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De jour comme de nuit, la vraie vie des urgences

En avril 2014, le photographe indépendant Corentin Fohlen a passé un mois aux urgences de l'hôpital Lariboisière, un hôpital de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Il raconte pour Slate le quotidien des membres du personnel soignant et des problématiques auxquelles ils doivent faire face de jour, comme de nuit. 

10 avril 2014. 15h44. À l'UHU (Unité d'Hébergement d'Urgence), les patients sont isolés depuis peu par des rideaux. Auparavant la promiscuité gênait autant les admis que le personnel soignant. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«Quand on pense "urgence", on pense drame, blessures graves et travail dans la précipitation. L’idée de ce travail, mené avec la journaliste Flore Olive pour Paris Match, était de ne pas tomber dans le cliché des urgentistes en train de courir à gauche, à droite et des grands blessés. On voulait s’immiscer dans le quotidien du personnel des urgences dans toutes les situations, et pas seulement au moment des soins. Je voulais aussi raconter les moments de repos, les pauses clope. Je voulais avoir une vision large du travail des urgences et des urgentistes.»

10 avril 2014. 15h44. À l'UHU (Unité d'Hébergement d'Urgence), les patients sont isolés depuis peu par des rideaux. Auparavant la promiscuité gênait autant les admis que le personnel soignant. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«Quand on pense "urgence", on pense drame, blessures graves et travail dans la précipitation. L’idée de ce travail, mené avec la journaliste Flore Olive pour Paris Match, était de ne pas tomber dans le cliché des urgentistes en train de courir à gauche, à droite et des grands blessés. On voulait s’immiscer dans le quotidien du personnel des urgences dans toutes les situations, et pas seulement au moment des soins. Je voulais aussi raconter les moments de repos, les pauses clope. Je voulais avoir une vision large du travail des urgences et des urgentistes.»

4 avril 2014. 5h28. Barbara et Céline, deux infirmières, font une prise de sang à une patiente qui a fait un choc neuroleptique. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«J’y suis resté à peu près quinze jours ou quinze nuits, les journées ou les nuits entières. Les premiers jours, je n’ai pas pris mon appareil photo. Je voulais gagner la confiance du personnel, observer dans un coin, prendre le temps et montrer que je n’étais là ni pour déranger ni pour mettre en scène comme le fait souvent la télévision.»

4 avril 2014. 5h28. Barbara et Céline, deux infirmières, font une prise de sang à une patiente qui a fait un choc neuroleptique. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«J’y suis resté à peu près quinze jours ou quinze nuits, les journées ou les nuits entières. Les premiers jours, je n’ai pas pris mon appareil photo. Je voulais gagner la confiance du personnel, observer dans un coin, prendre le temps et montrer que je n’étais là ni pour déranger ni pour mettre en scène comme le fait souvent la télévision.»

14 avril 2014. 5h50. Céline fait le dernier tour de sa garde. La fatigue gagne. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«Il n’est pas rare que les journalistes travaillent mal et ne respectent pas le personnel et les patients. Quand je suis arrivé aux urgences, la première chose qu’on m’a racontée c’est l’histoire du dernier caméraman qui était resté une demie journée et qui avait fini par se battre et se faire mettre dehors.»

14 avril 2014. 5h50. Céline fait le dernier tour de sa garde. La fatigue gagne. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«Il n’est pas rare que les journalistes travaillent mal et ne respectent pas le personnel et les patients. Quand je suis arrivé aux urgences, la première chose qu’on m’a racontée c’est l’histoire du dernier caméraman qui était resté une demie journée et qui avait fini par se battre et se faire mettre dehors.»

29 avril 2014. 23h25. Dans le box des admissions, Samia écrit son prénom à un patient qui n'entend pas bien. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Lorsque les patients arrivent, ils passent par l’accueil avant de rejoindre le box des admissions. Là, le personnel soignant vérifie quel est le problème du patient et le dirige vers le bon service ou le prend en charge immédiatement si l’urgence est vitale.»

29 avril 2014. 23h25. Dans le box des admissions, Samia écrit son prénom à un patient qui n'entend pas bien. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Lorsque les patients arrivent, ils passent par l’accueil avant de rejoindre le box des admissions. Là, le personnel soignant vérifie quel est le problème du patient et le dirige vers le bon service ou le prend en charge immédiatement si l’urgence est vitale.»

19 avril 2014. 22h24. À l'UHU, un infirmier remplit ses obligations administratives. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«En fait il n’y a pas de journée type aux urgences. Chaque jour varie, il n’y a pas de règles, mais il y a des phénomènes que l’on retrouve de façon régulière. Un soir de match de foot, personne ne vient pendant le match et à la fin tous les gens arrivent. C’est soit parce que les gens veulent finir le match avant de se faire soigner soit parce qu’ils ont été blessés dans les bagarres post-match.»

