Résidence Provisoire
Société

Résidence Provisoire

«Il y a 60 ans, le 9 août 1956, naîssait la Société Nationale de Construction pour les Travailleurs Algériens, la Sonacotra, raconte Florence Brochoire. Sa fonction était de construire des foyers pour les travailleurs migrants algériens qui vivaient dans des bidonvilles comme ceux de Nanterre. Les structures se voulaient provisoires: on pense alors que les travailleurs repartiront vivre en Algérie. Mais en 60 ans, les missions de la société (aujourd'hui renommée Adoma) n'ont cessé de se multiplier. Elle gère aujourd’hui 167 Foyers de Travailleurs Migrants, 369 Résidences sociales, 169 Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile et 38 PRAHDA (programme régional pour l’accueil et l’hébergement des demandeurs d’asile).» Depuis 2013, cette photographe entreprend un travail au long court sur ces structures d’accueil et ceux qui y vivent. Sa série intitulée «Résidence Provisoire» est exposée à La grange aux belles, à Paris, jusqu'au 26 avril 2018.

«La première fois que j’ai poussé la porte de l’un de ces foyers de travailleurs migrants ex-Sonacotra, c’était pour une commande à Évreux en 2013. J’y ai rencontré Yahya, résident de la première heure, débarqué d’Algérie à 18 ans. C’est lui qui m’a décidé à entreprendre ce travail personnel au long cours, qui trace un portrait à la fois des structures d’accueil et de ceux qui y vivent. À travers onze bâtiments situés dans neuf villes différentes et des dizaines de rencontres, j’ai élaboré un récit photographique qui rassemble les traces des vieux Sonacotra, documente les nouveaux dispositifs, raconte les parcours de vie. Les premiers travailleurs migrants résidents sont aujourd’hui retraités. Ils sont surnommés les Chibanis ("cheveux blancs" en arabe). Selon un recensement effectué en 2014 par le Ministère de la ville, ils sont estimés à 35.000 à toujours vivre dans ces logements très sociaux. Avec des chambres individuelles de 7 à 9 mètres carrés, des cuisines et des sanitaires communs, ils auront passé dans ces foyers jusqu’à 60 ans de leur vie.»
Foyer de travailleurs migrants (FTM) du Quai Militaire à Limoges, 2015 | Florence Brochoire

«La première fois que j’ai poussé la porte de l’un de ces foyers de travailleurs migrants ex-Sonacotra, c’était pour une commande à Évreux en 2013. J’y ai rencontré Yahya, résident de la première heure, débarqué d’Algérie à 18 ans. C’est lui qui m’a décidé à entreprendre ce travail personnel au long cours, qui trace un portrait à la fois des structures d’accueil et de ceux qui y vivent. À travers onze bâtiments situés dans neuf villes différentes et des dizaines de rencontres, j’ai élaboré un récit photographique qui rassemble les traces des vieux Sonacotra, documente les nouveaux dispositifs, raconte les parcours de vie. Les premiers travailleurs migrants résidents sont aujourd’hui retraités. Ils sont surnommés les Chibanis ("cheveux blancs" en arabe). Selon un recensement effectué en 2014 par le Ministère de la ville, ils sont estimés à 35.000 à toujours vivre dans ces logements très sociaux. Avec des chambres individuelles de 7 à 9 mètres carrés, des cuisines et des sanitaires communs, ils auront passé dans ces foyers jusqu’à 60 ans de leur vie.»

