deux personnes et en coupant l'autre personne du cadre. Elle agit alors comme une simple présence, un soutien, mais seulement au second plan face à l'ampleur de la solitude.»
Adama et sa mère Helena, Westpoint, Monrovia. | Elliott Verdier

«Quand j'ai pris cette photo, nous étions à Westpoint, un immense bidonville de Monrovia, la capitale. Accompagné d'Archie, un homme qui vivait sur place, et d'un ami qui m'assistait, nous déambulions dans les étroites ruelles qui composent ce labyrinthe. Nous sommes alors tombés sur Adama et sa mère Hélène.

L'un des enjeux de la série était d'évoquer la transmission du traumatisme d'une génération à une autre, j'ai alors voulu les photographier ensemble. Les drames qui se sont déroulés sur le territoire sont un tel tabou qu'ils ne sont jamais discutés. J'ai voulu symboliser cet isolement en me concentrant sur l'une des deux personnes et en coupant l'autre personne du cadre. Elle agit alors comme une simple présence, un soutien, mais seulement au second plan face à l'ampleur de la solitude.»

«Au départ, je voulais me concentrer sur des lieux importants dans le déroulé de la guerre et chargés de mémoire, mais je me suis rapidement rendu compte que c'était l'ensemble du territoire qui était imprégné de ce silence pesant. Plus le temps passait, plus j'étais habité par cette histoire, tout devenait très instinctif. 

J'ai pris cette image à l'intérieur du manoir abandonné de l'ancien président Samuel Doe, à Zwedru. En 1990, Samuel Doe a été torturé, puis tué en direct à la télévision par Prince Johnson, alors bras droit de Charles Taylor. Aujourd'hui, Prince Johnson est sénateur. Il est même arrivé troisième aux dernières élections présidentielles, c'est dire l'ampleur de l'impunité qui persiste au Liberia. Dans cette image, j'aime le contraste violent entre la plante qui pousse sur cette eau calme et l'inscription hachée “Killer” sur le poteau.»
À l'intérieur du manoir abandonné de l'ancien président Samuel Doe. | Elliott Verdier

«Au départ, je voulais me concentrer sur des lieux importants dans le déroulé de la guerre et chargés de mémoire, mais je me suis rapidement rendu compte que c'était l'ensemble du territoire qui était imprégné de ce silence pesant. Plus le temps passait, plus j'étais habité par cette histoire, tout devenait très instinctif.

J'ai pris cette image à l'intérieur du manoir abandonné de l'ancien président Samuel Doe, à Zwedru. En 1990, Samuel Doe a été torturé, puis tué en direct à la télévision par Prince Johnson, alors bras droit de Charles Taylor. Aujourd'hui, Prince Johnson est sénateur. Il est même arrivé troisième aux dernières élections présidentielles, c'est dire l'ampleur de l'impunité qui persiste au Liberia. Dans cette image, j'aime le contraste violent entre la plante qui pousse sur cette eau calme et l'inscription hachée “Killer” sur le poteau.»

«Cet endroit très étonnant s'appelle Slipway Community. Il se situe non loin de Monrovia. Lors de la saison des pluies, le delta se gorge et déborde pour inonder la région. Les habitants s'y sont habitués, construisant ces passerelles étroites qui permettent de cheminer à travers le quartier. 

Lors de cette prise de vue, je suis moi-même sur l'une de ces poutres en bois avec mon trépied dans l'eau. Je dois même avouer avoir bloqué le passage un certain temps! J'ai été fasciné par ce qu'on a appelé, avec mon ami, “la Venise d'Afrique”.»
Kemah et Jefferson, Slipway community, Monrovia. | Elliott Verdier

«Cet endroit très étonnant s'appelle Slipway Community. Il se situe non loin de Monrovia. Lors de la saison des pluies, le delta se gorge et déborde pour inonder la région. Les habitants s'y sont habitués, construisant ces passerelles étroites qui permettent de cheminer à travers le quartier.

Lors de cette prise de vue, je suis moi-même sur l'une de ces poutres en bois avec mon trépied dans l'eau. Je dois même avouer avoir bloqué le passage un certain temps! J'ai été fasciné par ce qu'on a appelé, avec mon ami, “la Venise d'Afrique”.»

