À Calcutta, les hôpitaux traversaient déjà l'orage, ils se préparent désormais à la tempête
Santé / Monde

À Calcutta, les hôpitaux traversaient déjà l'orage, ils se préparent désormais à la tempête

En Inde, la situation est hors de contrôle. Des crémations sont improvisées à la hâte dans les rues de Delhi, juste à côté des crématoriums débordés. Des patients à l'agonie attendent un lit ou un peu d'oxygène devant des hôpitaux arrivés à saturation. Les messages de détresse se succèdent sur les réseaux sociaux. Chaque jour y est plus meurtrier que la veille.

Si la capitale est l'épicentre de la catastrophe, l'Inde tout entière est bel et bien frappée par le Covid-19. Calcutta, au nord-est du pays, ne fait pas exception. Son agglomération de 14 millions d'habitants avance à l'aveugle sur une corde sensible, entre élections locales maintenues et non-confinement, alors même que les hôpitaux commencent à être submergés. Plus inquiétant encore, une personne sur deux qui est actuellement testée dans la ville est positive au virus. Une véritable bombe à retardement.

Le marché aux fleurs de Mullick Ghat, à Calcutta, est imperturbable. Malgré l'épidémie qui ravage la région, des centaines de personnes se rassemblent toujours dès 5h du matin pour vendre ou acheter des tonnes de plantes fraîches jusqu'à la tombée de la nuit. Seul le masque, porté par une majorité de gens dans le marché, vient rappeler la présence du virus. À l'instar de Mullick Ghat, l'ensemble des centres commerciaux, magasins et restaurants restent ouverts à Calcutta, ce qui peut faire débat alors que d'autres mégapoles comme Mumbai, Delhi, et plus récemment Bangalore sont confinées.
Robin Tutenges

Le marché aux fleurs de Mullick Ghat, à Calcutta, est imperturbable. Malgré l'épidémie qui ravage la région, des centaines de personnes se rassemblent toujours dès 5h du matin pour vendre ou acheter des tonnes de plantes fraîches jusqu'à la tombée de la nuit. Seul le masque, porté par une majorité de gens dans le marché, vient rappeler la présence du virus. À l'instar de Mullick Ghat, l'ensemble des centres commerciaux, magasins et restaurants restent ouverts à Calcutta, ce qui peut faire débat alors que d'autres mégapoles comme Mumbai, Delhi, et plus récemment Bangalore sont confinées.

Tandis que le pays compte plus de 350.000 nouvelles contaminations chaque jour, le Bengale-Occidental, dont la capitale est Calcutta, veut aller au bout des élections régionales qui se jouent en ce moment même. Et pour cause: la région de 90 millions d'habitants est au cœur d'une bataille politique entre le parti nationaliste hindou (BJP) du Premier ministre Narendra Modi et l'une de ses plus farouches adversaires, Mamata Banerjee, à la tête de l'État depuis dix ans. Pour remporter l'élection, qui s'est déroulée tout le mois d'avril, le BJP a déployé des efforts colossaux et le portrait du Premier ministre est présent partout dans la ville. Cette campagne électorale a rassemblé les foules jusqu'à hier [jeudi 29 avril, ndlr], lors de la dernière phase du scrutin. Beaucoup ont décrié le non-respect des mesures pour lutter contre le Covid durant les journées de vote et craignent une répercussion directe sur la propagation du virus.
Robin Tutenges

Tandis que le pays compte plus de 350.000 nouvelles contaminations chaque jour, le Bengale-Occidental, dont la capitale est Calcutta, veut aller au bout des élections régionales qui se jouent en ce moment même. Et pour cause: la région de 90 millions d'habitants est au cœur d'une bataille politique entre le parti nationaliste hindou (BJP) du Premier ministre Narendra Modi et l'une de ses plus farouches adversaires, Mamata Banerjee, à la tête de l'État depuis dix ans. Pour remporter l'élection, qui s'est déroulée tout le mois d'avril, le BJP a déployé des efforts colossaux et le portrait du Premier ministre est présent partout dans la ville. Cette campagne électorale a rassemblé les foules jusqu'à hier [jeudi 29 avril, ndlr], lors de la dernière phase du scrutin. Beaucoup ont décrié le non-respect des mesures pour lutter contre le Covid durant les journées de vote et craignent une répercussion directe sur la propagation du virus.

