De «Fargo» à «Legion», admirez le génie visuel de Noah Hawley

Alors qu'OCS diffuse depuis fin avril sa fascinante dernière création, Legion, une série de super-héros qui n'en est pas vraiment une, le showrunner Noah Hawley revient au même moment avec la troisième saison de Fargo sur Netflix, passionnante relecture sous forme d'anthologie –chaque saison raconte une histoire différente– du film des frère Coen. Ces deux œuvres, qu'a priori tout oppose, sont pourtant liées par une créativité visuelle à couper le souffle à laquelle ces images, gif et vidéos rendent hommage. Attention, quelques spoilers se sont glissés dans ce Grand format. 

Noah Hawley, ce nom ne vous dit peut-être rien, pourtant ce showrunner a frappé les esprits en réussissant un drôle de défi: adapter pour la télévision l'univers d'un film culte des frères Coen, en l'occurrence Fargo (1996). Lorsque cette idée folle prend forme sur nos écrans en 2014, les critiques et les fans de l'original poussent un cri de soulagement. D'une part, l'adaptation se démarque brillamment de l'orginal tout en restant fidèle à l'esprit. D'autre part, les dix épisodes, qui suivent l'attelage absurde d'un tueur professionnel et d'un employé d'assurance sans envergure, sont portés par un souffle visuel rarement vu sur petit écran.

 

Au Hollywood Reporter, il raconte: «Je leur ai dit “Il y aura de la violence, de l'humour et du drame, mais il y aura aussi du mysticisme et de l'absurdité, et nous allons nous débattre avec des problèmes philosophiques. Tout ne va pas s'accorder d'une façon propre.”» FX a alors répondu: «C'est ce que nous voulons aussi.» 

 

«“Fargo” est une tragédie avec une fin heureuse, a encore expliqué Hawley fin 2015 lors d'une FAQ avec le New York Times. Donc vous avez besoin d'avoir ce sous-entendu tragique mais qui pourrait être évité, c'est ça qui le rend tragique. Cela parle de l'utilisation de la violence, et du fait que la tension dans l'anticipation de la violence et la tension dans l'anticipation d'un rire sont la même chose.» Quelques minutes suffisent dans le premier épisode pour réaliser que Hawley a retrouvé l'esprit et la noirceur des frères Coen.

Crédit: Fargo, saison 1 épisode 1 (FX) | Source: Gfycat
Ce goût de mises en scène très sophistiquées est d'autant plus étonnant que Noah Hawley vient d'abord du monde de l'écrit. Né en 1967 à New York, ce fils d'une mère essayiste et activiste et d'un père businessman a publié son premier roman à l'âge de 21 ans. Ce n'est qu'après avoir écrit son deuxième livre en 2004 qu'il bascule vers le cinéma et surtout la télé. Scénariste sur Bones, il développe par la suite The Unusuals (2009) et My Generation (2010) avant de signer pour Fargo.

 

La neige est un personnage essentiel de l'univers de la série. Le célèbre directeur de la photographie Roger Deakins, qui a fait un travail fascinant sur le film des frères Coen, a par le passé longuement expliqué l'approche réaliste de ces routes désertes et immaculées. Mais comme le montre l'image ci-dessus, Hawley a décidé d'y apporter une dose d'inexplicable, de surréalisme, en faisant, par exemple, tomber des poissons du ciel dans une scène.

 

Lors d'une session de questions-réponses sur Reddit, le créateur de la série a tout simplement expliqué aux fans que l'œuvre des Coen est déjà imprégné de bizzarerie et leur a conseillé de ne pas attendre de réponse, d'accepter le mystère autour de ces «éléments qui ne collent pas forcément à l'histoire qu'ils racontent.»

Ce goût de mises en scène très sophistiquées est d'autant plus étonnant que Noah Hawley vient d'abord du monde de l'écrit. Né en 1967 à New York, ce fils d'une mère essayiste et activiste et d'un père businessman a publié son premier roman à l'âge de 21 ans. Ce n'est qu'après avoir écrit son deuxième livre en 2004 qu'il bascule vers le cinéma et surtout la télé. Scénariste sur Bones, il développe par la suite The Unusuals (2009) et My Generation (2010) avant de signer pour Fargo.

 

La neige est un personnage essentiel de l'univers de la série. Le célèbre directeur de la photographie Roger Deakins, qui a fait un travail fascinant sur le film des frères Coen, a par le passé longuement expliqué l'approche réaliste de ces routes désertes et immaculées. Mais comme le montre l'image ci-dessus, Hawley a décidé d'y apporter une dose d'inexplicable, de surréalisme, en faisant, par exemple, tomber des poissons du ciel dans une scène.