«Sur cette photo Mohamed Ohabit fait sa prière dans sa chambre. S’ils souhaitent bénéficier de la retraite et du système de soins français pour lesquels ils ont cotisé, les Chibanis ne peuvent pas retourner vivre au pays et doivent justifier d’une présence sur le sol français au moins six mois par an. Cette loi les oblige à garder leur chambre dans les foyers. Même s’ils font de longs séjours réguliers au pays, ils se retrouvent "coincés entre deux rives". N’ayant pas assumé au quotidien l’éducation de leurs enfants restés au pays, la place des Chibanis au sein de la cellule familiale est parfois difficile à retrouver. Certains enfants les ont baptisés "papa baskets" parce qu’ils ont reçu d’eux principalement de l’argent pour subvenir aux besoins. Ceux qui ont opté pour le regroupement familial et ont fait venir leur famille en France ont quitté les foyers pour s’installer généralement en HLM. Comme tout le monde, j’avais dans la tête l’image des foyers Sonacotra accueillant exclusivement des Chibanis ou des hommes venus d’Afrique sub-saharienne. Puis j’ai rencontré Diong, venu de Casamance, Angela et Sabina, réfugiées politiques tchétchènes, Gaëlle, jeune Française précaire...»
Foyer de travailleurs migrants (FTM) du Quai Militaire à Limoges, 2015 | Florence Brochoire

«Sur cette photo Mohamed Ohabit fait sa prière dans sa chambre. S’ils souhaitent bénéficier de la retraite et du système de soins français pour lesquels ils ont cotisé, les Chibanis ne peuvent pas retourner vivre au pays et doivent justifier d’une présence sur le sol français au moins six mois par an. Cette loi les oblige à garder leur chambre dans les foyers. Même s’ils font de longs séjours réguliers au pays, ils se retrouvent "coincés entre deux rives". N’ayant pas assumé au quotidien l’éducation de leurs enfants restés au pays, la place des Chibanis au sein de la cellule familiale est parfois difficile à retrouver. Certains enfants les ont baptisés "papa baskets" parce qu’ils ont reçu d’eux principalement de l’argent pour subvenir aux besoins. Ceux qui ont opté pour le regroupement familial et ont fait venir leur famille en France ont quitté les foyers pour s’installer généralement en HLM. Comme tout le monde, j’avais dans la tête l’image des foyers Sonacotra accueillant exclusivement des Chibanis ou des hommes venus d’Afrique sub-saharienne. Puis j’ai rencontré Diong, venu de Casamance, Angela et Sabina, réfugiées politiques tchétchènes, Gaëlle, jeune Française précaire...»

«Au fil des jours, j’ai découvert que ces Chibanis ne représentaient plus qu’une minorité des résidents. Familles monoparentales ou en situation d’urgence, réfugiés politiques syriens, Russes, gens du voyage, jeunes en grande précarité… Le public accueilli avait considérablement évolué. Sur cette photo, on peut voir le foyer Senghor, un foyer historique fondé en 1969. Officiellement, il accueille 455 résidents mais le nombre de personnes qui y dorment réellement est impossible à chiffrer. Il est occupé par une population africaine principalement subsaharienne qui constitue la deuxième vague de population hébergée dans ces foyers. En dépit du règlement, chacun héberge des membres de sa famille ou des amis pour une nuit ou plus et les places tournent. Parfois, jusqu’à sept personnes dorment dans une même chambre.
La sur-occupation des foyers est une préoccupation majeure d’Adoma mais Adama Konaté, le président des délégués du foyer Senghor le redit: "Quand tu as un neveu, un fils ou un cousin qui arrive du pays, tu ne vas pas le laisser dormir dehors! C’est comme ça la solidarité chez nous. Ça ne changera pas". Petits commerçants dans les couloirs, restaurant au rez-de chaussée, le foyer fonctionne comme une petite ville.»
Foyer de travailleurs migrants Senghor, Paris 13ème, juillet 2016 | Florence Brochoire

«Au fil des jours, j’ai découvert que ces Chibanis ne représentaient plus qu’une minorité des résidents. Familles monoparentales ou en situation d’urgence, réfugiés politiques syriens, Russes, gens du voyage, jeunes en grande précarité… Le public accueilli avait considérablement évolué. Sur cette photo, on peut voir le foyer Senghor, un foyer historique fondé en 1969. Officiellement, il accueille 455 résidents mais le nombre de personnes qui y dorment réellement est impossible à chiffrer. Il est occupé par une population africaine principalement subsaharienne qui constitue la deuxième vague de population hébergée dans ces foyers. En dépit du règlement, chacun héberge des membres de sa famille ou des amis pour une nuit ou plus et les places tournent. Parfois, jusqu’à sept personnes dorment dans une même chambre.
La sur-occupation des foyers est une préoccupation majeure d’Adoma mais Adama Konaté, le président des délégués du foyer Senghor le redit: "Quand tu as un neveu, un fils ou un cousin qui arrive du pays, tu ne vas pas le laisser dormir dehors! C’est comme ça la solidarité chez nous. Ça ne changera pas". Petits commerçants dans les couloirs, restaurant au rez-de chaussée, le foyer fonctionne comme une petite ville.»

