Un an après l'explosion de Beyrouth, la douloureuse commémoration
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Un an après l'explosion de Beyrouth, la douloureuse commémoration

Le 4 août, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Beyrouth pour rendre hommage aux victimes de l'explosion du port, survenue un an plus tôt, et réclamer justice. Au recueillement ont succédé des affrontements plus violents, alors que la foule se pressait sur la Place des Martyrs, lieu historique de la révolution.

Au matin du 4 août, les rues de Beyrouth étaient désertes, les volets des boutiques fermés, et seuls d'irréductibles riverains patientaient sur leurs indémodables chaises en plastique, observant le ballet de quelques pick-ups crachant une sono patriotique: «Ana Lebnane», «Ya Beirut»... Peu à peu, la foule s'est amassée sur la place Sassine, l'un des trois lieux de rendez-vous, avant de se diriger vers le port, en passant par les quartiers frappés par l’explosion, sous les yeux d'habitants restés sur leurs balcons.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Au matin du 4 août, les rues de Beyrouth étaient désertes, les volets des boutiques fermés, et seuls d'irréductibles riverains patientaient sur leurs indémodables chaises en plastique, observant le ballet de quelques pick-ups crachant une sono patriotique: «Ana Lebnane», «Ya Beirut»... Peu à peu, la foule s'est amassée sur la place Sassine, l'un des trois lieux de rendez-vous, avant de se diriger vers le port, en passant par les quartiers frappés par l’explosion, sous les yeux d'habitants restés sur leurs balcons.

Tout au long du parcours, le cortège applaudit à l'unisson les personnels soignants des hôpitaux devant lesquels il passe, entonne les slogans de la révolution, et tague sur les murs la date du 4 août, accompagnée d'une corde de pendu destinée aux responsables politiques.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Tout au long du parcours, le cortège applaudit à l'unisson les personnels soignants des hôpitaux devant lesquels il passe, entonne les slogans de la révolution, et tague sur les murs la date du 4 août, accompagnée d'une corde de pendu destinée aux responsables politiques.

À la fin de la marche, les différents cortèges se rassemblent près du port. L'émotion se répand et les regards s'embuent devant le lieu de l'explosion. Sous une lourde chaleur, on entend résonner au micro le nom des victimes. Derrière la foule, de grandes banderoles ont été déployées sur les immeubles, accusant la classe politique: «Otages d'un État meurtrier», «Vous avez perdu votre immunité».
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

À la fin de la marche, les différents cortèges se rassemblent près du port. L'émotion se répand et les regards s'embuent devant le lieu de l'explosion. Sous une lourde chaleur, on entend résonner au micro le nom des victimes. Derrière la foule, de grandes banderoles ont été déployées sur les immeubles, accusant la classe politique: «Otages d'un État meurtrier», «Vous avez perdu votre immunité».

Devant les silos du port, imposants vestiges de l'explosion, ils sont des dizaines de milliers à être venus de tout le Liban pour commémorer ce jour meurtrier. Les grands absents de cette journée commémorative sont les responsables politiques, accusés par la rue d'avoir provoqué ce désastre par leur corruption et leur incurie.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Devant les silos du port, imposants vestiges de l'explosion, ils sont des dizaines de milliers à être venus de tout le Liban pour commémorer ce jour meurtrier. Les grands absents de cette journée commémorative sont les responsables politiques, accusés par la rue d'avoir provoqué ce désastre par leur corruption et leur incurie.

À 18h07, une minute de silence est observée en mémoire des 217 personnes tuées lors de l'explosion. Partout dans la foule, on retrouve leurs portraits, tenus par des proches, qui contiennent difficilement leurs larmes.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

À 18h07, une minute de silence est observée en mémoire des 217 personnes tuées lors de l'explosion. Partout dans la foule, on retrouve leurs portraits, tenus par des proches, qui contiennent difficilement leurs larmes.

Une fois la minute de silence passée, des cris de colère retentissent. Au micro, un homme hurle soudain «thawra» (révolution), et le mot est repris çà et là dans la foule. Sur la statue représentant la flamme de la révolution du 17 octobre 2019, un jeune brandit un drapeau libanais, appelant le peuple à se soulever.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Une fois la minute de silence passée, des cris de colère retentissent. Au micro, un homme hurle soudain «thawra» (révolution), et le mot est repris çà et là dans la foule. Sur la statue représentant la flamme de la révolution du 17 octobre 2019, un jeune brandit un drapeau libanais, appelant le peuple à se soulever.

Les manifestants se dirigent alors vers le Parlement, décidés pour certains à en découdre. Sur la route, ils repassent devant des bâtisses éventrées par le souffle de l'explosion, qui n'ont toujours pas été réparées depuis un an.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Les manifestants se dirigent alors vers le Parlement, décidés pour certains à en découdre. Sur la route, ils repassent devant des bâtisses éventrées par le souffle de l'explosion, qui n'ont toujours pas été réparées depuis un an.

