L'île de Kihnu, l'une des dernières sociétés matriarcales d'Europe
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L'île de Kihnu, l'une des dernières sociétés matriarcales d'Europe

Au large de l'Estonie, dans la mer Baltique, une petite île de 16km2 abrite l'une des dernières sociétés matriarcales d'Europe: Kihnu. Depuis le XIXe siècle, les femmes y sont de vraies «gardiennes de la communauté», alors que les hommes partent en mer durant des mois, explique le photographe Sébastien Leban. En 2008, l'Unesco a classé ce territoire de 500 habitants «patrimoine immatériel», ce qui n'est pas du goût de tout le monde sur l'île. Le travail photographique mené par Sébastien Leban est exposé au centre Paris Anim' La Grange aux Belles, du 6 février au 16 mars 2018.

«J'ai découvert Kihnu en lisant un article dans la presse, tout bêtement! Je me souviens avoir été fasciné par la description de cette île qui semblait hors du temps, de part son organisation, ses coutumes et son isolement géographique. Sur cette photo, on voit une femme qui accroche chaque matin le drapeau estonien sur la devanture du musée de l'île. Le bâtiment sert également de centre communautaire et de salle pour les cours de musique folklorique, obligatoires dans le parcours scolaire. L'île dispose d'une école et de plusieurs classes, du CP à la terminale. Pour autant, les élèves ne sont qu'une trentaine dans tout l'établissement, encadrés par neuf professeurs.»

Sébastien Leban

«J'ai découvert Kihnu en lisant un article dans la presse, tout bêtement! Je me souviens avoir été fasciné par la description de cette île qui semblait hors du temps, de part son organisation, ses coutumes et son isolement géographique. Sur cette photo, on voit une femme qui accroche chaque matin le drapeau estonien sur la devanture du musée de l'île. Le bâtiment sert également de centre communautaire et de salle pour les cours de musique folklorique, obligatoires dans le parcours scolaire. L'île dispose d'une école et de plusieurs classes, du CP à la terminale. Pour autant, les élèves ne sont qu'une trentaine dans tout l'établissement, encadrés par neuf professeurs.»

«Elvi Akkermann travaille sur le métier à tisser qu'elle a installé dans la pièce principale de sa maison. Le tissage fait partie des traditions les plus importantes de l'île, au même titre que son dialecte, ses danses et ses chants. Elle porte une jupe dans les tons bleu foncé, ce qui signifie qu'elle traverse une période de deuil. Elle portera ces teintes pendant plusieurs semaines, avant de progressivement réintroduire de la couleur dans les bandes du vêtement. Chaque femme dispose d’une garde-robe riche de plusieurs dizaines de jupes traditionnelles.»

Sébastien Leban

«Elvi Akkermann travaille sur le métier à tisser qu'elle a installé dans la pièce principale de sa maison. Le tissage fait partie des traditions les plus importantes de l'île, au même titre que son dialecte, ses danses et ses chants. Elle porte une jupe dans les tons bleu foncé, ce qui signifie qu'elle traverse une période de deuil. Elle portera ces teintes pendant plusieurs semaines, avant de progressivement réintroduire de la couleur dans les bandes du vêtement. Chaque femme dispose d’une garde-robe riche de plusieurs dizaines de jupes traditionnelles.»

«Des codes vestimentaires structurent la vie de l'île. Par exemple, une femme célibataire portera la jupe traditionnelle de couleur rouge, mais devra la recouvrir d'un tablier une fois mariée. Une femme qui vient d'apprendre une mauvaise nouvelle ou un deuil troquera les couleurs vives et chaudes de sa jupe pour des teintes plus froides et sombres, allant du bleu au vert, voire au noir. Taïme, 40 ans, est la boulangère de l’île. On aperçoit par dessus sa jupe sombre un tablier, signe qu’elle est mariée. Les filets de pêche de son mari pendent dans l'entrée de la maison. Taïme s'inquiète de voir ses enfants quitter l'île, faute de travail. La majorité des jeunes préfèrent rejoindre le continent pour étudier et aspirer à une vie meilleure, loin de Kihnu.»

Sébastien Leban

«Des codes vestimentaires structurent la vie de l'île. Par exemple, une femme célibataire portera la jupe traditionnelle de couleur rouge, mais devra la recouvrir d'un tablier une fois mariée. Une femme qui vient d'apprendre une mauvaise nouvelle ou un deuil troquera les couleurs vives et chaudes de sa jupe pour des teintes plus froides et sombres, allant du bleu au vert, voire au noir. Taïme, 40 ans, est la boulangère de l’île. On aperçoit par dessus sa jupe sombre un tablier, signe qu’elle est mariée. Les filets de pêche de son mari pendent dans l'entrée de la maison. Taïme s'inquiète de voir ses enfants quitter l'île, faute de travail. La majorité des jeunes préfèrent rejoindre le continent pour étudier et aspirer à une vie meilleure, loin de Kihnu.»