«Quand j'ai commencé ce travail, on parlait déjà beaucoup de l’arrivée des migrants en France avec des images très spectaculaires d’attente, de traversées de la Méditerranée, de campements comme la Jungle de Calais. Pour prendre du recul et évoquer 60 ans d’histoire de l’immigration en France, j’ai entrepris de retracer ainsi différents parcours de résidents avec les foyers et leurs évolutions comme fil conducteur. Dans ces résidences, les chambres sont des studios avec toilettes, douche et cuisine intégrées mais les espaces collectifs sont réduits au minimum: restaurants, salles communes et salles de prière sont supprimées. Parmi les changements importants, les résidents signent désormais un bail pour un an renouvelable une seule fois. Deux ans maximum, au terme desquels ils devront avoir trouvé un logement pérenne. Seuls les travailleurs migrants retraités, les Chibanis, conservent leurs baux à vie. Les résidences sociales se veulent également plus mixtes pour éviter les regroupements par communautés.  En décembre, le foyer Senghor a été fermé pour travaux. Par la fenêtre, derrière le coiffeur installé tous les jours dans les escaliers, on aperçoit la future résidence sociale en chantier qui accueillera une partie des occupants. Mais tout le monde ne pourra pas être relogé.»
Foyer de travailleurs migrants Senghor, Paris 13ème,  juillet 2016 | Florence Brochoire

«Quand j'ai commencé ce travail, on parlait déjà beaucoup de l’arrivée des migrants en France avec des images très spectaculaires d’attente, de traversées de la Méditerranée, de campements comme la Jungle de Calais. Pour prendre du recul et évoquer 60 ans d’histoire de l’immigration en France, j’ai entrepris de retracer ainsi différents parcours de résidents avec les foyers et leurs évolutions comme fil conducteur. Dans ces résidences, les chambres sont des studios avec toilettes, douche et cuisine intégrées mais les espaces collectifs sont réduits au minimum: restaurants, salles communes et salles de prière sont supprimées. Parmi les changements importants, les résidents signent désormais un bail pour un an renouvelable une seule fois. Deux ans maximum, au terme desquels ils devront avoir trouvé un logement pérenne. Seuls les travailleurs migrants retraités, les Chibanis, conservent leurs baux à vie. Les résidences sociales se veulent également plus mixtes pour éviter les regroupements par communautés. En décembre, le foyer Senghor a été fermé pour travaux. Par la fenêtre, derrière le coiffeur installé tous les jours dans les escaliers, on aperçoit la future résidence sociale en chantier qui accueillera une partie des occupants. Mais tout le monde ne pourra pas être relogé.»

«D’autre part, je constatais que les "gros" foyers de travailleurs migrants, parisiens notamment, étaient en train de disparaître. Un grand plan de traitement des foyers lancé en 1997 vise en effet à les détruire ou à les réhabiliter. Pour moi, ils faisaient partie du patrimoine et de notre histoire, il fallait garder une trace. Petit à petit, les résidences sociales remplacent les foyers de travailleurs migrants. Elles accueillent toutes les populations précarisées de toutes nationalités confondues. Selon une estimation du collectif pour l'avenir des foyers (COPAF), deux tiers des 244 foyers d'Île-de-France ont déjà été "traités". À Nantes, Sabina joue le soir devant la résidence toute neuve qu’elle habite avec sa mère.»
Résidence sociale La Basse Chenaie, Nantes, juin 2016 | Florence Brochoire

«D’autre part, je constatais que les "gros" foyers de travailleurs migrants, parisiens notamment, étaient en train de disparaître. Un grand plan de traitement des foyers lancé en 1997 vise en effet à les détruire ou à les réhabiliter. Pour moi, ils faisaient partie du patrimoine et de notre histoire, il fallait garder une trace. Petit à petit, les résidences sociales remplacent les foyers de travailleurs migrants. Elles accueillent toutes les populations précarisées de toutes nationalités confondues. Selon une estimation du collectif pour l'avenir des foyers (COPAF), deux tiers des 244 foyers d'Île-de-France ont déjà été "traités". À Nantes, Sabina joue le soir devant la résidence toute neuve qu’elle habite avec sa mère.»

