Au Kirghizistan, les reliques d'une gloire soviétique passée
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Au Kirghizistan, les reliques d'une gloire soviétique passée

«Le Kirghizstan est une nation jeune, raconte le photographe Elliott Verdier. C’était un territoire composé de tribus nomades excellant dans la cavalerie, qui fut sédentarisé tardivement par les Soviétiques. Les premières villes apparurent et avec elles le patrimoine en dur. Aujourd’hui, beaucoup de bâtiments, comme un rejet, ont été détruits.» Depuis 2016, Elliott Verdier se rend régulièrement dans le pays d'Asie centrale pour documenter «ces traces du passé» et «les zones en marge». Son travail est exposé jusqu'au 25 février 2018 à la galerie le 247, à Paris.

Une rivière près de Bishkek, la capitale, 2016 | Elliott Verdier

 

«Une rivière aux abords de Bishkek, la capitale, sous -18°C. Je suis parti au Kirghizistan avec ma chambre photographique et 300 plans-films. Sur place, je logeais dans la capitale et partais de temps à autre découvrir le pays pour quelques semaines. Je menais finalement une vie plutôt installée, avec de petites habitudes.»

Une rivière près de Bishkek, la capitale, 2016 | Elliott Verdier

 

«Une rivière aux abords de Bishkek, la capitale, sous -18°C. Je suis parti au Kirghizistan avec ma chambre photographique et 300 plans-films. Sur place, je logeais dans la capitale et partais de temps à autre découvrir le pays pour quelques semaines. Je menais finalement une vie plutôt installée, avec de petites habitudes.»

Min Kush, 2016 | Elliott Verdier

 

«Min Kush, au centre du pays, est une ville construite par l’URSS en 1953 pour exploiter l’uranium environnant. Elle était alors protégée à 100 km à la ronde par un check point, et seules les personnes autorisées pouvaient y entrer. La ville croulait sous l’abondance, dégustant caviar et champagne alors que le reste du Kirghizistan vivait de peu. Les traces de peinture bleue sur cette maison témoignent des richesses passées, décrépies, comme un souvenir lointain. J’ai adoré la beauté fanée de cette ville quasi fantôme.»

Min Kush, 2016 | Elliott Verdier

 

«Min Kush, au centre du pays, est une ville construite par l’URSS en 1953 pour exploiter l’uranium environnant. Elle était alors protégée à 100 km à la ronde par un check point, et seules les personnes autorisées pouvaient y entrer. La ville croulait sous l’abondance, dégustant caviar et champagne alors que le reste du Kirghizistan vivait de peu. Les traces de peinture bleue sur cette maison témoignent des richesses passées, décrépies, comme un souvenir lointain. J’ai adoré la beauté fanée de cette ville quasi fantôme.»

Un mineur de charbon à Min Kush, 2016 | Elliott Verdier

 

«J'ai pris cette photo au fond d’une mine de charbon, éclairée par un puits de lumière naturelle. C’était une prise de vue vraiment difficile: j’avais installé mon trépied au seul endroit possible, sur la pente qui mène à ce trou; je n’arrêtais donc pas de glisser. Mais je tenais vraiment à faire cette image du travailleur vêtu de blanc et cerné par le noir du charbon, comme une perte de repère.»

Un mineur de charbon à Min Kush, 2016 | Elliott Verdier

 

«J'ai pris cette photo au fond d’une mine de charbon, éclairée par un puits de lumière naturelle. C’était une prise de vue vraiment difficile: j’avais installé mon trépied au seul endroit possible, sur la pente qui mène à ce trou; je n’arrêtais donc pas de glisser. Mais je tenais vraiment à faire cette image du travailleur vêtu de blanc et cerné par le noir du charbon, comme une perte de repère.»

Un cimetière musulman à l’écart de Min Kush, 2016 | Elliott Verdier

 

«Lorsque j'ai pris cette photo, c’était la deuxième fois que je grimpais jusqu'à ce cimetière musulman, situé à l’écart de Min Kush. Sur la partie plate de la vallée sont enterrés des déchets nucléaires issus de l'exploitation d'uranium. La veille, d’épais nuages et leurs flocons rendaient toute prise de vue impossible. J’ai hésité à revenir. Mais cette fois, le tableau était bien différent. J'étais seul, là-haut, baigné d'une lumière intense sur ce cimetière intemporel, entouré de montagnes vieilles comme le monde.»

