Érotisme et sexualité chez les personnes âgées
Santé / Société

Érotisme et sexualité chez les personnes âgées

«L'érotisme et la sexualité des personnes âgées sont totalement sous-représentés, voire même tabou dans l'esprit de certains, explique la photographe Mirja Maria Thiel. Pourtant, les variations infinies d'amour, de désir et d'érotisme constituent une valeur universelle vécue partout dans le monde... et à tout âge!» Sa série intitulée All This Love montre, tout en finesse, histoires d'amour et moments intimes chez des couples de plus de 70 ans.

 

«L'idée de All This Love est née lors d'un atelier que j'ai suivi à l'université des sciences appliquées et des arts de Hanovre, en Allemagne, où j'étudiais à l'époque. Le photographe documentaire danois Mads Nissen est venu donner un séminaire qui m'a beaucoup inspirée sur la manière de raconter une histoire avec une vision personnelle. J'ai eu envie de travailler sur des couples âgés de 70 ans et plus qui se sentent suffisamment à l'aise pour partager des moments intimes de leur relation. J'ai cherché les bons profils pendant des semaines puis je me suis souvenue d'une sculpteuse qui enseigne le nu. Elle m'a présenté mon premier couple, Irene, 80 ans, et Günter, 79 ans, mariés depuis plus de soixante ans. Une semaine avant la prise de vue, je les ai rencontrés chez eux pour déjeuner et nous avons beaucoup discuté. Je n'avais pas d'idée précise en tête, je souhaitais d'abord apprendre à les connaître. Nous avons eu une conversation honnête qui évoquait les fractures de la vie –les leurs aussi bien que les miennes. Se montrer dans des moments intimes devant l'appareil photo –que l'on soit nu ou pas– vous rend inévitablement vulnérable. Dans la conversation, j'anticipe une partie de cette vulnérabilité. Cela renforce la confiance et l'étape suivante est alors un peu plus facile.»
Irene et Günther | Mirja Maria Thiel

«L'idée de All This Love est née lors d'un atelier que j'ai suivi à l'université des sciences appliquées et des arts de Hanovre, en Allemagne, où j'étudiais à l'époque. Le photographe documentaire danois Mads Nissen est venu donner un séminaire qui m'a beaucoup inspirée sur la manière de raconter une histoire avec une vision personnelle. J'ai eu envie de travailler sur des couples âgés de 70 ans et plus qui se sentent suffisamment à l'aise pour partager des moments intimes de leur relation. J'ai cherché les bons profils pendant des semaines puis je me suis souvenue d'une sculpteuse qui enseigne le nu. Elle m'a présenté mon premier couple, Irene, 80 ans, et Günter, 79 ans, mariés depuis plus de soixante ans. Une semaine avant la prise de vue, je les ai rencontrés chez eux pour déjeuner et nous avons beaucoup discuté. Je n'avais pas d'idée précise en tête, je souhaitais d'abord apprendre à les connaître. Nous avons eu une conversation honnête qui évoquait les fractures de la vie –les leurs aussi bien que les miennes. Se montrer dans des moments intimes devant l'appareil photo –que l'on soit nu ou pas– vous rend inévitablement vulnérable. Dans la conversation, j'anticipe une partie de cette vulnérabilité. Cela renforce la confiance et l'étape suivante est alors un peu plus facile.»

«La même année, en 2017, j'ai photographié un autre couple à Berlin puis j'ai laissé la série de côté et je me suis concentrée sur d'autres projets, car il était difficile de trouver de nouveaux protagonistes mais aussi parce que j'étais émotionnellement très absorbée par un projet à long terme sur un photographe allemand malade d'Alzheimer. En juin 2020, quand la vie publique a de nouveau été possible après la première vague de Covid-19, j'ai rendu visite à Irene et Günter. Nous ne nous étions pas vus depuis 2017, mais nous nous étions parlés au téléphone à plusieurs reprises. Leurs cours de peinture, leur chorale, leurs conférences en latin et tous les autres événements culturels qui ont fait partie de leur vie avant le Covid-19 leur manquaient terriblement. J'ai été très impressionnée d'apprendre que Günter, un ancien professeur de latin, traduisait chaque semaine des passages dans cette langue à ses amis par téléphone. Comme ils ne pouvaient pas se voir de la manière dont ils faisaient habituellement, ils échangeaient par téléphone pour ne pas perdre la main. Irene et Günter ne sont pas très Zoom, Skype ou réseaux sociaux –il était amusant pour moi de leur montrer tous les “j'aime” que leur image primée a obtenu!»
Irene et Günther | Mirja Maria Thiel

