Né.e.s jumelles, Laurens et Yentl sont maintenant frère et sœur
Égalités / LGBTQ

Né.e.s jumelles, Laurens et Yentl sont maintenant frère et sœur

«L'histoire que je raconte est très spéciale et privée», énonce la photographe Judith Helmer. Laura et Yentl sont deux «vraies» jumelles –des jumelles monozygotes qui ont partagé le sac amniotique et le placenta de leur mère. À ses 19 ans, Laura est devenue Laurens. Judith Helmer a voulu comprendre: se sentaient-elles toutes les deux mal dans leur corps? Quand Laura a-t-elle décidé de devenir Laurens? Quel impact pour Yentl? Le travail de cette photographe toujours en cours, intitulé Identically Different, sera exposé lors du festival Circulation(s), à Paris, du 17 mars au 6 mai 2018.

«Au cours de ma deuxième année d'études, je me suis dit qu’il était temps de travailler sur un nouveau projet. Moi qui ai toujours été intéressée par les histoires de famille, l'identité et les racines, je voulais créer une série photographique sur les jumeaux et je cherchais une forme originale. Inspirée par un programme de télévision néerlandais sur les transgenres, j'ai combiné les deux. Comment cela fonctionnerait-il avec les “vrais” jumeaux? Puisqu'ils ont (presque) le même ADN à la naissance, seraient-ils tous les deux transgenres ou serait-il possible qu'un seul des deux ne le ressente et que l'autre soit parfaitement à l'aise dans son corps? J'ai commencé mon enquête et j'ai découvert qu’un seul des jumeaux ressentait qu’il ou elle était née dans le mauvais corps. J'ai ensuite contacté une organisation néerlandaise pour les transgenres, qui a partagé l’annonce de ce projet. Laurens et Yentl ont répondu et nous nous sommes vite rencontrés. C'était en avril 2016; j'ai pu les suivre jusqu’à maintenant. Sur cette image, on voit Laurens dans sa chambre. Il était étendu sur son lit, le soleil brillait dans la pièce et j'aimais la façon qu’il avait de sembler à l’aise dans son corps. Il montrait désormais sa poitrine sans aucune honte, ne formant plus qu’un avec son nouveau corps longtemps désiré et sa nouvelle identité.»

Laurens, 2017 | Judith Helmer

«Au cours de ma deuxième année d'études, je me suis dit qu’il était temps de travailler sur un nouveau projet. Moi qui ai toujours été intéressée par les histoires de famille, l'identité et les racines, je voulais créer une série photographique sur les jumeaux et je cherchais une forme originale. Inspirée par un programme de télévision néerlandais sur les transgenres, j'ai combiné les deux. Comment cela fonctionnerait-il avec les “vrais” jumeaux? Puisqu'ils ont (presque) le même ADN à la naissance, seraient-ils tous les deux transgenres ou serait-il possible qu'un seul des deux ne le ressente et que l'autre soit parfaitement à l'aise dans son corps? J'ai commencé mon enquête et j'ai découvert qu’un seul des jumeaux ressentait qu’il ou elle était née dans le mauvais corps. J'ai ensuite contacté une organisation néerlandaise pour les transgenres, qui a partagé l’annonce de ce projet. Laurens et Yentl ont répondu et nous nous sommes vite rencontrés. C'était en avril 2016; j'ai pu les suivre jusqu’à maintenant. Sur cette image, on voit Laurens dans sa chambre. Il était étendu sur son lit, le soleil brillait dans la pièce et j'aimais la façon qu’il avait de sembler à l’aise dans son corps. Il montrait désormais sa poitrine sans aucune honte, ne formant plus qu’un avec son nouveau corps longtemps désiré et sa nouvelle identité.»

«Je connais maintenant les jumeaux depuis presque deux ans, et je prévois de continuer ce projet pendant de nombreuses années encore. Je suis curieuse et j'ai hâte de découvrir ce que la vie leur réserve. Dès leur plus jeune âge, ils savaient qu'ils étaient très différents. Laura était toujours vêtue de bleu et de rouge et Yentl préférait être vêtue de rose. Laura voulait jouer aux Lego et Yentl aux Barbie. Ils n'y accordaient pas beaucoup d'importance; c'était simplement comme ça qu'ils étaient. Leurs proches avaient des difficultés à les voir comme deux individus: à leur anniversaire, ils recevaient toujours les mêmes cadeaux girly, par exemple du vernis à ongles. C’était bien sûr pour être équitables, mais Laurens avait l'impression d'être incompris. Ne voyaient-ils pas qu’ils étaient deux individus très différents? Ce portrait des jumeaux est pour moi la photo clé de la série. Cette image montre tout: leur lien, la façon dont ils se soutiennent. Deux personnes qui ont traversé beaucoup de choses mais sont restées unies.»