Un cimetière musulman à l’écart de Min Kush, 2016 | Elliott Verdier

 

«Lorsque j'ai pris cette photo, c’était la deuxième fois que je grimpais jusqu'à ce cimetière musulman, situé à l’écart de Min Kush. Sur la partie plate de la vallée sont enterrés des déchets nucléaires issus de l'exploitation d'uranium. La veille, d’épais nuages et leurs flocons rendaient toute prise de vue impossible. J’ai hésité à revenir. Mais cette fois, le tableau était bien différent. J'étais seul, là-haut, baigné d'une lumière intense sur ce cimetière intemporel, entouré de montagnes vieilles comme le monde.»

Le doyen de Min Kush, 94 ans, 2016 | Elliott Verdier

 

«J'ai croisé au bord de la route le doyen de Min Kush, qui a 94 ans. Il marchait seul et fut l’une des personnes les plus faciles à faire poser. La prise de vue ne dura que quelques minutes. On l’a ensuite embarqué dans la voiture pour l’amener jusqu’à sa lointaine destination. Lorsque je quittais la capitale, c’était accompagné d’un chauffeur/interprète –je ne parle pas russe–, qui m’aidait dans ma démarche et s’impliquait beaucoup dans le projet. On prenait le temps de discuter avec les personnes que l'on croisait, de tisser un certain lien, de leur expliquer l’objet des images. Dans la très grande majorité des cas, j’ai été bien accueilli, d’une part grâce à mon approche, d’autre part grâce à la chambre photographique qui, j’en suis sûr, crédibilisait ma démarche et donnait un certain prestige photographique.»

Le doyen de Min Kush, 94 ans, 2016 | Elliott Verdier

 

«J'ai croisé au bord de la route le doyen de Min Kush, qui a 94 ans. Il marchait seul et fut l’une des personnes les plus faciles à faire poser. La prise de vue ne dura que quelques minutes. On l’a ensuite embarqué dans la voiture pour l’amener jusqu’à sa lointaine destination. Lorsque je quittais la capitale, c’était accompagné d’un chauffeur/interprète –je ne parle pas russe–, qui m’aidait dans ma démarche et s’impliquait beaucoup dans le projet. On prenait le temps de discuter avec les personnes que l'on croisait, de tisser un certain lien, de leur expliquer l’objet des images. Dans la très grande majorité des cas, j’ai été bien accueilli, d’une part grâce à mon approche, d’autre part grâce à la chambre photographique qui, j’en suis sûr, crédibilisait ma démarche et donnait un certain prestige photographique

Victoria, 21 ans, étudiante en psychologie, 2017 | Elliott Verdier

 

«J’ai rencontré Victoria, 21 ans, dans un bar, quelques jours avant cette prise de vue. Elle avait clairement quelque chose d’ambigu, de magnétique, qui irradiait la salle. Après une adolescence tumultueuse dans la rue, loin de sa famille, elle est maintenant étudiante en psychologie. La plupart des portraits que j’ai réalisés des jeunes dans la capitale étaient souvent le fruit du bouche à oreille. Ils devenaient souvent des amis, qui m’aidaient par la suite dans mon projet, en me faisant découvrir des lieux et en traduisant mes propos pour ceux qui ne parlaient pas anglais.»

Victoria, 21 ans, étudiante en psychologie, 2017 | Elliott Verdier

 

«J’ai rencontré Victoria, 21 ans, dans un bar, quelques jours avant cette prise de vue. Elle avait clairement quelque chose d’ambigu, de magnétique, qui irradiait la salle. Après une adolescence tumultueuse dans la rue, loin de sa famille, elle est maintenant étudiante en psychologie. La plupart des portraits que j’ai réalisés des jeunes dans la capitale étaient souvent le fruit du bouche à oreille. Ils devenaient souvent des amis, qui m’aidaient par la suite dans mon projet, en me faisant découvrir des lieux et en traduisant mes propos pour ceux qui ne parlaient pas anglais.»

