L'irréaliste exubérance des brochures immobilières indiennes
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L'irréaliste exubérance des brochures immobilières indiennes

«À Gurgaon, la “Millenium City” en banlieue de Delhi, les publicités immobilières offrent des visions idylliques de la ville de demain», explique Arthur Crestani. Le photographe a décidé de se servir de ces brochures de logements fantasmés comme décor à ses photographies, afin d'interroger à la fois l'urbanisation indienne et la place prépondérante de l'image dans cette société. Son travail, intitulé Bad City Dreams, sera exposé lors du festival Circulation(s), à Paris, du 17 mars au 6 mai 2018.

AVJ Platinum #1 - Enhancing Lifestyles... | Arthur Crestani

 

«J’ai vécu un an à Delhi dans le cadre d’un échange universitaire en 2010-2011, mais les publicités immobilières indiennes n'ont commencé à m’intéresser qu'en 2012, à la suite d’une recherche d’appartement pour quelques mois. Je m’étais inscrit sur différents sites d’annonces et j’ai commencé à recevoir quotidiennement des mails publicitaires. Avec emphase et exubérance, ils promettaient bonheur, luxe et exclusivité dans des résidences aux noms français ou italiens. Ces projets fleurissaient à trente, quarante voire cinquante kilomètres du centre de la ville de Delhi, dans des espaces en plein bouleversement, où la ville progresse sur la campagne et où tout restait à construire. Ces publicités étaient enveloppées dans un langage lénifiant et infantilisant, jouant sur les aspirations à l’élévation par la consommation, qui sont une constante de l’Inde urbaine.»

AVJ Platinum #1 - Enhancing Lifestyles... | Arthur Crestani

 

«J’ai vécu un an à Delhi dans le cadre d’un échange universitaire en 2010-2011, mais les publicités immobilières indiennes n'ont commencé à m’intéresser qu'en 2012, à la suite d’une recherche d’appartement pour quelques mois. Je m’étais inscrit sur différents sites d’annonces et j’ai commencé à recevoir quotidiennement des mails publicitaires. Avec emphase et exubérance, ils promettaient bonheur, luxe et exclusivité dans des résidences aux noms français ou italiens. Ces projets fleurissaient à trente, quarante voire cinquante kilomètres du centre de la ville de Delhi, dans des espaces en plein bouleversement, où la ville progresse sur la campagne et où tout restait à construire. Ces publicités étaient enveloppées dans un langage lénifiant et infantilisant, jouant sur les aspirations à l’élévation par la consommation, qui sont une constante de l’Inde urbaine.»

Alpathum - Made For Leaders | Arthur Crestani



 

«J'ai souhaité interroger le rapport aux images, en particulier aux publicités immobilières, dans la société indienne contemporaine. L’urbanisation effrénée produit une myriade de nouvelles représentations: les villes indiennes aspirent à être des “global cities” et des “smart cities”, offrant un mode de vie “world class”. Les images occupent une place prépondérante dans la société indienne et les publicités jouent sur le registre d’une exubérance irréaliste mais néanmoins désirable. On pourrait les qualifier de naïves, mais elles sont d’abord révélatrices d’un goût pour le visuel, qui doit être riche et coloré.»

Alpathum - Made For Leaders | Arthur Crestani

 

«J'ai souhaité interroger le rapport aux images, en particulier aux publicités immobilières, dans la société indienne contemporaine. L’urbanisation effrénée produit une myriade de nouvelles représentations: les villes indiennes aspirent à être des “global cities” et des “smart cities”, offrant un mode de vie “world class”. Les images occupent une place prépondérante dans la société indienne et les publicités jouent sur le registre d’une exubérance irréaliste mais néanmoins désirable. On pourrait les qualifier de naïves, mais elles sont d’abord révélatrices d’un goût pour le visuel, qui doit être riche et coloré.»

GSR Drive #2 - Inspired By The Expanses Of Central Park - New York and Hyde Park - London | Arthur Crestani

 



«Je me suis inspiré de la tradition indienne de la photographie de studio, et en particulier de l’utilisation pour les portraits de fonds illustrés, qui étaient anciennement peints à la main et représentaient des scènes idylliques, des paysages et des monuments. À Gurgaon, en périphérie de Delhi, j'installais des bâches sur lesquelles étaient imprimées des vues d’artistes de projets immobiliers locaux, avant d’inviter toute personne alentour à se faire photographier. L’intérêt du projet était de voir comment ces images fantaisistes, une fois imprimées en grand format, suscitent l’envie de se faire photographier chez des personnes qui trouvaient jusqu’alors ces endroits laids et impropres à la photographie, et en particulier au portrait. Cette photographie a été prise à la fin d’une journée difficile, où le vent avait soufflé fort et m’avait contraint à renoncer par deux fois, après avoir bataillé pendant de longs moments. Un groupe de mécaniciens qui jouait aux cartes à quelques mètres de nous a catégoriquement refusé de poser. Après avoir essuyé d’autres refus, j’ai réussi à convaincre ce cycliste de passage. Merveilleuse coïncidence, les motifs de son foulard correspondaient parfaitement avec les damiers qui ornent le sommet des tours.»