«En tout, environ 70.000 personnes sont hébergées dans ces foyers et résidences sociales. Destinées dans un premier temps aux étrangers, elles abritent actuellement toute personne en situation de grande précarité quelque soit sa nationalité (Français compris). Angela et sa fille Sabina, 10 ans, ont quitté Grozny en Tchétchénie en août 2011. Le frère d’Angela étant recherché par la police russe, toute sa famille s’est retrouvée face à des menaces de mort. Après l’assassinat de son père, Angela a fui avec sa fille dans le camion d’un passeur dont elle ignore la destination. Il les dépose en France où elles se retrouvent à la rue. Après un passage dans un CADA et grâce à l’obtention du statut de réfugiées politiques, Angela et sa fille sont logées à Nantes, dans le quartier récent de Doulon. Ayant obtenu le statut, Angela a le droit de travailler mais elle sait qu’il lui faut une meilleure maîtrise du français pour trouver un travail. Elle aimerait devenir vendeuse et verrait bien sa fille médecin.»
Résidence sociale La Basse Chenaie, Nantes, juin 2016. | Florence Brochoire

«En tout, environ 70.000 personnes sont hébergées dans ces foyers et résidences sociales. Destinées dans un premier temps aux étrangers, elles abritent actuellement toute personne en situation de grande précarité quelque soit sa nationalité (Français compris). Angela et sa fille Sabina, 10 ans, ont quitté Grozny en Tchétchénie en août 2011. Le frère d’Angela étant recherché par la police russe, toute sa famille s’est retrouvée face à des menaces de mort. Après l’assassinat de son père, Angela a fui avec sa fille dans le camion d’un passeur dont elle ignore la destination. Il les dépose en France où elles se retrouvent à la rue. Après un passage dans un CADA et grâce à l’obtention du statut de réfugiées politiques, Angela et sa fille sont logées à Nantes, dans le quartier récent de Doulon. Ayant obtenu le statut, Angela a le droit de travailler mais elle sait qu’il lui faut une meilleure maîtrise du français pour trouver un travail. Elle aimerait devenir vendeuse et verrait bien sa fille médecin.»

«Sur cette image on peut voir Muna Aboukabar Daoud, la femme de Yahya, qui est éthiopienne. Elle tente de partir en Europe, "peu importe le pays", et arrive en Suède où elle rencontre Yahya et met au monde sa fille, Fatuma. Une fois en France, grâce à Fatuma et son école, Muna rencontre d’autres personnes des immeubles alentour. Mais les liens au sein de la résidence sont rares, il y a surtout des hommes seuls et souvent des bagarres. Ils voudraient partir pour être installés dans un logement social mais pour le moment, ils attendent. Le titre de séjour pour Muna expirait le 10 avril dernier. Elle espère obtenir un titre de séjour plus long qui lui permettra de travailler. S’ils ont tous les papiers, ils resteront en France. J’ai fait mes premières rencontres au foyer de travailleurs migrants du quartier de la Madeleine à Évreux par l’intermédiaire de Yahya. Puis j’ai cherché à photographier des lieux qui accueillaient des publics différents. Selon les structures où je voulais entrer, je suis passée par des associations, me suis associée au journal Libération ou à Adoma. J’ai tenté de faire un travail le plus complet possible, sur l’ensemble de la France, dans les grandes villes comme en pleine campagne. Mon objectif était de croiser l’ensemble des points de vue pour découvrir les différentes facettes du sujet: faire un travail documentaire qui ne tomberait ni dans l’angélisme ni dans le piège du tableau noir. »
Anniversaire de Fatuma, 8 ans. Résidence sociale Le Grand Cèdre, Déville-les-Rouen, 2016. | Florence Brochoire