«La même année, en 2017, j'ai photographié un autre couple à Berlin puis j'ai laissé la série de côté et je me suis concentrée sur d'autres projets, car il était difficile de trouver de nouveaux protagonistes mais aussi parce que j'étais émotionnellement très absorbée par un projet à long terme sur un photographe allemand malade d'Alzheimer. En juin 2020, quand la vie publique a de nouveau été possible après la première vague de Covid-19, j'ai rendu visite à Irene et Günter. Nous ne nous étions pas vus depuis 2017, mais nous nous étions parlés au téléphone à plusieurs reprises. Leurs cours de peinture, leur chorale, leurs conférences en latin et tous les autres événements culturels qui ont fait partie de leur vie avant le Covid-19 leur manquaient terriblement. J'ai été très impressionnée d'apprendre que Günter, un ancien professeur de latin, traduisait chaque semaine des passages dans cette langue à ses amis par téléphone. Comme ils ne pouvaient pas se voir de la manière dont ils faisaient habituellement, ils échangeaient par téléphone pour ne pas perdre la main. Irene et Günter ne sont pas très Zoom, Skype ou réseaux sociaux –il était amusant pour moi de leur montrer tous les “j'aime” que leur image primée a obtenu!»

«Irene m'a fait rencontrer sa copine de classe Lilly et sa partenaire transgenre Waltraud. En pensant aux difficultés que cela a été de trouver des couples, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que les coïncidences ont une signification plus profonde. J'ai rencontré Lilly et Waltraud pour la première fois pendant leurs vacances au bord de la mer début juillet 2020. Cette poétesse de 85 ans est tombée amoureuse de Waltraud, une spécialiste de la philologie allemande, qui a enseigné un cours d'écriture créative auquel elle a assisté, il y a douze ans. Depuis, elles sont en couple. Toustes les deux étaient mariées avant de se rencontrer, Lilly a deux enfants. Waltraud, 76 ans, est née sous le nom de Walter. Dans les années 1980, elle a subi une chirurgie de changement de sexe en Allemagne. La transition mentale et physique de son sexe de naissance à son identité de genre ressentie a été un voyage long et difficile qu'elle a documenté dans plusieurs livres autobiographiques et conférences publiques.»
Lilly et Waltraud | Mirja Maria Thiel

«Irene m'a fait rencontrer sa copine de classe Lilly et sa partenaire transgenre Waltraud. En pensant aux difficultés que cela a été de trouver des couples, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que les coïncidences ont une signification plus profonde. J'ai rencontré Lilly et Waltraud pour la première fois pendant leurs vacances au bord de la mer début juillet 2020. Cette poétesse de 85 ans est tombée amoureuse de Waltraud, une spécialiste de la philologie allemande, qui a enseigné un cours d'écriture créative auquel elle a assisté, il y a douze ans. Depuis, elles sont en couple. Toustes les deux étaient mariées avant de se rencontrer, Lilly a deux enfants. Waltraud, 76 ans, est née sous le nom de Walter. Dans les années 1980, elle a subi une chirurgie de changement de sexe en Allemagne. La transition mentale et physique de son sexe de naissance à son identité de genre ressentie a été un voyage long et difficile qu'elle a documenté dans plusieurs livres autobiographiques et conférences publiques.»