GSR Drive #2 - Inspired By The Expanses Of Central Park - New York and Hyde Park - London | Arthur Crestani

 

«Je me suis inspiré de la tradition indienne de la photographie de studio, et en particulier de l’utilisation pour les portraits de fonds illustrés, qui étaient anciennement peints à la main et représentaient des scènes idylliques, des paysages et des monuments. À Gurgaon, en périphérie de Delhi, j'installais des bâches sur lesquelles étaient imprimées des vues d’artistes de projets immobiliers locaux, avant d’inviter toute personne alentour à se faire photographier. L’intérêt du projet était de voir comment ces images fantaisistes, une fois imprimées en grand format, suscitent l’envie de se faire photographier chez des personnes qui trouvaient jusqu’alors ces endroits laids et impropres à la photographie, et en particulier au portrait. Cette photographie a été prise à la fin d’une journée difficile, où le vent avait soufflé fort et m’avait contraint à renoncer par deux fois, après avoir bataillé pendant de longs moments. Un groupe de mécaniciens qui jouait aux cartes à quelques mètres de nous a catégoriquement refusé de poser. Après avoir essuyé d’autres refus, j’ai réussi à convaincre ce cycliste de passage. Merveilleuse coïncidence, les motifs de son foulard correspondaient parfaitement avec les damiers qui ornent le sommet des tours.»

Fairwealth Breeze Homes - Podium Living, 85% Green Area | Arthur Crestani

 

«Ces visions publicitaires ont été le moteur d’un jeu lors des prises de vue mais aussi après, avec l’envoi des photographies via Whatsapp, le moyen de communication privilégié en Inde. Ces tours ont été bâties à quelques pas du village de cette femme, un petit hameau de paysans. Il m’a fallu m’y reprendre à plusieurs reprises pour la convaincre de se laisser photographier, et elle ne s’est finalement prêtée au jeu qu’en présence de son mari. Les femmes sont largement absentes de ces espaces; à la différence des hommes qui manifestent leur curiosité, elles s’effacent et continuent leur route. Il m’était donc très difficile d’avoir accès à des femmes lors de mes prises de vue, ce qui m’a conduit à insister dès que j’ai vu que, malgré ses réticences, elle manifestait intérêt et curiosité pour le spectacle qui se déroulait devant chez elle.»

Fairwealth Breeze Homes - Podium Living, 85% Green Area | Arthur Crestani

 

«Ces visions publicitaires ont été le moteur d’un jeu lors des prises de vue mais aussi après, avec l’envoi des photographies via Whatsapp, le moyen de communication privilégié en Inde. Ces tours ont été bâties à quelques pas du village de cette femme, un petit hameau de paysans. Il m’a fallu m’y reprendre à plusieurs reprises pour la convaincre de se laisser photographier, et elle ne s’est finalement prêtée au jeu qu’en présence de son mari. Les femmes sont largement absentes de ces espaces; à la différence des hommes qui manifestent leur curiosité, elles s’effacent et continuent leur route. Il m’était donc très difficile d’avoir accès à des femmes lors de mes prises de vue, ce qui m’a conduit à insister dès que j’ai vu que, malgré ses réticences, elle manifestait intérêt et curiosité pour le spectacle qui se déroulait devant chez elle.»

Arëte - Twin Level Supersize Clubbing Zone Spread Over 12 000 Square Feet | Arthur Crestani

 

«Cette construction visuelle du désir prend place dans des espaces périphériques anonymes. La ville s’étend dans ces endroits arides et inhospitaliers, dont la réalité est bien éloignée des promesses publicitaires. Ces espaces en transition suscitent à la fois attirance et répulsion: l’espoir d’une vie meilleure, mais également la peur d’une relégation géographique à la périphérie de la métropole. Gurgaon, située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Delhi, est une ville particulièrement intéressante d’un point de vue urbanistique. Ce n’était qu’un village anonyme à la fin des années 1980, qui est devenu en moins de trente ans un symbole de l’Inde contemporaine, une ville de plus de deux millions d’habitants où se précipitent les multinationales. Située dans l’État de l’Haryana, en dehors de Delhi, la ville est entièrement privatisée: elle s’est développée en l’absence des régulations d’urbanisme qui s’appliquent à Delhi et a ainsi fait la fortune du conglomérat immobilier DLF, qui y détient tout le foncier.»