«Mare Mätas, figure incontournable de l’île, est à la tête de la Kihnu Cultural Space Foundation. Elle se promène sur la plage accompagnée de ses deux filles et de Christina. En arrière-plan, un phare de fabrication anglaise datant du XIXe siècle. J'ai eu beaucoup de chance de rencontrer Mare, qui a été une parfaite guide de ce lieu qu'elle aime tant et qu'elle défend avec énergie. Administrativement, Kihnu est géré par un jeune maire d'une trentaine d'années (oui, un homme). Pour le reste, la ville s'organise de manière informelle. Mare fait office de leader de la communauté de part ses engagements –elle s'est battue pour la reconnaissance de la culture de Kihnu au patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2008– mais aussi d'ambassadrice, lorsqu'il s'agit de représenter Kihnu au delà de l'île ou de l'Estonie.»

Sébastien Leban

«Mare Mätas, figure incontournable de l’île, est à la tête de la Kihnu Cultural Space Foundation. Elle se promène sur la plage accompagnée de ses deux filles et de Christina. En arrière-plan, un phare de fabrication anglaise datant du XIXe siècle. J'ai eu beaucoup de chance de rencontrer Mare, qui a été une parfaite guide de ce lieu qu'elle aime tant et qu'elle défend avec énergie. Administrativement, Kihnu est géré par un jeune maire d'une trentaine d'années (oui, un homme). Pour le reste, la ville s'organise de manière informelle. Mare fait office de leader de la communauté de part ses engagements –elle s'est battue pour la reconnaissance de la culture de Kihnu au patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2008– mais aussi d'ambassadrice, lorsqu'il s'agit de représenter Kihnu au delà de l'île ou de l'Estonie.»

«Sur cette photo, Järsumäe Virve fête ses 87 ans. Véritable star en Estonie, la vieille dame est devenue célèbre grâce aux chants et mélodies traditionnelles qu'elle compose depuis son enfance. Elle est régulièrement en tournée et en concert sur les chaînes de télévision nationales. Ses deux filles et plusieurs membres de son groupe folklorique sont venues pour jouer et fêter son anniversaire autour de mets estoniens et de Vana Tallinn, une liqueur locale très sucrée.»

Sébastien Leban

«Sur cette photo, Järsumäe Virve fête ses 87 ans. Véritable star en Estonie, la vieille dame est devenue célèbre grâce aux chants et mélodies traditionnelles qu'elle compose depuis son enfance. Elle est régulièrement en tournée et en concert sur les chaînes de télévision nationales. Ses deux filles et plusieurs membres de son groupe folklorique sont venues pour jouer et fêter son anniversaire autour de mets estoniens et de Vana Tallinn, une liqueur locale très sucrée.»

«Ella, 77 ans, montre à une amie des photos d'archives datant des années 1960 dans un kolkhoze, une exploitation agricole collective durant la période soviétique. Les premières traces écrites de l'île remontent au XIVe siècle. L'ile est restée relativement indépendante durant l'ère soviétique, jusqu'au début des années 1980 –elle était alors placée sous un statut de tutelle. Durant cette période, la culture de Kihnu était interdite par les Soviétiques dans l'enseignement scolaire, mais continuait d'exister en sous-main et à travers les vêtements portés au quotidien. À la chute de l'URSS, les coutumes, les chants, les danses et le dialecte ont fait leur grand retour.»

Sébastien Leban

«Ella, 77 ans, montre à une amie des photos d'archives datant des années 1960 dans un kolkhoze, une exploitation agricole collective durant la période soviétique. Les premières traces écrites de l'île remontent au XIVe siècle. L'ile est restée relativement indépendante durant l'ère soviétique, jusqu'au début des années 1980 –elle était alors placée sous un statut de tutelle. Durant cette période, la culture de Kihnu était interdite par les Soviétiques dans l'enseignement scolaire, mais continuait d'exister en sous-main et à travers les vêtements portés au quotidien. À la chute de l'URSS, les coutumes, les chants, les danses et le dialecte ont fait leur grand retour.»

