Deux semaines au cœur du Gabon sous haute tension
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Deux semaines au cœur du Gabon sous haute tension

Le 31 août, le président Ali Bongo a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle gabonaise. Le résultat a immédiatement été contesté par les partisans de l'opposition et des violences ont éclatées. Le photographe de l'AFP Marco Longari était au Gabon du 21 août au 6 septembre. Il revient pour Slate sur deux semaines de travail sur place.

«L'élection présidentielle s'est déroulée le 27 août. Les Gabonais avaient le choix entre reconduire Ali Bongo et élire Jean Ping, un diplomate proche du père d'Ali Bongo qui a dirigé le pays pendant quarante-et-un ans. J'étais un peu inquiet à mon arrivée car c'est un pays dans lequel je n'ai jamais travaillé. C'était à la fois passionnant et compliqué car je ne connaissais ni la configuration de Libreville ni la réaction des gens face à un photographe. J'ai commencé par illustrer, sans rencontrer de difficultés, la campagne présidentielle, les derniers rassemblements puis le vote le jour J.»

«L'élection présidentielle s'est déroulée le 27 août. Les Gabonais avaient le choix entre reconduire Ali Bongo et élire Jean Ping, un diplomate proche du père d'Ali Bongo qui a dirigé le pays pendant quarante-et-un ans. J'étais un peu inquiet à mon arrivée car c'est un pays dans lequel je n'ai jamais travaillé. C'était à la fois passionnant et compliqué car je ne connaissais ni la configuration de Libreville ni la réaction des gens face à un photographe. J'ai commencé par illustrer, sans rencontrer de difficultés, la campagne présidentielle, les derniers rassemblements puis le vote le jour J.»

«L'élection s'est déroulée normalement, sans aucun incident. Il y a ensuite eu un délai pendant lequel le pays était en suspens. Ça c’était compliqué à illustrer. Il ne s'est rien passé jusqu’au moment de l’annonce des résultats le 31 août. À ce moment-là, la ville s'est vidée, il n’y avait plus personne dans la rue. Les magasins ont été fermés et les gens sont rentrés chez eux en achetant des provisions de pain. Au même moment des forces de l'ordre se déployaient dans la ville.»

«L'élection s'est déroulée normalement, sans aucun incident. Il y a ensuite eu un délai pendant lequel le pays était en suspens. Ça c’était compliqué à illustrer. Il ne s'est rien passé jusqu’au moment de l’annonce des résultats le 31 août. À ce moment-là, la ville s'est vidée, il n’y avait plus personne dans la rue. Les magasins ont été fermés et les gens sont rentrés chez eux en achetant des provisions de pain. Au même moment des forces de l'ordre se déployaient dans la ville.»

«Quelques minutes après l'annonce des résultats, les partisans de l'opposition ont quitté le QG de Jean Ping pour essayer de se rendre au siège de la commission électorale mais ils ont rencontré en chemin les forces de l'ordre. Les affrontements se sont déroulés en milieu d'après-midi.»

«Quelques minutes après l'annonce des résultats, les partisans de l'opposition ont quitté le QG de Jean Ping pour essayer de se rendre au siège de la commission électorale mais ils ont rencontré en chemin les forces de l'ordre. Les affrontements se sont déroulés en milieu d'après-midi.»

«Ils ont continué toute la nuit à Libreville mais aussi dans d'autres villes du pays. L'assemblée nationale a été incendiée et des hélicoptères ont patrouillés au dessus de la capitale toute la nuit. On savait à ce moment-là que la situation était très tendue dans certains quartiers mais comme c'était la nuit, il était difficile de les couvrir.»

«Ils ont continué toute la nuit à Libreville mais aussi dans d'autres villes du pays. L'assemblée nationale a été incendiée et des hélicoptères ont patrouillés au dessus de la capitale toute la nuit. On savait à ce moment-là que la situation était très tendue dans certains quartiers mais comme c'était la nuit, il était difficile de les couvrir.»

«Le lendemain très tôt, avec les rédacteurs de l'AFP, nous avons essayé de nous rendre dans différents endroits pour documenter les dommages de la veille et vérifier nos informations. C'est à ce moment-là que nous avons assisté à l'arrivée de blessés dans une clinique.»

«Le lendemain très tôt, avec les rédacteurs de l'AFP, nous avons essayé de nous rendre dans différents endroits pour documenter les dommages de la veille et vérifier nos informations. C'est à ce moment-là que nous avons assisté à l'arrivée de blessés dans une clinique.»

«Nous sommes ensuite allés au QG de Jean Ping. Aux alentours, les dégâts étaient nombreux et des magasins avaient été pillés. Les forces de l'ordre étaient déjà là et avaient bouclé le périmètre, mais elles ne nous ont pas chassés. Quand nous avons pu rentrer nous avons constaté que les vitres avaient été fracassées et qu'il y avait du sang à l'intérieur de la salle de conférence. L'une des deux victimes était un policier.»