«Cette chaise cassée se situe dans une église, celle de Saint-Peter, à Monrovia. En 1990 a eu lieu le pire massacre de la guerre civile libérienne. Une trentaine de soldats des forces gouvernementales se sont déchaînés sur près de 600 personnes réfugiées dans cette église. Ces personnes étaient de la même ethnie que les rebelles. 

Cette chaise cassée, avec le message qu'elle abrite, semble encore une fois incarner le lourd passé du pays, et son ambiguïté. Lorsqu'un traumatisme est largement ignoré chez une personne, il ne se pense pas, donc ne se parle pas. C'est alors le corps qui prend le relai, le comportement devient langage. C'est comme ça que le traumatisme se transmet à chaque génération. 

Tout le monde était prêt à parler, plus ou moins facilement, de ce qui s'est passé pendant la guerre, et c'est ce qui m'a surpris lors de mon premier voyage. Ça paraissait même une libération, un besoin vital. C’est l'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé d'enregistrer quatorze personnes dans un studio, sept anciens bourreaux et sept victimes. C'est pour permettre à ces personnes d'exprimer leur histoire à travers leur voix, leurs mots, leurs intonations, leur respiration. Le traumatisme étant invisible, il s'agissait de le suggérer à travers des symboles.»
Chaise cassée dans l’église Saint-Peters, où environ 600 personnes furent tuées le 29 juillet 1990 par des soldats du gouvernement Doe. | Elliott Verdier

«Cette chaise cassée se situe dans une église, celle de Saint-Peter, à Monrovia. En 1990 a eu lieu le pire massacre de la guerre civile libérienne. Une trentaine de soldats des forces gouvernementales se sont déchaînés sur près de 600 personnes réfugiées dans cette église. Ces personnes étaient de la même ethnie que les rebelles.

Cette chaise cassée, avec le message qu'elle abrite, semble encore une fois incarner le lourd passé du pays, et son ambiguïté. Lorsqu'un traumatisme est largement ignoré chez une personne, il ne se pense pas, donc ne se parle pas. C'est alors le corps qui prend le relai, le comportement devient langage. C'est comme ça que le traumatisme se transmet à chaque génération. 

Tout le monde était prêt à parler, plus ou moins facilement, de ce qui s'est passé pendant la guerre, et c'est ce qui m'a surpris lors de mon premier voyage. Ça paraissait même une libération, un besoin vital. C’est l'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé d'enregistrer quatorze personnes dans un studio, sept anciens bourreaux et sept victimes. C'est pour permettre à ces personnes d'exprimer leur histoire à travers leur voix, leurs mots, leurs intonations, leur respiration. Le traumatisme étant invisible, il s'agissait de le suggérer à travers des symboles.»

«Cette image est sans doute l'une des plus marquantes qu'il m'ait été donné de faire. C'est un cimetière abandonné, à Monrovia, aujourd'hui investi par d'anciens enfants soldats et d'autres marginaux. Ils ont déblayé les tombes à mains nues pour y dormir, se droguer… L'endroit est réputé inaccessible et dangereux. 

J'ai décidé de m'y rendre avant la tombée du jour. Je suis arrivé assez rapidement à cette tombe et ces trois personnes. Ils ont accepté de se laisser photographier. Au moment de faire la mise au point, je m'apprêtais comme souvent à donner quelques directions, mais là, tout était déjà en place, toute la violence de la situation baignait dans une lumière douce. Personne ne se regarde, chacun semble prisonnier de sa solitude. L'homme en bas continue de se droguer comme si je n'étais pas là. Et cette femme, Grace, enceinte devant cette tombe… Il me semble n'avoir jamais été aussi proche de la désolation.»
Junior II, Prince et Grace. Dans un cimetière au centre de Monrovia, ils dorment et fument dans des tombes dégagées à la main. | Elliott Verdier

«Cette image est sans doute l'une des plus marquantes qu'il m'ait été donné de faire. C'est un cimetière abandonné, à Monrovia, aujourd'hui investi par d'anciens enfants soldats et d'autres marginaux. Ils ont déblayé les tombes à mains nues pour y dormir, se droguer… L'endroit est réputé inaccessible et dangereux.

J'ai décidé de m'y rendre avant la tombée du jour. Je suis arrivé assez rapidement à cette tombe et ces trois personnes. Ils ont accepté de se laisser photographier. Au moment de faire la mise au point, je m'apprêtais comme souvent à donner quelques directions, mais là, tout était déjà en place, toute la violence de la situation baignait dans une lumière douce. Personne ne se regarde, chacun semble prisonnier de sa solitude. L'homme en bas continue de se droguer comme si je n'étais pas là. Et cette femme, Grace, enceinte devant cette tombe… Il me semble n'avoir jamais été aussi proche de la désolation.»