Toute la journée, le bruit des sirènes. Les ambulances se succèdent devant les hôpitaux de la ville. À l'arrière, des malades suspectés d'avoir contracté le Covid-19 et ses variants. Transpirant à grosses gouttes, gémissant, les patients attendent à l'entrée des urgences parfois pendant des heures. Plus de 15.000 nouveaux cas et 77 morts ont été enregistrés ces dernières vingt-quatre heures dans l'État. Des chiffres largement en dessous des infections réelles, tant la forte population et les problèmes logistiques rendent difficiles le dépistage et l'enregistrement précis des décès. La réalité à Calcutta est bien plus préoccupante: le taux de positivité dans la ville est de 50%. Autrement dit, une personne testée sur deux est contaminée.
Robin Tutenges

Toute la journée, le bruit des sirènes. Les ambulances se succèdent devant les hôpitaux de la ville. À l'arrière, des malades suspectés d'avoir contracté le Covid-19 et ses variants. Transpirant à grosses gouttes, gémissant, les patients attendent à l'entrée des urgences parfois pendant des heures. Plus de 15.000 nouveaux cas et 77 morts ont été enregistrés ces dernières vingt-quatre heures dans l'État. Des chiffres largement en dessous des infections réelles, tant la forte population et les problèmes logistiques rendent difficiles le dépistage et l'enregistrement précis des décès. La réalité à Calcutta est bien plus préoccupante: le taux de positivité dans la ville est de 50%. Autrement dit, une personne testée sur deux est contaminée.

Les hôpitaux traversaient déjà l'orage, ils se préparent désormais à la tempête. Aux urgences de la Belle Vue Clinic, un hôpital privé de la ville, le téléphone n'arrête jamais de sonner. Le personnel soignant n'a pas une minute de répit. «Ça fait déjà plus d'un mois que c'est tendu. Mais aujourd'hui, c'est encore plus difficile», explique la docteure présente ce jour-là, Natasa Yssmin. Toute la journée, les infirmiers tentent de trouver des places aux patients, dont certains présentent des symptômes importants et attendent une prise en charge, ce qui s'avère être de plus en plus difficile. «À Calcutta et dans tout le Bengale, il n'y a quasiment plus de lit en soins intensifs disponible», ajoute-t-elle.
Robin Tutenges

Les hôpitaux traversaient déjà l'orage, ils se préparent désormais à la tempête. Aux urgences de la Belle Vue Clinic, un hôpital privé de la ville, le téléphone n'arrête jamais de sonner. Le personnel soignant n'a pas une minute de répit. «Ça fait déjà plus d'un mois que c'est tendu. Mais aujourd'hui, c'est encore plus difficile», explique la docteure présente ce jour-là, Natasa Yssmin. Toute la journée, les infirmiers tentent de trouver des places aux patients, dont certains présentent des symptômes importants et attendent une prise en charge, ce qui s'avère être de plus en plus difficile. «À Calcutta et dans tout le Bengale, il n'y a quasiment plus de lit en soins intensifs disponible», ajoute-t-elle.

Certains patients arrivent à bout de souffle. Les infirmiers se précipitent pour leur apporter au plus vite de l'oxygène à l'arrière des ambulances. Le gaz est devenu une denrée rare dans le pays, les grandes villes se l'arrachent. La pénurie à Delhi est totale et entraîne panique et décès à la chaîne. À Calcutta, les services de santé manquent également de réserves. «Dans notre hôpital, nous en avons encore aujourd'hui. Mais nous ne pouvons pas être sûrs que nous en aurons demain», s'inquiète Natasa Yssmin. 
Robin Tutenges

Certains patients arrivent à bout de souffle. Les infirmiers se précipitent pour leur apporter au plus vite de l'oxygène à l'arrière des ambulances. Le gaz est devenu une denrée rare dans le pays, les grandes villes se l'arrachent. La pénurie à Delhi est totale et entraîne panique et décès à la chaîne. À Calcutta, les services de santé manquent également de réserves. «Dans notre hôpital, nous en avons encore aujourd'hui. Mais nous ne pouvons pas être sûrs que nous en aurons demain», s'inquiète Natasa Yssmin. 