«Nous sommes ensuite allés au QG de Jean Ping. Aux alentours, les dégâts étaient nombreux et des magasins avaient été pillés. Les forces de l'ordre étaient déjà là et avaient bouclé le périmètre, mais elles ne nous ont pas chassés. Quand nous avons pu rentrer nous avons constaté que les vitres avaient été fracassées et qu'il y avait du sang à l'intérieur de la salle de conférence. L'une des deux victimes était un policier.»

«Le 2 septembre, une procession transportait le corps d'Axel Messa, 30 ans, enroulé dans un drapeau gabonais, vers les pompes funèbres, dans le quartier de Nzeng Ayong. Nous sommes arrivés jusqu'à un barrage de l'armée. On avait peur que ça dégénère car les militaires ont fermé les accès et ne voulaient pas laisser passer les manifestants. Il y a eu des tensions mais la famille a négocié avec les militaires et ils ont finalement accepté de laisser passer le corps.»

«Le 2 septembre, une procession transportait le corps d'Axel Messa, 30 ans, enroulé dans un drapeau gabonais, vers les pompes funèbres, dans le quartier de Nzeng Ayong. Nous sommes arrivés jusqu'à un barrage de l'armée. On avait peur que ça dégénère car les militaires ont fermé les accès et ne voulaient pas laisser passer les manifestants. Il y a eu des tensions mais la famille a négocié avec les militaires et ils ont finalement accepté de laisser passer le corps.»

«Il y a eu ensuite de longues journées d'attente rythmées par des points presse de l'opposition. On a aussi rejoint une patrouille de la police gabonaise dans différents points chauds de la ville. On a pu voir vu les policiers travailler. C'est important pour se rendre compte de comment les forces de l’ordre étaient déployées dans la ville et se rendaient dans les quartiers qui ne nous étaient pas facile d'accès.»

«Il y a eu ensuite de longues journées d'attente rythmées par des points presse de l'opposition. On a aussi rejoint une patrouille de la police gabonaise dans différents points chauds de la ville. On a pu voir vu les policiers travailler. C'est important pour se rendre compte de comment les forces de l’ordre étaient déployées dans la ville et se rendaient dans les quartiers qui ne nous étaient pas facile d'accès.»

«On est ensuite montés au nord à la frontière avec le Cameroun dans la petite vile de Bitam pour constater les violences du 31. On s'est rendu au marché central tenu par la communauté musulmane des Haoussas rencontrer des propriétaires de magasins qui avaient été pillés et brûlés.»

«On est ensuite montés au nord à la frontière avec le Cameroun dans la petite vile de Bitam pour constater les violences du 31. On s'est rendu au marché central tenu par la communauté musulmane des Haoussas rencontrer des propriétaires de magasins qui avaient été pillés et brûlés.»

«En réalité, les violences se sont concentrées autour du vote et n'ont duré que 48 heures puis les épisodes de violence se sont terminés même si la situation restait tendue et les barrages ont commencé à disparaître.»

«En réalité, les violences se sont concentrées autour du vote et n'ont duré que 48 heures puis les épisodes de violence se sont terminés même si la situation restait tendue et les barrages ont commencé à disparaître.»

«Le dernier jour, nous sommes allés au tribunal voir les proches des personnes qui avaient été arrêtés pendant les opérations de police quelques jours plus tôt. Les familles en détresse s’inquiétaient beaucoup pour eux, c'était très tendu. Environ 800 personnes ont été arrêtées, accusées de violences ou de pillage mais les avocats ont dénoncé des garde à vue qui s’étaient déroulées dans des conditions “déplorables”.»

«Le dernier jour, nous sommes allés au tribunal voir les proches des personnes qui avaient été arrêtés pendant les opérations de police quelques jours plus tôt. Les familles en détresse s’inquiétaient beaucoup pour eux, c'était très tendu. Environ 800 personnes ont été arrêtées, accusées de violences ou de pillage mais les avocats ont dénoncé des garde à vue qui s’étaient déroulées dans des conditions “déplorables”.»

«La dernière chose à laquelle j'ai assisté avant mon départ a été une cérémonie de commémoration en honneur des victimes au quartier général de l’opposition, le 6 septembre. En deux semaines de reportage, les scènes de prières étaient importantes notamment pour illustrer une certaine normalité de la religion qui fait partie de la vie quotidienne. C'est un prisme par lequel on peut raconter une histoire. On dit l'attente, mais aussi le soulagement après la violence.»

«La dernière chose à laquelle j'ai assisté avant mon départ a été une cérémonie de commémoration en honneur des victimes au quartier général de l’opposition, le 6 septembre. En deux semaines de reportage, les scènes de prières étaient importantes notamment pour illustrer une certaine normalité de la religion qui fait partie de la vie quotidienne. C'est un prisme par lequel on peut raconter une histoire. On dit l'attente, mais aussi le soulagement après la violence.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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