Place des Martyrs, la rue a renoué avec les symboles de la révolution et de ses lendemains: le poing de la thawra, des cordes de pendu, une guillotine... Les slogans habituels retentissent, réclamant la chute du régime, alors que les premiers jets de pierre commencent.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Place des Martyrs, la rue a renoué avec les symboles de la révolution et de ses lendemains: le poing de la thawra, des cordes de pendu, une guillotine... Les slogans habituels retentissent, réclamant la chute du régime, alors que les premiers jets de pierre commencent.

Des manifestants essayent d'enfoncer les barricades qui protègent le Parlement. Dans toute la place, résonne l'écho des projectiles lancés contre les plaques de tôle. En première ligne, on retrouve les jeunes générations qui veulent en finir avec une classe politique perpétuant son entre-soi depuis la guerre civile en dépit des crises successives que connaît le pays.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Des manifestants essayent d'enfoncer les barricades qui protègent le Parlement. Dans toute la place, résonne l'écho des projectiles lancés contre les plaques de tôle. En première ligne, on retrouve les jeunes générations qui veulent en finir avec une classe politique perpétuant son entre-soi depuis la guerre civile en dépit des crises successives que connaît le pays.

Des manifestants arrachent les pavés et les brisent sur le sol afin de les envoyer derrière les barbelés, où se terre la police. Les insultes contre le président Michel Aoun fusent, suivies d'invectives contre toute la classe politique: «Kellon yané kellon» (tous, vraiment tous). On réclame la levée de l'immunité parlementaire d'anciens ministres soupçonnés d'être impliqués dans l'explosion, et que justice soit rendue pour les victimes.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Des manifestants arrachent les pavés et les brisent sur le sol afin de les envoyer derrière les barbelés, où se terre la police. Les insultes contre le président Michel Aoun fusent, suivies d'invectives contre toute la classe politique: «Kellon yané kellon» (tous, vraiment tous). On réclame la levée de l'immunité parlementaire d'anciens ministres soupçonnés d'être impliqués dans l'explosion, et que justice soit rendue pour les victimes.

Habituellement, les gaz lacrymogènes utilisés par la police libanaise et vendus par la France sont périmés. Ce jour-là, la police réplique avec des gaz chimiques irritants, qui provoquent des sensations de brûlure au moindre contact. Certains manifestants essayent de les renvoyer avec des raquettes ou à la main, avant de courir se réfugier loin des gaz en suffoquant. À l'aide d'oignons, ils tentent de pleurer pour retrouver la vue.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Habituellement, les gaz lacrymogènes utilisés par la police libanaise et vendus par la France sont périmés. Ce jour-là, la police réplique avec des gaz chimiques irritants, qui provoquent des sensations de brûlure au moindre contact. Certains manifestants essayent de les renvoyer avec des raquettes ou à la main, avant de courir se réfugier loin des gaz en suffoquant. À l'aide d'oignons, ils tentent de pleurer pour retrouver la vue.

Malgré les attaques de la police, la rage des manifestants ne faiblit pas. Ils reviennent par vagues successives, pierres en main, pour relancer l'assaut.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Malgré les attaques de la police, la rage des manifestants ne faiblit pas. Ils reviennent par vagues successives, pierres en main, pour relancer l'assaut.

À l'aide de grandes plaques de tôle, les manifestants se protègent et avancent pas à pas. La police réplique avec de petites balles de plomb entourées de caoutchouc, qui frappent bruyamment les barricades, et blessent certaines personnes.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

À l'aide de grandes plaques de tôle, les manifestants se protègent et avancent pas à pas. La police réplique avec de petites balles de plomb entourées de caoutchouc, qui frappent bruyamment les barricades, et blessent certaines personnes.

Le gaz est trop puissant, les vagues de manifestants faiblissent, et beaucoup sont pris de nausées. Les ambulances s'enchaînent, et leurs lumières saccadent les courses alors que la nuit tombe. Selon la Croix Rouge, 13 personnes blessées ont été transportées à l'hôpital, et 71 autres soignées sur place. 
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Le gaz est trop puissant, les vagues de manifestants faiblissent, et beaucoup sont pris de nausées. Les ambulances s'enchaînent, et leurs lumières saccadent les courses alors que la nuit tombe. Selon la Croix Rouge, 13 personnes blessées ont été transportées à l'hôpital, et 71 autres soignées sur place. 

Les pluies de bombes lacrymogènes qui se succèdent sur la place des Martyrs ont fini par déloger tous les manifestants, y compris les plus coriaces. Repoussés vers les rues adjacentes plongées dans la pénombre faute d'électricité, ils errent, entourés par l'armée, qui bénéficie du soutien de la population. La foule finit par rentrer chez elle, fatiguée et déçue.
Beyrouth, le 4 août 2021. | Robin Tutenges

Les pluies de bombes lacrymogènes qui se succèdent sur la place des Martyrs ont fini par déloger tous les manifestants, y compris les plus coriaces. Repoussés vers les rues adjacentes plongées dans la pénombre faute d'électricité, ils errent, entourés par l'armée, qui bénéficie du soutien de la population. La foule finit par rentrer chez elle, fatiguée et déçue.

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