«Sur cette image on peut voir Muna Aboukabar Daoud, la femme de Yahya, qui est éthiopienne. Elle tente de partir en Europe, "peu importe le pays", et arrive en Suède où elle rencontre Yahya et met au monde sa fille, Fatuma. Une fois en France, grâce à Fatuma et son école, Muna rencontre d’autres personnes des immeubles alentour. Mais les liens au sein de la résidence sont rares, il y a surtout des hommes seuls et souvent des bagarres. Ils voudraient partir pour être installés dans un logement social mais pour le moment, ils attendent. Le titre de séjour pour Muna expirait le 10 avril dernier. Elle espère obtenir un titre de séjour plus long qui lui permettra de travailler. S’ils ont tous les papiers, ils resteront en France. J’ai fait mes premières rencontres au foyer de travailleurs migrants du quartier de la Madeleine à Évreux par l’intermédiaire de Yahya. Puis j’ai cherché à photographier des lieux qui accueillaient des publics différents. Selon les structures où je voulais entrer, je suis passée par des associations, me suis associée au journal Libération ou à Adoma. J’ai tenté de faire un travail le plus complet possible, sur l’ensemble de la France, dans les grandes villes comme en pleine campagne. Mon objectif était de croiser l’ensemble des points de vue pour découvrir les différentes facettes du sujet: faire un travail documentaire qui ne tomberait ni dans l’angélisme ni dans le piège du tableau noir. »

«En 1991, le gouvernement a voté une loi interdisant aux personnes en demande d’asile de travailler pendant la procédure. Les premiers CADA (Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile) sont créés afin de les héberger le temps de l’instruction de leur dossier. Des intervenants sociaux les accompagnent dans leurs démarches. Dispersés à travers toute la France, les demandeurs d’asile ne choisissent pas leur destination. Chaque soir, Soraya, 11 ans, écrit une lettre dans sa langue maternelle, le dari, à un destinataire en Afghanistan qu'elle veut garder secret. Bien à l'abri dans une boîte qu'elle a customisée, elle espère un jour remettre toute cette correspondance à son destinataire, quand elle sera dentiste et qu'elle ira exercer son métier là-bas…»
Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA), Carla-Bayle, Ariège, avril 2016. | Florence Brochoire

«En 1991, le gouvernement a voté une loi interdisant aux personnes en demande d’asile de travailler pendant la procédure. Les premiers CADA (Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile) sont créés afin de les héberger le temps de l’instruction de leur dossier. Des intervenants sociaux les accompagnent dans leurs démarches. Dispersés à travers toute la France, les demandeurs d’asile ne choisissent pas leur destination. Chaque soir, Soraya, 11 ans, écrit une lettre dans sa langue maternelle, le dari, à un destinataire en Afghanistan qu'elle veut garder secret. Bien à l'abri dans une boîte qu'elle a customisée, elle espère un jour remettre toute cette correspondance à son destinataire, quand elle sera dentiste et qu'elle ira exercer son métier là-bas…»

«Soraya, jeune afghane arrivée avec sa famille il y a six mois, se rend à l’école du village. Elle est hébergée dans un ancien centre de vacances transformé en CADA visible en contrebas. Si la campagne, pour nous occidentaux, est considérée comme un lieu de détente, sans moyen de transport, les demandeurs d’asile se sentent isolés. Ils vivent souvent mal leur arrivée dans un si petit village. Membres de la minorité chiite hazara du pays, cette famille a fui les talibans. Ils sont hébergés dans ce CADA situé en pleine zone rurale le temps de la procédure de leur demande d’asile en France. Élément déterminant, ils doivent préparer leur entretien à l’OFPRA (l’Office Français de protection des réfugiés et apatrides). Ce rendez-vous sera décisif pour obtenir ou pas le statut de réfugiés. En 2016, seules 30% des demandes ont reçu une réponse positive avec de fortes disparités selon les nationalités: si les Syriens l’ont obtenu à 95%, le taux pour les Albanais, considérés comme des réfugiés économiques, n’a été que de 6,5%.»
Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA), Carla-Bayle, Ariège, avril 2016. | Florence Brochoire