Aux alentours de Tash Kumyr, dans la région de Jalalabad, 2017 | Elliott Verdier

 

«Près de Tash Kumyr, le paysage porte les traces de l’exploitation du charbon par l’URSS. Je suis retourné trois fois à cet emplacement, pour enfin avoir la lumière que j’attendais. Au Kirghizstan, en dehors des villes, il reste des reliques éparses des traces du passé, comme des indices figés.»

Aux alentours de Tash Kumyr, dans la région de Jalalabad, 2017 | Elliott Verdier

 

«Près de Tash Kumyr, le paysage porte les traces de l’exploitation du charbon par l’URSS. Je suis retourné trois fois à cet emplacement, pour enfin avoir la lumière que j’attendais. Au Kirghizstan, en dehors des villes, il reste des reliques éparses des traces du passé, comme des indices figés.»

Un retraité des mines de charbon, Tash Kumyr, 2017 | Elliott Verdier

 



«Voici un retraité des mines de charbon de Tash Kumyr, près de la frontière ouzbèque, chez lui. Il y a travaillé trente-quatre ans, dont vingt-six sous la période soviétique. Il a vu toute l'organisation locale s'effondrer soudainement, rendant aujourd'hui le travail minier bien plus dangereux. Le mois passé, quatre hommes ont encore perdu la vie dans un éboulement.»

Un retraité des mines de charbon, Tash Kumyr, 2017 | Elliott Verdier

 

«Voici un retraité des mines de charbon de Tash Kumyr, près de la frontière ouzbèque, chez lui. Il y a travaillé trente-quatre ans, dont vingt-six sous la période soviétique. Il a vu toute l'organisation locale s'effondrer soudainement, rendant aujourd'hui le travail minier bien plus dangereux. Le mois passé, quatre hommes ont encore perdu la vie dans un éboulement.»

Une ouvrière de l’usine d’ampoule de Mailuu Suu, 2017 | Elliott Verdier

 

«J'ai fait ce portrait dans l’usine d’ampoules de Mailuu Suu. Je marchais dans l’immense hangar, le long des allées, et puis j'ai vu cette femme. La prise de vue s’est faite très rapidement: on me rappelait à l’ordre, je n’avais pas beaucoup de temps. Je l’ai photographiée telle que je l’ai vue, rêveuse, comme prise d'une envie de s’échapper, lassée par son travail qu’elle exerce depuis l’ouverture de l’usine, en 1973. Elle porte à elle seule les thématiques que je voulais aborder dans ce travail.»

Une ouvrière de l’usine d’ampoule de Mailuu Suu, 2017 | Elliott Verdier

 

«J'ai fait ce portrait dans l’usine d’ampoules de Mailuu Suu. Je marchais dans l’immense hangar, le long des allées, et puis j'ai vu cette femme. La prise de vue s’est faite très rapidement: on me rappelait à l’ordre, je n’avais pas beaucoup de temps. Je l’ai photographiée telle que je l’ai vue, rêveuse, comme prise d'une envie de s’échapper, lassée par son travail qu’elle exerce depuis l’ouverture de l’usine, en 1973. Elle porte à elle seule les thématiques que je voulais aborder dans ce travail.»

Ayim, 24 ans, 2017 | Elliott Verdier

 

«Ayim a 24 ans et habite à Bishkek, la capitale. Elle rêve de venir habiter à Paris pour devenir styliste. À mon sens, elle incarne cette jeune génération kirghize qui tourne le dos aux traditions, pour accepter les codes de notre société globalisée. À mi-chemin entre influence russe et américaine –les deux pays se disputent la nouvelle hégémonie culturelle du pays–, elle en porte tous les stigmates.»

Ayim, 24 ans, 2017 | Elliott Verdier

 

«Ayim a 24 ans et habite à Bishkek, la capitale. Elle rêve de venir habiter à Paris pour devenir styliste. À mon sens, elle incarne cette jeune génération kirghize qui tourne le dos aux traditions, pour accepter les codes de notre société globalisée. À mi-chemin entre influence russe et américaine –les deux pays se disputent la nouvelle hégémonie culturelle du pays–, elle en porte tous les stigmates.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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