«My Americans», un regard sur la communauté chinoise américaine
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«My Americans», un regard sur la communauté chinoise américaine

Depuis 2012, An Rong Xu documente la vie des communautés chinoises aux États-Unis. «J'avais besoin de remettre en question ma place et mon identité dans le paysage ethnique américain, raconte le photographe. J'ai commencé à travailler sur “My Americans” au cours de ma dernière année à l'université. [...] J'ai cherché des relations, des signes et des significations que nous imprégnions de nos vies en tant que sino-américains. “My Americans” est toujours en cours, et, avec le Covid, je pense que ces photos sont encore plus essentielles. Trump l'a appelé le “virus chinois”, et cela a créé de l'animosité et de la haine envers tous les Asiatiques du pays et les crimes haineux se sont multipliés. Il y a beaucoup de peur et d'incertitude au sein de la communauté. Cependant, elle est extrêmement résiliente et fait de son mieux compte tenu des circonstances pour survivre et continuer à poursuivre ses propres versions du rêve américain.»

«Les Chinois sont présents en Amérique depuis le XIXe siècle. La Chine était déchirée par des colonisateurs européens et entrait dans ce que les historiens appellent “le siècle de l'humiliation”. La Chine était en proie à l'instabilité et l'Amérique semblait offrir des opportunités, surtout avec la ruée vers l'or de San Francisco en 1849. Le nom original de l'Amérique en chinois était 金山 (“La montagne dorée”) et de nombreux Chinois de la région du delta de la rivière des Perles, en Chine, ont traversé l'océan Pacifique pour tenter leur chance à San Francisco. Ils sont arrivés pour essayer d'extraire de l'or, souvent à partir de sites de concession abandonnés par des prospecteurs blancs, et ceux pour qui cela ne fonctionnait pas ont commencé à travailler comme cuisiniers, blanchisseurs et herboristes. Ils l'ont fait dans l'espoir de s'amasser une petite fortune à ramener en Chine pour prendre soin de leur famille. Beaucoup d'entre eux ne sont jamais revenus dans leur pays d'origine et ont essayé de construire leur maison sur un sol étranger.»
8th Avenue, Brooklyn, 2013 | An Rong Xu

«Les Chinois sont présents en Amérique depuis le XIXe siècle. La Chine était déchirée par des colonisateurs européens et entrait dans ce que les historiens appellent “le siècle de l'humiliation”. La Chine était en proie à l'instabilité et l'Amérique semblait offrir des opportunités, surtout avec la ruée vers l'or de San Francisco en 1849. Le nom original de l'Amérique en chinois était 金山 (“La montagne dorée”) et de nombreux Chinois de la région du delta de la rivière des Perles, en Chine, ont traversé l'océan Pacifique pour tenter leur chance à San Francisco. Ils sont arrivés pour essayer d'extraire de l'or, souvent à partir de sites de concession abandonnés par des prospecteurs blancs, et ceux pour qui cela ne fonctionnait pas ont commencé à travailler comme cuisiniers, blanchisseurs et herboristes. Ils l'ont fait dans l'espoir de s'amasser une petite fortune à ramener en Chine pour prendre soin de leur famille. Beaucoup d'entre eux ne sont jamais revenus dans leur pays d'origine et ont essayé de construire leur maison sur un sol étranger.»

«J'ai commencé à travailler sur My Americans au cours de ma dernière année à l'université. J'avais travaillé sur un projet sur mon grand-père paternel, ce qui m'avait conduit à me poser de nombreuses questions sur l'histoire de ma famille en Amérique. J’ai fait des recherches et tanné mes proches pour la retracer. J'avais toujours pensé que ma famille faisait partie d'une nouvelle génération d'immigrants chinois, mais après avoir appris sa réelle histoire et compris à quel point mes racines étaient profondes dans un pays où je me sentais encore étranger, j'ai pris l'initiative d'explorer cela à travers la photographie. J'ai cherché des relations, des signes et des significations que nous imprégnions de nos vies en tant que sino-américains.»
Les filles de Grand Park, 2011 | An Rong Xu

«J'ai commencé à travailler sur My Americans au cours de ma dernière année à l'université. J'avais travaillé sur un projet sur mon grand-père paternel, ce qui m'avait conduit à me poser de nombreuses questions sur l'histoire de ma famille en Amérique. J’ai fait des recherches et tanné mes proches pour la retracer. J'avais toujours pensé que ma famille faisait partie d'une nouvelle génération d'immigrants chinois, mais après avoir appris sa réelle histoire et compris à quel point mes racines étaient profondes dans un pays où je me sentais encore étranger, j'ai pris l'initiative d'explorer cela à travers la photographie. J'ai cherché des relations, des signes et des significations que nous imprégnions de nos vies en tant que sino-américains.»