«Les trois couples que j'ai photographiés jusqu'à présent sont tous des personnalités particulières et fortes. C'est peut-être une caractéristique nécessaire pour faire partie de la série. J'ai pris les images des premiers couples chez eux. Il était évident que des photos aussi intimes ne pouvaient être faites que dans un environnement auquel les couples étaient habitués et se sentaient détendus et à l'aise. Comme je n'habite pas très loin, j'ai pu rendre visite à Lilly et Waltraud deux fois, d'abord pour faire connaissance et me familiariser avec la maison et leurs goûts afin de les faire transparaître dans mes images (comme l'amour de Waltraud pour les navires!), puis pour les prendre en photo.»
Lilly et Waltraud | Mirja Maria Thiel

«Les trois couples que j'ai photographiés jusqu'à présent sont tous des personnalités particulières et fortes. C'est peut-être une caractéristique nécessaire pour faire partie de la série. J'ai pris les images des premiers couples chez eux. Il était évident que des photos aussi intimes ne pouvaient être faites que dans un environnement auquel les couples étaient habitués et se sentaient détendus et à l'aise. Comme je n'habite pas très loin, j'ai pu rendre visite à Lilly et Waltraud deux fois, d'abord pour faire connaissance et me familiariser avec la maison et leurs goûts afin de les faire transparaître dans mes images (comme l'amour de Waltraud pour les navires!), puis pour les prendre en photo.»

«Nila a rencontré Engelbert dans un théâtre amateur à Berlin en 1978. Elle avait 42 ans et était mère célibataire avec deux fils. Engelbert, lui, avait quatorze ans de moins qu'elle. Aucun de leurs amis ne croyaient à cet amour impossible, mais ils se sont finalement mariés en 2001. Jusqu'à aujourd'hui, à 84 et 70 ans, la sensualité, l'érotisme et la tendresse jouent pour eux un rôle essentiel. Nila a écrit l'histoire de leur vie dans un livre et des blogs. Tous deux sont des pratiquants dévoués du tantra et partagent deux passions: la musique et l'alpinisme. Je les ai rencontrés grâce à un autre photographe, mais pour trouver les couples, j'ai aussi mis des annonces dans les supermarchés de ma région d'origine et dans le journal local, j'ai interrogé tous mes amis et collègues et j'ai parlé à de nombreux sexothérapeutes.»
Nila et Engelbert | Mirja Maria Thiel

«Nila a rencontré Engelbert dans un théâtre amateur à Berlin en 1978. Elle avait 42 ans et était mère célibataire avec deux fils. Engelbert, lui, avait quatorze ans de moins qu'elle. Aucun de leurs amis ne croyaient à cet amour impossible, mais ils se sont finalement mariés en 2001. Jusqu'à aujourd'hui, à 84 et 70 ans, la sensualité, l'érotisme et la tendresse jouent pour eux un rôle essentiel. Nila a écrit l'histoire de leur vie dans un livre et des blogs. Tous deux sont des pratiquants dévoués du tantra et partagent deux passions: la musique et l'alpinisme. Je les ai rencontrés grâce à un autre photographe, mais pour trouver les couples, j'ai aussi mis des annonces dans les supermarchés de ma région d'origine et dans le journal local, j'ai interrogé tous mes amis et collègues et j'ai parlé à de nombreux sexothérapeutes.»

«Le but de cette série est d'élargir le discours social sur la vieillesse. Aujourd'hui, nous sommes habitués à discuter de défis complexes concernant le système de retraite, la montée spectaculaire des maladies liées à la démence et la crise de notre système de soins. Nous parlons aussi de loisirs et d'opportunités éducatives, généralement pour des raisons économiques. Mais jamais l'érotisme et la sexualité des personnes âgées ne sont évoqués. J'ai parlé à des amis londoniens de cette série et du discours social sur la vieillesse. Ils ont confirmé mon impression qu'il n'y a pas de grande différence entre l'Angleterre et l'Allemagne. Je suppose que c'est la même chose en France et ailleurs en Europe.»
Nila et Engelbert | Mirja Maria Thiel