«Des enfants s'amusent avec un écran tactile dans le musée de Kihnu, pendant la fête des chandelles, qui marque la fin de la période de Noël. Le musée propose des archives qui retracent l’histoire de l’île et une section interactive pour les plus jeunes. Les femmes de l'île ont clairement un rôle prédominant dans la gestion du foyer, mais aussi et surtout dans l'organisation de la vie de l'île et des traditions: organisation des fêtes, réalisation des jupons, création des motifs de tissage, des tabliers, des différents tissus, de l'enseignement du dialecte, des cours de musique traditionnelle...»

Sébastien Leban

«Des enfants s'amusent avec un écran tactile dans le musée de Kihnu, pendant la fête des chandelles, qui marque la fin de la période de Noël. Le musée propose des archives qui retracent l’histoire de l’île et une section interactive pour les plus jeunes. Les femmes de l'île ont clairement un rôle prédominant dans la gestion du foyer, mais aussi et surtout dans l'organisation de la vie de l'île et des traditions: organisation des fêtes, réalisation des jupons, création des motifs de tissage, des tabliers, des différents tissus, de l'enseignement du dialecte, des cours de musique traditionnelle...»

«Maria Michelson, 28 ans, donne un cours de violon dans le centre communautaire de l'ïle. Elle est revenue à Kihnu après ses études mais ne sait pas encore si elle fera sa vie ici. Plusieurs fois par semaine, dès 6 ans, les enfants assistent à des cours de violon et d’accordéon. Dans le reflet de la vitre, on aperçoit l'église orthodoxe luthérienne. Peu attachés à la religion, les habitants reçoivent la visite d'un patriarche une fois par mois pour une messe.»

Sébastien Leban

«Maria Michelson, 28 ans, donne un cours de violon dans le centre communautaire de l'ïle. Elle est revenue à Kihnu après ses études mais ne sait pas encore si elle fera sa vie ici. Plusieurs fois par semaine, dès 6 ans, les enfants assistent à des cours de violon et d’accordéon. Dans le reflet de la vitre, on aperçoit l'église orthodoxe luthérienne. Peu attachés à la religion, les habitants reçoivent la visite d'un patriarche une fois par mois pour une messe.»

«Tarvo Saare, 41 ans, mène sa petite barque vers le rivage, après plus de cinq heures passées au large. Il viendra retirer les filets le lendemain, en espérant y trouver quelques poissons. L'île vit principalement de la pêche et de l'agriculture. Le tourisme représente déjà une source de revenu pour certains habitants, via l'hébergement à domicile pendant l'été. L'ouverture massive au tourisme suscite les débats, une partie de l'île craignant les effets néfastes du tourisme sur ce petit territoire. L'office du tourisme estonien met en avant le folklore de Kihnu depuis plusieurs années maintenant, de la même manière que l'on présente nos traditions bigoudènes ou alsaciennes. Ces dernières années, plus de 15.000 personnes ont visité Kihnu durant la période estivale.»

Sébastien Leban

«Tarvo Saare, 41 ans, mène sa petite barque vers le rivage, après plus de cinq heures passées au large. Il viendra retirer les filets le lendemain, en espérant y trouver quelques poissons. L'île vit principalement de la pêche et de l'agriculture. Le tourisme représente déjà une source de revenu pour certains habitants, via l'hébergement à domicile pendant l'été. L'ouverture massive au tourisme suscite les débats, une partie de l'île craignant les effets néfastes du tourisme sur ce petit territoire. L'office du tourisme estonien met en avant le folklore de Kihnu depuis plusieurs années maintenant, de la même manière que l'on présente nos traditions bigoudènes ou alsaciennes. Ces dernières années, plus de 15.000 personnes ont visité Kihnu durant la période estivale.»

«Comme partout où le tourisme se développe, certains habitants en bénéficient, d'autres moins, et certains s'inquiètent de la préservation de leur milieu. Des habitants ont le sentiment d'être dépossédés de leur tranquillité et par extension de leur culture, lorsque des milliers de touristes débarquent, perche à selfie à la main, pour assister aux fêtes qui rythment la vie de Kihnu. Sur cette photo, des jeunes filles dansent à l'occasion de la fête des chandelles, dans le centre communautaire de Kihnu.»

Sébastien Leban

«Comme partout où le tourisme se développe, certains habitants en bénéficient, d'autres moins, et certains s'inquiètent de la préservation de leur milieu. Des habitants ont le sentiment d'être dépossédés de leur tranquillité et par extension de leur culture, lorsque des milliers de touristes débarquent, perche à selfie à la main, pour assister aux fêtes qui rythment la vie de Kihnu. Sur cette photo, des jeunes filles dansent à l'occasion de la fête des chandelles, dans le centre communautaire de Kihnu.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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