«M. Feng possède Wah Fung n°1, qui est l'un des meilleurs endroits de restauration rapide à Chinatown. Il y sert un barbecue cantonais et il y a toujours une file d'attente à sa porte. J'ai grandi en mangeant la nourriture de M. Feng. Lorsque je faisais la navette du Queens à Manhattan pour aller au collège, je me faisais déposer juste devant chez M. Feng, et je lui achetais mon petit-déjeuner. Le travail acharné et l'histoire de M. Feng m'inspirent et me rappellent tous les employés sans nom et sans visage de la restauration, comme mon père, qui sont arrivés en Amérique et ont dû faire ce qu'ils pouvaient pour survivre et donner une vie meilleure à leur enfants.»
Mr. Feng, 2016 | An Rong Xu

«M. Feng possède Wah Fung n°1, qui est l'un des meilleurs endroits de restauration rapide à Chinatown. Il y sert un barbecue cantonais et il y a toujours une file d'attente à sa porte. J'ai grandi en mangeant la nourriture de M. Feng. Lorsque je faisais la navette du Queens à Manhattan pour aller au collège, je me faisais déposer juste devant chez M. Feng, et je lui achetais mon petit-déjeuner. Le travail acharné et l'histoire de M. Feng m'inspirent et me rappellent tous les employés sans nom et sans visage de la restauration, comme mon père, qui sont arrivés en Amérique et ont dû faire ce qu'ils pouvaient pour survivre et donner une vie meilleure à leur enfants.»

«Pell Street et Doyers Street, dans le quartier chinois de Manhattan, regorgent principalement de barbiers. J'ai passé une grande partie de mon enfance dans des salons de coiffure avec mon grand-père, que ce soit pour me faire couper les cheveux ou pour le regarder jouer au mahjong dans les arrière-boutiques. Ces salons de coiffure me rappellent cet ancêtre.»
Pell Street, 2011 | An Rong Xu

«Pell Street et Doyers Street, dans le quartier chinois de Manhattan, regorgent principalement de barbiers. J'ai passé une grande partie de mon enfance dans des salons de coiffure avec mon grand-père, que ce soit pour me faire couper les cheveux ou pour le regarder jouer au mahjong dans les arrière-boutiques. Ces salons de coiffure me rappellent cet ancêtre.»

«Comme pour tout type de communauté ethnique, la nôtre est multiple et les différences entre les classes socio-économiques et la façon dont les perçoivent leur identité et traitent les autres Américains chinois et asiatiques sont énormes. Il y a ceux qui considèrent leur identité culturelle comme importante et d'autres qui ne la considèrent pas comme quelque chose de particulier. Cette grande différence souligne que certaines classes sociales valorisent leur histoire et leur culture, quand d'autres essaient de s'assimiler et d'effacer leur histoire culturelle. Il y a beaucoup de traumatismes et d'histoires à décortiquer, et souvent la plupart des Américains d'origine chinoise ne voient pas vraiment la valeur de comprendre et d'accepter leur identité culturelle afin d'être plus complets en tant que personne.»
Le 10 octobre 2013 | An Rong Xu

«Comme pour tout type de communauté ethnique, la nôtre est multiple et les différences entre les classes socio-économiques et la façon dont les perçoivent leur identité et traitent les autres Américains chinois et asiatiques sont énormes. Il y a ceux qui considèrent leur identité culturelle comme importante et d'autres qui ne la considèrent pas comme quelque chose de particulier. Cette grande différence souligne que certaines classes sociales valorisent leur histoire et leur culture, quand d'autres essaient de s'assimiler et d'effacer leur histoire culturelle. Il y a beaucoup de traumatismes et d'histoires à décortiquer, et souvent la plupart des Américains d'origine chinoise ne voient pas vraiment la valeur de comprendre et d'accepter leur identité culturelle afin d'être plus complets en tant que personne.»