 

Lors d'une session de questions-réponses sur Reddit, le créateur de la série a tout simplement expliqué aux fans que l'œuvre des Coen est déjà imprégné de bizzarerie et leur a conseillé de ne pas attendre de réponse, d'accepter le mystère autour de ces «éléments qui ne collent pas forcément à l'histoire qu'ils racontent.»

Crédit: Fargo, saison 1 épisode 6 (FX). 

Ce plan-séquence, où le personnage de psychopathe de Lorne Malvo commet un massacre à l'aide d'un fusil-mitrailleur et d'un revolver, est un petit bijou de mise en scène dans le sens où l'on ne voit rien mais on entend tout. La caméra suit progressivement le tueur vers le sommet de la tour, mais depuis l'extérieur de l'immeuble, décidant ainsi de nous livrer que les cris et les coups de feu. Hawley et le réalisateur Scott Winant ont montré ici qu'ils ont parfaitement compris l'humour noir des frères Coen tout en proposant une innovation sur la forme.

 

«Plus je fais ce métier, moins je veux de pages de dialogue, déclare Hawley à Variety cette année. La télé est un médium visuel, et aujourd'hui, avec des écrans larges et la possibilité de ne plus avoir l'interruption de publicités, c'est comme regarder un film.»

Crédit: Fargo, saison 1 épisode 7 (FX). 
En 2015, pour la saison deux de Fargo, Hawley nous plonge dans l'histoire d'une famille criminelle haut en couleurs à la fin toute fin des années 1970 et délaisse quelque peu la blancheur de la neige pour faire apparaître une autre nuance, le marron boue. Une palette colorimétrique qui s'étoffe, s'agrandit de saison en saison et permet de poser encore mieux l'ambiance d'une scène ou les traits de caractère de ses personnages. 

 

«Il n'y a pas une décision créative que je ne fais pas sur la série, a ainsi expliqué Hawley l'année dernière au Café des images. Je commence avec l'idée sous-jascente, je travaille avec les auteurs pour développer et écrire chaque heure, je choisis le casting, je travaille avec les décorateurs, les costumiers, les accessoiristes etc. Le style visuel de la série est fait avec le directeur de la photographie. Je passe des heures avec chaque réalisateur pour les préparer sur la façon dont il faut tourner chaque heure et que l'on ait l'impression que ça a été tourné par le même réalisateur. Puis je travaille avec les monteurs, les concepteurs de son, les compositeurs et le superviseur musical pour finir la série.»

En 2015, pour la saison deux de Fargo, Hawley nous plonge dans l'histoire d'une famille criminelle haut en couleurs à la fin toute fin des années 1970 et délaisse quelque peu la blancheur de la neige pour faire apparaître une autre nuance, le marron boue. Une palette colorimétrique qui s'étoffe, s'agrandit de saison en saison et permet de poser encore mieux l'ambiance d'une scène ou les traits de caractère de ses personnages

 

«Il n'y a pas une décision créative que je ne fais pas sur la série, a ainsi expliqué Hawley l'année dernière au Café des images. Je commence avec l'idée sous-jascente, je travaille avec les auteurs pour développer et écrire chaque heure, je choisis le casting, je travaille avec les décorateurs, les costumiers, les accessoiristes etc. Le style visuel de la série est fait avec le directeur de la photographie. Je passe des heures avec chaque réalisateur pour les préparer sur la façon dont il faut tourner chaque heure et que l'on ait l'impression que ça a été tourné par le même réalisateur. Puis je travaille avec les monteurs, les concepteurs de son, les compositeurs et le superviseur musical pour finir la série.»

Crédit: Fargo, saison 2 épisode 7 (FX).

L'une des particularités de cette seconde saison réside dans l'usage des split-screen, dont l'idée est venue en post-production. Un choix logique pourtant, puisque l'histoire se déroule en 1979 et que ce procédé était à la mode. Mais, là encore, Noah Hawley voulait s'amuser avec, comme il l'a expliqué à Variety en 2015:

«Vous pouviez les parcourir, voir ce que tous les autres personnages faisaient à ce moment. Une fois que vous commencez à jouer avec les écrans partagés, ils font alors partie du langage de la série et c'est intéressant de voir ce que vous pouvez faire avec. Bien sûr, cela va marcher pour un appel téléphonique, mais est-ce que vous le faites quand deux personnes sont dans la même pièce? Cela devient très intéressant quand il y a de l'action. Normalement, vous devriez laisser une conversation s'il se passe quelque chose en même temps. De cette façon, vous pouvez voir la personne qui parle et la personne qui les espionne, potentiellement.»

Crédit: Fargo, saison 2 épisode 8 (FX). 
Après un break d'une année, voici donc depuis le 19 avril le retour de Fargo pour une saison 3 plus contemporaine autour de frères jumeaux interprétés par Ewan McGregor, disponible en France en diffusion 24 heures après sur Netflix. Seuls les deux premiers épisodes sont disponibles pour l'heure, mais ils démontrent déjà que Noah Hawley n'a pas renoncé à son goût des fulgurances et d'un visuel très sophistiqué.