«Soraya, jeune afghane arrivée avec sa famille il y a six mois, se rend à l’école du village. Elle est hébergée dans un ancien centre de vacances transformé en CADA visible en contrebas. Si la campagne, pour nous occidentaux, est considérée comme un lieu de détente, sans moyen de transport, les demandeurs d’asile se sentent isolés. Ils vivent souvent mal leur arrivée dans un si petit village. Membres de la minorité chiite hazara du pays, cette famille a fui les talibans. Ils sont hébergés dans ce CADA situé en pleine zone rurale le temps de la procédure de leur demande d’asile en France. Élément déterminant, ils doivent préparer leur entretien à l’OFPRA (l’Office Français de protection des réfugiés et apatrides). Ce rendez-vous sera décisif pour obtenir ou pas le statut de réfugiés. En 2016, seules 30% des demandes ont reçu une réponse positive avec de fortes disparités selon les nationalités: si les Syriens l’ont obtenu à 95%, le taux pour les Albanais, considérés comme des réfugiés économiques, n’a été que de 6,5%.»

«Les cours de français ne font pas partie des missions des intervenants sociaux présents dans le CADA. Associations et bénévoles prennent le relai. La création des centres d’accueil de demandeurs d’asile en 1991 fait partie de l’élargissement des missions de l’ex-Sonacotra. Aujourd’hui, Adoma gère 169 CADA dans toute la France et le besoin ne cesse d’augmenter. En 2017, 100.412 demandes d’asile ont été enregistrées par l’OFPRA.»
Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) Le Petit Bois, Fontaines Saint Martin, avril 2016. | Florence Brochoire

«Les cours de français ne font pas partie des missions des intervenants sociaux présents dans le CADA. Associations et bénévoles prennent le relai. La création des centres d’accueil de demandeurs d’asile en 1991 fait partie de l’élargissement des missions de l’ex-Sonacotra. Aujourd’hui, Adoma gère 169 CADA dans toute la France et le besoin ne cesse d’augmenter. En 2017, 100.412 demandes d’asile ont été enregistrées par l’OFPRA.»

«Le Programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile (PRAHDA) a été lancé par le gouvernement en 2017 pour répondre au besoin croissant d’hébergement pour les demandeurs d’asile. Adoma a remporté l'appel d'offre en mai 2017 en achetant, au groupe Accor, 62 hôtels, anciens Formule 1, dans toute la France. Contrairement aux CADA, les PRAHDA accueillent principalement des demandeurs d'asile sous procédure de Dublin, c'est à dire expulsables vers le premier pays européen par lequel ils ont transité et où leurs empreintes ont été prélevées de gré ou de force. La volonté du gouvernement est surtout, grâce à ces structures, de contrôler le statut administratif des migrants, les assignations à résidence et les raccompagnements à la frontière. Les PRADHA ne sont pas soumis à la loi 2002.2 qui régit l’hébergement social en mettant l’usager au cœur de l’accompagnement. Le nombre d’intervenants sociaux y est plus faible pour des procédures plus compliquées, avec des moyens réduits. Un hébergement social low cost qui ne pourrait pas fonctionner sans l’intervention des associations alentours et qui rappelle malheureusement les premiers foyers de travailleurs migrants ouverts il y a 60 ans.»
Programme régional d’accueil et d’hébergement pour les demandeurs d’asile (PRAHDA), Séméac, février 2018. | Florence Brochoire