La fatigue se fait sentir chez le personnel soignant des hôpitaux, alors même que la seconde vague n'a semble-t-il pas atteint son paroxysme. Le variant indien, connu sous le nom de «double mutant», ainsi que le variant britannique se sont, entre autres, rapidement propagés sur l'ensemble du sous-continent, qui ne comptait que 9.000 cas quotidiens en février. 
Robin Tutenges

La fatigue se fait sentir chez le personnel soignant des hôpitaux, alors même que la seconde vague n'a semble-t-il pas atteint son paroxysme. Le variant indien, connu sous le nom de «double mutant», ainsi que le variant britannique se sont, entre autres, rapidement propagés sur l'ensemble du sous-continent, qui ne comptait que 9.000 cas quotidiens en février. 

Si les rues et les marchés sont bondés, les centres commerciaux sont quelque peu délaissés et l'absence de touristes se fait également sentir. «Lors du premier confinement, la situation était infernale, se souvient un commerçant de New Market. Les prochains jours vont sûrement être très difficiles.»
Robin Tutenges

Si les rues et les marchés sont bondés, les centres commerciaux sont quelque peu délaissés et l'absence de touristes se fait également sentir. «Lors du premier confinement, la situation était infernale, se souvient un commerçant de New Market. Les prochains jours vont sûrement être très difficiles.»

À Calcutta, beaucoup se préparent à de nouvelles restrictions après les résultats des élections le 2 mai. La rumeur d'un confinement s'est propagée et certains Indiens partent déjà en bus pour leur campagne natale. Si pour le moment, elle ne connaît pas les scènes de panique de la capitale, Calcutta, véritable centre culturel et financier de l'Inde orientale, s'avance doucement vers des jours plus sombres.
Robin Tutenges

À Calcutta, beaucoup se préparent à de nouvelles restrictions après les résultats des élections le 2 mai. La rumeur d'un confinement s'est propagée et certains Indiens partent déjà en bus pour leur campagne natale. Si pour le moment, elle ne connaît pas les scènes de panique de la capitale, Calcutta, véritable centre culturel et financier de l'Inde orientale, s'avance doucement vers des jours plus sombres.

Rien n'est encore acté mais certains habitants (une minorité cependant) se disent favorables à un nouveau verrouillage strict de la ville, seule solution selon eux pour que Calcutta ne soit pas le prochain New Delhi. À l'échelle nationale, Narendra Modi, qui souhaite à tout prix préserver l'économie du pays, n'a cessé de répéter qu'un confinement de l'ensemble du territoire était exclu.
Robin Tutenges

Rien n'est encore acté mais certains habitants (une minorité cependant) se disent favorables à un nouveau verrouillage strict de la ville, seule solution selon eux pour que Calcutta ne soit pas le prochain New Delhi. À l'échelle nationale, Narendra Modi, qui souhaite à tout prix préserver l'économie du pays, n'a cessé de répéter qu'un confinement de l'ensemble du territoire était exclu.

Au bord du fleuve Hooghly, qui traverse Calcutta, le virus n'a pas de prise. Le calme règne toujours et rien n'y changera. Face au soleil couchant, quelques hommes et femmes viennent s'y plonger. Loin des tourments, loin des peines, loin du drame humain qui se joue aujourd'hui en Inde.
Robin Tutenges

Au bord du fleuve Hooghly, qui traverse Calcutta, le virus n'a pas de prise. Le calme règne toujours et rien n'y changera. Face au soleil couchant, quelques hommes et femmes viennent s'y plonger. Loin des tourments, loin des peines, loin du drame humain qui se joue aujourd'hui en Inde.

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