Beyrouth, un patrimoine architectural en danger
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Beyrouth, un patrimoine architectural en danger

La double explosion de Beyrouth qui a coûté la vie à au moins 190 personnes, le 4 août, a aussi ravagé 730 bâtiments historiques, et laissé entre 250.000 et 300.000 personnes sans-abri. La question de la reconstruction de la ville remet sur la table le sujet épineux de la sauvegarde du patrimoine architectural dans la capitale libanaise.

 

Au moins 8.000 bâtiments ont été touchés dans cette terrible explosion. Parmi eux, 730 bâtiments historiques, datant de 1860 à 1930, ont été partiellement détruits et une soixantaine risque encore de s'effondrer. Ces maisons de l'époque ottomane, déjà décimées par quinze ans de guerre civile puis par une reconstruction agressive et peu sensible du patrimoine, sont aujourd'hui particulièrement menacées.

 
Fanny Arlandis

 

Au moins 8.000 bâtiments ont été touchés dans cette terrible explosion. Parmi eux, 730 bâtiments historiques, datant de 1860 à 1930, ont été partiellement détruits et une soixantaine risque encore de s'effondrer. Ces maisons de l'époque ottomane, déjà décimées par quinze ans de guerre civile puis par une reconstruction agressive et peu sensible du patrimoine, sont aujourd'hui particulièrement menacées.

 

Dans la ville dévastée, des promoteurs immobiliers peu scrupuleux se sont déjà proposés de racheter les vieilles propriétés pour les remplacer par des immeubles hauts en étages. Des bannières portant l'inscription «Beyrouth n'est pas à vendre» sont apparues dans les rues et plusieurs associations de sauvegarde du patrimoine sont à pied d'œuvre. En visite dans la capitale libanaise les 26 et 27 août, la directrice générale de l’Unesco Audrey Azoulay a promis «une aide considérable» pour l’éducation et la culture. Une conférence sera organisée, probablement fin septembre, pour collecter des fonds au profit du patrimoine architectural et du monde culturel de Beyrouth.
Fanny Arlandis

Dans la ville dévastée, des promoteurs immobiliers peu scrupuleux se sont déjà proposés de racheter les vieilles propriétés pour les remplacer par des immeubles hauts en étages. Des bannières portant l'inscription «Beyrouth n'est pas à vendre» sont apparues dans les rues et plusieurs associations de sauvegarde du patrimoine sont à pied d'œuvre. En visite dans la capitale libanaise les 26 et 27 août, la directrice générale de l’Unesco Audrey Azoulay a promis «une aide considérable» pour l’éducation et la culture. Une conférence sera organisée, probablement fin septembre, pour collecter des fonds au profit du patrimoine architectural et du monde culturel de Beyrouth.

Le 4 août, Roderick Sursock, propriétaire d'un palais ottoman du même nom, était à l'extérieur de Beyrouth. Il est revenu en ville s'occuper de sa femme et de sa mère blessées (la seconde est décédée le 31 août). «Ce n'est que le lendemain que j'ai constaté l'ampleur des dégâts. C'est désolant, tout un patrimoine familial a disparu en une fraction de seconde. Pas une porte, pas une fenêtre n'a résisté au souffle, je ne parle même pas des boiseries, du plâtre, des tapisseries ou des objets.» Depuis certains balcons de la résidence, on aperçoit les silos de céréales détruits et les carcasses de ferrailles aux abords du port.
Fanny Arlandis

Le 4 août, Roderick Sursock, propriétaire d'un palais ottoman du même nom, était à l'extérieur de Beyrouth. Il est revenu en ville s'occuper de sa femme et de sa mère blessées (la seconde est décédée le 31 août). «Ce n'est que le lendemain que j'ai constaté l'ampleur des dégâts. C'est désolant, tout un patrimoine familial a disparu en une fraction de seconde. Pas une porte, pas une fenêtre n'a résisté au souffle, je ne parle même pas des boiseries, du plâtre, des tapisseries ou des objets.» Depuis certains balcons de la résidence, on aperçoit les silos de céréales détruits et les carcasses de ferrailles aux abords du port.