«Le but de cette série est d'élargir le discours social sur la vieillesse. Aujourd'hui, nous sommes habitués à discuter de défis complexes concernant le système de retraite, la montée spectaculaire des maladies liées à la démence et la crise de notre système de soins. Nous parlons aussi de loisirs et d'opportunités éducatives, généralement pour des raisons économiques. Mais jamais l'érotisme et la sexualité des personnes âgées ne sont évoqués. J'ai parlé à des amis londoniens de cette série et du discours social sur la vieillesse. Ils ont confirmé mon impression qu'il n'y a pas de grande différence entre l'Angleterre et l'Allemagne. Je suppose que c'est la même chose en France et ailleurs en Europe.»

«Aborder la sexualité et les besoins érotiques des personnes âgées provoque  souvent de la honte et de l'inconfort. Depuis quelques années maintenant, en Allemagne on parle d'“assistants sexuels” pour les personnes âgées ou celles en situation de handicap. Mais cela reste encore assez méconnu et le discours dominant qui exclut la sexualité des personnes âgées ne change pas.»
Nila et Engelbert | Mirja Maria Thiel

«Aborder la sexualité et les besoins érotiques des personnes âgées provoque  souvent de la honte et de l'inconfort. Depuis quelques années maintenant, en Allemagne on parle d'“assistants sexuels” pour les personnes âgées ou celles en situation de handicap. Mais cela reste encore assez méconnu et le discours dominant qui exclut la sexualité des personnes âgées ne change pas.»

«Réaliser des images intimes est toujours un grand défi pour les couples, mais aussi pour moi. C'est vraiment intense. Je me souviens très bien des images de Lilly et Waltraud l'été dernier. Quand je suis venue pour la deuxième fois les voir, il pleuvait des cordes. Nous avons déjeuné dans un restaurant mais l'ambiance n'y était pas. Le temps était humide, froid et moche et sur le chemin de leur appartement, leur vieux teckel ne voulait plus avancer à cause des flaques d'eau. Mais plus tard, dans l'appartement confortable, avec un thé chaud, nous avons continué notre conversation de la semaine précédente avec plaisir. Puis nous avons bougé dans la chambre à coucher et tout s'est déroulé avec plus de facilité. J'espère élargir ma série avec deux autres couples. Un couple attend déjà d'être photographié mais en raison de la pandémie cela n'a pas encore été possible. Ce travail a connu plusieurs succès et l'image d'Irene et Günter sur le lit vient d'être montrée à l'occasion de deux expositions collectives dans des galeries aux États-Unis et le sera encore à l'Exposure Photography Festival qui commence à Calgary, au Canada, en février.»
Nila et Engelbert | Mirja Maria Thiel

«Réaliser des images intimes est toujours un grand défi pour les couples, mais aussi pour moi. C'est vraiment intense. Je me souviens très bien des images de Lilly et Waltraud l'été dernier. Quand je suis venue pour la deuxième fois les voir, il pleuvait des cordes. Nous avons déjeuné dans un restaurant mais l'ambiance n'y était pas. Le temps était humide, froid et moche et sur le chemin de leur appartement, leur vieux teckel ne voulait plus avancer à cause des flaques d'eau. Mais plus tard, dans l'appartement confortable, avec un thé chaud, nous avons continué notre conversation de la semaine précédente avec plaisir. Puis nous avons bougé dans la chambre à coucher et tout s'est déroulé avec plus de facilité. J'espère élargir ma série avec deux autres couples. Un couple attend déjà d'être photographié mais en raison de la pandémie cela n'a pas encore été possible. Ce travail a connu plusieurs succès et l'image d'Irene et Günter sur le lit vient d'être montrée à l'occasion de deux expositions collectives dans des galeries aux États-Unis et le sera encore à l'Exposure Photography Festival qui commence à Calgary, au Canada, en février.»

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 11 au 17 septembre 2021
Grand Format

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Scénario d'une catastrophe annoncée
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