Ce n'est qu'un au revoir
Parents & enfants

Ce n'est qu'un au revoir

Lorsque leur fille s'en va après leur avoir rendu visite, les parents de Deanna Dikeman s'avancent sur le pas de leur porte pour la regarder partir et lui faire un dernier signe de la main. De 1991 à 2017, cette photographe américaine a immortalisé chacun de ces instants. «Ce n’est pas un projet que j’ai effectué consciemment, raconte-elle. Je ne l'ai imaginé qu'en triant mes cahiers pleins de négatifs. Ces photos de départ faisaient partie d'un projet plus vaste qui consistait à photographier mes parents chaque fois que je passais du temps avec eux dans l'Iowa. Mais en y regardant de plus près, j'ai trouvé que ces images racontaient une petite histoire sur la famille, l'amour et la douleur de dire au revoir». Deanna Dikeman a auto-édité un livre avec certaines de ses photos, «27 Good-byes».

«J'ai grandi à Sioux City, dans l’Iowa. Ma famille était assez ordinaire: mon père travaillait pour une usine de transformation de soja et ma mère était femme au foyer pendant de nombreuses années. Elle a ensuite travaillé comme secrétaire lorsque j'étais au lycée. Tous deux étaient originaires de familles immigrées des Pays-Bas. J'ai une sœur et j'ai grandi avec de nombreuses tantes, oncles et cousin·es ​​qui vivaient à proximité. Cette photo fait partie des premières de la série, alors que mes parents se tenaient droits et pleins de vie.»
Leaving and waving, 7/1996 | Deanna Dikeman

«J'ai grandi à Sioux City, dans l’Iowa. Ma famille était assez ordinaire: mon père travaillait pour une usine de transformation de soja et ma mère était femme au foyer pendant de nombreuses années. Elle a ensuite travaillé comme secrétaire lorsque j'étais au lycée. Tous deux étaient originaires de familles immigrées des Pays-Bas. J'ai une sœur et j'ai grandi avec de nombreuses tantes, oncles et cousin·es ​​qui vivaient à proximité. Cette photo fait partie des premières de la série, alors que mes parents se tenaient droits et pleins de vie.»

«Je n'ai pas étudié la photographie à l'école, mais la biologie, puis obtenu un master en gestion. J'ai déménagé à Kansas City pour travailler dans une entreprise. J’ai toujours aimé mes cours d'art et prendre des photos. Dès que j’ai pu me le permettre, j'ai acheté un Minolta 35 mm. Je détestais travailler dans le monde des affaires, mais je ne savais pas quoi faire d'autre. J'adore cette photo juste parce que vous pouvez voir le petit barbecue de mon père à l'arrière du garage.»
Leaving and waving, 5/2003 | Deanna Dikeman

«Je n'ai pas étudié la photographie à l'école, mais la biologie, puis obtenu un master en gestion. J'ai déménagé à Kansas City pour travailler dans une entreprise. J’ai toujours aimé mes cours d'art et prendre des photos. Dès que j’ai pu me le permettre, j'ai acheté un Minolta 35 mm. Je détestais travailler dans le monde des affaires, mais je ne savais pas quoi faire d'autre. J'adore cette photo juste parce que vous pouvez voir le petit barbecue de mon père à l'arrière du garage.»

«Je me suis inscrite à un cours de photographie au Johnson County Community College. Je suis devenue complètement fascinée par la photographie pendant ce cours. J'ai continué à suivre d'autres cours et j'ai travaillé comme assistante d'un photographe commercial. J'ai ensuite commencé à exposer mon travail à Kansas City, et j'ai reçu beaucoup d'encouragements pour continuer dans la photographie. Sur cette image, Papa me regarde, mais maman, elle, fait signe à mon fils sur le siège arrière de ma voiture.»
Leaving and waving, 3/2006 | Deanna Dikeman

«Je me suis inscrite à un cours de photographie au Johnson County Community College. Je suis devenue complètement fascinée par la photographie pendant ce cours. J'ai continué à suivre d'autres cours et j'ai travaillé comme assistante d'un photographe commercial. J'ai ensuite commencé à exposer mon travail à Kansas City, et j'ai reçu beaucoup d'encouragements pour continuer dans la photographie. Sur cette image, Papa me regarde, mais maman, elle, fait signe à mon fils sur le siège arrière de ma voiture.»