Laurens et Yentl, 2017 | Judith Helmer

«Je connais maintenant les jumeaux depuis presque deux ans, et je prévois de continuer ce projet pendant de nombreuses années encore. Je suis curieuse et j'ai hâte de découvrir ce que la vie leur réserve. Dès leur plus jeune âge, ils savaient qu'ils étaient très différents. Laura était toujours vêtue de bleu et de rouge et Yentl préférait être vêtue de rose. Laura voulait jouer aux Lego et Yentl aux Barbie. Ils n'y accordaient pas beaucoup d'importance; c'était simplement comme ça qu'ils étaient. Leurs proches avaient des difficultés à les voir comme deux individus: à leur anniversaire, ils recevaient toujours les mêmes cadeaux girly, par exemple du vernis à ongles. C’était bien sûr pour être équitables, mais Laurens avait l'impression d'être incompris. Ne voyaient-ils pas qu’ils étaient deux individus très différents? Ce portrait des jumeaux est pour moi la photo clé de la série. Cette image montre tout: leur lien, la façon dont ils se soutiennent. Deux personnes qui ont traversé beaucoup de choses mais sont restées unies.»

«Alors qu'ils grandissaient et entraient dans la puberté, Laurens a commencé à sentir qu'il se passait quelque chose de différent pour lui. Tous deux partageaient une chambre et il ne se sentait pas chez lui à cause des couleurs pourpres et des trucs de filles qui s'y trouvaient. C'est à cette période qu'il a commencé à se faire appeler Lau –au lieu de Laura– et à expérimenter différentes coiffures: un côté de sa tête était par exemple coupé très court et l'autre était toujours de longueur moyenne. J’ai eu l’inspiration de cette photo en regardant une vieille photo de famille prise sur une plage en 2009, alors que Laurens était encore Laura. C’était une photo de deux filles debout en bikini. J’ai voulu re-photographier cette photo et montrer les jumeaux tels qu’ils sont maintenant.»

Laurens et Yentl, 2017 | Judith Helmer

«Alors qu'ils grandissaient et entraient dans la puberté, Laurens a commencé à sentir qu'il se passait quelque chose de différent pour lui. Tous deux partageaient une chambre et il ne se sentait pas chez lui à cause des couleurs pourpres et des trucs de filles qui s'y trouvaient. C'est à cette période qu'il a commencé à se faire appeler Lau –au lieu de Laura– et à expérimenter différentes coiffures: un côté de sa tête était par exemple coupé très court et l'autre était toujours de longueur moyenne. J’ai eu l’inspiration de cette photo en regardant une vieille photo de famille prise sur une plage en 2009, alors que Laurens était encore Laura. C’était une photo de deux filles debout en bikini. J’ai voulu re-photographier cette photo et montrer les jumeaux tels qu’ils sont maintenant.»

«Laura a découvert qu'elle avait des sentiments pour les filles et elle est devenue lesbienne. Mais très vite, elle a réalisé qu’elle n'était toujours pas à l’aise... Il lui a fallu un certain temps pour enfin réaliser ce qu'elle ressentait vraiment: elle ne se sentait tout simplement pas bien dans son propre corps. Quand Laura avait 16 ans, il est socialement devenu Laurens. Il a reçu l'autorisation médicale de débuter le processus médical à 18 ans, a changé de nom la même année, puis a subi l'année suivante une intervention chirurgicale. Cette photo a été prise peu de temps après l'opération.»

Laurens, 2016 | Judith Helmer

«Laura a découvert qu'elle avait des sentiments pour les filles et elle est devenue lesbienne. Mais très vite, elle a réalisé qu’elle n'était toujours pas à l’aise... Il lui a fallu un certain temps pour enfin réaliser ce qu'elle ressentait vraiment: elle ne se sentait tout simplement pas bien dans son propre corps. Quand Laura avait 16 ans, il est socialement devenu Laurens. Il a reçu l'autorisation médicale de débuter le processus médical à 18 ans, a changé de nom la même année, puis a subi l'année suivante une intervention chirurgicale. Cette photo a été prise peu de temps après l'opération.»

«J'ai été honorée que Yentl me fasse autant confiance et me laisse tant m’approcher. Il m’a fallu du temps avant de savoir comment raconter cette histoire. Je voulais que ce portrait soit intime, sans me concentrer uniquement sur les aspects physiques. Au début, j’ai travaillé sur leur apparence et sur Laurens, car c'est lui qui a traversé la transition. Au bout d'un moment, j'ai réalisé que ce changement avait tout autant d’impact sur Yentl et j'ai commencé à modifier mon angle de vue. Je voulais savoir ce qu'elle a ressenti avec le changement de son frère.»

