Au Koweït, Faïlaka l'île aux trésors
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Au Koweït, Faïlaka l'île aux trésors

Au large de Koweït City et à l'embouchure du Chatt el-Arab, l'île de Faïlaka, à peine 40 kilomètres carrés, nous est inconnue. Elle est pourtant chargée d'histoire(s).

Faïlaka a été occupée en continu de l'âge du bronze à l'invasion du Koweït par l'Irak. Le 2 août 1990, les troupes de Saddam Hussein se sont emparées de cette île en raison de sa position stratégique et les 2.000 habitant·es qui s'y trouvaient (principalement des pêcheurs et des villageois·es) ont été expulsé·es vers Koweït City. Les plages ont été minées et les monuments ont servi de stand de tirs, à l'image de cette banque.
Ancienne banque. | Fanny Arlandis

Faïlaka a été occupée en continu de l'âge du bronze à l'invasion du Koweït par l'Irak. Le 2 août 1990, les troupes de Saddam Hussein se sont emparées de cette île en raison de sa position stratégique et les 2.000 habitant·es qui s'y trouvaient (principalement des pêcheurs et des villageois·es) ont été expulsé·es vers Koweït City. Les plages ont été minées et les monuments ont servi de stand de tirs, à l'image de cette banque.

Lors de cette invasion, les soldats irakiens ont pillé et brûlé le Musée national du Koweït pour effacer toute trace de l'identité nationale. Depuis, seule une partie des objets ont été récupérés par l'émirat. L'année suivante, les forces américaines ont repris l'île de Faïlaka et les 1.400 soldats irakiens qui en avaient fait leur base ont à leur tour été expulsés.
Village vacances datant d'avant 1990. | Fanny Arlandis

Lors de cette invasion, les soldats irakiens ont pillé et brûlé le Musée national du Koweït pour effacer toute trace de l'identité nationale. Depuis, seule une partie des objets ont été récupérés par l'émirat. L'année suivante, les forces américaines ont repris l'île de Faïlaka et les 1.400 soldats irakiens qui en avaient fait leur base ont à leur tour été expulsés.

Une dizaine d'années plus tard, Faïlaka est devenue le camp d'entraînement des marines américains avant qu'ils ne rejoignent la guerre d'Irak et des batailles comme Falloujah. Le 8 octobre 2002, un soldat américain meurt dans une attaque menée sur l'île par deux Koweïtis en lien avec des réseaux djihadistes afghans.
Anciennes structures du village vacances. | Fanny Arlandis

Une dizaine d'années plus tard, Faïlaka est devenue le camp d'entraînement des marines américains avant qu'ils ne rejoignent la guerre d'Irak et des batailles comme Falloujah. Le 8 octobre 2002, un soldat américain meurt dans une attaque menée sur l'île par deux Koweïtis en lien avec des réseaux djihadistes afghans.

La très grande majorité des habitant·es qui avaient fui en 1990 ne sont jamais revenu·es. Leurs maisons ont été rachetées par les autorités ou laissées à l'abandon, à l'image de celle-ci.
Une maison abandonnée. | Fanny Arlandis

La très grande majorité des habitant·es qui avaient fui en 1990 ne sont jamais revenu·es. Leurs maisons ont été rachetées par les autorités ou laissées à l'abandon, à l'image de celle-ci.

Seule une petite communauté de pécheurs est revenue sur l'île et vit encore aujourd'hui dans de petites baraques près de la plage.
Des maisons de pécheurs. | Fanny Arlandis

Seule une petite communauté de pécheurs est revenue sur l'île et vit encore aujourd'hui dans de petites baraques près de la plage.

Depuis quelques années, les autorités koweïtiennes et les promoteurs ont un nouveau projet pour l'île: développer le tourisme. Des ferrys font l'aller-retour entre la ville de Koweït et Faïlaka mais les touristes ne sont pas au rendez-vous et les structures, comme ces locations de pédalos, sont généralement désertes.
Location de pédalos. | Fanny Arlandis

Depuis quelques années, les autorités koweïtiennes et les promoteurs ont un nouveau projet pour l'île: développer le tourisme. Des ferrys font l'aller-retour entre la ville de Koweït et Faïlaka mais les touristes ne sont pas au rendez-vous et les structures, comme ces locations de pédalos, sont généralement désertes.