«C'est un mineur de diamant dans le comté de Bong, près de Jungle Jim. Un endroit difficile d'accès tant la jungle est dense, on l'appelle le bush, les milices s'y cachaient. L'or et le diamant ont considérablement servi à financer la guerre, il était important d'illustrer son exploitation et d'en montrer les conditions, toujours aussi pauvres. Aujourd'hui encore des petites villes poussent rapidement à l'image de celle pas loin. C'est le patron du coin Jungle Jim qui a donné son nom à la bourgade, comme un mauvais Western.

Lors d'un premier voyage là-bas, où je ne faisais pas d'image, j'entendais régulièrement “la nuit” revenir dans la parole des Libériens. La nuit, dans l'obscurité, seul avec ses pensées, le traumatisme semble surgir et devenir palpable. 

J'ai donc voulu donner corps à cette nuit noire au mutisme étouffant, à travers des images monochromes très denses. Ces noir et blanc sont des paysages ou des images contextuelles essentiellement inhabitées, qui plantent le décor de portraits en couleurs.» 
Jacob, mineur de diamant, près de Jungle Jim.  | Elliott Verdier

«C'est un mineur de diamant dans le comté de Bong, près de Jungle Jim. Un endroit difficile d'accès tant la jungle est dense, on l'appelle le bush, les milices s'y cachaient. L'or et le diamant ont considérablement servi à financer la guerre, il était important d'illustrer son exploitation et d'en montrer les conditions, toujours aussi pauvres. Aujourd'hui encore des petites villes poussent rapidement à l'image de celle pas loin. C'est le patron du coin Jungle Jim qui a donné son nom à la bourgade, comme un mauvais Western.

Lors d'un premier voyage là-bas, où je ne faisais pas d'image, j'entendais régulièrement “la nuit” revenir dans la parole des Libériens. La nuit, dans l'obscurité, seul avec ses pensées, le traumatisme semble surgir et devenir palpable.

J'ai donc voulu donner corps à cette nuit noire au mutisme étouffant, à travers des images monochromes très denses. Ces noir et blanc sont des paysages ou des images contextuelles essentiellement inhabitées, qui plantent le décor de portraits en couleurs.» 

«Il nous a fallu une heure de marche depuis Robertsport. Ce cargo chinois est abandonné sur une plage paradisiaque et déserte. J'ai demandé à Jack qui nous accompagnait de bien vouloir s'appuyer contre l'immense coque rouillée, comme pour arrêter sa trajectoire. 

Au début du livre qui renferme toutes ces images, et toute cette histoire, il y a l'image de ce cargo de face. On se le prend en pleine poire. Cette photographie arrive au contraire à la fin. Il s'agissait pour moi de symboliser l'inévitable traumatisme qui règne sur l'ensemble du pays, dans toutes les têtes et les mémoires: il nous arrive dessus, énorme, pour nous écraser, mais il ne tient qu'à l'homme de l'arrêter, de le surpasser. Malgré toute la douleur, tout le poids que j'ai pu ressentir au Liberia, il réside toujours un espoir, celui d'une humanité sensible et solidaire.»
Jack avec le cargo chinois abandonné, Robertsport. | Elliott Verdier

«Il nous a fallu une heure de marche depuis Robertsport. Ce cargo chinois est abandonné sur une plage paradisiaque et déserte. J'ai demandé à Jack qui nous accompagnait de bien vouloir s'appuyer contre l'immense coque rouillée, comme pour arrêter sa trajectoire.

Au début du livre qui renferme toutes ces images, et toute cette histoire, il y a l'image de ce cargo de face. On se le prend en pleine poire. Cette photographie arrive au contraire à la fin. Il s'agissait pour moi de symboliser l'inévitable traumatisme qui règne sur l'ensemble du pays, dans toutes les têtes et les mémoires: il nous arrive dessus, énorme, pour nous écraser, mais il ne tient qu'à l'homme de l'arrêter, de le surpasser. Malgré toute la douleur, tout le poids que j'ai pu ressentir au Liberia, il réside toujours un espoir, celui d'une humanité sensible et solidaire.»

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