Arëte - Twin Level Supersize Clubbing Zone Spread Over 12 000 Square Feet | Arthur Crestani

 

«Cette construction visuelle du désir prend place dans des espaces périphériques anonymes. La ville s’étend dans ces endroits arides et inhospitaliers, dont la réalité est bien éloignée des promesses publicitaires. Ces espaces en transition suscitent à la fois attirance et répulsion: l’espoir d’une vie meilleure, mais également la peur d’une relégation géographique à la périphérie de la métropole. Gurgaon, située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Delhi, est une ville particulièrement intéressante d’un point de vue urbanistique. Ce n’était qu’un village anonyme à la fin des années 1980, qui est devenu en moins de trente ans un symbole de l’Inde contemporaine, une ville de plus de deux millions d’habitants où se précipitent les multinationales. Située dans l’État de l’Haryana, en dehors de Delhi, la ville est entièrement privatisée: elle s’est développée en l’absence des régulations d’urbanisme qui s’appliquent à Delhi et a ainsi fait la fortune du conglomérat immobilier DLF, qui y détient tout le foncier.»

GSR Drive #1- If You Love Space, You Will Love GSR Drive | Arthur Crestani

 



«Aujourd’hui, les avantages fiscaux considérables et la force de travail à Gurgaon attirent les entreprises. Gurgaon est le prototype de la ville néolibérale, entièrement soumise aux forces du marché. D’aucuns diraient qu’elle est une aberration écologique. Sa croissance est par ailleurs dépendante de la bulle immobilière. À bien des égards, on peut considérer Gurgaon comme une expérience à ciel ouvert pour l’Inde de demain. Il est donc crucial de comprendre ce qui s’y joue. Obtenir cette photographie a été un vrai sport de combat. Au moment où je la prends, après avoir traversé le terrain vague en courant pour rattraper ce vendeur ambulant, une soixantaine d’enfants surexcités se trouvent autour de moi, et même derrière la bâche, prêts à se ruer devant l’appareil. Cela fait déjà vingt minutes que je m’exécute pour leur bon plaisir, mais ils ne sont jamais rassasiés. Ce sont finalement les quelques adolescents du groupe qui m’aident à les maintenir hors du cadre, le temps que je prenne trois clichés.»

GSR Drive #1- If You Love Space, You Will Love GSR Drive | Arthur Crestani

 

«Aujourd’hui, les avantages fiscaux considérables et la force de travail à Gurgaon attirent les entreprises. Gurgaon est le prototype de la ville néolibérale, entièrement soumise aux forces du marché. D’aucuns diraient qu’elle est une aberration écologique. Sa croissance est par ailleurs dépendante de la bulle immobilière. À bien des égards, on peut considérer Gurgaon comme une expérience à ciel ouvert pour l’Inde de demain. Il est donc crucial de comprendre ce qui s’y joue. Obtenir cette photographie a été un vrai sport de combat. Au moment où je la prends, après avoir traversé le terrain vague en courant pour rattraper ce vendeur ambulant, une soixantaine d’enfants surexcités se trouvent autour de moi, et même derrière la bâche, prêts à se ruer devant l’appareil. Cela fait déjà vingt minutes que je m’exécute pour leur bon plaisir, mais ils ne sont jamais rassasiés. Ce sont finalement les quelques adolescents du groupe qui m’aident à les maintenir hors du cadre, le temps que je prenne trois clichés.»

Klock Tower - Satisfy Your Longing for Getting a Home That Looks | Arthur Crestani

 

«Après avoir numérisé les brochures, j’ai effectué des repérages dans Gurgaon pendant une semaine, le temps de la fabrication des bâches par un imprimeur bon marché dans le centre de Delhi. J’ai ensuite établi une feuille de route, en prévoyant les itinéraires pour chaque jour et les bâches à utiliser, assisté par un jeune photographe indien qui conduisait une voiture.   C’est certainement l’endroit le plus désolé où il m’ait été donné de photographier pour Bad City Dreams. Il n’y avait ici que des vaches et cinq ou six jeunes, un groupe d’amis venus en moto pour tuer le temps avec l’un d’entre eux, chargé de surveiller un enclos de chèvres. Avec son t-shirt Hulk, ses tatouages, son pantalon moulant et sa coupe de cheveux, l’homme de gauche est un représentant de ces jeunes issus de milieux modestes mais exposés à une nouvelle culture urbaine.»