19 avril 2014. 22h24. À l'UHU, un infirmier remplit ses obligations administratives. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«En fait il n’y a pas de journée type aux urgences. Chaque jour varie, il n’y a pas de règles, mais il y a des phénomènes que l’on retrouve de façon régulière. Un soir de match de foot, personne ne vient pendant le match et à la fin tous les gens arrivent. C’est soit parce que les gens veulent finir le match avant de se faire soigner soit parce qu’ils ont été blessés dans les bagarres post-match.»

19 avril 2014. 22h34. Après vingt minutes de massage, le cœur de cette patiente de 72 ans repart. Elle sera transférée en réanimation mais y décédera quelques heures plus tard. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Les décès aux urgences ne sont pas non plus très courants. En moyenne, il y en a un par semaine, mais il y a des semaines entières sans décès.»

19 avril 2014. 22h34. Après vingt minutes de massage, le cœur de cette patiente de 72 ans repart. Elle sera transférée en réanimation mais y décédera quelques heures plus tard. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Les décès aux urgences ne sont pas non plus très courants. En moyenne, il y en a un par semaine, mais il y a des semaines entières sans décès.»

19 avril 2014. 23h55. Monia recouvre d'un drap une patiente alcoolisée dans le box des admissions. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Avant ce travail, je pensais que les urgences c’était un endroit où le personnel court tout le temps, où les gens arrivent en panique, où l’on attend trois heures pour être pris en charge. Ce n’est pas du tout ce que j’ai vu. Il y avait des moments où personne n’arrivait pendant au moins trois quarts d’heures et j’ai rarement vu les urgences engorgées.»

19 avril 2014. 23h55. Monia recouvre d'un drap une patiente alcoolisée dans le box des admissions. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Avant ce travail, je pensais que les urgences c’était un endroit où le personnel court tout le temps, où les gens arrivent en panique, où l’on attend trois heures pour être pris en charge. Ce n’est pas du tout ce que j’ai vu. Il y avait des moments où personne n’arrivait pendant au moins trois quarts d’heures et j’ai rarement vu les urgences engorgées.»

18 avril 2014. 5h17. Tony, aide soignant, sort les draps sales. Les derniers SDF réfugiés dans la salle d'attente vont devoir êtres réveillés. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«La nuit, il y a beaucoup de SDF qui viennent pour se mettre à l’abri. Les urgences n’ont pas le droit de refuser les gens donc beaucoup viennent s’asseoir dans un coin pour dormir et repartent le lendemain matin. Je ne savais pas que les urgences prenaient en charge les SDF en dehors de leur problèmes de santé.»

18 avril 2014. 5h17. Tony, aide soignant, sort les draps sales. Les derniers SDF réfugiés dans la salle d'attente vont devoir êtres réveillés. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«La nuit, il y a beaucoup de SDF qui viennent pour se mettre à l’abri. Les urgences n’ont pas le droit de refuser les gens donc beaucoup viennent s’asseoir dans un coin pour dormir et repartent le lendemain matin. Je ne savais pas que les urgences prenaient en charge les SDF en dehors de leur problèmes de santé.»

18 avril 2014. 5h24. Un SDF quitte le service où il a passé la nuit. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Ce sont les pompiers qui les amènent suite à un coup de téléphone d’un passant. Quand le personnel des urgences ne connaît pas le SDF, ils procèdent à un check-up avant de le laisser dormir sur un brancard. Certaines nuits il y avait quatre à cinq brancards dans un coin. J’ai vu les urgences comme un lieu de prise en charge sociale.»

18 avril 2014. 5h24. Un SDF quitte le service où il a passé la nuit. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

«Ce sont les pompiers qui les amènent suite à un coup de téléphone d’un passant. Quand le personnel des urgences ne connaît pas le SDF, ils procèdent à un check-up avant de le laisser dormir sur un brancard. Certaines nuits il y avait quatre à cinq brancards dans un coin. J’ai vu les urgences comme un lieu de prise en charge sociale.»

27 avril 2014. 2h46. Carole prend des informations concernant les soins d'un patient. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«Les membres du personnel disaient que c’était pas leur boulot. Ils déploraient un manque de formation, de moyens, de place et de temps pour se retrouver à gérer des situations qui ne sont pas des urgences. Ils devaient par exemple prendre en charge des soutiens psychologiques après des récidives de tentatives de suicide, ou des bébés avec de la fièvre (renvoyés vers l'hôpital Robert-Debré car Lariboisière ne prend pas les enfants). Souvent, l’engorgement de patients dans ce service est dû à des situations qui ne rélèvent pas du travail des urgences.»

27 avril 2014. 2h46. Carole prend des informations concernant les soins d'un patient. | Corentin Fohlen / pour Paris Match

 

«Les membres du personnel disaient que c’était pas leur boulot. Ils déploraient un manque de formation, de moyens, de place et de temps pour se retrouver à gérer des situations qui ne sont pas des urgences. Ils devaient par exemple prendre en charge des soutiens psychologiques après des récidives de tentatives de suicide, ou des bébés avec de la fièvre (renvoyés vers l'hôpital Robert-Debré car Lariboisière ne prend pas les enfants). Souvent, l’engorgement de patients dans ce service est dû à des situations qui ne rélèvent pas du travail des urgences.»

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