«Le Programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile (PRAHDA) a été lancé par le gouvernement en 2017 pour répondre au besoin croissant d’hébergement pour les demandeurs d’asile. Adoma a remporté l'appel d'offre en mai 2017 en achetant, au groupe Accor, 62 hôtels, anciens Formule 1, dans toute la France. Contrairement aux CADA, les PRAHDA accueillent principalement des demandeurs d'asile sous procédure de Dublin, c'est à dire expulsables vers le premier pays européen par lequel ils ont transité et où leurs empreintes ont été prélevées de gré ou de force. La volonté du gouvernement est surtout, grâce à ces structures, de contrôler le statut administratif des migrants, les assignations à résidence et les raccompagnements à la frontière. Les PRADHA ne sont pas soumis à la loi 2002.2 qui régit l’hébergement social en mettant l’usager au cœur de l’accompagnement. Le nombre d’intervenants sociaux y est plus faible pour des procédures plus compliquées, avec des moyens réduits. Un hébergement social low cost qui ne pourrait pas fonctionner sans l’intervention des associations alentours et qui rappelle malheureusement les premiers foyers de travailleurs migrants ouverts il y a 60 ans.»

«Une intervenante sociale du PRAHDA explique à une jeune femme arménienne, son mari et leur bébé de trois mois qu'ils doivent quitter leur chambre pour 16h. Sous procédure de Dublin, ils ont refusé de retourner vers la Tchéquie car ils ont peur qu'on les renvoie en Arménie. À partir de maintenant, ils vont donc devoir vivre dans la clandestinité, sans ressource ni logement. V. est Arménienne. Avec son compagnon, ils sont "dublinés" depuis la République tchèque, le premier pays européen par lequel ils ont transité. Malgré la naissance de leur bébé, leur recours pour faire une demande d’asile en France a été rejeté. Ils ont donc reçu un "routing", c’est-à-dire des billets de train pour retourner en Tchéquie. À la porte de la chambre de l’ancien Formule 1, l’intervenante sociale mime qu’ils devront quitter les lieux à quatre heures. Mais V. et son compagnon ont décidé de ne pas prendre ce train. Ils ont trop peur qu’une fois en Tchéquie, on les renvoie en Arménie. À 16 heures donc, ils ont rangé leurs affaires dans leur voiture et sont partis avec leur bébé sans aucune solution d’hébergement. Ils ont préféré le parcours très difficile de la clandestinité plutôt que de retourner en Tchéquie. Commence alors un long chemin de galère. Sur ces 62 anciens hôtels, 38 sont résevés aux demandeurs d'asile, les autres sont ouverts pour l'accueil d'hébergement d'urgence "classique". 5.000 places pour les DA et 5.000 pour les personnes concernées par l'accueil d'urgence ont été crées. L'accompagnement social y est d'un encadrant pour 25 personnes.»
Programme régional d’accueil et d’hébergement pour les demandeurs d’asile (PRAHDA), Séméac, février 2018. | Florence Brochoire

«Une intervenante sociale du PRAHDA explique à une jeune femme arménienne, son mari et leur bébé de trois mois qu'ils doivent quitter leur chambre pour 16h. Sous procédure de Dublin, ils ont refusé de retourner vers la Tchéquie car ils ont peur qu'on les renvoie en Arménie. À partir de maintenant, ils vont donc devoir vivre dans la clandestinité, sans ressource ni logement. V. est Arménienne. Avec son compagnon, ils sont "dublinés" depuis la République tchèque, le premier pays européen par lequel ils ont transité. Malgré la naissance de leur bébé, leur recours pour faire une demande d’asile en France a été rejeté. Ils ont donc reçu un "routing", c’est-à-dire des billets de train pour retourner en Tchéquie. À la porte de la chambre de l’ancien Formule 1, l’intervenante sociale mime qu’ils devront quitter les lieux à quatre heures. Mais V. et son compagnon ont décidé de ne pas prendre ce train. Ils ont trop peur qu’une fois en Tchéquie, on les renvoie en Arménie. À 16 heures donc, ils ont rangé leurs affaires dans leur voiture et sont partis avec leur bébé sans aucune solution d’hébergement. Ils ont préféré le parcours très difficile de la clandestinité plutôt que de retourner en Tchéquie. Commence alors un long chemin de galère. Sur ces 62 anciens hôtels, 38 sont résevés aux demandeurs d'asile, les autres sont ouverts pour l'accueil d'hébergement d'urgence "classique". 5.000 places pour les DA et 5.000 pour les personnes concernées par l'accueil d'urgence ont été crées. L'accompagnement social y est d'un encadrant pour 25 personnes.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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