Klock Tower - Satisfy Your Longing for Getting a Home That Looks | Arthur Crestani

 

«Après avoir numérisé les brochures, j’ai effectué des repérages dans Gurgaon pendant une semaine, le temps de la fabrication des bâches par un imprimeur bon marché dans le centre de Delhi. J’ai ensuite établi une feuille de route, en prévoyant les itinéraires pour chaque jour et les bâches à utiliser, assisté par un jeune photographe indien qui conduisait une voiture. C’est certainement l’endroit le plus désolé où il m’ait été donné de photographier pour Bad City Dreams. Il n’y avait ici que des vaches et cinq ou six jeunes, un groupe d’amis venus en moto pour tuer le temps avec l’un d’entre eux, chargé de surveiller un enclos de chèvres. Avec son t-shirt Hulk, ses tatouages, son pantalon moulant et sa coupe de cheveux, l’homme de gauche est un représentant de ces jeunes issus de milieux modestes mais exposés à une nouvelle culture urbaine.»

Royale ville - A Rare Treat Of Elegance | Arthur Crestani

 



«Les personnes que j’ai photographiées sont les gens que j’ai rencontrés sur le lieu de chacune de mes prises de vue. La plupart passaient par là, circulant à pied, à vélo ou à moto, mais il y a également des ouvriers employés sur les chantiers voisins que j’ai pu photographier le temps d’une pause, des agents de sécurité dont la guérite n'était pas loin et des gens habitant à proximité. Ce sont pour la grande majorité des hommes et des femmes exclues de la nouvelle prospérité promise par les publicités immobilières. Les seules personnes de la classe moyenne que j’ai photographiées sont des ingénieurs dirigeant des ouvriers et quelques jeunes qui se baladaient à vélo ou à moto. Sur cette image, l’immeuble en ruines n’a en réalité jamais été achevé: un différend sur le titre de propriété en a eu raison et il demeure à l’abandon depuis des années. Ainsi conjugué à la vue des vaches qui avancent, lentes et impassibles, et au stoïcisme des deux hommes, il se dégage de cette scène une étrangeté flottante.»

Royale ville - A Rare Treat Of Elegance | Arthur Crestani

 

«Les personnes que j’ai photographiées sont les gens que j’ai rencontrés sur le lieu de chacune de mes prises de vue. La plupart passaient par là, circulant à pied, à vélo ou à moto, mais il y a également des ouvriers employés sur les chantiers voisins que j’ai pu photographier le temps d’une pause, des agents de sécurité dont la guérite n'était pas loin et des gens habitant à proximité. Ce sont pour la grande majorité des hommes et des femmes exclues de la nouvelle prospérité promise par les publicités immobilières. Les seules personnes de la classe moyenne que j’ai photographiées sont des ingénieurs dirigeant des ouvriers et quelques jeunes qui se baladaient à vélo ou à moto. Sur cette image, l’immeuble en ruines n’a en réalité jamais été achevé: un différend sur le titre de propriété en a eu raison et il demeure à l’abandon depuis des années. Ainsi conjugué à la vue des vaches qui avancent, lentes et impassibles, et au stoïcisme des deux hommes, il se dégage de cette scène une étrangeté flottante.»

Luxury Living Bhiwadi - Sky Club on 18th Floor | Arthur Crestani

 



«L’urbanisation indienne, telle qu’elle se déploie depuis les années 1990, est profondément inégalitaire. Le pays a libéralisé une économie jusqu’alors socialiste et paralysée par le contrôle bureaucratique. Des opportunités foncières se sont créées, vers lesquelles se sont précipités les spéculateurs. L’immobilier sert en outre de lessiveuse à l’argent sale, ce qui accroît cette bulle, dont l’éclatement est prédit depuis dix ans mais qui tient malgré tout. À Gurgaon, la moitié des logements sont vides. On construit parfois à perte, misant sur des combines pour encaisser des profits rapides, ce qui explique notamment la détérioration accélérée de constructions récentes. Le pays fait face à un sérieux déficit d’infrastructures, que l'on peut imputer aux lacunes des gouvernements locaux face à la rapidité de l’urbanisation. Les réseaux électriques et d’eau sont constamment mis à l’épreuve. Même dans les quartiers les plus aisés, les coupures de courant sont fréquentes et prolongées. En conséquence, des sociétés privées naissent pour fournir ces services, conduisant à un urbanisme à plusieurs vitesses, où le droit à la ville est fonction du statut social.»

