La Grande Motte, icône des sixties
Société / Culture

La Grande Motte, icône des sixties

Longtemps caricaturée pour son utilisation du béton, l’architecture de La Grande Motte a bénéficié ces dernières années d’une meilleure compréhension, jusqu’à l’obtention en 2010 du label Patrimoine du XXe siècle (remplacé depuis par le label Architecture contemporaine remarquable), attribué à l’ensemble de la ville. À l’occasion de l’exposition «La Grande Motte, Cité solaire», présentée jusqu’au 15 avril à Paris dans la galerie du magazine web tema.archi, le curateur de l’exposition Thomas Blancart nous invite à redécouvrir la station icône du balnéaire moderne, à travers six photographies de Sébastien Siraudeau.

Surgie des sables de Camargue à la fin des années 1960, La Grande Motte est la pièce maîtresse du grand programme d’aménagement des côtes du Languedoc-Roussillon réalisé dans le contexte des Trente glorieuses (1945-1975). Hausse du pouvoir d’achat, acquisition d’une automobile et réduction du temps de travail laissent progressivement aux Français davantage de temps libre. C’est l’avènement de la civilisation du loisir. 
Les Dunes | Sébastien Siraudeau

Surgie des sables de Camargue à la fin des années 1960, La Grande Motte est la pièce maîtresse du grand programme d’aménagement des côtes du Languedoc-Roussillon réalisé dans le contexte des Trente glorieuses (1945-1975). Hausse du pouvoir d’achat, acquisition d’une automobile et réduction du temps de travail laissent progressivement aux Français davantage de temps libre. C’est l’avènement de la civilisation du loisir

La réalisation de la nouvelle ville balnéaire est confiée à l’architecte-philosophe Jean Balladur qui se consacrera exclusivement, durant vingt ans, à ce projet pharaonique. Il repoussera les limites de la création architecturale, ouvrant ainsi la voie aux fantaisies du post-modernisme. La Grande Motte attire aujourd’hui de nombreux artistes, designers ou voyageurs curieux qui viennent s’inspirer du caractère esthétique de son architecture.
Le Photographe | Sébastien Siraudeau

La réalisation de la nouvelle ville balnéaire est confiée à l’architecte-philosophe Jean Balladur qui se consacrera exclusivement, durant vingt ans, à ce projet pharaonique. Il repoussera les limites de la création architecturale, ouvrant ainsi la voie aux fantaisies du post-modernisme. La Grande Motte attire aujourd’hui de nombreux artistes, designers ou voyageurs curieux qui viennent s’inspirer du caractère esthétique de son architecture.

À la recherche de son propre langage architectural, Jean Balladur puisera son inspiration dans trois créations propres à éveiller l’imaginaire de chacun. Le gabarit de ses immeubles fait référence à celui des pyramides précolombiennes. Objectifs, pour l’architecte: remodeler un paysage sur le site plat de La Grande Motte et faire écho aux collines de l’arrière-pays héraultais. Ses pyramides lui permettront également de maîtriser les vents dominants et de créer un véritable microclimat propice à l’épanouissement d’une végétation omniprésente. À La Grande Motte, 70% de la surface de la ville est réservée à l’emprise du végétal, hommage au concept de «cité-jardin verticale» (ou Cité radieuse) pensé par l’architecte Le Corbusier. Enfin, c’est à Brasilia, création du célèbre architecte Oscar Niemeyer, qu’il découvrira les propriétés plastiques du béton. La matière deviendra le support de son expression amenant ainsi à des créations s’approchant de l’architecture-sculpture.
Fidji (2) - Architecte: Jean Balladur | Sébastien Siraudeau

À la recherche de son propre langage architectural, Jean Balladur puisera son inspiration dans trois créations propres à éveiller l’imaginaire de chacun. Le gabarit de ses immeubles fait référence à celui des pyramides précolombiennes. Objectifs, pour l’architecte: remodeler un paysage sur le site plat de La Grande Motte et faire écho aux collines de l’arrière-pays héraultais. Ses pyramides lui permettront également de maîtriser les vents dominants et de créer un véritable microclimat propice à l’épanouissement d’une végétation omniprésente. À La Grande Motte, 70% de la surface de la ville est réservée à l’emprise du végétal, hommage au concept de «cité-jardin verticale» (ou Cité radieuse) pensé par l’architecte Le Corbusier. Enfin, c’est à Brasilia, création du célèbre architecte Oscar Niemeyer, qu’il découvrira les propriétés plastiques du béton. La matière deviendra le support de son expression amenant ainsi à des créations s’approchant de l’architecture-sculpture.