À titre d'exemple, cette image n'est pas à l'envers. Sans raison apparente, mais parce que le créateur en a envie, la caméra accompagne un des deux personnages incarnés par Ewan McGregor en virevoltant sur elle-même. Une mise en scène que l'on retrouve à un autre degré d'intensité dans le très psychédélique Legion, derrière laquelle on trouve également Noah Hawley (disponible en intégralité sur OCS) où l'espace, le temps et nos points cardinaux volent en éclats.

Après un break d'une année, voici donc depuis le 19 avril le retour de Fargo pour une saison 3 plus contemporaine autour de frères jumeaux interprétés par Ewan McGregor, disponible en France en diffusion 24 heures après sur Netflix. Seuls les deux premiers épisodes sont disponibles pour l'heure, mais ils démontrent déjà que Noah Hawley n'a pas renoncé à son goût des fulgurances et d'un visuel très sophistiqué.

À titre d'exemple, cette image n'est pas à l'envers. Sans raison apparente, mais parce que le créateur en a envie, la caméra accompagne un des deux personnages incarnés par Ewan McGregor en virevoltant sur elle-même. Une mise en scène que l'on retrouve à un autre degré d'intensité dans le très psychédélique Legion, derrière laquelle on trouve également Noah Hawley (disponible en intégralité sur OCS) où l'espace, le temps et nos points cardinaux volent en éclats.

Crédit: Fargo, saison 3 épisode 1 (FX). 

En parlant de renversement de caméra, voici l'une des séquences les plus impressionnantes de cet épisode d'ouverture. On y retrouve encore ce mélange d'effet comique et d'effroi si caractéristique de la série.

 

«Nos fréquents écarts créatifs dans la narration servent à créer une tension amusée, forçant le spectateur à engager ses émotions et son imagination aux moments où la plupart des histoires leur demande simplement de suivre ce qui se passe, justifie Noah Hawley à Emmanuel Burdeau dans un échange d'e-mails retranscrit par le site Café des images. Souvent, ce sont des moments drôles qui permettent une nouvelle fois que le public s'investisse davantage, tout en désamorçant de manière malicieuse une violence un peu clichée. En d'autres termes, on essaie de faire quelque chose d'inattendu sans tomber dans des gimmicks artificiels ou des choses trop clinquantes.»

Crédit: Fargo, saison 3 épisode 1 (FX). 

Lors d'une visite du tournage de cette troisième saison, un journaliste de Collider a pu échanger avec les collaborateurs d'Hawley. La décoratrice Darlene Lewis a ainsi expliqué que, «du début à la fin, le voyage se passe dans la tête d'Hawley, donc nous devons essayer de travailler comme un groupe en cohésion et essayer de rassembler toutes les pièces ensemble. Mais il y a toujours un peu de mystère car nous ne savons pas ce qui arrive à la fin.»

 

Après les split-screens de la saison 2, la saison 3 de Fargo semble voulor travailler le motif de la surimpression. Plusieurs exemples très réussis ponctuent le premier épisode, donnant une touche fantaisiste à rattacher de certaines scènes de The Big Lebowski auquel Hawley multiplie ici les références. 

Crédit: Fargo, saison 3 épisode 1 (FX). 

Et si l'équipe de Fargo est parfois confuse face aux demandes du showrunner, que dire de celle de Legion, série délirante adaptée d'un Marvel autour d'un super-héros aux capacités mentales extraordinaires, dont certains critiques ont comparé la mise en scène à une prise d'acides. 

 

Récemment, lors de son passage au festival branché SXSW, Noah Hawley a confié lors d'un panel que le but de sa nouvelle série était d'hypnotiser le public. «Il y a une qualité hypnotique dans la façon dont nous l'avons construite. J'ai besoin de vous faire sortir de votre vie dès les premières sept minutes de cette série.»

Crédit: Legion, saison 1 épisode 1 (FX).  

Pour cette scène déjà culte, John Ross, en charge des effets spéciaux, a équipé les tiroirs et armoires de la cuisine avec de puissantes souffleries. Ce que vous voyez dans les premières secondes, lorsque la caméra tourne sur elle-même, n'a donc pas été créé à l'aide d'images de synthèse (le héros a simplement été rajouté en post-production pour éviter qu'il ne se blesse au milieu des couteaux et des assiettes). Si le second plan a été réalisé à l'aide d'images de synthèse, la prouesse globale de la scène a suffi à faire de Legion une série comme on en n'a jamais vu auparavant. 

Crédit: Legion, saison 1 épisode 1 (FX) | Source: Gfycat

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