«Je n'avais pas vécu dans ma ville natale depuis mon départ pour l’université donc les visites à mes parents étaient importantes. J'ai commencé ces photographies en 1990, quand ils ont vendu ma maison d'enfance et ont déménagé dans une nouvelle maison. J'étais triste de réaliser que je n'avais pas pris de photos de cette maison –je cherchais des photos ailleurs. J'ai alors décidé de prendre plus de photos des moments qui comptaient pour moi. Le jour où j'ai pris cette photo, j'ai su que papa avait vieilli parce que l'allée n'avait pas été balayée.»
Leaving and waving, 3/2007 | Deanna Dikeman

«Je n'avais pas vécu dans ma ville natale depuis mon départ pour l’université donc les visites à mes parents étaient importantes. J'ai commencé ces photographies en 1990, quand ils ont vendu ma maison d'enfance et ont déménagé dans une nouvelle maison. J'étais triste de réaliser que je n'avais pas pris de photos de cette maison –je cherchais des photos ailleurs. J'ai alors décidé de prendre plus de photos des moments qui comptaient pour moi. Le jour où j'ai pris cette photo, j'ai su que papa avait vieilli parce que l'allée n'avait pas été balayée.»

«Je rendais visite à mes parents plusieurs fois par an. Quand mon fils était à l'école, nous allions en mars pour les vacances de printemps, en mai lorsque l'école était terminée, en août avant la rentrée et à Noël. Au début, je n'ai pas pris de photo à chaque fois qu’ils me disaient au revoir. Il y a quelques lacunes au début de la série. Mais en quelques années, c'est devenu une tradition. L'année de cette photo, mon père est décédé. On voit ici qu'il s'appuie sur ma mère et qu'il a sa canne dans la main gauche.»
Leaving and waving, 3/2009 | Deanna Dikeman

«Je rendais visite à mes parents plusieurs fois par an. Quand mon fils était à l'école, nous allions en mars pour les vacances de printemps, en mai lorsque l'école était terminée, en août avant la rentrée et à Noël. Au début, je n'ai pas pris de photo à chaque fois qu’ils me disaient au revoir. Il y a quelques lacunes au début de la série. Mais en quelques années, c'est devenu une tradition. L'année de cette photo, mon père est décédé. On voit ici qu'il s'appuie sur ma mère et qu'il a sa canne dans la main gauche.»

«D'abord, je rangeais les valises et les affaires dans la voiture. Ensuite, je sortais mon appareil photo du sac et je le mettais sur le siège à côté de moi pour qu'il soit prêt. J'allais dans la maison et je leur disais qu'il était temps pour moi d'y aller. Ils mettaient leurs chaussures (et leurs manteaux s'il faisait froid dehors) et sortaient dans l'allée. Nous nous étreignions et nous embrassions. Soit je prenais une photo avant de monter dans la voiture soit je la reculais et prenais des photos au bout de l’allée. Plus tard, quand mon fils était assez grand pour conduire je suis passée sur le siège passager pour prendre des photos plus facilement. Ce Noël fût le premier sans papa. Ce fut si difficile de laisser maman seule ce jour-là.»
Leaving and waving, 12/2009 | Deanna Dikeman

«D'abord, je rangeais les valises et les affaires dans la voiture. Ensuite, je sortais mon appareil photo du sac et je le mettais sur le siège à côté de moi pour qu'il soit prêt. J'allais dans la maison et je leur disais qu'il était temps pour moi d'y aller. Ils mettaient leurs chaussures (et leurs manteaux s'il faisait froid dehors) et sortaient dans l'allée. Nous nous étreignions et nous embrassions. Soit je prenais une photo avant de monter dans la voiture soit je la reculais et prenais des photos au bout de l’allée. Plus tard, quand mon fils était assez grand pour conduire je suis passée sur le siège passager pour prendre des photos plus facilement. Ce Noël fût le premier sans papa. Ce fut si difficile de laisser maman seule ce jour-là.»