«En 2014, j'étais à Oakland, en Californie, avec mon ami Ryan qui figure sur cette image. Il est à moitié japonais, à moitié chinois américain. J'avais parlé du fait que je n'étais jamais allé au Grand Canyon, alors Ryan et moi avons décidé d'y faire un road trip et de voir l'une des merveilles du monde. Pendant ce voyage, nous avons réfléchi à notre place aux États-Unis et à la signification de nos cultures dans ce monde. Ce somptueux lever du soleil fut une expérience unique dans ma vie.»
Ryan, l'aube dans le Grand Canyon, 2014 | An Rong Xu

«En 2014, j'étais à Oakland, en Californie, avec mon ami Ryan qui figure sur cette image. Il est à moitié japonais, à moitié chinois américain. J'avais parlé du fait que je n'étais jamais allé au Grand Canyon, alors Ryan et moi avons décidé d'y faire un road trip et de voir l'une des merveilles du monde. Pendant ce voyage, nous avons réfléchi à notre place aux États-Unis et à la signification de nos cultures dans ce monde. Ce somptueux lever du soleil fut une expérience unique dans ma vie.»

«Pour être franc, la plupart des Américains me voient et supposent que je suis un étranger et que je ne suis pas l'un des leurs. Comme n'importe quelle personne de couleur, je subis le racisme aux États-Unis. Les Sino-Américains progressent lentement, mais en raison du manque de représentation politique et de volonté de s'engager dans une politique plus large, nous sommes toujours coincés dans un pays qui nous oblige à avoir du pouvoir et de l'argent pour réussir. Jia, sur cette photo, vient de Shanghai. Elle est venue en Amérique pour faire des études supérieures. Elle m'a fait comprendre qu'une génération d'immigrants chinois intellectuels arrivaient encore ici à la recherche d'opportunités.»
Concours de beauté de New York, dans le quartier chinois de Manhattan, 2013 | An Rong Xu

«Pour être franc, la plupart des Américains me voient et supposent que je suis un étranger et que je ne suis pas l'un des leurs. Comme n'importe quelle personne de couleur, je subis le racisme aux États-Unis. Les Sino-Américains progressent lentement, mais en raison du manque de représentation politique et de volonté de s'engager dans une politique plus large, nous sommes toujours coincés dans un pays qui nous oblige à avoir du pouvoir et de l'argent pour réussir. Jia, sur cette photo, vient de Shanghai. Elle est venue en Amérique pour faire des études supérieures. Elle m'a fait comprendre qu'une génération d'immigrants chinois intellectuels arrivaient encore ici à la recherche d'opportunités.»

«Toute ma vie, j'ai dû faire face à l'intimidation, la discrimination et au harcèlement à cause de mon apparence à une communauté. Aussi parce que je ne pouvais pas prononcer correctement le son que “th” fait avant d'être au lycée. Une fois, j'ai été frappé par un groupe de garçons sur le chemin du retour de l'école qui trouvaient que j'avais l'air bizarre. La plupart des discriminations auxquelles j'ai été confronté se sont manifestées quand ma famille a quitté le quartier chinois de Manhattan pour le quartier du Queens. Ce fut un choc culturel de passer d'un environnement entouré principalement de Chinois à un environnement composé essentiellement de Blancs. J'ai vraiment essayé de m'intégrer, et ce n'était pas facile. Chaque fois, j'étais ridiculisé par le fait que j'avais des yeux en amande, que je pouvais parler chinois… Les autres se moquaient de ma langue, tiraient leurs yeux en me regardant ou me demandaient des questions absurdes concernant mes organes génitaux et pour savoir si j'avais déjà mangé de la vermine.»
Jia au Fat Cats, 2012 | An Rong Xu