Bâti en 1870 par l'arrière-grand-père de l'actuel propriétaire, ce palais a longtemps été le symbole de la grandeur de la famille Sursock, riches marchands ayant fait fortune au milieu du XIXe siècle en commerçant avec l'Égypte. «Ce palais a été construit sur deux étages dans le pur style libanais, avec les fenêtres en arcade et les chambres qui s'articulent autour du hall central, explique Roderick Sursock. Les tours lui donnent un aspect vénitien mais le reste ressemble très fort aux palais ottomans des rives du Bosphore.»
Fanny Arlandis

Bâti en 1870 par l'arrière-grand-père de l'actuel propriétaire, ce palais a longtemps été le symbole de la grandeur de la famille Sursock, riches marchands ayant fait fortune au milieu du XIXe siècle en commerçant avec l'Égypte. «Ce palais a été construit sur deux étages dans le pur style libanais, avec les fenêtres en arcade et les chambres qui s'articulent autour du hall central, explique Roderick Sursock. Les tours lui donnent un aspect vénitien mais le reste ressemble très fort aux palais ottomans des rives du Bosphore.»

«Après l'agrandissement du port de Beyrouth et le développement des routes vers Damas dans la première moitié du XIXe siècle, la ville s'est ouverte sur l'extérieur et cela s'est traduit par un nouveau style architectural, raconte l'architecte Fadlallah Dagher. Auparavant tournées vers l'intérieur, les maisons libanaises s'ouvrent désormais sur un balcon et un jardin. Les matériaux viennent aussi de très loin, les colonnes sont en marbre italien et les tuiles fabriquées à Marseille! Ces maisons se développent surtout de 1860 à 1920. À partir du mandat français, les maisons deviennent des immeubles en béton armé.»
Fanny Arlandis

«Après l'agrandissement du port de Beyrouth et le développement des routes vers Damas dans la première moitié du XIXe siècle, la ville s'est ouverte sur l'extérieur et cela s'est traduit par un nouveau style architectural, raconte l'architecte Fadlallah Dagher. Auparavant tournées vers l'intérieur, les maisons libanaises s'ouvrent désormais sur un balcon et un jardin. Les matériaux viennent aussi de très loin, les colonnes sont en marbre italien et les tuiles fabriquées à Marseille! Ces maisons se développent surtout de 1860 à 1920. À partir du mandat français, les maisons deviennent des immeubles en béton armé.»

«La première association de protection du patrimoine, l'Association de protection des sites et anciennes demeures au Liban (Apsad), date de 1959, poursuit Fadlallah Dagher. Des premiers pas énormes sont effectués en matière de protection dans les années 1950-1960 car l'urbanisme agressif en cours détruit le tissu urbain comme s'il n'existait pas.» La destruction du patrimoine n'a ensuite fait que s'accélérer pendant la guerre civile et à la fin de celle-ci, notamment quand l'agence Solidere a confié au secteur privé, sans cahier des charges, la reconstruction et l'exploitation du centre-ville.
Fanny Arlandis

«La première association de protection du patrimoine, l'Association de protection des sites et anciennes demeures au Liban (Apsad), date de 1959, poursuit Fadlallah Dagher. Des premiers pas énormes sont effectués en matière de protection dans les années 1950-1960 car l'urbanisme agressif en cours détruit le tissu urbain comme s'il n'existait pas.» La destruction du patrimoine n'a ensuite fait que s'accélérer pendant la guerre civile et à la fin de celle-ci, notamment quand l'agence Solidere a confié au secteur privé, sans cahier des charges, la reconstruction et l'exploitation du centre-ville.

Ce n'est qu'en 1995, à la demande du ministre de la Culture Michel Eddé, que 1.016 maisons construites entre 1860 et 1943 ont été recensées comme bâtiments patrimoniaux de Beyrouth. À la suite des pressions des promoteurs immobiliers, 592 propriétés ont été retirées de cette liste. Un décret bloquant cet inventaire a également été signé, pour qu'aucune entité ne puisse y rajouter d'autres bâtiments à protéger. Un projet de loi visant à préserver le patrimoine architectural libanais a également été déposé au Parlement en 2017 mais il n'a toujours pas été voté. «Cela souligne l'absence de volonté des politiques avec qui nous sommes engagés dans un bras de fer depuis vingt-cinq ans pour sauver notre patrimoine», résume Fadlallah Dagher.

Ce n'est qu'en 1995, à la demande du ministre de la Culture Michel Eddé, que 1.016 maisons construites entre 1860 et 1943 ont été recensées comme bâtiments patrimoniaux de Beyrouth. À la suite des pressions des promoteurs immobiliers, 592 propriétés ont été retirées de cette liste. Un décret bloquant cet inventaire a également été signé, pour qu'aucune entité ne puisse y rajouter d'autres bâtiments à protéger. Un projet de loi visant à préserver le patrimoine architectural libanais a également été déposé au Parlement en 2017 mais il n'a toujours pas été voté. «Cela souligne l'absence de volonté des politiques avec qui nous sommes engagés dans un bras de fer depuis vingt-cinq ans pour sauver notre patrimoine», résume Fadlallah Dagher.

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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