«Les premières années de cette série ont été prises en argentique, généralement en noir et blanc. Je les développais et faisais des planches-contacts. La photographie numérique a tout changé et j’éditais ensuite sur ordinateur. Parfois, il n'y avait qu'une bonne image, toutes les autres étaient floues, les yeux étaient fermés ou la main effectuait un mouvement maladroit. J'ai donc essayé de choisir mes images en fonction de leur composition et de leur netteté. Parfois, j’étais nerveuse et je réglais mal mon appareil photo, je devais alors rester dans l’allée pour en prendre de nouvelles. J'ai probablement pris entre trois et dix clichés à chaque départ. Les photos n'ont jamais été posées, mais à un moment donné, nous avions tous compris ce que je faisais. Cette photo me fait sourire parce que maman me donne «ce regard» qui dit qu'elle ne fait que saluer pour me faire plaisir.»
Leaving and waving, 6/2015 | Deanna Dikeman

«Les premières années de cette série ont été prises en argentique, généralement en noir et blanc. Je les développais et faisais des planches-contacts. La photographie numérique a tout changé et j’éditais ensuite sur ordinateur. Parfois, il n'y avait qu'une bonne image, toutes les autres étaient floues, les yeux étaient fermés ou la main effectuait un mouvement maladroit. J'ai donc essayé de choisir mes images en fonction de leur composition et de leur netteté. Parfois, j’étais nerveuse et je réglais mal mon appareil photo, je devais alors rester dans l’allée pour en prendre de nouvelles. J'ai probablement pris entre trois et dix clichés à chaque départ. Les photos n'ont jamais été posées, mais à un moment donné, nous avions tous compris ce que je faisais. Cette photo me fait sourire parce que maman me donne «ce regard» qui dit qu'elle ne fait que saluer pour me faire plaisir.»

«Mon père comprenait que je voulais prendre des photos de lui et de maman, lui même avait souvent un appareil photo près de lui. Ma mère, elle, protestait un peu, mais elle acceptait toujours les photos. En fin de compte, ils étaient heureux mais quelque peu déroutés que leurs photographies soient affichées sur les murs d'une galerie ou d'un musée. Ce n'était pas un projet artistique au début. C'était juste pour mes souvenirs. Ce n'est que lorsque j’ai montré ce travail aux autres qu’on m’a encouragé à le présenter au monde de l'art. Parfois, vous ne réalisez jamais ce que vous avez quand il est proche de vous. Maman porte ses pantoufles de maison et a épinglé sa broche d'arbre de Noël sur son manteau. Elle n'est pas venue dans l'allée ce jour-là.»
Leaving and waving, 12/2016 | Deanna Dikeman

«Mon père comprenait que je voulais prendre des photos de lui et de maman, lui même avait souvent un appareil photo près de lui. Ma mère, elle, protestait un peu, mais elle acceptait toujours les photos. En fin de compte, ils étaient heureux mais quelque peu déroutés que leurs photographies soient affichées sur les murs d'une galerie ou d'un musée. Ce n'était pas un projet artistique au début. C'était juste pour mes souvenirs. Ce n'est que lorsque j’ai montré ce travail aux autres qu’on m’a encouragé à le présenter au monde de l'art. Parfois, vous ne réalisez jamais ce que vous avez quand il est proche de vous. Maman porte ses pantoufles de maison et a épinglé sa broche d'arbre de Noël sur son manteau. Elle n'est pas venue dans l'allée ce jour-là.»

«En 2008, j'ai reçu une bourse pour les artistes américains de 50.000 dollars. J'ai décidé d'utiliser une partie de cet argent pour créer un livre. Je n'avais pas réalisé avoir pris autant de photos de mes parents en train de me dire au revoir. J'ai fait un court livre auto-édité intitulé «27 Good byes». Je l'ai inscrit à un concours et il a obtenu une mention honorable. Papa est décédé peu de temps après. J'ai commencé à comprendre que ces photos racontaient une histoire, alors j'ai continué à en prendre. Il n'y avait ensuite que ma mère, et parfois ma tante Margee ou mon oncle Leo, sur les photos. Je savais que finalement j'aurais une allée vide et une dernière photo à prendre. Dans cette allée vide, personne n'était là pour me faire signe.»
Leaving, 10/2017 | Deanna Dikeman

«En 2008, j'ai reçu une bourse pour les artistes américains de 50.000 dollars. J'ai décidé d'utiliser une partie de cet argent pour créer un livre. Je n'avais pas réalisé avoir pris autant de photos de mes parents en train de me dire au revoir. J'ai fait un court livre auto-édité intitulé «27 Good byes». Je l'ai inscrit à un concours et il a obtenu une mention honorable. Papa est décédé peu de temps après. J'ai commencé à comprendre que ces photos racontaient une histoire, alors j'ai continué à en prendre. Il n'y avait ensuite que ma mère, et parfois ma tante Margee ou mon oncle Leo, sur les photos. Je savais que finalement j'aurais une allée vide et une dernière photo à prendre. Dans cette allée vide, personne n'était là pour me faire signe.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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