Ils sont peu nombreux à avoir pu concevoir une ville entière depuis son tracé jusqu’aux gabarits architecturaux en passant par le design du mobilier urbain et le choix de la végétation. En sa qualité d’architecte en chef, Jean Balladur va s’atteler à l’ensemble de ces tâches, mais aussi à la réalisation de certains bâtiments, notamment deux postes de secours pour les plages du quartier du Couchant. Béton blanc immaculé, formes organiques et fluides, le geste fait écho à l’architecture «douce et féminine» souhaitée pour cette partie de la ville. L’architecte n’oublie pas l’aspect fonctionnel en intégrant des douches dans la maçonnerie.
Le Poste de Secours - Architecte: Jean Balladur | Sébastien Siraudeau

Ils sont peu nombreux à avoir pu concevoir une ville entière depuis son tracé jusqu’aux gabarits architecturaux en passant par le design du mobilier urbain et le choix de la végétation. En sa qualité d’architecte en chef, Jean Balladur va s’atteler à l’ensemble de ces tâches, mais aussi à la réalisation de certains bâtiments, notamment deux postes de secours pour les plages du quartier du Couchant. Béton blanc immaculé, formes organiques et fluides, le geste fait écho à l’architecture «douce et féminine» souhaitée pour cette partie de la ville. L’architecte n’oublie pas l’aspect fonctionnel en intégrant des douches dans la maçonnerie.

À La Grande Motte, Jean Balladur réinterprète la «modénature». Le terme désigne les effets de mouluration que l’on trouve en façade des bâtiments depuis l’Antiquité. À La Grande Motte, Balladur invente une modénature résolument moderne, elle prend place sur les façades de ses pyramides, sur lesquelles il vient poser une résille de béton moulé, préfabriquée. Chaque bâtiment présente deux formes différentes afin de donner un rythme à la façade. Esthétique, cette modénature joue aussi un vrai rôle pratique: en cadrant chaque loggia, elle permet de briser le vent et d’apporter une ombre bienvenue aux habitants des appartements.
Les Arcades (2) | Sébastien Siraudeau

À La Grande Motte, Jean Balladur réinterprète la «modénature». Le terme désigne les effets de mouluration que l’on trouve en façade des bâtiments depuis l’Antiquité. À La Grande Motte, Balladur invente une modénature résolument moderne, elle prend place sur les façades de ses pyramides, sur lesquelles il vient poser une résille de béton moulé, préfabriquée. Chaque bâtiment présente deux formes différentes afin de donner un rythme à la façade. Esthétique, cette modénature joue aussi un vrai rôle pratique: en cadrant chaque loggia, elle permet de briser le vent et d’apporter une ombre bienvenue aux habitants des appartements.

Incomprises au moment de leur création, les innovations de la ville balnéaire furent grassement critiquées pendant près de trente ans. Marqueur d’une époque empreinte de liberté, La Grande Motte s'est muée en icône. Pour les historiens, c’est celle de l’invention du «balnéaire pour tous», pour des millions de Français et Françaises, celle de souvenirs de vacances heureux, pour plusieurs de ses habitants et habitantes, celle d’un paradis terrestre. Jean Balladur écrivait à propos de sa propre ville: «Si j’étais Dieu, je me méfierais des architectes! Ils sont les instruments subversifs du projet secret de l’espèce humaine: reconstruire le Paradis perdu.»
Sacré numéro | Sébastien Siraudeau

Incomprises au moment de leur création, les innovations de la ville balnéaire furent grassement critiquées pendant près de trente ans. Marqueur d’une époque empreinte de liberté, La Grande Motte s'est muée en icône. Pour les historiens, c’est celle de l’invention du «balnéaire pour tous», pour des millions de Français et Françaises, celle de souvenirs de vacances heureux, pour plusieurs de ses habitants et habitantes, celle d’un paradis terrestre. Jean Balladur écrivait à propos de sa propre ville: «Si j’étais Dieu, je me méfierais des architectes! Ils sont les instruments subversifs du projet secret de l’espèce humaine: reconstruire le Paradis perdu.»

Sébastien Siraudeau

Sébastien Siraudeau Photographe d’architecture et de décoration

Thomas Blancart

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