Luxury Living Bhiwadi - Sky Club on 18th Floor | Arthur Crestani

 

«L’urbanisation indienne, telle qu’elle se déploie depuis les années 1990, est profondément inégalitaire. Le pays a libéralisé une économie jusqu’alors socialiste et paralysée par le contrôle bureaucratique. Des opportunités foncières se sont créées, vers lesquelles se sont précipités les spéculateurs. L’immobilier sert en outre de lessiveuse à l’argent sale, ce qui accroît cette bulle, dont l’éclatement est prédit depuis dix ans mais qui tient malgré tout. À Gurgaon, la moitié des logements sont vides. On construit parfois à perte, misant sur des combines pour encaisser des profits rapides, ce qui explique notamment la détérioration accélérée de constructions récentes. Le pays fait face à un sérieux déficit d’infrastructures, que l'on peut imputer aux lacunes des gouvernements locaux face à la rapidité de l’urbanisation. Les réseaux électriques et d’eau sont constamment mis à l’épreuve. Même dans les quartiers les plus aisés, les coupures de courant sont fréquentes et prolongées. En conséquence, des sociétés privées naissent pour fournir ces services, conduisant à un urbanisme à plusieurs vitesses, où le droit à la ville est fonction du statut social.»

Casa Bella - An Innovation Defined By Passion | Arthur Crestani

 



«Gurgaon en est l’exemple le plus radical, une ville sans espace public où le nombre d’agents de sécurité est dix fois supérieur au nombre de policiers. Avec ses centres commerciaux, son métro privé et ses sièges sociaux de multinationales, Gurgaon se projette aux avant-postes de l’Inde de demain. Il y a une dimension utopique autour de Gurgaon, fondée sur la croyance en la capacité du secteur privé à réussir là où l’Etat et le gouvernement, accusés de corruption et d’incompétence, ont échoué. Mais Gurgaon est morcelée en îlots protégés par des gardes et des barbelés au-delà desquels les résidents n’osent s’aventurer, et il règne une très forte angoisse de l’autre, qu’il soit villageois, paysan, éleveur ou ouvrier migrant. Avec ses tours au milieu des champs et ses jacuzzis qui restent secs, Gurgaon est un château de sable, une façade certes séduisante de l’Inde contemporaine, mais dont les fondations sont extrêmement fragiles. Les immeubles aux motifs de cathédrales gothiques à l’arrière-plan ont été un de mes premiers chocs visuels à Gurgaon, cinq ans avant la prise de cette photographie. Nous sommes ici dans ce qui reste d’un village qui a été englouti par l’urbanisation, mais qui a gardé des traits que l'on retrouve à travers les campagnes d’Inde du Nord. On a la sensation d’être dans une bulle paisible et désolée. C’est un de ces endroits, avec ses allées oubliées et ses maisons délabrées, où dialoguent le passé, le présent et le futur de ce territoire.»

Casa Bella - An Innovation Defined By Passion | Arthur Crestani

 

«Gurgaon en est l’exemple le plus radical, une ville sans espace public où le nombre d’agents de sécurité est dix fois supérieur au nombre de policiers. Avec ses centres commerciaux, son métro privé et ses sièges sociaux de multinationales, Gurgaon se projette aux avant-postes de l’Inde de demain. Il y a une dimension utopique autour de Gurgaon, fondée sur la croyance en la capacité du secteur privé à réussir là où l’Etat et le gouvernement, accusés de corruption et d’incompétence, ont échoué. Mais Gurgaon est morcelée en îlots protégés par des gardes et des barbelés au-delà desquels les résidents n’osent s’aventurer, et il règne une très forte angoisse de l’autre, qu’il soit villageois, paysan, éleveur ou ouvrier migrant. Avec ses tours au milieu des champs et ses jacuzzis qui restent secs, Gurgaon est un château de sable, une façade certes séduisante de l’Inde contemporaine, mais dont les fondations sont extrêmement fragiles. Les immeubles aux motifs de cathédrales gothiques à l’arrière-plan ont été un de mes premiers chocs visuels à Gurgaon, cinq ans avant la prise de cette photographie. Nous sommes ici dans ce qui reste d’un village qui a été englouti par l’urbanisation, mais qui a gardé des traits que l'on retrouve à travers les campagnes d’Inde du Nord. On a la sensation d’être dans une bulle paisible et désolée. C’est un de ces endroits, avec ses allées oubliées et ses maisons délabrées, où dialoguent le passé, le présent et le futur de ce territoire.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

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