On ne croise sur cette île que quelques travailleurs et travailleuses immigré·es tenant quelques commerces et une poignée de militaires. Ce sont désormais les archéologues qui représentent le gros des troupes. Les autorités de l'émirat financent plusieurs missions chaque année pour fouiller le passé de l'île. Ces chercheurs de la mission franco-koweïtienne se photographient dans le Faïlaka Heritage Village, un site où se trouvent de vieux chars rouillés, des mitrailleuses et d'autres engins de la première guerre du Golfe.
Faïlaka heritage village. | Fanny Arlandis

On ne croise sur cette île que quelques travailleurs et travailleuses immigré·es tenant quelques commerces et une poignée de militaires. Ce sont désormais les archéologues qui représentent le gros des troupes. Les autorités de l'émirat financent plusieurs missions chaque année pour fouiller le passé de l'île. Ces chercheurs de la mission franco-koweïtienne se photographient dans le Faïlaka Heritage Village, un site où se trouvent de vieux chars rouillés, des mitrailleuses et d'autres engins de la première guerre du Golfe.

Un peu plus loin se trouve une ferme de tôles jaunes, bleues et vertes. Elle est occupée par Abou Ali, un Soudanais de 45 ans qui prend soin d'une partie des dromadaires de l'émir actuel, le cheikh Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah. Abou Ali vit à Faïlaka depuis 1990 et veille sur environ 150 bêtes. Il affirme connaître le nom –qu'il choisit selon ses humeurs– de chacune d'elles (Michhim, Outha, Rim, Ghazala…). Il sort les dromadaires tous les matins à 7 heures et part à leur recherche afin de les ramener à la ferme à partir de 15 heures.
Abou Ali. | Fanny Arlandis

Un peu plus loin se trouve une ferme de tôles jaunes, bleues et vertes. Elle est occupée par Abou Ali, un Soudanais de 45 ans qui prend soin d'une partie des dromadaires de l'émir actuel, le cheikh Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah. Abou Ali vit à Faïlaka depuis 1990 et veille sur environ 150 bêtes. Il affirme connaître le nom –qu'il choisit selon ses humeurs– de chacune d'elles (Michhim, Outha, Rim, Ghazala…). Il sort les dromadaires tous les matins à 7 heures et part à leur recherche afin de les ramener à la ferme à partir de 15 heures.

Faïlaka constitue un centre culturel et historique comme en témoignent les treize sites archéologiques d'époques différentes. Alimentée en eau douce et située sur les voies commerciales vers la Chine ou l'Inde, l'île était déjà habitée en 2.500 av. J.-C. On y trouve différents types d'occupations sédentaires, donc «lisibles» archéologiquement. À l'inverse, sur le continent, les occupations sont plutôt bédouines. Situées dans le désert, elles laissent moins de traces exploitables.
Site d’al-Quṣūr. | Fanny Arlandis

Faïlaka constitue un centre culturel et historique comme en témoignent les treize sites archéologiques d'époques différentes. Alimentée en eau douce et située sur les voies commerciales vers la Chine ou l'Inde, l'île était déjà habitée en 2.500 av. J.-C. On y trouve différents types d'occupations sédentaires, donc «lisibles» archéologiquement. À l'inverse, sur le continent, les occupations sont plutôt bédouines. Situées dans le désert, elles laissent moins de traces exploitables.

Le monastère chrétien d'al-Quṣūr, au centre de l'île, est passionnant car il fournit la preuve inédite d'une présence chrétienne dans la région et d'une cohabitation entre chrétien·nes et musulman·es après les conquêtes de l'islam au VIIe siècle, contrairement à ce qu'ont pensé les historien·nes pendant des décennies.
Site d’al-Quṣūr. | Fanny Arlandis

Le monastère chrétien d'al-Quṣūr, au centre de l'île, est passionnant car il fournit la preuve inédite d'une présence chrétienne dans la région et d'une cohabitation entre chrétien·nes et musulman·es après les conquêtes de l'islam au VIIe siècle, contrairement à ce qu'ont pensé les historien·nes pendant des décennies.