Yentl, 2017 | Judith Helmer

«J'ai été honorée que Yentl me fasse autant confiance et me laisse tant m’approcher. Il m’a fallu du temps avant de savoir comment raconter cette histoire. Je voulais que ce portrait soit intime, sans me concentrer uniquement sur les aspects physiques. Au début, j’ai travaillé sur leur apparence et sur Laurens, car c'est lui qui a traversé la transition. Au bout d'un moment, j'ai réalisé que ce changement avait tout autant d’impact sur Yentl et j'ai commencé à modifier mon angle de vue. Je voulais savoir ce qu'elle a ressenti avec le changement de son frère.»

«Cette image est ma préférée. Elle est si intime, la lumière est si belle. J'avais l'impression d'être profondément connectée avec Yentl quand j'ai fait cette photo. Pendant la transition, Yentl le soutenait mais elle était aussi inquiète des choses qu'il faisait subir à son corps. Elle s'inquiétait surtout de l'opération au cours de laquelle sa poitrine et son utérus allaient être enlevés, car cela le rendrait infertile. Pendant le processus de transition, ils étaient en pleine puberté et puisqu'ils sont des “vrais” jumeaux, tout ce que l'autre faisait impactait aussi le second. Ils ont dû repenser qui ils étaient en tant qu'individus mais aussi en tant que jumeaux. Yentl a perdu une sœur et n’avait donc plus de “vraie” jumelle. Pendant un moment, elle ne savait plus qui elle était. Laurens est finalement devenu de plus en plus confiant dans son corps. La testostérone et ses chirurgies lui ont donné un corps de plus en plus viril, et il aimait toutes ces transformations. Finalement, Yentl a vu à quel point la transition rend son frère heureux, alors ses doutes ont disparu. Ils sont maintenant frère et sœur, et se battent pour des questions typiques de frère-sœur.»

Yentl, 2017 | Judith Helmer

«Cette image est ma préférée. Elle est si intime, la lumière est si belle. J'avais l'impression d'être profondément connectée avec Yentl quand j'ai fait cette photo. Pendant la transition, Yentl le soutenait mais elle était aussi inquiète des choses qu'il faisait subir à son corps. Elle s'inquiétait surtout de l'opération au cours de laquelle sa poitrine et son utérus allaient être enlevés, car cela le rendrait infertile. Pendant le processus de transition, ils étaient en pleine puberté et puisqu'ils sont des “vrais” jumeaux, tout ce que l'autre faisait impactait aussi le second. Ils ont dû repenser qui ils étaient en tant qu'individus mais aussi en tant que jumeaux. Yentl a perdu une sœur et n’avait donc plus de “vraie” jumelle. Pendant un moment, elle ne savait plus qui elle était. Laurens est finalement devenu de plus en plus confiant dans son corps. La testostérone et ses chirurgies lui ont donné un corps de plus en plus viril, et il aimait toutes ces transformations. Finalement, Yentl a vu à quel point la transition rend son frère heureux, alors ses doutes ont disparu. Ils sont maintenant frère et sœur, et se battent pour des questions typiques de frère-sœur.»

«Voyez-vous l’étincelle dans ses yeux? Je la regarde et je me demande ce qu'elle a traversé. Cette photo a été prise début 2016, lors de la deuxième séance où j'ai pris des photos d'eux. Quand je regarde cette photo maintenant, je vois à quel point elle a déjà changé. Aujourd’hui, ils ne sont plus vus et on ne s’adresse plus à eux comme s'ils n’étaient qu’une seule personne, mais comme à un frère et à une sœur. Quand ils étaient encore deux filles, l’une des premières choses que Yentl disait à ceux qu’elle rencontrait était “j'ai une sœur jumelle identique!” Maintenant, elle ne le dit plus aussi souvent, parce que cela provoque beaucoup de questions. J'ai aussi découvert que dans le passé, beaucoup de gens se concentraient sur le décryptage des différences entre les jumeaux et qu’ils se concentrent désormais sur la recherche de similitudes!»

Yentl, 2016 | Judith Helmer

«Voyez-vous l’étincelle dans ses yeux? Je la regarde et je me demande ce qu'elle a traversé. Cette photo a été prise début 2016, lors de la deuxième séance où j'ai pris des photos d'eux. Quand je regarde cette photo maintenant, je vois à quel point elle a déjà changé. Aujourd’hui, ils ne sont plus vus et on ne s’adresse plus à eux comme s'ils n’étaient qu’une seule personne, mais comme à un frère et à une sœur. Quand ils étaient encore deux filles, l’une des premières choses que Yentl disait à ceux qu’elle rencontrait était “j'ai une sœur jumelle identique!” Maintenant, elle ne le dit plus aussi souvent, parce que cela provoque beaucoup de questions. J'ai aussi découvert que dans le passé, beaucoup de gens se concentraient sur le décryptage des différences entre les jumeaux et qu’ils se concentrent désormais sur la recherche de similitudes!»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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