«Toute ma vie, j'ai dû faire face à l'intimidation, la discrimination et au harcèlement à cause de mon apparence à une communauté. Aussi parce que je ne pouvais pas prononcer correctement le son que “th” fait avant d'être au lycée. Une fois, j'ai été frappé par un groupe de garçons sur le chemin du retour de l'école qui trouvaient que j'avais l'air bizarre. La plupart des discriminations auxquelles j'ai été confronté se sont manifestées quand ma famille a quitté le quartier chinois de Manhattan pour le quartier du Queens. Ce fut un choc culturel de passer d'un environnement entouré principalement de Chinois à un environnement composé essentiellement de Blancs. J'ai vraiment essayé de m'intégrer, et ce n'était pas facile. Chaque fois, j'étais ridiculisé par le fait que j'avais des yeux en amande, que je pouvais parler chinois… Les autres se moquaient de ma langue, tiraient leurs yeux en me regardant ou me demandaient des questions absurdes concernant mes organes génitaux et pour savoir si j'avais déjà mangé de la vermine.»

«À cause de ces différents épisodes, j'ai développé, très jeune, une haine profonde de moi-même. Ce n’est que bien plus tard, à l’université, que j’ai commencé à décrypter et à comprendre la haine qui avait été semée par mes pairs et la société qui avait créé un environnement dans lequel je me sentais si indésirable. L'un de mes amis a une grande famille, mais ils travaillent tous et ils ne peuvent jamais être tous ensemble au même endroit. Alors pour faire un portrait de famille, ils ont pris toutes leurs photos d'identité et de passeport et les ont collées ensemble.»
Portrait de famille des Tang, 2013 | An Rong Xu

«À cause de ces différents épisodes, j'ai développé, très jeune, une haine profonde de moi-même. Ce n’est que bien plus tard, à l’université, que j’ai commencé à décrypter et à comprendre la haine qui avait été semée par mes pairs et la société qui avait créé un environnement dans lequel je me sentais si indésirable. L'un de mes amis a une grande famille, mais ils travaillent tous et ils ne peuvent jamais être tous ensemble au même endroit. Alors pour faire un portrait de famille, ils ont pris toutes leurs photos d'identité et de passeport et les ont collées ensemble.»

«Parmi les difficultés que j'ai éprouvées, les gens me sous-estiment souvent. C'est difficile à exprimer avec des mots, mais je pense que je me sentirai toujours éloigné de certaines personnes et de certains groupes socio-économiques à cause de mon éducation et de mon histoire. Il a fallu beaucoup de temps pour que des gens accordent une valeur à mon travail. J'ai rencontré la jeune femme de cette photo en 2014, à Hong Kong, lorsque ma mère avait initialement essayé de nous mettre ensemble. Ça n'a pas du tout fonctionné elle et moi, et elle a fini par rencontrer un autre gars du nom de Wind, qu'elle a finalement épousé. Puisque Claire et moi sommes restés amis, elle m'a invité à son mariage en 2015, et j'en ai profité pour la photographier. Dans la tradition chinoise, lorsqu'une mariée sort à la lumière du jour, le jour de son mariage, elle doit être à l'ombre pour rendre hommage au ciel, et ne pas l'éclipser.» 
Le mariage de Claire, San Francisco, 2015 | An Rong Xu

«Parmi les difficultés que j'ai éprouvées, les gens me sous-estiment souvent. C'est difficile à exprimer avec des mots, mais je pense que je me sentirai toujours éloigné de certaines personnes et de certains groupes socio-économiques à cause de mon éducation et de mon histoire. Il a fallu beaucoup de temps pour que des gens accordent une valeur à mon travail. J'ai rencontré la jeune femme de cette photo en 2014, à Hong Kong, lorsque ma mère avait initialement essayé de nous mettre ensemble. Ça n'a pas du tout fonctionné elle et moi, et elle a fini par rencontrer un autre gars du nom de Wind, qu'elle a finalement épousé. Puisque Claire et moi sommes restés amis, elle m'a invité à son mariage en 2015, et j'en ai profité pour la photographier. Dans la tradition chinoise, lorsqu'une mariée sort à la lumière du jour, le jour de son mariage, elle doit être à l'ombre pour rendre hommage au ciel, et ne pas l'éclipser.» 

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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