Chaque année, d'octobre à mai, quatre-vingt-quinze archéologues de diverses nationalités (française, danoise, polonaise, slovaques, italienne ou encore géorgienne) défilent sur l'île. Selon Julie Bonnéric, responsable de la mission franco-koweïtienne, le département des antiquités a fait fouiller presque tous les sites de Faïlaka. 
Julie Bonnéric, responsable de la mission franco-koweïtienne de l’île, trie et classe des tessons dans les locaux de la mission. | Fanny Arlandis

Chaque année, d'octobre à mai, quatre-vingt-quinze archéologues de diverses nationalités (française, danoise, polonaise, slovaques, italienne ou encore géorgienne) défilent sur l'île. Selon Julie Bonnéric, responsable de la mission franco-koweïtienne, le département des antiquités a fait fouiller presque tous les sites de Faïlaka. 

En ce qui concerne la mission franco-koweïtienne, les chantiers de fouille ne verraient pas le jour sans les dizaines d'ouvriers égyptiens qui travaillent sur la forteresse hellénistique et sur l'ensemble chrétien d'al-Quṣūr. Ce dernier site comprend deux églises, un réfectoire et quelques habitations. Cependant, le mur d'enceinte et les cellules des moines, qui viendraient confirmer la fonction monastique du lieu, n'ont toujours pas été retrouvées.
Une ouvrier égyptien effectue une danse traditionnelle lors d'une soirée. | Fanny Arlandis

En ce qui concerne la mission franco-koweïtienne, les chantiers de fouille ne verraient pas le jour sans les dizaines d'ouvriers égyptiens qui travaillent sur la forteresse hellénistique et sur l'ensemble chrétien d'al-Quṣūr. Ce dernier site comprend deux églises, un réfectoire et quelques habitations. Cependant, le mur d'enceinte et les cellules des moines, qui viendraient confirmer la fonction monastique du lieu, n'ont toujours pas été retrouvées.

Un quart du budget national de la culture au Koweït est consacré à l'archéologie. Il permet à ce pays de 4,1 millions d'habitant·es de s'inscrire dans une histoire plus vaste et de se donner une consistance et une profondeur historique. Toujours pour montrer son ouverture et sa richesse historique, le Koweït a effectué en 2013 une demande d'ajout de deux sites de Faïlaka à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
Ahmed, l'un des ouvriers égyptiens de la mission franco-koweïtienne, est diabétique. Il doit venir régulièrement au dispensaire pour ses injections d'insuline. | Fanny Arlandis

Un quart du budget national de la culture au Koweït est consacré à l'archéologie. Il permet à ce pays de 4,1 millions d'habitant·es de s'inscrire dans une histoire plus vaste et de se donner une consistance et une profondeur historique. Toujours pour montrer son ouverture et sa richesse historique, le Koweït a effectué en 2013 une demande d'ajout de deux sites de Faïlaka à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.

Ce développement sans précédent de l'archéologie s'inscrit dans un mouvement général des pays du Golfe, désormais tous attentifs à leur passé. Des missions de fouilles communes, dont l'une s'est tenue précisément à Koweït en décembre 2016, sont régulièrement organisées pour écrire cette histoire partagée.
Le dispensaire ne possède qu'un seul médecin. Il est originaire du Bangladesh car le Koweït dispose d'accords de coopération avec ce pays. | Fanny Arlandis

Ce développement sans précédent de l'archéologie s'inscrit dans un mouvement général des pays du Golfe, désormais tous attentifs à leur passé. Des missions de fouilles communes, dont l'une s'est tenue précisément à Koweït en décembre 2016, sont régulièrement organisées pour écrire cette histoire partagée.

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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